Poueyferré. Rééduquer par l'écoute
Brève parue dans La Dépêche du Midi (édition Hautes-Pyrénées) le 18 février 2011, signée C. V. Elle rend compte d’une présentation de la méthode Tomatis et de la « cure sonique » par Martine Renous, à l’invitation de l’association Premiers Pas.
La Dépêche du Midi — Hautes-Pyrénées, 18 février 2011
Poueyferré. Rééduquer par l’écoute
La méthode mise en place par Alfred Tomatis est une thérapie basée sur le son, qui vise à pallier toutes les difficultés d’écoute et d’apprentissage, à stimuler les capacités intellectuelles : concentration, mémorisation, expression par un travail sur l’oreille et sur la voix. Ces « cures soniques » permettraient également une plus grande ouverture au monde et aux autres. La méthode Tomatis est adaptée aux enfants, car pendant qu’ils écoutent les sons, ils peuvent pratiquer des activités manuelles et artistiques.
Martine Renous, invitée par l’association Premiers Pas, a présenté cette méthode et la cure sonique. Des personnes présentes et ayant expérimenté la méthode pour leurs enfants ont témoigné de ses bienfaits.
Renseignements au 05.59.21.56.82.
Légende de la photo : Martine Renous et Carole Jeannet, présidente de l’association Premiers Pas (photo C. V.).
Source : C. V., « Poueyferré. Rééduquer par l’écoute », La Dépêche du Midi, Hautes-Pyrénées, 18 février 2011. © La Dépêche du Midi, tous droits réservés.
Aujourd’hui : ce que dit la science
Cette brève de 2011 résume en quelques lignes les promesses cardinales de la méthode Tomatis : « rééduquer par l’écoute », pallier les difficultés d’apprentissage, stimuler concentration, mémorisation et expression « par un travail sur l’oreille et sur la voix ». Le vocabulaire est déjà révélateur de l’intuition fondatrice d’Alfred Tomatis, et il faut lui rendre cette justice : la distinction entre écouter (acte volontaire, attentionnel, orienté) et entendre (perception passive d’un signal sonore) est aujourd’hui solidement étayée. Les neurosciences de l’audition montrent que l’attention auditive module activement le traitement du son dès les premiers relais, et que le système auditif est plastique — capable de se réorganiser sous l’effet d’un entraînement (Irvine, 2018). Sur ce socle conceptuel, Tomatis avait vu juste là où beaucoup de ses contemporains réduisaient l’oreille à un simple capteur. CONFIRMÉ : écouter n’est pas entendre, et l’écoute s’éduque.
En revanche, le saut de cette intuition à la « cure sonique » présentée comme thérapie capable de traiter dyslexie, troubles de l’apprentissage, attention ou autisme reste, lui, NON DÉMONTRÉ au standard de la médecine fondée sur les preuves. La méthode Tomatis appartient à la famille des « entraînements par intégration auditive » (musique et voix filtrées, alternance conduction aérienne/osseuse via l’« oreille électronique »). Or la position officielle de l’American Speech-Language-Hearing Association est sans ambiguïté : ces techniques « n’ont pas satisfait aux standards scientifiques d’efficacité qui justifieraient leur pratique » par les orthophonistes et audiologistes (ASHA, 2004). La revue systématique de référence sur l’autisme (Sinha et al., Archives of Disease in Childhood, 2006) concluait de même qu’« il n’existe pas de preuve suffisante pour soutenir son usage », les essais étant rares, hétérogènes et de faible qualité méthodologique (Sinha et al., 2006).
Le bénéfice sur les apprentissages mérite une réponse NUANCÉE. La méta-analyse souvent citée par les promoteurs de la méthode (Gilmor, 1999) rapportait des tailles d’effet positives mais modestes — linguistique d = 0,41, cognitif d = 0,30, et quasi nul pour l’auditif d = 0,04 — sur seulement cinq études aux échantillons réduits et sans randomisation rigoureuse (Gilmor, 1999). Vingt-cinq ans plus tard, le tableau ne s’est guère consolidé : une revue systématique de 2025 sur le trouble développemental du langage conclut que « les données actuelles ne soutiennent pas l’efficacité de l’entraînement auditif pour améliorer les capacités langagières fondamentales », tout en relevant des gains ciblés sur la perception de la parole et la conscience phonologique (Wang et al., 2025). Autrement dit, là où un effet existe, il est partiel et localisé, loin de la stimulation globale de « toutes les difficultés d’écoute » annoncée dans l’article.
Plusieurs réserves méthodologiques expliquent cette prudence. Les études favorables émanent souvent de promoteurs de la méthode, reposent sur des effectifs faibles, manquent de groupe contrôle ou d’insu, et utilisent des mesures de résultat hétérogènes et de validité discutable. Le double aveugle conduit en audiologie a montré une amélioration comportementale aussi marquée dans le groupe placebo que dans le groupe traité — signature classique d’un effet d’attente et d’accompagnement plutôt que d’un effet spécifique du dispositif sonore. Le témoignage de parents satisfaits, comme celui rapporté à Poueyferré, est précieux humainement mais ne constitue pas, en soi, une preuve d’efficacité : c’est exactement le type de donnée que les revues qualifient de « faible niveau de preuve ».
Au bilan, l’héritage de Tomatis se lit en deux temps. Son intuition d’une écoute active, distincte de l’audition passive et susceptible d’être éduquée, anticipe des acquis réels des neurosciences de la plasticité auditive et conserve toute sa valeur heuristique. Mais la « cure sonique » comme remède aux troubles de l’apprentissage relève aujourd’hui d’une preuve clinique faible : aucune autorité sanitaire majeure ne la recommande en première intention, et les essais robustes manquent encore. Honnêteté oblige, on peut accueillir avec respect une démarche pionnière sans en surévaluer les résultats — et reconnaître que, sur le strict terrain de l’efficacité prouvée, le dossier reste ouvert plutôt que tranché en faveur de la méthode.
Sources
- ASHA — Auditory Integration Training (Position Statement, 2004)
- Sinha Y. et al., Auditory integration training and other sound therapies for autism spectrum disorders: a systematic review, Archives of Disease in Childhood, 2006
- Gilmor T., The Efficacy of the Tomatis Method for Children with Learning and Communication Disorders: A Meta-Analysis, International Journal of Listening, 1999
- Effects of auditory training on children with developmental language disorder: a systematic review, 2025
- Plasticity of the auditory system: theoretical considerations (PMC), 2018