L'Enfer Sonore
L'Enfer Sonore — Conférence d'Alfred Tomatis (Neuchâtel, octobre 1995)
« On ne s’en doute pas, parce qu’on est dans le bain et on ne se rend pas compte. »
En bref — En octobre 1995, lors de son dernier congrès international, Alfred Tomatis consacre sa conférence au sujet qu’il travaille depuis bientôt cinquante ans : le bruit. Non pas comme une simple nuisance, mais comme un toxique qui use l’oreille, épuise le corps et finit par nous couper de la fonction la plus humaine qui soit — écouter. En une heure et demie, il déroule un fil saisissant : du vacarme des discothèques jusqu’à la voix de la mère perçue par le fœtus, de la surdité des ateliers jusqu’à Mozart. Une plongée vivante, drôle et grave à la fois, dans tout ce que l’oreille fait de nous.
Les points clés
- Le bruit est devenu le premier fléau de santé : 50 % des Français le citaient en tête, et un jeune sur trois arrivait déjà sourd au conseil de révision.
- Entendre n’est pas écouter : le bruit nous traverse, l’écoute nous construit.
- On n’écoute pas qu’avec l’oreille, mais avec toute la peau — démontré par Tomatis aux Arsenaux de l’Aéronautique.
- L’oreille est un muscle : elle s’éduque… ou se détruit (la surdité traumatique, ce « trou » à 4000 Hz).
- Le bruit prend aux tripes par le nerf vague — d’où les troubles cardiaques et digestifs.
- Mozart et le grégorien rechargent le cerveau parce qu’ils épousent les rythmes physiologiques.
- Le silence absolu tue : il nous faut un « silence qui chante ».
- Écouter, c’est s’humaniser : communication, verticalité, latéralité.
- Notre oreille, plus ou moins ouverte, décide de notre aisance avec les langues.
Le bruit, premier fléau de notre temps
D’emblée, Tomatis pose le décor : le bruit n’a cessé d’augmenter, au point de devenir « vraiment ce que j’ai dénommé l’enfer sonore ». Et il avance des chiffres qui, en 1995, avaient de quoi surprendre : une enquête plaçait le bruit comme fléau numéro un pour la moitié des Français ; le pays dépensait 25 milliards de francs par an à cause de lui ; 15 % de l’absentéisme, 10 % des accidents du travail et 20 % des internements psychiatriques y seraient liés.
Le plus frappant n’est pas le vacarme lui-même, mais notre accoutumance. La télévision qui hurle dans le vide, deux ou trois postes dans la même pièce que personne ne regarde : « On a besoin de ce bruit-là… Ça prouve déjà qu’on ne sait plus écouter. » Le bruit est devenu une drogue — « aussi toxique que beaucoup de produits que nous allons prendre ».
Et l’escalade est commerciale autant que culturelle. Tomatis retrace la course à la puissance, des 30 watts des Beatles aux 120 000 watts des grands concerts. Conséquence : un jeune sur trois se présente déjà sourd au conseil de révision. « Ce sont des plantes vertes que l’on fabrique. »
Jusqu’où l’oreille peut-elle tenir ?
Pour comprendre, Tomatis rappelle que le décibel est une échelle logarithmique : la forêt et la parole douce tournent autour de 50-60 dB, la rue 80, l’usine 110, un réacteur 130. Au-delà, c’est le seuil de la douleur — celui qu’on accepte « pour avoir entendu la musique actuelle ».
Mais l’oreille n’est pas passive : elle se défend grâce à deux muscles minuscules et surpuissants, le muscle du marteau (qui tend le tympan) et le muscle de l’étrier (qui ouvre ou ferme l’oreille interne). Ce sont eux qui nous permettent de choisir un son dans un orchestre. Et comme tout muscle, ils s’éduquent : un ouvrier, un musicien montent progressivement en intensité et deviennent « des athlètes de muscles électriques ».
D’où l’avertissement, intact trente ans plus tard : un enfant n’a pas cette musculature. Lui offrir une batterie ou un casque à plein volume, c’est risquer de détruire son oreille avant qu’elle n’ait appris à se défendre.
« On écoute avec toute la peau »
Dès qu’on parle de son, on pense à l’oreille. « C’est une conception très réductrice », prévient Tomatis. Pour le prouver, il raconte une expérience menée aux Arsenaux de l’Aéronautique : le bas du corps d’un sujet enfermé dans une énorme conduite en ciment, un haut-parleur à l’autre bout, la tête à l’air libre. Ainsi, l’homme n’entendait rien. Mais dès qu’on lui mettait un casque pour modifier son écoute, tout changeait : « il entendait toute la musique à travers la peau ».
La conclusion est restée l’une des signatures de sa pensée : la peau est un morceau d’oreille différencié. Donnez à l’oreille l’autorisation d’écouter, et c’est le corps entier qui écoute. C’est aussi pourquoi un simple casque ne protège pas vraiment près d’un réacteur : il faudrait un scaphandre, car le son entre partout.
L’oreille abrite en réalité deux appareils : le vestibule, le plus archaïque, qui commande les muscles du corps et la verticalité ; et la cochlée, qui analyse les sons avec une finesse qu’« aucun appareil électronique » n’égale.
La surdité traumatique : ce « trou » à 4000 Hz
Exposée trop longtemps, l’oreille se détériore d’une manière très reconnaissable : un « trou » audiométrique toujours situé à 4000 Hz. Le diagnostic se fait « dès qu’on la voit ». Si l’on n’intervient pas, la perte s’étend, les aigus disparaissent, et le sujet bascule dans le drame le plus cruel : il entend sans comprendre.
Tomatis insiste sur l’injustice sociale du sourd : « Autant on est prévenant pour un aveugle, autant on néglige le sourd » — encombrant, fatigant, mis « au bout de la table ».
Tout n’est pas perdu, à condition d’agir tôt. Aux Arsenaux, en repérant la phase d’alarme, on retirait le sujet du banc d’essai : l’oreille récupérait en huit à quinze jours. Mieux : avant de le replonger dans le bruit, on le « rééduquait » sous l’oreille électronique, en réapprenant au muscle de l’étrier sa gymnastique. Car, dira-t-il, « il vaut mieux avoir une oreille mauvaise qui a envie d’écouter qu’une très bonne qui refuse d’entendre ».
Quand le bruit prend aux tripes : le nerf vague
Pourquoi le bruit donne-t-il des palpitations, des vomissements, des blocages respiratoires ? Parce qu’il met en résonance le nerf vague (la dixième paire crânienne), « le seul nerf du corps qui a toutes les fonctions » : moteur, sensoriel, neuro-végétatif. Né au tympan, il descend irriguer le larynx, les bronches, l’estomac, l’intestin, les reins, jusqu’aux organes génitaux.
Tomatis l’illustre par le kiai du judo — ce cri qui, dit-on, peut « tuer ». Il en a analysé une quarantaine : il ne tue pas, mais « subitement, vous êtes complètement cisaillé, vous ne pouvez plus respirer… et le cœur s’affole ». Voilà pourquoi, lors des grands concerts, « il y a toujours quelques hospitalisations… et quelques-uns qui meurent ». Une affirmation que la médecine d’aujourd’hui confirme largement (voir plus bas).
Pourquoi Mozart et le grégorien
À l’inverse du bruit qui dérègle, certaines musiques rechargent. Pour récupérer une oreille, Tomatis l’induit à des rythmes physiologiques — et c’est là qu’interviennent Mozart et le chant grégorien, « bâtis sur le rythme et la respiration ».
« On me demande toujours pourquoi Mozart », sourit-il. Sa réponse : Mozart a composé « au rythme de son cœur, au rythme de sa respiration » — un rythme d’enfant, qui « nous donne tellement de vitalité ». Il oppose le visage lisse et ouvert de Mozart à celui de Beethoven, « réduit comme une pomme fripée » par une surdité qu’il aggravait sans le savoir : car le nerf de l’étrier est aussi celui des muscles du visage. L’écoute, dit-il, est « le meilleur lifting ».
Le silence qui chante — et le silence qui tue
Puisque le bruit est nocif, le silence serait-il salutaire ? « On confond le silence avec ne rien entendre. Ce n’est pas vrai : il y a des milliers de silences. » Nous avons besoin d’un « silence qui chante », d’une réverbération vivante — celle qui nous donne envie de chanter dans la salle de bain.
La preuve par l’absurde : la chambre anéchoïque, totalement sourde. « Vous ne pouvez pas vivre à l’intérieur. » Car nous baignons dans un bain de stimulation : il nous faut, selon des travaux canadiens qu’il cite, « trois milliards de stimulations par seconde, au moins quatre heures et demie par jour » pour donner sa vitalité au cortex. Poussée à l’extrême, la privation sensorielle mène à l’effondrement, voire au suicide — Tomatis en témoigne, douloureusement, à propos des caissons d’isolation.
Écouter, c’est devenir humain
Ici la conférence bascule : du bruit, on passe à la méthode. « Nous faisons de la pédagogie auditive : nous apprenons aux gens à écouter. » Car écouter, c’est s’humaniser — accéder à la communication, à la verticalité et à la latéralité, « une trilogie obligatoire ».
Tout commence avant la naissance. Le son atteint le fœtus par la colonne vertébrale jusqu’au pelvis « qui chante comme une cathédrale ». Le fœtus perçoit surtout les aigus (son oreille filtre les graves, sans quoi le vacarme du ventre maternel serait invivable), et c’est pour mieux entendre sa mère qu’il finit par se retourner tête en bas. Tomatis va loin : « C’est l’enfant qui fabrique la mère » — et une mère sait, avant tout examen, que quelque chose se passe.
Puis viennent les étapes : la langue maternelle, puis la langue du père — « la première langue étrangère, la langue sociale ». De leurs accidents naissent le bégaiement, la dyslexie, parfois l’autisme. D’où une règle qu’il martèle : ne jamais détruire l’image du père, car « le père, c’est le devenir de l’enfant ». L’outil de tout ce travail reste l’oreille électronique, « un appareil qui sait écouter » : on s’y branche, et « pour faire jouer les muscles, on a besoin d’haltères — du Mozart, ou la voix de la mère ».
L’oreille et les langues
Notre aisance — ou notre maladresse — avec les langues n’est pas une affaire de don, mais d’ouverture de l’oreille. « Le français n’entend que sur une octave » ; les Slaves et les Portugais, eux, « entendent sur onze octaves » et « apprennent toutes les langues sans se déplacer ». C’est une question d’ouverture diaphragmatique, commandée par ces mêmes petits muscles — et que l’on peut rouvrir électroniquement.
D’où son conseil aux familles bilingues, toujours d’actualité : que chaque parent parle sa langue d’origine. Les enfants espagnols devenus dyslexiques en France, raconte-t-il, l’étaient parce que leurs parents « baragouinaient » le français pour les aider — au lieu de leur offrir un espagnol pur.
Le combat d’une vie
La conférence se termine en franc-parler. Marginalisé par la médecine ? « C’est leur problème, pas le mien… ça fait cinquante ans que je tiens debout parce que j’ai des résultats tous les jours. » Il rappelle qu’il a décrit l’oreille droite, l’audition par la peau, la vie intra-utérine, les bandes passantes des langues « il y a bien longtemps » — et que la science commence seulement à le rejoindre.
Il défend les 250 centres dans le monde, qui « ne font pas fortune » et « ne refusent jamais quelqu’un qui n’a pas d’argent ». Il met en garde contre la retraite (« la mort pour un cerveau »), rappelle que « notre cerveau ne nous appartient pas, il appartient au genre humain », et qu’il faut le remettre au service des autres.
Reste son combat le plus ancien : alerter les pouvoirs publics sur le bruit. « J’ai commencé à me battre vers 1950. Je suis long et découragé. » Mais une phrase résume l’homme : « Plus je vis, plus je deviens patient. »
Trente ans après : mieux ou pire ?
En 1995, beaucoup ont pu trouver Tomatis alarmiste. Que disent les données d’aujourd’hui ? Pour l’essentiel : il avait vu juste, et la situation s’est aggravée sur le terrain — même si la reconnaissance scientifique, elle, lui a donné raison.
Le bruit, problème de santé publique majeur — confirmé. L’Agence européenne de l’environnement (AEE) classe désormais le bruit comme la deuxième cause environnementale de morbidité en Europe, juste après la pollution de l’air. Son évaluation de 2020 attribuait au bruit environnemental 48 000 nouveaux cas de cardiopathie et 12 000 décès prématurés par an ; sa réévaluation de 2025 monte jusqu’à environ 66 000 décès prématurés annuels, plus 50 000 cas de maladies cardiovasculaires et 22 000 cas de diabète de type 2. Plus de 20 % de la population européenne (plus de 100 millions de personnes) vit dans des zones où le bruit des transports nuit à la santé.
« Le bruit prend aux tripes » — confirmé. Ce que Tomatis attribuait au nerf vague, l’épidémiologie l’a établi : l’exposition au bruit des transports augmente le risque de cardiopathie ischémique, d’AVC et d’hypertension, via le stress, la fragmentation du sommeil et l’élévation des hormones de stress. C’est aujourd’hui le socle des Lignes directrices de l’OMS sur le bruit dans l’environnement (2018).
La jeunesse sourde — pire. Tomatis citait « un jeune sur trois » sourd au conseil de révision et alertait déjà sur le baladeur — au point d’écrire à la direction de Sony, qui « s’en fichait complètement ». Trente ans plus tard, le baladeur est devenu le smartphone, présent dans toutes les poches. L’OMS estime que 1,1 milliard de jeunes (12-35 ans) risquent une perte auditive par écoute à risque : près de la moitié s’exposent à des niveaux dangereux via leurs écouteurs, environ 40 % dans les lieux festifs. Le seuil de danger reste celui qu’il décrivait : 85 dB pendant 8 heures, ou 100 dB pendant 15 minutes.
Et l’exposition ne baisse pas. Malgré des véhicules aux normes plus strictes, les mesures réelles en ville ne diminuent pas ; l’urbanisation et la mobilité font même progresser l’exposition. Là où Tomatis a partiellement gagné, c’est sur la reconnaissance : indemnisation de la surdité professionnelle, limites de bruit au travail, lignes directrices sanitaires. Sur l’essentiel — notre environnement sonore quotidien — son « enfer sonore » est, hélas, plus actuel que jamais.
En somme, Tomatis ne s’était pas trompé d’époque : il avait simplement trente ans d’avance.
Sources
- OMS — Make Listening Safe / 1,1 milliard de jeunes à risque : who.int/activities/making-listening-safe · who.int — Deafness and hearing loss
- OMS — Environmental Noise Guidelines for the European Region (2018)
- Agence européenne de l’environnement — Health risks caused by environmental noise in Europe : eea.europa.eu
- AEE — Europe’s environment 2025 : environmental noise and health : eea.europa.eu
- From noise to heart disease: the EEA sounds the alarm, European Heart Journal (2025) : academic.oup.com/eurheartj
Transcription intégrale de la conférence (texte brut)
J’ai choisi un thème sur lequel je m’informe depuis longtemps, où je travaille depuis longtemps, en règle depuis bientôt 50 ans, c’est le bruit. J’étais enclin à m’occuper du bruit quand je travaillais aux arsenaux de l’aéronautique, je dirigeais le laboratoire, et nous avions là un gros problème, c’était de protéger les gens contre le bruit, contre les agressions. Et puis depuis, les choses ont tellement changé, le bruit a tellement augmenté, que maintenant c’est devenu vraiment ce que j’ai dénommé l’enfer sonore.
Je vais vous projeter quelques transparents. Ce n’est pas mon habitude, mais comme nous avons des traductions, beaucoup d’étrangers qui sont venus, qui viennent de tous les coins du monde pour le congrès, et qu’il y a des traducteurs, quand je projette un transparent, je parle plus lentement, au moins pour aider la traduction. D’habitude je parle un peu comme une mitrailleuse, on me demande toujours de parler, je parle doucement et je n’y arrive pas, et c’est un choix. Si je vais prendre lentement, je n’ai plus d’idée. Si je parle vite, on ne peut pas me traduire. Je trouve qu’il faut choisir. L’enfer sonore, eh bien, il s’avère qu’actuellement le bruit est devenu sûrement un des plus grands fléaux qui existe.
On ne s’en doute pas, parce qu’on est dans le bain et on ne se rend pas compte. Vous allez voir tout à l’heure en progressant, que vous serez obligés d’y songer, et peut-être d’un peu plus près que d’habitude. L’importance du bruit est telle, que sur une enquête qui a été faite il y a quelques années, eh bien, on découvrait en France, à peu près partout pareil, 50% de Français qui considéraient le bruit comme le fléau numéro un. Et déjà, quand on permet aux gens de réfléchir un peu, ils commencent à s’en rendre compte. Et à l’époque, il y a 7-8 ans, la France dépensait, la France seule dépensait, 25 milliards de francs nouveaux pour le bruit. Quand on regarde ce que ça représente, 25 milliards,
ça commence déjà à faire une certaine somme, mais ça n’est pas abusif en fonction des troubles que ça enclenche. Et le pourquoi ? Eh bien, il s’avère qu’il y a 15% d’absentéisme qui sont liés au bruit. Donc 15% de gens qui ne peuvent pas aller au travail, parce qu’ils sont liés, ils sont abandonnés, rentrent dans toute une pathologie qu’on va voir tout à l’heure, qui est la grande fatigue, fatigue inexpliquée. Il y a également des accidents. 10% des accidents sont liés au manque, en usine notamment, au manque de vigilance. Quand un sujet a été fortement fatigué, quand il est agressé par le bruit, il perd son énergie, il ne peut plus progresser, et là il y a un évanouissement de son tonus et sa vigilance est perturbée.
Enfin, nous avons des collègues ici, j’espère qu’ils ne vont pas se réjouir du fait, il y a 20% de sujets qui sont internés en psychiatrie. à cause du bruit. Et ça donne du travail aux psychiatres, et ça ne résolue pas la question. À un moment donné, il y a quelque chose de dramatique. C’est donc vraiment un enfer que nous traversons, et vous allez voir qu’on est obligé tout de même d’essayer de tenter de faire attention, et ces résultats donnent tout de même une perspective très angoissante. Et qu’est-ce qu’on fait pour ça ? Vous ne verrez malheureusement pas grand-chose. Et le bruit est devenu vraiment une source d’intoxication. Vous avez tous, j’espère que vous ne faites pas comme eux, perçu des familles où la télévision hurle toute la journée,
même deux appareils ou trois dans la même pièce, personne n’écoute, tout le monde dévore tranquillement les quatre lentilles qu’il y a dans l’assiette, mais on a besoin d’un ronron, d’une sorte d’élément d’être bercé par un élément qu’on ne regarde même pas, mais on a besoin de ce bruit-là. Pourquoi faible ? Parce qu’on a besoin d’une certaine ambiance. C’est dramatique. Ça prouve déjà qu’on ne sait plus écouter. Ça prouve qu’on a besoin d’une sorte de stimulation. On verra, l’oreille est un appareil qui stimule le cerveau en potentiel électrique. C’est une nécessité. On a besoin du bruit, plus que de nourriture, mais pas de ce bruit-là. Les gens sont arrivés à ne plus écouter. Ils arrivent à peu près à entendre, à se laisser traverser par ce toxique
qui entre, on verra, par plusieurs voies en dehors de l’oreille. C’est devenu une drogue, une drogue très toxique. On n’a pas encore mis le nom. C’est le bruit comme étant une drogue, mais elle est aussi toxique que beaucoup de produits que nous allons prendre. Et ensuite, les conséquences vont être très, très importantes. Il y a une escalade au bruit. Actuellement, c’est de plus en plus bruyant et on peut se demander pourquoi. Eh bien, il ne faut pas se leurrer. Le premier élément de cette escalade, c’est une question purement commerciale. Plus on vend d’amplificateurs très forts, plus on vend des amplis très forts, eh bien, plus on est content et plus ça rapporte d’argent, c’est sûr. Et quand vous prenez une chaîne de haute fidélité, elle n’est pas très chère,
même les grandes et bien les fidèles. Le haut-parleur, lui, atteint des prix absolument astronomiques justement pour supporter le nombre de voies qu’on voulait faire passer. La deuxième, eh bien, c’est simplement lié au fait que la technologie actuelle permet aux gens de faire de plus en plus de bruit et notamment les chanteurs, les vedettes, font une sorte d’escalade au bruit et c’est celui qui fera plus de bruit qui croit avoir plus de succès. Effectivement, on augmente l’intensité. Et là, j’ai fait un petit schéma qui a été reproduit ici. Je remercie celui qui l’a fait, qui est Monsieur Altard. Et ce schéma-là, je lui ai donné des courbes et il me les a dessinées. Est-ce qu’on le voit ? Ça se voit à peu près ?
Vous avez écouté l’escalade d’Auston. Eh bien, en 60, avant 60, en 57 exactement, les Beatles faisaient déjà du bruit. C’était déjà un peu époustouflant. Eh bien, ils avaient un amplificateur de 30 watts. Quelques temps plus tard, deux ans plus tard, un orchestre académique utilisait 300 watts. Ça, c’était le débordement et c’était déjà l’inquiétude qui commençait à apparaître. Et quand nous sommes arrivés avec Pink Floyd, il avait enfin atteint le sommet de 1000 watts. Eh bien, tout ça, ce n’est rien puisqu’actuellement, grâce à Bob Dylan, on est arrivé à 120 000 watts. C’est déjà quelque chose de colossal, d’impensable, mais malheureusement réalisable. Et nous avons mieux que cela, puisque ici, c’est un nombre de décennies de watts.
Vous avez actuellement, dans certaines discothèques, vous avez des bruits qui dépassent de beaucoup cette intensité. Et on parle actuellement d’orchestres qui vont faire 60 fois 40 000 watts. C’est-à-dire qu’il y aurait cette intensité qui serait ici dans la pièce, nous sortirions tous sourds comme des valets à la sortie au bout de 45 minutes. Donc, c’est important. Mais actuellement, il n’y a pas de réaction. Dernièrement, je lisais, il y a 3-4 semaines, quelqu’un a voulu réagir contre une discothèque qui était en train de m’aimer les oreilles. Et le propriétaire a répondu, et il n’a pas été condamné, au contraire, peut-être à son félicité, je ne sais pas, mais ça a gréé jusque-là, pour avoir la joie d’entendre des bruits actuels.
La musique actuelle et l’intensité actuelle, ça valait bien la peine de perdre son oreille. Oui, mais c’est comme ça, et on ne dit rien. Mais je crois que vous ne direz rien non plus si vous ne battez pas. Les gens vont continuer. Il faut faire comme moi, prendre votre bâton de pèlerin et aller vous battre et le dire. Les conséquences sont dramatiques. Et c’est d’autant plus dramatique que nous avons en France, surtout de Paris ailleurs, le tiers des jeunes qui se présentent au conseil de révision, c’est-à-dire avant d’être militaires, on les examine, le tiers sont sourds, 33%. Ils sont sourds d’une surdité, que nous verrons tout à l’heure, qui est une surdité traumatique. Ils sont des malheureux.
Plus tard, ils ne pourront plus avoir la chance d’être dynamiques. Ils ont embrasé définitivement pour leur vie la posture verticale. Ils ont anéanti leur potentialité de créativité. Enfin, ce sont des plantes vertes que l’on fabrique, et tout le monde le sait très bien, mais nous en avons déjà sur le dos. Il ne leur reste plus rien à ces gens. Ils sont plus jeunes que de traîner un peu comme des pentigrammes, sans avoir d’activité, et un peu désespérés. Que l’on soit sourd quand on a travaillé dans un atelier de chaudonnerie, on a moins d’explications. Mais pour avoir entendu trois fois une musique, car j’ai vu des gens sourds après une soirée dans une discothèque. C’est arrivé en consultation.
Ça dépend. Il y a un facteur personnel très important, comme celui qui boit pas comme un trou, mais pas mal tous les jours, qui se porte bien, et qui malheureusement prend un apéritif par semaine et qui finit alcoolique. C’est une sensibilité très importante, individuelle. Eh bien, le comportement de l’oreille, il est fait pour écouter, bien sûr, mais elle a tout de même des limites. Et on peut se demander quel est le comportement psychologique de l’oreille face au monde acoustique. Là, toujours représenté d’une manière en tout cas amusante. Voilà ce qui m’a été donné. Je peux vous montrer. L’oreille peut entendre des sons qui lui sont agréables. Et vous voyez que là, on a marqué en décibels le nom.
Je vous rappelle que le décibel est une valeur logarithmique. Quand vous avez un son de 0 décibels par rapport à un autre, 10 décibels, c’est 10 fois plus. 20 décibels, c’est 100 fois plus. 30 décibels, 1000 fois plus. C’est une pression acoustique qui augmente logarithmiquement. Eh bien, l’oreille trouve les sons très agréables jusqu’à 50. 50 décibels à peu près. Elle est supportée entre 50 et 90. On commence à arriver à des limites jusqu’à 110. Et alors au-delà, on arrive à ce qu’on appelle le seuil de la douleur. Celle qu’on supporte justement pour avoir entendu la musique actuelle. Et là, le schéma se complète par cette imagerie-là, quelque chose de drôle. Le bruit de la forêt. Le bruit de la forêt, c’est agréable.
Et la musique douce. Quelqu’un qui est en train de parler. Quand on parle, au bout des lèvres, il y a 100 décibels. C’est énorme. Mais le son va se réduire en fonction de la distance, du carré de la distance. C’est en proportion inverse, donc du carré de la distance. Et à peu près, normalement, quand on parle avec quelqu’un, il perçoit entre 60 et 80 décibels. C’est encore supportable. Après ça, vous avez le bruit de la rue, de la ville. La ville se promène d’où même à Paris. On peut considérer que nous avons 80 décibels de bruit de fond. Ce n’est déjà pas trop mal. 80 décibels, c’est le bruit pratiquement d’un train qui entre en gare. Ce n’est pas trop mal. Après, vous avez des engins qui commencent à être très bruyants, notamment les motocyclettes.
Vous avez ensuite certains engins pour labourer. Vous avez ensuite dans les usines. Dans les usines, on va atteindre 110 décibels. Aux Arsenault, nous avions en moyenne 110, 120 décibels. 120 décibels, ça fait donc logarithmiquement 10 puissance 4. Ça fait 10 000 fois plus qu’un train qui entre en gare. C’est donc déjà pas mal. Et bien maintenant, avec les réacteurs, on monte à 130, 135 décibels. Et vous avez des discothèques qui dépassent tout cela. Pas besoin de réacteurs, c’est encore mieux. Quand j’ai quitté les Arsenault il y a bien longtemps maintenant, je mesurais la tare. La tare est l’appareil qui a poussé la caravel. La caravel faisait 132 décibels. Je m’en souviens d’autant, et que je mesurais à l’époque les voix des chanteurs.
J’avais un chanteur qui s’appelait Luc Feny, qui était le grand, grand ténor dramatique français, lequel chantait au tel ou autre. Et bien lui faisait 140 décibels un mètre. C’est-à-dire qu’il enfonçait tous mes réacteurs. Et je crois que j’étais le seul à pouvoir l’écouter dans la pièce. Et quand il chantait, il faisait teinter les cristaux de mon lampadaire. J’en ai eu un autre qui était encore plus fort, il faisait vibrer les vitres. Et je crois avoir été le seul à pouvoir l’écouter de près aussi.
Maintenant, quand il y a du bruit, à quoi pensez-vous ? C’est sûr que vous pensez à l’oreille. C’est à l’oreille que l’on pense. Dès qu’on parle de son, de son de toutes ses formes, on va penser à l’oreille. Et c’est absolument naturel, ça nous semble normal, car pour nous, elle semble avoir été conçue pour percevoir le son, pour l’apprécier, pour le goûter en somme. Mais souvenez-vous, c’est une conception très réductrice. Très réductrice en ce sens que le son passe par bien ailleurs, et on le verra d’ailleurs dans l’expérience que j’ai faite aux arsenaux, elle ne s’accorde pas avec la clinique. Je vous donne un exemple. Aux arsenaux, nous avions des gens qui étaient très sensibles au bruit.
J’avais la chance de les étudier sous tous les angles. Je mettais les gens notamment dans une ambiance sonore. D’une partie isolée du corps, tout le bas du corps. J’isolais le bas du corps en mettant les sujets, donc à moitié corps, dans un grand tube énorme en ciment, et on s’en servait pour les grandes conduites d’eau, de matériaux. Et à l’autre bout, j’avais mis un haut-parleur, et le tout était bien, comme on fait en laboratoire, avec des bouilles de ficelle et des papiers du reste, c’était bien bouché, et je faisais passer de la musique, à un moment donné, dans le haut-parleur. Autrement dit, le sujet avait sa tête en dehors et il n’entendait rien. Sauf, quand je mettais un casque sur la tête,
j’avais la chance de modifier son édition comme je voulais. Quand je supprimais son édition, quand je lui coupais la chance d’écouter, je pouvais faire passer n’importe quoi. Au niveau de ses pieds, rien ne passait. Autrement dit, j’avais à braser le désir d’écouter chez lui, il ne m’arrangeait pas du tout d’avoir des sons qui lui chatouillaient les doigts de pied. Par contre, si je lui donnais une oreille à l’écoute, qui est facile à faire avec des filtres électroniques, il entendait toute la musique à travers la peau. Et là, j’ai eu la preuve que la peau et le système nerveux n’étaient pas la même chose, ça on le sait, mais que la peau était en même temps une partie d’oreille différenciée. Si vous donnez l’autorisation à l’oreille d’écouter,
vous n’écoutez pas qu’avec l’oreille, vous écoutez avec toute la peau. C’est un phénomène très important à retenir. Autrement dit, pour éviter que les gens qui entrent auprès d’un réacteur mettent un casque sur la tête, c’est mieux que rien. Mais pour ne pas souffrir du bruit entrant dans un réacteur, il faut mettre un scaphandre, et là vous ne risquez rien. Sans quoi ça ne peut pas coller, mais c’est aussi inconfortable avec un scaphandre. Donc il y a toute une approche difficile. C’est vrai que très rapidement, les bruits actuels dépassent la protection naturelle de l’oreille. Ça veut dire quoi ? Eh bien, l’oreille est un appareil pour pouvoir percevoir tout un ensemble d’accommodations. Il y a deux muscles extrêmement puissants,
le muscle du marteau et le muscle de l’étrier. Le muscle du marteau est fait pour tendre le tympan. C’est grâce à ce muscle-là que de temps en temps, si ça vous fait plaisir quand vous êtes dans un orchestre, vous entendez la première flûte ou le deuxième violon, ou si il y a une chanteuse sur la scène, vous risquez de m’entendre, mais vous choisissez, il y a une sorte de sélection qui se fait. C’est grâce au muscle du marteau qui va tendre plus ou moins la membrane tympanique. Le muscle de l’étrier qui est à l’intérieur, c’est lui qui va ouvrir ou pas l’oreille interne, qui va nous donner la chance de pouvoir percevoir ou pas. Ce sont des petits muscles, mais d’une puissance extraordinaire par rapport à leur volume et qui ont besoin d’être éduqués.
Notamment, je vous cite ça en passant, mais très souvent on ne fait pas attention à un enfant. L’enfant arrive avec une musculature qui est la sienne et qui, comme toute autre musculature, n’est pas encore bien outillée et prête à se défendre. Eh bien, si on ne fait pas attention, si on donne trop de bruit à un enfant, si on fait, à un moment donné, une trop grande richesse d’intensité, eh bien l’enfant n’a pas la possibilité de se défendre et détruit son air. Donc il faut faire attention à ce niveau-là. Beaucoup d’enfants souffrent terriblement de ce problème. Eh bien, l’oreille, en vieillissant, heureusement s’éduque, elle devient de plus en plus performante. Et quand on entre, comme faisaient les anciens ouvriers,
dans des ateliers où il y avait un peu de bruit, ils éduquaient leur oreille. Très souvent, ces ouvriers avaient été pris pour mettre ensuite sur des moteurs à piston et là, ils arrivaient sur la progression de l’intensité, de l’énergie. Eh bien, à s’accoutumer, de 30 chevaux jusqu’à 3000, ensuite ils pouvaient passer sur les réacteurs. Par contre, des gens, ils l’ont pris d’emblée, ils l’ont mis sur les réacteurs, dans la semaine, par de l’oreille, parce qu’ils n’avaient pas l’habitude de devenir musclés de leurs muscles électriques. Si vous voulez, on doit devenir des athlètes de muscles électriques, c’est le sommet de ce qu’on peut faire avec une écoute. Et ça s’éduque, on y arrive très bien.
Si vous prenez un musicien, par exemple, on a un jeune musicien, ce jeune musicien qui va finir peut-être comme professionnel, mais si vous le plongez dans un orchestre d’emblée, comme ça a été fait à un moment donné avec des jeunes chefs d’orchestre qui avaient la chance de conduire dès l’âge de 7-8 ans, eh bien, vous les avez vu disparaître à 15 ans, ils n’étaient plus sur scène, parce qu’ils étaient sourds. Dans un orchestre à 120 décibels, pour avoir la chance d’entrer dans 120 décibels dans l’orchestre, il faut quelquefois gratter un peu son violon, une demi-heure par semaine, puis si on est bon, 2-3 fois par semaine, si on est bon, de plus en plus performant, on va en jouer 2-3 heures par jour,
et si enfin on est très bien, on va rentrer dans un quatuor, etc. On augmente la défense aux bruits par une musculature qui devient de plus en plus puissante. Et d’emblée, on ne peut pas tolérer des bruits 3 fois. Actuellement, nous avons un gros problème, notamment avec les jeunes, qui ont vu 2-3 fois à la télévision les batteries, c’est la grande mode. Jadis, pour être batteur, il fallait être déjà très chevronné comme musicien, c’était des chefs d’orchestre en règle, qui rentraient dans l’orchestre pour être à un moment donné dans la batterie. Et maintenant, les parents, pour être tranquilles peut-être, pour ne pas se tromper, achètent facilement à un enfant de 7, 8, 10 ans une batterie qu’ils mettent dans une petite pièce,
ils tapent comme un sourd, mais il devient sourd. À 15 ans, souvent, nous ne pouvons plus rien faire. Ça existe régulièrement. Donc l’oreille est dépassée dans ses potentiels naturels. Et qu’est-ce qui se passe ? Eh bien, c’est tout l’organisme qui est perturbé. On verra tout à l’heure pourquoi. Je crois que c’est important qu’on ait déjà cette notion. Souvenez-vous encore une fois, donc, que la peau, on a pu le démontrer, j’ai pu le démontrer il y a bientôt 30 ans, la peau et l’oreille, c’est le même organe. La peau est un morceau d’oreille différencié. La comparaison que je puisse vous donner, pour mieux comprendre, vous avez un œil, cet œil va regarder, il regarde avec toute sa rétine, en définitive, pratiquement.
Mais s’il veut viser, il va prendre la partie centrale sous-jacente, qui s’appelle la macula, ou la tache jaune, c’est un peu en-dessous de la partie centrale, et là, il va viser les choses. Eh bien, la peau perçoit. Elle encaisse le bruit. Mais quand elle voudra viser les bruits, elle va se servir de sa macula, qui s’appelle la cochlée. La cochlée est la partie qui fait l’analyse des sons dans l’oreille. Il y a deux appareils dans l’oreille, un qui s’appelle le vestibule, qui commande tous les muscles du corps et assure la verticalité, l’analyse des sons, qui nous permet, à un moment donné, de suivre le langage dans toutes ses analyses, et avec une vitesse qu’aucun appareil électronique en corps
ne sache seulement dépasser. Actuellement, le drame de l’hypertrophie de l’intensité aboutit à des aberrations sonores qui envahissent l’espace vital. Et cet espace vital, on peut déjà le vivre, d’une certaine manière. Il y a des coins du monde où l’air ne vibre pas beaucoup. Et vous êtes tous promenés, maintenant c’est l’habitude de le faire, et sans doute beaucoup d’entre vous ont été à l’aéroport de Madrid, par exemple. Eh bien, pour nous, parisiens, nous sommes un peu anéantis quand nous arrivons à Madrid, tant il y a de bruit. Pour un espagnol, ça va très bien, il ne s’en rend pas compte. Et si vous aviez la chance d’entendre des enregistrements du Tibet, vous verrez que c’est un bruit incessant,
du chant de tous les côtés. Eh bien, dans le Tibet, c’est vrai que quand on monte en altitude, l’air se raréfie, les fréquences élevées, et risque, à un moment donné, de ne pas avoir le bénéfice de ce que donne le son, c’est-à-dire les parties aiguës, de donner de l’énergie au cortex, et là le sujet est obligé de faire des sons toute la journée, les fameux Aum, tout ce que vous voudrez. Il y a donc un besoin, une nécessité, d’activer le cerveau, ou alors vous devenez adynamique, comme à un moment donné, perdant tout élan vital, justement. Eh bien, encore une fois, quand l’oreille est bousculée dans tous ses processus de défense, il y a un taux d’agression, car elle devient, si elle n’est plus opérationnelle,
si elle ne joue plus, c’est toute la peau qui laisse tout passer, et on voit des gens qui se détériorent facilement dans leur état général. Elle se détériore d’une manière curieuse, l’oreille. Elle va arriver à une surdité que l’on va trouver tout à l’heure, une surdité particulière, qui s’appelle une surdité traumatique, traumatosonore, exactement. Elle est typée, dès qu’on la voit, on fait le diagnostic, c’est une surdité qui frappe certains points, mais qui ne désorganise pas toute oreille. Il n’y a qu’une partie d’oreille qui va être abîmée, et on va bientôt la retrouver. Est-ce que les traducteurs arrivent à s’en tirer, ou je parle trop vite ? Quasi-quasi ? Je vais tâcher d’aller encore plus doucement.
Ce qui est frappant, quand on travaille auprès des gens, dans du bruit, ou même chez les jeunes actuellement, c’est que peu à peu, on les voit accumuler une certaine fatigue, et ce qui est très important, c’est qu’il y a une sorte de détérioration de l’état général. Et en même temps, on va voir les fameux troubles psychiques apparaître. Et j’avais la chance dans l’arsenal d’avoir une population énorme qui travaillait dans le bruit, puisqu’il y avait 10 000 ouvriers, les 10 000 n’étaient pas sur réacteur, mais beaucoup souffraient du bruit, et j’ai eu la chance de travailler avec eux, même sur les bancs d’essai, pour pouvoir vivre avec eux, pour pouvoir se récupérer. Leur psychisme s’est dégradé,
il devenait irritable, insupportable, revendicateur, mais je ne l’avais pas compris au départ. Le cerveau est un intégrateur fantastique, et peu à peu, je faisais la somme de mes observations, mais c’était difficile de pouvoir le réaliser au jour le jour, et ça allait tout de même assez doucement. Je vous disais que l’oreille allait arriver à une surdité traumatique. Cette surdité traumatique est faite pour deux raisons. Elle est fonction de la qualité du bruit. Si le bruit dépasse 130 décibels, c’est sûr que c’est dramatique. Elle est fonction également de la sensibilité individuelle. Je vous l’ai dit tout à l’heure, un sujet peut être plus sensible qu’un autre. Je vous donne un exemple. Nous avions aux arsenaux,
à l’époque, c’était une exception, une jeune femme polytechnicienne, en France, l’école polytechnique est le sommet des écoles françaises, avec une normale supérieure. Elle avait demandé d’être spécialisée dans les souffleries. La soufflerie, ça fait au minimum 130-120 décibels. Cette jeune, toute contente d’arriver à la fin de ses rêves en ayant cette fonction, s’est trouvée coincée, parce que dès qu’elle montait sur les réacteurs, au bout de quelques jours, elle commençait à maigrir. Elle perdait facilement 5-6 kilos dans la semaine, au maximum 15 jours. Je la retirais, je la mettais à l’abri. En un mois, elle avait tout récupéré. Et puis elle recommençait. Mais elle récidivait ses altérations,
à un moment donné, de poids. Si bien que malheureusement, on a été obligé de lui dire de faire autre chose. Elle avait un poste aux arsenaux, mais elle en trouvait un autre, mais ce n’était pas celui qui lui plaisait, c’était un autre détail. Il fallait tout de même la protéger, car on aurait été beaucoup plus loin, la dégradation aurait été telle qu’elle aurait été sourde et peut-être le bruit, la qualité du bruit, est importante, et également la quantité. C’est une autre notion que vous êtes en train de vivre maintenant. Vous pouvez faire passer une musique avec un baladeur à 90 db, ça ne paraît pas très fort. Donc, vous pouvez très bien ne pas souffrir, mais si vous l’écoutez huit heures par jour,
la musculature ne peut plus faire de défense. Vous voyez, la quantité est également importante. Une comparaison, parce que ce sont des muscles qui sont très importants. Vous avez une main. Dans cette main, vous mettez un poids de 100 kg. Vous avez un beignet, ensuite, à la place d’une main, bien agréé par terre. Maintenant, si vous mettez 1 kg, vous allez supporter. Si on demande de tenir 1 kg pendant 3 heures, vous verrez qu’il y a une lassitude, mais la musculature fait la même chose. Donc, à un moment donné, un processus va augmenter. L’altération de cette oreille, si vous êtes dans la chambre, faites attention, et d’avoir institué tout un cycle d’examens, l’oreille va rapidement à une irréversibilité,
une détérioration de la perception avec tout ce que ça va donner tout à l’heure. On va le voir. L’oreille se trouve détruite, désarticulée, mais pas détruite en totalité. Voilà l’allure qu’elle va prendre. J’ai dessiné, c’est très schématique. Voilà l’allure qu’elle a quand elle est théoriquement normale. Ça, c’est le deuxième point. C’est l’audiométrie classique du type américain, où tout a été aligné sur le phénomène de physique et non pas de physiologie. On a une courbe comme celle-ci. En bleu, c’est la courbe que l’on obtient quand on mesure l’oreille avec un audiomètre classique, avec l’écouteur. En rouge, c’est avec un vibrateur. En rouge, ça nous donne la prétention de mesurer le nerf. C’est faux.
Il y a la peau qui est là, il y a l’os qui est là, il y a l’excitation de toute la boîte crânienne de l’oreille interne, et ensuite l’excitation des cellules. Puis le nerf est enfin au bout. Enfin, nous avons pris l’habitude en disant en rouge, c’est la perception par conduction osseuse et l’autre par conduction aérienne. Une oreille comme celle-ci, exposée au bruit, encore en fonction de l’individu, au bout de quelques temps, va avoir une dégradation qui est de ce type-là. Elle commence comme ceci. Cette dégradation montre ce qu’on appelle un trou ou un scotone. C’est un trou qui est toujours à 4000. Très rarement à 2000. Rarement ailleurs. Et aux arsenaux, nous avions essayé de déplacer ces 4000, en faisant passer notamment
des sons très très graves. On pensait que nous aurions une lésion dans les graves. C’est exceptionnel que vous ayez une modification dans les graves, et c’est toujours à 4000. Au départ, on l’admettait. Vous ne savez pas. Maintenant, je sais pourquoi. Enfin, à l’époque, c’était comme ça. Si par hasard vous laissez le sujet dans le bruit, et si par hasard vous ne le soignez pas lorsqu’il a démarré une telle surdité, eh bien, elle est évolutive. Peu à peu, l’oreille s’est dégrade, et elle va prendre cette allure-là. Il n’y a plus d’aiguë, plus rien. Le sujet commence à être gêné. Gêné quand il y a du bruit. Gêné quand plusieurs personnes parlent. Il commence à tendre l’oreille. Et ça devient… Il n’ose plus aller au restaurant.
Il est très angoissé dès qu’il rencontre du monde, parce qu’à un moment donné, il l’entend toujours, mais il ne comprend plus rien. C’est un drame absolu. Est-ce que c’est irrémédiable, irréversible, comme je l’ai dit tout à l’heure ? Eh bien, il y a d’abord un moyen d’éviter que ça n’arrive. Nous avions travaillé aux arsenaux. Nous avions la chance d’examiner les gens tous les 3 à 6 mois. Et je vous rappelle qu’il y en avait en tout cas au moins 2000 qui travaillaient sur les réacteurs, donc il fallait être outillé pour les voir systématiquement. Et nous avons travaillé avec mon époux dans une toute à charbon, et nous regardions pour ceux qui font des examens d’écoute ici, dans des années, nous en avons fait 30.
Par jour. Je ne sais pas si vous voyez ce que ça représente comme travail. De temps en temps, on aurait préféré être un peu dehors. Mais ça n’avait pas permis de décéder une phase. Une phase d’alarme. Une phase d’alarme où subitement l’oreille va se présenter de la manière suivante. Vous savez, tout à l’heure, tout était linéaire. L’oreille reste encore linéaire. Mais on voit le rouge, d’ailleurs le nerf, qui commence à passer. C’est un nerf en souffrance. Il n’est plus protégé par cette partie-là. Maintenant, nous savons que cette partie-là est dirigée par le muscle de l’étrier et l’autre par le muscle du marteau. Lorsqu’on a cela, si on intervient vite, si on protège le sujet, si on l’élève
tout de suite du banc d’essai, son oreille est récupérée très vite. En 8, 10, 15 jours maximum. Et s’il y a des altérations par ailleurs, il les récupère. Et ce que nous faisions à l’époque, avant de reponger le sujet dans le bruit, nous l’éduquions, nous le mettions sous l’oreille électronique. Parce qu’ils savent ce que c’est. On n’a pas eu de rééducation qui joue comme l’oreille moyenne devait jouer. On apprend au muscle de l’étrier à faire une certaine gymnastique pour récupérer. Et ensuite, on l’a repongé dans le bruit sans dégâts. Quand je vous dis tout à l’heure que l’oreille complètement détruite était irréversible à un certain point, c’est vrai qu’on ne crée pas un air qui est mort, on ne le fabrique pas.
Encore que maintenant, on est en train de réviser un tout petit peu. On sait que des cellules arrivent à se régénérer. Enfin, c’est le démarrage de toute une nouvelle ère. Mais quand on a une oreille très abîmée, comme on peut le voir, je vous l’ai montré, il y a des gens qui ne peuvent plus aller à un moment donné, quelque part, sans souffrir du bruit. C’est paradoxal. Vous avez des gens qui sont sourds et dès qu’il y a le moins de bruit, le moins de papier froissé notamment, on les voit à un moment donné grimper au mur tellement ça leur fait mal. Mais à cela, on arrive à le rééduquer. Et on leur apprend, avec leur mauvaise oreille, à avoir le désir d’écouter. Et par expérience, il vaut mieux avoir
une oreille mauvaise qui a envie d’écouter qu’une très bonne qui refuse d’entendre. Ça arrive assez souvent. J’ai été contacté très tôt je dirigeais donc le laboratoire fisiologique et acoustique. J’ai été contacté très tôt par le professeur Meunier entre 47 et 51. Ça fait un peu longtemps. Sachant que je m’occupe plus de bruit et c’est à des humains. Le professeur Meunier, accompagné de son élève le professeur Lehmann, était venu me voir pour me poser un problème qui était celui de la crise audiogène de la souris blanche. Au début, ça ne me disait pas grand chose. Je ne sais pas si ça vous le chante déjà. Mais la crise audiogène, c’est quoi ? Eh bien, il y a une espèce de souris. Une espèce de souris bien spécifique
qui a le malheur de ne pas traverser du tout le bruit. Quand on la met au bruit, elle est prise subitement d’une paralysie des membres inférieurs. Dès qu’on atteint 110 décibels, au bout de 5 à 10 minutes, elle est très agitée. Ses jambes postérieures commencent à se paralyser. Et si on la laisse, elle commence à trembler de plus en plus. Si on la laisse au bout d’une demi-heure, une heure, elle est morte. Mais… Donc Meunier venait me demander mon avis. Et je faisais comme lui, je ne savais pas de quoi il s’agissait. Et pendant des années, il la cherchait, moi aussi. Et maintenant, avec le recul, je sais ce que faisait cet animal. J’étais trop centré sur l’oreille pour le découvrir. Je n’avais pas encore découvert que l’oreille et la peau,
c’est la même chose, ça passait partout. Maintenant, je sais pourquoi. En fait, pour ceux qui travaillent avec nous, et les psychiatres l’ont rencontré, quand ils ont une anorexie, c’est en même temps un spasmophile, un tétanique. Quand vous faites passer trop de son aiguë à quelqu’un qui est un tétanique, un schizoïde, il commence à avoir à un moment donné des tétanies, c’est-à-dire des muscles qui se bloquent. On peut avoir des muscles qui se bloquent, voir un peu se mettre gêné. Si vous prenez une tétanie, une grande spasmophilie, on le voit à un moment donné fixer ses doigts et ses bras jusqu’à être gêné pour respirer. Si la crie continue, on peut aller jusqu’à la mort. Fais attention. Eh bien, c’est ce que faisait la souris blanche.
À l’époque, Meunier m’avait tout de même induit à autre chose. Lehmann, surtout, c’est lui qui travaillait. Lehmann était au laboratoire de Jouy-en-Josas et le professeur Moniz était en Sorbonne. Et il m’avait fait vivre également l’expérience, mais faite sur des rats. Le rat, lui, ne meurt pas. Mais il n’est pas heureux non plus. Dès qu’on dépasse un certain niveau, il devient nerveux, il devient agressif, insomniaque et stérile. Donc, il y a déjà une modification de l’ensemble. Moi, en parallèle, j’essayais de voir ce que je pouvais trouver aux arsenaux. Eh bien, j’avais découvert que mes jeunes, qui étaient sur les réacteurs, présentaient le même schéma, qui était fait de nervosité, d’irritabilité.
Plus personne ne pouvait faire quoi que ce soit dans la maison sans que les casseroles se mettent à balancer, tellement le sujet était nerveux. Il y avait de l’agression. Il était en même temps insomniaque. Je n’ai pas pu vérifier s’il était devenu stérile, ils ne me l’ont pas raconté. Une parenthèse que je n’ai pas élucidée. De plus, il y avait une tachycardie, une tension élevée et, bien sûr, des émissions auditives. Je ne savais pas non plus pourquoi. Enfin, c’était quand même intéressant de le constater. Une jeune femme chercheuse, un médecin,
Josette Dellaqualla, je ne sais pas si vous vous souvenez, avait trouvé, et j’étais d’accord avec elle, qu’il y avait une augmentation de catéchonamie. C’est-à-dire de production sérénalienne, de corticoïdes également. Donc, une simulation de l’axe hypophysio-sérénalien et, surtout, une chose qui m’a intéressé quand je travaillais à peu près sur la même chose, mais sur les chanteurs, une excitation osseuse. Effectivement, quand vous faites des sons et que ces sons sont bien faits, ils sont faits par conduction osseuse et c’est le seul moyen pour atteindre l’hypophyse et l’épiphyse. Vous avez vu que des gens essayent de faire, à un moment donné, pour essayer d’exciter ses glandes, notamment en yoga, on se met sur la tête,
on fait l’arme à l’envers, tout ce qu’on veut, mais vous pouvez avoir une hypophyse bien irriguée, mais si elle n’est pas allumée, si elle n’est pas excitée, on ne peut pas le faire. Et ça vous explique que les grands chanteurs qui chantent bien, qui ont une boîte crânienne qui vibre à très grande intensité, ont une énergie colossale, une vitalité énorme, parce que tout le processus de stimulation réapparaît. Aux arsenaux, donc, on s’était rendu compte que aux réactions somatiques, vous l’avez dit tout à l’heure, correspondait toujours une lésion auditive, ce qui m’a permis après de jouer. De jouer, et il y a là tout de même quelque chose qui était important, c’est que nous n’avions pas d’éléments
pour savoir ce que pouvait être une intoxication réelle, si ce n’est une intoxication au bruit, il n’y en a pas d’argument clinique, si c’est une lassitude. Et cette lassitude a été très longtemps inexpliquée. Je crois qu’elle est encore pour beaucoup encore inexpliquée. Nous commençons à la comprendre. Le sujet va bien, vous faites tous les examens de la Terre, vous ne trouvez rien, c’est aussi mystérieux, il y a une fatigue, et puis un amégrissement qui est aussi mystérieux, comme je l’ai mis là, que la fatigue elle-même, et seul sera noté, à un moment donné, une sorte d’accélération de la vitesse de la cimentation, qui va au fond dans les pathologies, quand on a une pathologie toxique, on a une augmentation, dans beaucoup de maladies,
de la cimentation, et une eosinophilie. Cette eosinophilie, c’est-à-dire que les eosinophiles montrent qu’il y a un parasite quelque part, qu’il y a quelque chose, une infection qui envahit, notamment parasitaire, et cette eosinophilie, je l’avais trouvée de la manière suivante, déjà aux arsenaux. Vous prenez un sujet, vous lui envoyez un faisceau de son en pleine figure, vous voyez au contraire les eosinophiles qui descendent. D’habitude, ils sont à zéro. Enfin, s’il y en a un peu, on les voit se réduire. On trouve des eosinophiles dans l’asthme, vous avez une grande signature de l’asthme, donc il y a une allergie, une intolérance. Vous passez le même faisceau au niveau de l’abdomen, subitement les eosinophiles montrent.
Eh bien, c’était les seules choses qu’on pouvait trouver. Comment expliquer qu’un bonhomme qui fasse un peu d’eosinophilie se mette à maigrir de manière terrible ? La seule chance était de le mettre au repos et d’essayer de voir que ça se passe. Encore une fois, le seul test qui jouait, c’est que le sujet mis au repos récupérait.
Qu’est-ce qui se trouvait modifié ? Il se trouvait beaucoup de choses modifiées, mais comme ça, c’est difficile. Quand vous voyez un sujet tous les trois mois, quand vous le voyez quand même régulièrement aux arsenaux comme je le faisais, quand vous voyez quelqu’un de près de vous qui devient sourd progressivement, on ne se rend pas compte des modifications. Eh bien, aux arsenaux, j’avais équipé tout un laboratoire qui me permettait de faire, dans les médias, des recherches tout à fait différentes. Je plongeais le sujet dans une autre atmosphère auditive. Grâce à des fils, je le faisais entendre comme s’il était sourd. Je le faisais entendre comme s’il était sourd traumatique. Et immédiatement,
je voyais beaucoup de choses. Je rétrécissais son champ auditif qui s’altérait. Le bruit devenait pour lui sans harmonique. Il était adynamique puisqu’il n’avait plus, à un moment donné, de charge corticale. Il n’était plus assuré. Et en même temps, sa voix devenait sourde. Mais pour lui, les sons étaient sourds également. Ils étaient blancs, sans relief, ternes, lassants, étouffants, non rechargeants. Il y avait donc là, devant nous, quelque chose qui se passait. C’est important. Et surtout, on assistait d’emblée à quelque chose qui se passe par la suite. C’est que le sujet entend sans comprendre c’est vraiment la signature de la sourdité dite de transmission, dite de perception et traumatosonore.
Eh bien, c’est le modèle de la sourdité professionnelle. Et je dis toujours qu’il vaudrait mieux ne rien entendre que de jouer à ce jeu-là. Effectivement, ce sont des malheureux qui ont toujours l’oreille à l’éveil. Ils entendent juste quelque chose qu’ils ne peuvent pas décoder. Et ils comprennent tout de travers. Ils sont insupportables. Et vous verrez qu’en plus, on ne tolère pas les sourds. Tant on est prévenant pour un aveugle, autant on l’entoure, autant on est près de lui. Un sourd, vous le mettez au bout de la table et quand il a fallu lui dire 12 fois la même chose et tout l’esprit de finesse a disparu, eh bien, vous négligez le sourd et il est encombrant. La destruction psychique va suivre, bien sûr,
le schéma auditif et la progression est d’autant plus grande que le champ auditif se rétrécit de plus en plus. Les problèmes comportementaux peuvent être rencontrés et quand on est dans un laboratoire, et on peut aller très loin, on peut aller depuis le simple agacement, il y a des sons qui nous agacent, qui nous taquinent, jusqu’à la crise d’épilepsie. Donc il faut faire attention. Il ne faut pas vous permettre d’envoyer trop de sons. Notamment si vous envoyez des sons déséquilibrés, plus d’une oreille que de l’autre, vous avez, à un moment donné, un déclenchement d’énergie différente et dans chaque oreille, vous avez une différence de potentiel et le clash d’épilepsie peut se faire. Donc il faut faire attention.
Mais beaucoup d’éléments d’épilepsie peuvent être réduits à rien si on arrive à rééquilibrer les oreilles quand, chez les épileptiques, il y a toujours, à un moment donné, une différence de potentiel. Les musiques actuelles sont dramatiques. Je vous le disais déjà tout à l’heure et si vous lisez sans trop de passion et sans être trop engagé, je ne suis pas contre les gens qui font de l’expérience, mais si vous suivez de près, sur le plan médical, les grandes manifestations comme il y en a en Allemagne ou dans l’île de Wight dans le sud d’Angleterre, vous verrez qu’il y a toujours un nombre incalculable d’hospitalisations après la séance et quelques-uns qui meurent. Et ça, on ne le chante pas, on ne le dit pas.
Il y a toujours quelques hospitalisés immédiats au cours de la grande séance et ce sont des troubles cardiaques profonds. Maintenant, nous savons pourquoi. Le bruit peut vous prendre aux tripes. Ça peut se manifester par un agressement, je vous l’ai dit, mais un vomissement, des palpitations, vous avez un blocage respiratoire, enfin mille choses qui peuvent arriver. Et bien, souvenez-vous que tout ça est lié à un air qui s’appelle le vague. Le vague. Ou la dixième paire crânienne. Le vague est un air fantastique. C’est le seul air du corps qui a toutes les fonctions. C’est le seul air du corps qui a toutes les fonctions. Il est à la fois moteur, sensoriel et neuro-végétatif. Autrement dit, il fait tout.
Il est tellement vaste comme répartition qu’il fabrique à lui seul pratiquement le parasympathique. On l’appelle parasympathique, un air qui devrait être parallèle au sympathique. Mais il se trouve que nous l’avons tellement pollué, tellement traumatisé, tellement empli d’éléments inutiles qu’au lieu d’être le parallèle du sympathique, au lieu d’être une sonde qui nous permet de savoir comment nous respirons, comment notre corps peut battre, comment l’intestin peut marcher, il est devenu l’antagonisme du sympathique. Au lieu d’en faire la balance, c’est lui qui empêche le sympathique de marcher. C’est pour ça que quand vous n’êtes pas bien, c’est parce qu’il y a barrage qu’on n’est pas sympathique.
Dans la vie actuelle, on ne comprend plus rien et le sympathique est bridé. Le sympathique est un système autonome qui ne marche pas avec le système habituel mais qui est branché directement sur le cosmos. C’est lui qui règle le tic-tac cardiaque, qui règle la respiration en sévérerie, qui règle la nutrition et qui va régler jusqu’à la reproduction. Dans le monde moderne, on a oublié ces détails. Tout ce qu’on sait, c’est d’essayer de le soigner quand il ne va pas bien, c’est plus sympathique. Eh bien, pour bien comprendre ce qui se passe, le nerf vague, quand il émerge du crâne, il envoie d’abord un petit faisceau pour la dure mer dans le crâne, et puis il a un faisceau qui s’en va à l’extérieur
qui va innerver la paroi externe du tympan, la membrane tympanique, et la partie inférieure du conduit auditif externe. Autrement dit, le bruit, le bruit va le chatouiller. Or, ce nerf va descendre, il va s’anastomoter, se souder, avec la neuvième paire pour innerver toute pharynx, il va innerver ensuite le larynx, moteur et sensoriel, il va innerver ensuite les bronches, l’ésophage, il va innerver l’estomac, il va innerver, à un moment donné, au passage l’intestin, la rate, les deux reins, tout l’intestin grêle et le golon, et jusqu’à l’anastomose, jusqu’aux encas génitaux. C’est un nerf fantastique qui se balade partout. Mais si le son est trop puissant, tout le reste se met en résonance. Nous avons la chance ici d’avoir
une amurassée qui vient directement du Japon. Elle connaît un son qui s’appelle le kiai. Eh bien, un kiai, et on fait ça dans le judo, on dit que c’est un son qui va tuer. Je n’ai jamais vu, j’ai analysé beaucoup de kiais, il y en a à peu près 140, j’en ai analysé plus d’une quarantaine. Eh bien, le kiai ne tue personne. Mais quand vous faites un bon kiai, eh bien, subitement, vous êtes complètement cisaillé, vous ne pouvez plus respirer pendant quelques dixièmes de seconde, et le cœur s’égale affolement, ce qui laisse à l’autre la chance, à un moment donné, de vous attaquer un peu plus fort. Et ce même kiai, si quelqu’un s’est évanoui, vous faites un kiai, il se réveille, toujours parce que vous l’avez touché,
à la fois le cœur, le poumon et tout le reste. Donc là, à un moment donné, quelque chose qui va très très fort, et je pense, et on en parlait cet après-midi, le kiai sort du ventre, du hara. Pour faire un beau kiai, il faut que le son sorte de tout l’être, à un moment donné. Enfin, voilà l’explication aimée de toutes les tétanies, de tous les troubles, des troubles cardiaques, et pourquoi beaucoup de gens, dans le bruit, à un moment donné, finissent hospitalisés parce qu’ils n’arrivent plus à réguler. Quand vous parlez, par exemple, quand elles sont anti-rythmées, ça va bien de temps en temps, une syncope, ça va bien, mais quand vous faites une musique trop syncopée, qu’elle n’est pas dans le rythme cardiaque,
vous perturbez votre rythme cardiaque, vous êtes gêné. Pour ceux qui travaillent avec nous, ils savent comment nous récupérons une oreille. Au contraire, on va l’induire à avoir des rythmes physiologiques, et il y a des musiques qui sont basiques essentiellement sur les rythmes physiologiques, notamment Mozart. On me demande toujours pourquoi Mozart, mais l’essentiel de Mozart, c’est qu’il a écrit au rythme de son cœur, au rythme de sa respiration. Ce n’est pas tout à fait un rythme d’adulte, c’est pour ça qu’il nous donne tellement de vitalité, c’est un rythme d’enfant. Mozart a été conditionné lui-même pour avoir eu la chance de composer dès l’âge de trois ans, c’est qu’il lui a donné la chance, à un moment donné,
d’avoir un rythme accéléré, mais il a toujours été jeune, et que vous preniez Mozart au début ou à la fin, c’est toujours du Mozart jeune. Par contre, avec un cœur qui bat si vite, il est mort très jeune. C’est le phénomène de celui-là. Vous pouvez quand même écouter du Mozart, vous n’allez pas mourir tout de suite, mais il va tout de même vous donner beaucoup d’énergie et beaucoup de vitalité. Faites-le, vous ne l’écouterez jamais, assez. Une autre musique qui est bâtie sur le rythme et sur la respiration, c’est le grégorien. Mozart a ceci d’être extraordinaire, c’est que non seulement il joue sur toute l’oreille, mais il implique de faire ressentir tout ce que l’oreille sait nous donner. L’oreille, comme je vous l’ai dit tout à l’heure,
a deux appareils, un qui se trouve être le vestibule, l’autre qui se trouve être la cochlée. Le vestibule est la partie la plus archaïque, elle est faite de deux appareils, l’organe, une partie qui s’appelle l’utricule, l’autre le saccule. L’utricule est faite pour l’horizontalité de la tête, c’est vrai que les écoutons ont une posture bien définie. Deuxièmement, le saccule est faite pour assurer la verticalité, c’est vrai que les écoutants ont une verticalité du tronc. De surcroît, le nerf qui fait marcher le muscle étrier est le nerf qui fait marcher tous les muscles de la face. Pour les dames qui sont ici, elles savent faire des sons, elles verront disparaître leurs rides. Pour les hommes, c’est pareil,
c’est le meilleur lifting, c’est le même nerf qui énerve le muscle de l’étrier et qui va énerver à un moment donné tous les muscles de la face. Vous avez une belle image de ce pauvre André Sauve, on n’a qu’à prendre la tête de Beethoven, qui s’était réduit à un moment donné comme une punne fripée, mais il a fait tout le geste qui l’a rendu de plus en plus sourd sans s’en rendre compte. Il aurait fait l’inverse et il aurait joué peut-être autrement, ça aurait été dommage pour nous parce qu’il a laissé de belles choses. Par contre, si vous regardez la face de Mozart, il n’y avait rien, il y avait au contraire un front très ouvert et aucune ride nulle part. Eh bien, je pense, avant que vous me posiez des questions,
qu’il faille sensibiliser les pouvoirs publics. Je vous le dis tout de suite, c’est une usure de longue haleine. J’ai commencé moi à me battre contre le bruit vers 1950 à peu près. Je suis long et découragé. Mais je suis arrivé quelques temps plus tard à faire que la société professionnelle soit enfin agréée pour avoir une indemnisation pour les malheureux. Encore que c’est très difficile. Je vous donne quelque chose qui est malheureusement arrivé. Impossible de faire accepter pour un malheureux qui devenait sourd sur les réacteurs qu’un jour il ait la chance d’être remboursé de quoi que ce soit. Et j’ai consulté dans plusieurs arsenaux et subitement, j’ai appris par le colonel qui était là, que quelqu’un venait enfin d’être accepté pour surdité professionnelle.
Pour moi, c’était la joie, c’était l’aboutissement. Or, c’était la secrétaire de ce brave colonel qui avait été acceptée comme sourde parce qu’elle tapait à la machine. Alors, tapée à la machine, elle avait rendu sourde. Alors, j’ai demandé bien sûr d’examiner son oreille. Ce qui était le plus beau, c’est qu’elle avait une auto-spongeuse. C’est-à-dire, rien à voir avec le phénomène de surdité professionnelle. Elle avait une surdité qui est opérable, qui n’a rien à voir, une était transmission, l’autre était perception. C’est la seule femme que j’ai vue d’emblée bénéficier d’une rente d’État pour surdité professionnelle. C’est vrai qu’on peut se peiner avec une machine à écrire. On n’en a plus maintenant, tant mieux.
Mais une machine à écrire, le tap-tap-tap-tap semble rien. Ce sont ce qu’on appelle des transitoires. C’est un son brutal et l’oreille ne peut pas supporter les transitoires. Elle n’a pas le temps de se défendre. Même si vous envoyez très vite un faisceau très lumineux dans l’œil, il n’a pas le temps de se contrôler assez vite. Il y a un temps de latence. Il est de 19 millisecondes pour l’oreille. Il faut 19 millisecondes pour préparer l’oreille. Mais quand le top est parti, c’est sûr que l’oreille a travaillé pour rien. Donc, il faut civiliser les pouvoirs publics. Mais n’ayez pas peur, vous allez perdre votre temps, mais il faut mettre, comme le gouvernement change, on recommence. Ce n’est pas grave.
Mais un jour, on y arrive. Sans doute, ils sont lassés. Il faut y aller. Il faut également sensibiliser les familles. Actuellement, tout le monde est perturbé. Ils ne comprennent plus rien. Vous rencontrez vos familles, leur enfant s’est détruit en écoutant des musiques trop riches. C’est eux qui vont acheter la future trompette la semaine d’après. Il n’y a rien à faire. Et pourquoi pas chaque jeune individuellement ? Quand je prends un jeune qui commence à lui expliquer, quand il commence à avoir quelques ennuis, il y en a quelques-uns qui sont un tout petit peu gênés. Peut-être qu’il serait bon que nous montions, nous qui travaillons dans ce domaine, à un moment donné, qu’on prenne un peu de temps
et qu’on les mette pendant deux quarts d’heure sur une oreille qui n’entend rien, avec des fils, avec une oreille électronique. C’est facile de mettre le sujet pendant un bon quart d’heure comme s’il était avec des oreilles comme des chiens de chasse. Quand il va vivre là-dedans, il va se rendre compte dans quel univers il risque de s’enfoncer. Il faut le faire. Il faut présenter aux gens cette dimension. Les bruits auxquels j’ai fait allusion, vous avez vu, sont les bruits industriels, les musiques actuelles et les baladeurs. Quand les baladeurs sont apparus, immédiatement j’ai vu le danger et je me suis permis d’agiter en France la direction de Sony que je connaissais bien. Le directeur était très favorable à ce que je racontais,
à tel point que j’ai fait un dossier qui est parti à la direction de Sony au Japon. On m’a fait répondre qu’il s’en fichait complètement. L’intérêt commercial était tel, comme mon histoire, c’est moi qu’on a envoyé balader, pas le baladeur. Aussi bien qu’on l’avait donc coincé dans le système. Maintenant, une notion qui est intéressante et qu’il faut qu’on se mette en tête, et les gens ont pensé que ça pouvait rendre service, puisque le bruit est si nocif, le silence doit être extrêmement bénéfique. Ça paraît logique. Premièrement, qu’est-ce que c’est que le silence ?
Est-ce qu’il peut l’être bénéfique ? On confond le silence, pour les gens, c’est ne rien entendre. Ce n’est pas vrai, il y a des milliers de silences. Et si vous voulez, le son, en fait, vous l’analysez bien, c’est une modulation du silence. Ici, par exemple, du côté acoustique, c’est fabuleux, la chambre serait sourde, je serais en train de m’époumoner, et je verrais vos oreilles s’allonger pour m’écouter. Donc, il y a à un moment donné un effort considérable, et là, tout est donné. Ça dépend de l’ambiance, cela. Il y a un bruit de forêt, il y a un silence, mais un silence vivant. Nous avons besoin d’un silence qui chante, pour que la vie soit dynamique, pour qu’on soit, à un moment donné, toujours plein d’énergie.
Il nous faut, à un moment donné, quelque chose de sous-jacent, qu’il soit toujours prêt. Vous êtes tous entrés dans une chambre réservérante, même si vous ne faites pas de bruit, il y a quelque chose. Dans votre salle de bain, vous avez envie de chanter, parce qu’il y a une réverbération qui se fait. Maintenant, une expérience que vous pouvez faire, elle peut être donnée à tout le monde si on cherche un peu, c’est d’entrer dans une chambre dite anacoïque, c’est-à-dire qu’elle ne donne pas du tout, du tout, de réverbération. Une chambre qui ne peut pas donner d’écho anacoïque. Eh bien, vous mourrez. À un moment donné, c’est terrible. J’ai fait beaucoup de mesures à l’intérieur, on mesure les microphones, on mesure n’importe quoi
dans ces chambres-là, à titre d’essai. Ce sont des chambres hyper insonorisées. Vous ne pouvez pas, vous ne pouvez pas vivre à l’intérieur. Pourtant, il y a de l’air, il peut y avoir autant d’oxygène qu’il veut, mais c’est un air qui ne vibre plus, c’est un air mort. Et vous ne le sentez plus. Or, quand nous vivons, nous sommes dans un bain de stimulation qui va sur tout le corps, et souvenez-vous que pour que ça marche bien, les Canadiens qui ont étudié ce problème, il faut que nous recevions 3 milliards de stimulations par seconde au moins quatre heures et demie par jour. C’est pour ça qu’à un moment donné, on a besoin de ce bruit pour donner de la vitalité au cortex, pour avoir cette vitalité,
pour être à tout moment plein de créativité. Si on ne fait pas cela, si on ne fait pas attention, si on insonorise trop les choses, il m’est arrivé par exemple, à Paris, d’avoir été deux fois convoqué par des notaires qui se trouvaient fatigués, pour faire, je vous l’ai dit, je faisais beaucoup d’études d’insonorisation pour les arsenaux, et là, ceux-là, vous les connaissez, ils m’ont invité exactement un notaire et l’autre un élève de Le Corbusier. J’ai soigné Le Corbusier jusqu’à la fin de sa vie, et bon, petit détail, il était sourd, vous pouvez le voir tous les deux jours, avec un caractère exécrable, je m’excuse parce qu’il était suisse, mais ça ne fait rien, il était absolument invivable.
Eh bien, le brave Le Corbusier avait un élève qui n’avait rien trouvé de mieux que d’insonoriser sa pièce en mettant, il avait fait d’abord une sorte, il avait mis son bureau dans une demi-sphère, c’est très beau à voir, mais il faisait une erreur, c’est que la longueur d’onde qui était dedans ne vibrait que dans les graves. Et pour être tranquille, il avait mis deux moquettes penchées, dans un tel étouffoir, et il se plaignait parce qu’il était fatigué. Eh bien, il était fatigué parce qu’il n’avait plus de simulation. Bien sûr, j’ai fait enlever les moquettes des murs, et puis après, on a trouvé d’autres moyens pour sonoriser un peu la pièce autrement. Il faut que la pièce soit vivante, d’un point, il n’y a rien à faire.
Si vous allez plus loin, dans la déprimation sensorielle, eh bien là, vous avez des dégâts importants qui peuvent aller dans ce qu’on appelle la déprimation sensorielle, qui peuvent aller jusqu’au suicide. On a fait dire à l’élite que j’étais bien connu. Il s’est dit qu’il s’est occupé du bruit des baleines, notamment, et qu’il s’est occupé ensuite des dauphins. On a fait dire à l’élite que le cerveau n’avait pas besoin de simulation. Il n’a sûrement jamais dit ça. On lui a accordé ça, et grâce à ce dit, on a fabriqué des enceintes pour mettre des gens à l’intérieur de ces enceintes en déprimation sensorielle. On les a mis dans de l’eau, et on les a mis assez pour qu’ils soient dans un état de gravitation,
tant qu’il n’y avait plus de stimulation provoquée par la pesanteur. On les a mis, bien sûr, dans le silence, dans le noir, enfin, rien qui stimulait. Et puis, on a pensé qu’on arriverait à quelque chose d’extraordinaire, c’est-à-dire les déconnecter pour passer dans un autre plan, les faire rentrer dans ce fameux vide que certaines sectes, malheureusement, cherchent pour que les gens grandissent. C’est vraiment les aplatir définitivement. Il ne reste plus rien. Et je vous donne un exemple que j’ai vécu. Bien sûr, heureusement, en un de ces premiers temps, il y a eu le suicide. Et l’exemple que je vais vous donner, je l’ai vécu de près, et c’est assez douloureux. J’ai travaillé avec une équipe lyonnaise
sur le cancer. Pour des raisons X, et je pense que mon collègue psychiatre est d’accord, le cancer, c’est une maladie qui est l’intégration d’une grande maladie psychique. C’est l’intégration d’une schizophrénie paranoïque. Il vaut mieux, encore une fois, faire une maladie, un cancer, et se battre, ce qui est dramatique, parce qu’on ne peut rien faire. Et on a vu aujourd’hui que les gens qui arrivent dans ce domaine, ce sont toujours des gens qui ont peur, peur de la douleur, peur de la maladie, peur de tout. Et ils s’en vont dans un monde absolument irraisonné qui est celui de la psychiatrie. Le corps, il ne laisse plus faire le corps. Le corps est intelligent. Subitement, quand on dévie, quand on déraisonne, il absorbe toutes nos déraisons
et nous donne une maladie psychosomatique. Eh bien, en travaillant pour le cancer, en ayant remarqué ceci, dans un grand… Il y avait un homme grand à coucher avec nous, de Lyonnais, et on avait remarqué que dans les hôpitaux psychiatriques, il n’y a jamais de cancer de l’utérus, il n’y a pas de cancer du sein. Donc, il n’y avait pas de fixation d’une angoisse, quelque part. La chance, il y avait un cancer, le sujet est le sujet. Déjà, quand un psychiatrique commence à s’enrhumer, ça commence à aller très bien, il va mieux. Il sort de son cauchemar vivant. Eh bien, le psychiatre est arrivé, il y avait un psychiatre psychanalyste qui était avec nous dans la recherche, il a dit, ça y est, j’ai trouvé quelque chose,
c’est les décaissons. Moi, je connaissais les décaissons en Amérique, je disais, attention, voilà le danger. Non, non, non, c’est fabuleux, attention, de toute façon, je ne le ferai pas aux gens sans l’essayer. Bon, méfiez-vous, la semaine d’après, il s’est suicidé. Je veux dire, à quel point c’est violent. Alors, actuellement, il existe encore quelques décaissons qui existent, qui auraient eu à faire payer très cher le droit de se suicider, mais enfin, ils ont modifié un petit peu leur technique. Ils ont éclairé à l’intérieur. On fait passer de la musique douce. Il vaut mieux être dans votre salle de bain, ça coûte moins cher et vous avez la chance d’avoir un paysage tout à fait différent. Autrement dit, je vous ai exposé là
un tout petit peu tous ces propos. Il faut vous montrer l’importance que revêt la pathologie du bruit. On n’y penche jamais. Souvenez-vous encore que ça alimente beaucoup de choses et surtout, je vous l’ai fait passer pour préciser combien il est temps de s’en alarmer. Combien il est temps de s’en défendre. Voilà, vous me posez toutes les questions que vous désirez. Quel est votre avis sur la marginalisation de votre thérapie dans la société médicale ? C’est leur problème et pas le mien. Et ils sont d’accord ou pas d’accord. Moi, ça fait 50 ans que je vis grâce à une recherche que j’ai faite et je ne tiens debout que parce que j’ai des résultats tous les jours et les gens peuvent raconter ce qu’ils veulent,
mais chez moi, c’est un bocal ouvert. Il y a la transparence, c’est le mot qu’on utilise maintenant. Tout le monde peut venir voir. Tous ceux qui s’en comptent n’ont jamais vu, n’ont jamais lu, n’ont jamais rien fait. Et c’est vrai que je suis gênant. Je suis gênant parce que j’ai des idées. Chaque fois que vous avez une idée, vous encombrez quelqu’un. Il faut s’y faire. Un jour, ils vont venir. Actuellement, on est en train de prôner dans tous les coins, notamment chez le Dr Hinault, on est en train de prôner l’oreille droite. C’est moi qui l’ai découverte il y a 50 ans. On est en train de découvrir que la peau commence à entendre. Je l’ai démontré il y a bien longtemps. On est en train de découvrir
que la vie intra-utérine existe. On en a parlé depuis 1950. On est en train de découvrir que l’oreille a la chance de percevoir des bandes passantes des langues vivantes. On essaie de les appliquer. Moi, je fais ça depuis 1952. Enfin, tout. Je crois qu’il faut voir le temps. Maintenant, pour être plus près, je crois qu’ils ont raison. En ce sens que je les dérange. Je ne sais pas si vous êtes médecin ou pas, je ne sais rien. Mais pour les études de médecine, c’est très difficile. C’est très long. Et combien de médecins arrivent en fin de médecine complètement épuisés. Et ils n’ont plus jamais ouvert un livre de leur vie en disant « Chic, j’ai fini ». Surtout en autoréno. Vous avez encore quatre ans de plus pour vous y mettre.
On apprend que l’oreille marche comme ci, machin, machin. Subitement, il y a un bon un kikineur qui arrive en disant « Mais non, c’est pas du tout ça. C’est autrement que ça marche. Il faut tout réviser, tout recommencer. C’est difficile. » Actuellement, je pense qu’avec les techniques que nous avons, je sais comment marche une oreille humaine, par exemple. Eh bien, j’ai écrit ce livre-là en 1900. Il s’appelle « Vertiges ». Je l’ai écrit en 1953. Je n’ai plus le publier qu’il y a trois ans. Grâce au barrage, on a pu le faire. Il est quand même sorti. Le tout, c’est d’attendre. Alors, j’ai la chance d’avoir commencé très jeune. J’ai commencé mes recherches à 24 ans. J’ai la chance de tenir le coup encore
et de voir que les choses se réalisent peu à peu. Mais quand je vois la vitesse à laquelle ça avance, je trouve que c’est normal. Plus je vis, plus je deviens patient. C’est d’autant plus grave ce que vous avez posé comme question. C’est que celui qui pâtit du système, c’est le malheureux qui ne veut pas venir se face à nous, qui ne peut pas. Non, alors là, l’histoire d’argent, comme vous le dites, vous ne connaissez pas non plus les centres. Ça montre aussi que vous n’êtes pas informé suffisamment. Le centre de Paris, par exemple, n’a jamais refusé quelqu’un qui n’est pas d’argent. Venez avec une oreille qui ne marche pas, on vous prend. Moi, je suis peut-être un peu trop généreux. De temps en temps,
mon staff me prévient que j’ai dépassé les limites. Mais je n’ai jamais pu dire encore « Allez, il faut vous revoir ailleurs parce que vous ne pouvez pas payer. » Eh bien, ils ne payent pas. Je pense qu’actuellement, si on ne se bat pas pour que les gens… Vous avez devant vous un collègue qui est en Italie. Il ne s’occupe que de malheureux psychiatriques. Demandez-lui combien il prend. Rien. Il y a toute une légende. On a raconté à un moment donné que je prenais 5 millions, anciens, par client. C’est dommage que ce ne soit pas vrai. Je ne serais pas en train de m’ennuyer de temps en temps pour une fin de mois. Je crois qu’il y a toute une légende. Il faut dire que ceux qui montent des centres,
il y en a 250 dans le monde, ce n’est pas pour rien, ne font pas fortune avec un centre. Ça fait vivre les gens qui sont dedans. Ça les fait vivre à deux niveaux. Ça fait qu’ils vivent. Financiellement, ils arrivent à surmonter l’histoire. Mais surtout, ça les fait vivre par la chance de voir un enfant qui ne marchait pas, qui se met debout en 8 jours. Un enfant, on vous a raconté, qui ne parlerait jamais, qui se met à parler. Un autiste que vous sortez du trou. Un psychiatrique qui devient anormal. Ça vaut tout l’or du monde. On n’a pas besoin d’argent pour avoir cette satisfaction-là. C’est ça qui nous tient debout. On connaît la manière dont l’enfant entend les bruits de sa mère d’avoir et tous ces bruits.
Vous avez dit un jour qu’on pouvait arriver à ce que la mère entende les bruits de son enfant jusqu’à pouvoir recevoir sa mort quelques minutes à l’avance. C’est vrai. Le problème se pose pour vous aussi très fort. Actuellement, nous savons par où passe le son pour aller au foetus. Il passe par la colonne vertébrale. Il va joindre, à un moment donné, tout le pelvis. Le pelvis, quand on met les mesures sur tous les sons que l’on envoie, même sur le crâne, le pelvis va, à un moment donné, chanter comme une cathédrale. Il n’y a qu’une chose que nous n’aurons pas toujours à expliquer. Il se dégage des harmoniques qui sont toujours des harmoniques impaires. C’est curieux. Pourquoi ? Je n’en sais rien.
Mais c’est vrai que pour la femme qui accepte son enfant, et la femme qui accepte son enfant, vous le savez bien, vous mieux que nous, qu’elle est heureuse de montrer son enfant qu’elle porte, elle a une posture, ça tient bien, elle porte l’enfant devant elle avec fierté. Une mère qui ne veut pas d’enfant va se tenir comme ça, elle le rejette. Et subitement, il ne passe plus rien au niveau de la colonne. Nous avons le même ennui également quand une mère, pour des raisons X, alors médicales, est obligée de s’allonger. La colonne vertébrale fait autant de séparations qu’il y a de vertèbres. Parce que là, si elle se tient bien, les vertèbres sont liées entre elles par une tension musculaire très forte et ça devient une canne vibrante.
Là, ça marche bien et l’information va passer. Vous vous souvenez donc qu’on se bat pour savoir si on a les aigus ou les graves. Et vous savez également qu’il y a une autre question que se pose la coucheur. Je vais vous la poser aussi. Pourquoi, à un moment donné, le foetus change et tombe de la tête ? Eh bien, il arrive à un terme, vers le huitième mois, où il a besoin d’entendre sa mère de plus en plus. Et pour lui, le meilleur moyen, c’est d’aller mettre la tête contre la couronne pelvienne. Et là, il va voir l’information qui passe à tout moment. C’est pour entendre sa mère. S’il la refuse, il ne tourne pas. Il peut y avoir des incompatibilités. On se bat pour savoir si elle entend. Certains prétendent que ce sont les graves, moi je prétends que ce sont les aigus.
Je prétends que ce sont les aigus pour deux raisons. Premièrement, si vous faites passer des graves, il ne se passe rien en clinique. Dès qu’on passe les aigus, tout s’allume. Dès qu’on passe la voix de la mère en aigus, l’enfant revit, il replonge dans sa vie intra-utérine et tout. Passer des graves, il s’endort. Top. Deuxièmement, mais Rétus le savait déjà au siècle dernier, vous avez, là, la tête est démontée en 1923, l’oreille du foetus est beaucoup plus riche que l’oreille de l’enfant plus tard en fibres sensorielles. Mais son oreille marche comme un filtre. Elle coupe tous les graves. Elle coupe tous les graves, non pas chez le foetus humain, mais chez tous les foetus des mammifères. Sans quoi la vie dans un utérus est impossible.
On entend le bruit du ventre de la mère, on entend le cœur, on entend la respiration, les mouvements qu’elle fait, les mouvements que fait le foetus, son propre cœur. Ça fera un marasme tel que c’est invivable. Pour barrer tout ça, l’oreille marche comme un filtre, elle coupe tout à partir de deux minutes. C’est pour ça qu’elle n’entend plus que les aigus. Donc la vie devient, c’est purement un phénomène de physiologie. Nous le savons, quand un enfant va naître, il n’entend toujours pas les graves. Et on le connaît par la contradiction auditive vocale. Avant qu’il prenne sa voix d’adolescent, il lui faut 12, 13, 14 ans. C’est le moment de la puberté qu’il va enfin entendre les graves et sa voix va, à un moment donné, muer vers les graves.
Mais au début, il n’entend que les aigus. C’est déjà la preuve. Alors, je vous disais, c’est vrai que nous essayons par les bruitages, mais c’est difficile à démontrer parce qu’on n’a pas d’appareil assez sensible, que le foetus est en train d’informer sa mère sur moi quelque chose. Et la preuve, vous la connaissez. C’est que quand une mère perd son enfant, elle le sait tout de suite. Il y a donc quelque chose qui a communiqué. Il y a autre chose qui est très troublante, et ça doit vous arriver chez vous plus souvent que ce que nous pouvons voir. Un enfant est tout heureux d’avoir sa mère. Et un jour, on ne sait pas pourquoi, il y a à peu près entre 15 mois et 3 ans, il se met à pleurer terriblement.
Ce n’est pas la peine de faire de l’examen. La mère est enceinte. Subitement, il a perdu sa mère. La mère est transformée. C’est l’enfant qui fabrique la mère. C’est l’enfant qui, à un moment donné, transforme complètement. Nous, il nous faut l’examen du laboratoire, le lapin, le machin, le truc. L’enfant, on le sait tout de suite. Il se passe entre deux êtres mille choses qui sont très importantes, et notamment ce phénomène. Professeur, j’étais venue ici un petit peu dans l’espoir de connaître un petit peu la méthode thaumatique, parce que je ne connais rien du tout de cette méthode. Pouvez-vous nous en parler ? Enfin, je peux vous dire à quel genre de gens elle s’adresse. Si on peut aider les adolescents en difficulté.
Eh bien, le raccourci le plus facile que je peux vous donner pour aborder tout de suite, c’est un peu comme une soirée, et c’est nous faisons de la pédagogie auditive. Nous apprenons aux gens à écouter. Dès l’instant où le sujet se met à écouter, eh bien, il commence à s’humaniser. Être humain, ça veut dire avoir la chance de communiquer, avoir la chance d’être vertical, et avoir la chance également d’avoir une latéralité qui apparaît. Sans langage, vous n’avez pas de latéralité. C’est une trilogie obligatoire, une sorte de spéciation qui fait qu’il faut les trois éléments pour pouvoir aboutir à devenir un être humain. Mais pour devenir un être humain, il faut traverser pas mal de choses. Il faut déjà traverser la vie intra-utérine.
Si celle-là se passe bien, eh bien, on vit dans un paradis fantastique qui nous appartient, avec un petit malheur, c’est qu’au moment où ça va le mieux, au moment où on est enfin le maître du royaume, eh bien, on est évincé. On ne sait pas encore si c’est trop le foetus qui veut sortir, ou si c’est la mère qui demande. Je pense que c’est le foetus qui demande à sortir. On le voit, la différence, notamment chez les prématurés. Le prématuré a toujours un manque, parce que ce n’est pas lui qui a décidé, on l’a mis dehors au moment où il ne fallait pas. Je peux vous en parler, je suis un prématuré, c’est peut-être pour ça que je fais toujours de la vie intra-utérine. Prématuré de six mois et demi.
Eh bien, il y a donc là quelque chose, je pense, de profond. Si quelqu’un m’a donné un drame à ce moment-là, on peut le récupérer en le faisant revivre cette période, et il y a beaucoup de prématurés que l’on remet en selle, malgré leurs petits problèmes. Des fois, malheureusement, ils ont des problèmes qui sont beaucoup plus profonds, organiques. Là, on peut les aider. Mais s’il n’y a pas d’autres problèmes, on va les récupérer rien que par la voie de la mère ou par l’addition intra-utérine. Eh bien, quand on va prendre le cursus de quelqu’un qui vit dans le vent, dans la mer, qui va naître, qui va ensuite progresser, on a des étapes. Les étapes s’arrangent bien. Ça donne à l’autre bout un homme qui va bien, une femme.
Mais si ça ne marche pas très bien, eh bien, il va y avoir des étapes. Si l’enfant va bien dans l’utérus, ça va bien. Si la mère est pathologique, il aura des problèmes. Surtout si c’est un émotif. Si la mère est folle, c’est un terme un peu vaste, eh bien, elle a de fortes chances d’être schizophrène à la naissance. Si c’est un émotif. On appelle émotif, nous, celui qui est intuitif. Enfin, le long filiforme est bien caractéristique. Si c’est ce qu’on appelle, nous, un somatoïde, c’est-à-dire un corps, eh bien, celui-là se moque complètement. Dans toute sa vie, pourvu qu’il ait à manger et à bien dormir, sa vie psychanalytique est réglée. Donc, il ne se casse pas la tête. On le trouvera plus tard.
Plus tard, vers la quarantaine, il ne saura pas se recharger. Il a été le musclé qui fabriquait ce qu’il voulait. Un jour, il n’a plus de muscles, il est désemparé. Ceux-là, on va les soigner autrement. À la naissance, la naissance est un gros problème. Si on a, à la naissance, certains tempéraments, ils sont plutôt paranoïdes, c’est-à-dire qu’ils intellectualisent tout. Ils désirent certaines choses qu’ils n’ont pas obtenues. Avec un drame, c’est qu’ils ont toujours raison. C’est difficile donc de les soigner puisqu’ils vont faire quelque chose et ils accusent, à un moment donné, leur activité sur des fondements qu’ils croient être vrais. C’est l’autiste. L’autiste, c’est un enfant, par ligne, qui naît
et il trouve qu’au fond, la naissance n’a pas été ce qu’il voulait. Il n’a pas été reçu comme il désirait et subitement, il va punir sa mère en ne parlant plus. On l’a toujours dit. On dit que c’était la faute de la mère. La mère n’y peut rien. Que feriez-vous devant un enfant qui refuse de vous parler, s’il était le vôtre ? Au bout de quelque temps, c’est dramatique. Et la mère devient la mère de l’autiste aussi. Il y a toute une complication. Autrement dit, l’animal, qui est l’enfant, sur le plan humain, sur le plan animal il va bien, la mère aussi, mais leur relation est morte. Et ça n’a pas duré. Si maintenant, tout va bien à la naissance, ça se passe bien, il y a un autre cap à traverser.
C’est celui qui va nous permettre de passer du langage à la mère, qui est dans tous les coins du monde, depuis la Chine, jusqu’aux Caraïbes. Et le même, c’est papa pipi-popo à peu près. Ça, c’est la langue maternelle. Un jour, il va falloir passer à un autre langage, et c’est celui du père. C’est la première langue étrangère, la langue sociale. Là, il y a un problème. Si la mère abandonne l’enfant, elle le donne, elle le fonde au père, car le père est celui qui va décider du langage. La mère, elle sait faire l’enfant, lui donne son amour. C’est énorme, la relation qu’il y a entre la mère et l’enfant. Mais elle ne peut pas le faire grandir au-delà de cette potentialité. Quoi qu’elle fasse, dans le monde moderne,
on le voit, les dégâts que nous avons, c’est qu’il n’y a pas de père, souvent. Nous sommes très jeunes. S’il n’y a pas de voix d’homme, l’enfant a beaucoup de chance, s’il est un émotif ou un paranoïde, de dévier, d’avoir de grosses difficultés. Il faut qu’un homme parle. Si un homme parle, tout va s’arranger. L’homme est celui qui va donner le passeport pour démarrer. Ça va se passer, démarrer un tout petit peu vers deux, quatre ans, et surtout entre cinq et sept ans. Eh bien, si l’enfant qui commence à parler, rentre dans un terme qui est amusant, qui s’appelle le bégayage. Le bégayage, c’est un vieux terme flamand qui veut dire être bavard. Quand l’enfant commence à réciter ses papas pipi-popo,
il devient bavard. Eh bien, il va falloir passer au langage normal. Si la mère le tient trop, pour lui faire plaisir, il va rester un papa pipi-popo caca, si vous me demanderez, mais il est bègue. Le bégayement, c’est la chronicité, à un moment donné, du bégayage. Mais ça va l’empêcher de grandir. Il va l’enfermer et va lui donner presque un accrochage à la mort. C’est difficile d’être mère, à ce moment-là, si on ne comprend pas qu’il faut que l’enfant grandisse. Nous aidons beaucoup les mères. Quand on soigne un enfant, on soigne tout de suite, on prend la mère en même temps pour la désangoisser et qu’elle comprenne ce qu’on fait à l’enfant. En lui montrant bien qu’un enfant de ce type-là n’aime pas sa mère. Un nourrisson, ça n’aime pas
beaucoup sa mère, ça la mange. Il lui fait une belle crotte à la sortie, il peut se marcher. Vous avez ensuite l’enfant un peu plus grand qui lui… L’adolescent, souvent, c’est odieux. Pour aimer sa mère, il faut être adulte. Quand on prépare la mère à être bientôt celle qu’on va aimer, ça nous aide beaucoup. C’est pour ça qu’on va la traiter en même temps que l’enfant. Et si maintenant le stade est passé, le langage est intégré, pas très bien, avec quelques difficultés, parce que le père a une trop grosse voix. Il attrape la femme tout le temps. Il se comporte mal. L’enfant va rejeter un petit peu ce père-là et va devenir devant le logos qu’est le père, qui est la loi. Et la lettre, il va devenir handicapé
dans toutes ses dimensions. Il va être dyslexique, dysorthographique, tous les dys de la Terre que vous pouvez trouver. Si vous redressez l’oreille, ça vous remet dans l’ordre. Si maintenant on va beaucoup plus loin, il y a un autre stade qui est très fâcheux et qui alimente également la psychiatrie, c’est un enfant, très souvent, dans une famille où la mère, pour des raisons X, veut divorcer ou autre, n’est pas d’accord avec le père parce qu’il est ivrogne parce que ça ne va pas, enfin, n’importe quoi, tout ce qu’on peut inventer, et qui commence devant les enfants à dire ton père ci, ton père ça, regarde ce qu’il fait, regarde ce qu’il fait. Si l’enfant croit la mère, il va tout de suite la croire,
il va rejeter l’image du père. Et là, c’est le drame. Le père, c’est le devenir de l’enfant. On ne touche jamais l’image du père. S’il n’est pas là, on raconte qu’il voyage. S’il n’est pas là, on dit qu’il va travailler ailleurs. Il faut trouver une excuse, mais jamais la câbler. Ce n’est pas le père en tant que tel, et qu’on le veuille ou pas, nous sommes des animaux symboliques quelque part. La mère, c’est le passé. La mère, c’est la terre dans laquelle on s’enfonce. La mère, c’est la maison, c’est cet utérus fantastique qui nous maintient. La mère, un jour, c’est l’éclatement du cosmos. Et le père, c’est l’image solaire, c’est le devenir. C’est ce qui va nous permettre de grandir. Actuellement, malheureusement,
grâce à l’éducation actuelle, on tue père et mère. Peut-être que l’analyse y a aidé. Vous tuez père et mère, le sujet meurt en même temps. Il n’y a rien à faire. Il y a une dynamique à la vie. C’est lui qui va la dynamiser et donner à l’enfant ce désir de faire, ce désir de grandir, ce désir d’agir. Il y a des assailles comme les assailles juives qui disent toujours écoute et agis. J’ai un point d’israélite qui me dit toujours ce qui m’ennuie, c’est que j’agis et j’écoute après. À tout moment, nous avons la chance de pouvoir démarrer par la vie intra-utérine et en fonction du stade que nous avons constaté si l’enfant est seulement dyslexique, on ne va pas rester longtemps dans la vie intra-utérine,
on passe mais on le fait revivre. Pourquoi ? Parce qu’il s’est passé des lésions, il s’est passé des choses désagréables, il s’est passé des ennuis et l’enfant a du mal à laisser en monter. Pour pouvoir l’y aider, on va le faire partir à zéro et il prend une autre voie. Les gens ont eu peur des pans en disant c’est une régression. Non, régression, c’est un mot qu’il faudrait supprimer. La régression, c’est un gros terme psychiatrique qui veut dire pratiquement une dissolution du cerveau. Par contre, quand vous faites entendre à quelqu’un la voie intra-utérine, tout le monde aurait la même réaction. C’est un passé fantastique de quelque chose qui est une mémorisation qui reparaît. Nous le suivons par les dessins.
Les dessins nous donnent la chance que le sujet se laisse faire à travers tout ce que nous passons ou la voix de la mère en édition intra-utérine ou Mozart. Et tout le monde, avec son génie, son habileté, va dessiner les mêmes thématiques. Même thématique en édition intra-utérine, même thématique pour la naissance, même jusqu’aux abords du langage. C’est une telle expérience. Chez les adultes, comment procède-t-on ? Un adulte, ou bien il s’est orienté, il a raté son entrée, il va avoir une puberté comme on en a maintenant, et puis après, des ennuis avec la drogue ou autre, nous en avons de plus en plus. Nous n’avons pas guéri de gens de la drogue, mais nous leur donnons la force de se sortir de la drogue.
Encore une fois, le gros élément que nous avons apporté c’est que l’oreille est une dynamo qui permet au cerveau d’être toujours rechargé. Plus votre oreille fonctionne, plus vous écoutez, plus vous participez, et plus vous avez la chance à un moment donné d’adhérer aux choses, et plus vous avez la chance de faire que vous comprenez, votre vigilance augmente, et grâce à ça, vous avez la chance d’opérer et d’être toujours présent. Un sujet qui veut avoir la force de se sortir de sa drogue, avec des sons, il y arrive toujours. Nous avons beaucoup de réunomanes encore à Paris actuellement. Nous avons également de grosses pathologies, et on ne les sauve pas. On leur permet de se battre contre la maladie.
Nous avons maintenant un autre spectre de malades, d’échantillonnage, qui est celui de la retraite. Les gens retraités. La retraite, c’est la mort pour un cerveau. Pour un cerveau, il n’y a ni retraite ni vacances. Plus il travaille, mieux il se porte. Actuellement, on a pris l’habitude depuis longtemps de mettre les gens à la retraite. Ils laissent faire ça comme quelque chose à souhaiter pour la vie. Enfin, se mettre avec une bonne chaise dans sa maison et voir passer les voitures. C’est dramatique. Avant, ils parlaient. On leur parlait. Ils avaient une charge. Il y avait des sons tout le temps. Subitement, ils rentrent dans le silence. Au bout de quelques temps, l’oreille tombe. Elles tombent très vite. Elles sont de tout petits muscles.
Elles tombent très vite. Elles sont en déprivation sensorielle. Le cerveau décroche et ils sont complètement anéantis. Nous en savons beaucoup actuellement. Il y a toute une innovation. Des gens qui ont été mis en retraite prématurée. Mais ils font la même chose. Quand un sujet vous dit « Qu’est-ce que vous faites ? » Eh bien, je fais mon jardin. Mais ce n’est pas assez. S’il était directeur d’entreprise, s’il a parlé ou s’il était n’importe quoi. Ou alors l’autre qui me raconte. Ça me laisse toujours un peu pantois. Maintenant, j’ai la chance de pouvoir faire du bridge toute la journée. Mais avoir 100 milliards de cellules dans une cellule pour faire que du bridge toute la journée, c’est épouvantable.
D’autant que le cerveau, notre cerveau, ne nous appartient pas. Il appartient au genre humain. Le cerveau s’est fait pour aider les autres. Quand on a dynamisé les gens et qu’ils n’ont plus compris ce qu’on faisait, ils vont repartir comme de bons pèlerins pour se battre pour aider les autres. En France, c’était très difficile de faire que les gens d’un certain âge, parce qu’ils avaient la retraite, se mettent même à faire quelque chose en plus. Pas qu’ils aient peur de la retraite, mais en France, le don de quelque chose était devenu impossible il y a encore quelques années. Ils n’auraient jamais offert une heure à quelqu’un d’autre pour l’aider. Maintenant, j’arrive à déclencher des phénomènes.
Il vaut mieux que le sujet touche sa retraite et qu’il fasse quelque chose d’utile. Utile à l’autre, même si c’est un bénévolat. Si les Suisses sont plus bénévoles que les Français, en France, c’est difficile à déclencher. Par contre, j’ai trouvé beaucoup de bénévolats en Amérique. Au Canada, j’ai vu des bénévolats pour les enfants handicapés extraordinaires. J’avais en tête un centre que j’avais visité avec mon épouse dans le Saskatchewan, qui était le suivant. Il y avait 400 malades. C’est ça, 400 malades. Et 450 infirmières. Déjà, si c’était bien fait. 400 enfants handicapés, mais très handicapés. Ou presque. Toutes des maladies. C’est tout ce que vous pouvez imaginer de plus dramatique. Mais il y avait 450 bénévoles en plus.
Ça laisse toujours rêveur. Je pense toujours à ce centre, parce que je pense que c’est unique au monde. Voilà ce que nous faisons. Alors, comment est-ce qu’on opère ? Le détail est un peu plus loin. Nous avons une machine qui s’appelle l’oreille électronique. C’est simplement, au départ, quand nous l’avons mise en route, le souhait de faire ce qu’on appelle en matière de recherche un simulateur, un appareil qui marchait à la manière de l’oreille moyenne. C’est l’oreille moyenne qui va nous permettre de tendre l’oreille, de tendre le corps. C’est l’oreille qui va nous permettre de nous mettre à l’écoute. Et maintenant, nous sommes tellement sûrs de la fonction auditive que nous pouvons prétendre avoir,
non pas un simulateur, mais un modèle d’oreille humaine. Comme on dit, c’est un appareil qui sait écouter. Si vous ne savez pas écouter, on vous met en parallèle. Au bout de quelques jours, la musculature va jouer et vous allez apprendre à écouter. Pour faire jouer des muscles, nous avons besoin d’haltères. Ces haltères, c’est ou du Mozart, ou la voix de la mère. Vous savez tout, je n’ai pas envie de vous raconter. N’y a-t-il pas aussi un grand danger avec le verbiage ? C’est-à-dire que la parole devient bruit et que, justement, l’enfant n’a plus d’attention envers, justement, ce qui est le plus noble de l’homme, c’est-à-dire la parole, donc la pensée. Donc, l’intellectualisme, le verbiage. Et l’autre chose, est-ce que vous avez pensé
aussi à de la poésie ? À la poésie ? C’est-à-dire que non seulement vous soignez avec le son musical, mais aussi avec le son poétique, c’est-à-dire avec les sonorités poétiques d’un Verlaine ou d’un… voilà. Voilà, ce que j’ai fait tout à l’heure, j’avais retiré, j’avais fait toute une plage pour le langage, justement. Je pensais que j’allais déborder un tout petit peu l’intérêt des gens. Je n’en ai pas parlé, mais vous avez raison de soulever le problème. C’est sûr que le langage est encore plus traumatique que le bruit. À un moment donné, vous touchez, vous faites vibrer, vous mettez en résonance justement ce nerf pneumogastrique qui peut vous assassiner. Il y a deux mots chez les animautiques,
vous pouvez le tuer, donc il faut faire très attention. Le discours peut gêner. Maintenant, la poésie est aussi fantastique, elle est une musique d’abord, mais elle peut être aussi dangereuse. Ça dépend à un moment donné de l’accrochage. Le danger est d’entendre quelque chose de beau et que ce soit insidieux et laisser passer le message. Si vous lisez du Verlaine, c’est sûr qu’à un moment donné, c’est difficile. Si vous lisez également d’autres auteurs qui peuvent déjà en difficulté avec eux-mêmes, vous risquez également de passer. Comme les musiques. Si vous faites passer, par exemple, au lieu de passer du Mozart, ce que nous faisons, vous faites passer du Schumann. Eh bien, de temps en temps,
le sujet sort désespéré. Vous faites passer du Chopin, de ce que c’est beau. On peut aimer Chopin, à un moment donné. On n’écouterait peut-être pas du Chopin toute la journée. Vous faites passer du Chopin, vous avez des enfants qui se mettent en larmes tout de suite. Au contraire, du Mozart, ils sont au paradis. Vous prenez un autiste qui est fermé à tout. Vous lui passez du Grégorien, il devient absolument transcendé tout de suite. C’est très fort. On a la machine, il y a un jack qui raccroche avec deux écouteurs. Vous tirez le jack, il s’applique. Vous remettez le jack, il repart. Donc c’est vraiment immédiat. Est-ce que d’autres musiques nous auront rendu service ? Sûrement. Pourquoi est-ce que nous avons fixé Mozart ?
C’est parce que dans tous les coins du monde, il nous donne le même résultat à la même vitesse avec toujours les mêmes répandances. C’est un universaux. Par contre, d’autres musiques auraient sûrement joué. Monteverdi est sûrement un averti ou en tout cas un initié de la musique. Je ne peux pas l’utiliser parce qu’il a, lui, utilisé des voix. Là, je suis tributaire des voix et ça répond à ce que vous disiez. Ça dépend de l’intonation de la voix, de la qualité de la voix, du côté ou du strident de la voix. Ça dépend de beaucoup de choses. Mais le côté insidieux de la poésie, alors que je pense que le sommet de la poésie c’est sans doute ce qu’il y a de plus haut sur le plan de la créativité. C’est une sorte de résonance avec le cosmos.
Mais quand sa résonance ne tourne qu’autour de l’ombilique de celui qui l’écrit comme Verlaine, c’est sûr que ça risque d’être dangereux. Vous avez la même chose chez Baudelaire. Dès que Baudelaire a écrit des choses fantastiques, de temps en temps, il nous tremble dans la boue. On ne peut pas le lire tout le temps. Est-ce que beaucoup de poètes ont écrit aussi bien ? On n’en sait rien. Vous avez la chance d’avoir des musiques qui sont arrivées à associer les deux. Si vous avez l’Invitation au voyage de Duparc, vous pourriez vous la réciter, mais quand on a entendu Duparc, on ne veut plus la sortir de la musicalité de Duparc. Duparc avait une sensibilité telle qu’il a fait que maintenant, quand on pense à l’Invitation au voyage,
on a la musicalité sous le sang qui vient tout le temps. Vous avez la même chose pour Fauret. Fauret a lâché aussi à écrire des choses qui ne peuvent plus être récitées sans passer par lui. Je ne connais pas assez l’allemand, pas suffisamment en tout cas, pour apprécier les livres d’allemand dans la sémantique. C’est sûr que quand on traduit un livre d’allemand, ça ne veut plus rien dire. Il y a une sorte de cohésion entre la musicalité et le reste. On ne voit pas comment on peut réciter ou dire les choses autrement. Si j’utilisais d’autres musiques, il faudrait s’amuser avec un ciseau de couper des petites rondelles pour prendre la qualité qui est belle. Vous pourriez faire la même chose avec Baudelaire.
Il y a des choses qui sont fantastiques. C’est ce qui s’est passé, cet accrochage à Dieu, aussi rarement, aussi proche. Il y avait un diable qui tirait tellement par le bas qu’à un moment donné, il s’est enfoncé sans zigzag, mais avec une douleur. C’est poignant de le lire. Verlaine est un peu plus odieux des fois. Quand il se montre odieux en étant volontairement et non pas douloureusement dans les miasmes, ce n’est pas très bon. C’est le jeune qui ouvre ces pages-là. Heureusement, le choix n’est pas toujours fait là-dessus. Maintenant, on se fait un plaisir à entraîner les jeunes là-dessus, mais je suis d’accord avec vous qu’on détruit plus avec le langage souvent qu’avec le reste. Un père de famille, on en parlait tout à l’heure,
qui lâche trois mots avec violence à un enfant, c’est dramatique. Quand vous avez cité ceci, vous tombez dans le domaine des émotifs. Celui qui aime la musique, qui crée tout ça dans l’émotif. C’est quelqu’un de plus dramatique encore dans son vécu, parce qu’il ne peut pas supporter le mensonge. Quand on lui dit « ton père est un imbécile », si la mère dit ça, c’est fini. Le père est un imbécile. La mère ne peut pas mentir. Si le père dit à son enfant « ta mère est ceci », il ne peut pas, c’est fini, il croit. Il va élever des illusions en des illusions, mais c’est un enfant qui ne sait pas mentir et tout ce qu’on lui dit, c’est paroles d’Évangile. Là, il y a le drame. Et toujours par le canal du fameux nerf pneumographique
qui commande toute la viscéralité. – Est-ce que vous pouvez nous indiquer, nous répéter les travaux et les recherches que vous avez faites pour l’apprentissage d’une autre langue, la facilité ou la difficulté qu’on a d’apprendre une autre langue ? – C’est ça. – Les langues européennes, les langues européennes ou mondiales ? – Les langues européennes, il n’y en a pas. C’est notre oreille qui révèle aux langues. C’est différent. Dans tous les coins du monde, l’oreille n’est pas oreille. Il n’y a pas de raccord. La racine pour une oreille, une oreille d’un jaune, d’un noir ou d’un blanc est la même. Je ne parle pas des beautés pathologiques. Il y a des gens qui naissent sans oreille. Normalement, l’oreille est bonne.
Malheureusement, elle est plongée dans un milieu qui va être d’abord un milieu acoustique. L’air du Japon ne vibre pas comme l’air qui est ici en Suisse. Il ne vibre pas en France pareil, non plus qu’en Angleterre. Et l’appareil de communication va être obligé d’adapter à ce phénomène. Actuellement, l’élément de communication entre nous deux, c’est votre oreille qui veut m’écouter et mon oreille qui veut parler. Non, c’est l’air entre les deux. On coupe l’air et il n’y a plus personne. Ni vous, ni moi dans le langage. Donc il y a une relation qui est toujours établie grâce à l’air environnant. Si nous nous amusons à changer cette air, ce qui est facile à faire en laboratoire, en changeant l’impédance, en changeant la sonorité,
en attirant plus le silence, en donnant plus de réverbération, subitement notre langage va changer. Je donne un exemple. Si vous prenez un Allemand du Nord qui n’a pas de nasal, si vous prenez un Napolitain qui ne nasonne pas du tout, vous le mettez tous les trois au Canada, au bout de quelques temps, il nasonne tous les trois. Il nasonne automatiquement parce que l’air du coin chante nasal à 1500 airs. Alors maintenant, si vous avez une difficulté pour les langues, ce n’est pas parce que vous n’êtes pas doué, c’est parce que votre cerveau ne veut pas marcher, ce qui est toujours un peu désobligeant de croire, c’est parce qu’à un moment donné, parce que vous avez été conditionné par l’air du coin,
et par la culture, et par tout ce qui est entendu, vous êtes conditionné à ne prendre qu’une tranche de cette oreille. Je parle du français, par exemple, le français est très peu doué pour les langues. Le français n’entend que sur une octave, et il ne peut rien apprendre d’autre. Il se défend en prétendant que sa langue est la plus belle, et c’est tout ce que ça peut apporter. Mais vous prenez un slave, notamment les Yougoslaves ou les Russes, eux entendent sur onze octaves. Les Portugais apprendent sur onze octaves. Ils apprennent toutes les langues sans se déplacer. Vous avez les paysans portugais, qui parlent le français sans accent, sans rien. Et l’anglais n’est pas dessus le marché. Autrement dit,
c’est une histoire d’ouverture diaphragmatique de l’oreille. Tout à l’heure, je vous parlais des deux petits muscles de l’oreille, c’est eux qui ouvrent ou ferment le diaphragme. Si vous arrivez maintenant, électroniquement, à faire changer, à ouvrir ou pas, vous avez le switcher d’une langue à l’autre avec facilité. L’anglais qui vous est rebelle, en quelques jours, vous avez déjà des mots qui vont venir à l’anglaise. Ça va extrêmement vite. Si vous avez déjà une grosse notion d’anglais, que vous le lisiez, que vous l’écriviez, et chaque fois qu’on vous parle, vous êtes complètement ahuri, et chaque fois qu’on vous fait répéter la même chose, ça disparaît dans la semaine. Ça va extrêmement vite.
Vous vous mettez à entendre à la manière 2, votre oreille vous donne votre autocontrôle à la manière 2. C’est très rapide. Après, ça ne s’oublie pas, vous avez la notion de la distance qu’il y a de passer d’une langue à l’autre. On le voit chez les enfants, multilingue. Je dis toujours aux parents de parler chacun leur langue d’origine. Le père est, je suppose, américain, la mère est allemande, et l’enfant est en France. Je leur demande à chacun de parler leur langue, et l’enfant apprend le français avec facilité. Il apprend trois langues, mais lui switch d’une langue à l’autre, sans difficulté. Nous avions, à un moment donné, toute une colonie d’Espagnols qui venaient travailler en France, il y a 20 ans, 25 ans,
plus que ça, 30 ans, 35 ans, quand je travaillais là-dessus, des enfants espagnols qui apprenaient le français avec une certaine facilité. Et puis, un beau jour, ils devenaient dyslexiques. Et l’enquête était facile. Les parents, pour aider l’enfant, enfin essayaient de baragouiner le français, comme ils pouvaient le faire. L’espagnol est fermé aux langues aussi. Résultat, on était handicapés, l’enfant confondait les deux langues, il était aussi mauvais en espagnol qu’en français. On demandait aux parents de parler leur langue, surtout pas parler français, mais l’enfant parlait français en classe. Dans l’Espagne, nous avons des amis ici qui viennent de Catalogne, et ils savent combien il y a une différence
entre le catalan et l’espagnol. L’espagnol a beaucoup de mal à apprendre quoi que ce soit, alors que le catalan, qui a une langue, une oreille très ouverte, peut apprendre n’importe quelle langue. Donc, une ouverture diaphragmatique. On a fait la méthode domatique, est-ce que ça reste, ou faut-il refaire la méthode pour un enfant ou pour un adulte ? Chez l’enfant, ça reste en permanence, à moins que les parents ne comprennent rien et que le ciel lui tombe sur la tête. Il tombe sur la tête tous les trois soirs. Quand tout le monde est bien induit, non, ça reste. Chez l’adulte, nous allons plus loin. On n’abandonne jamais un adulte sans lui donner des clés pour qu’il poursuive lui-même. C’est capital.
Vous faites une cure, ça veut dire que votre oreille ne marche pas bien. Vous avez envie de chanter, par exemple, de faire n’importe quoi, de faire de la musique. La difficulté, c’est de comprendre que ça touche à n’importe quoi. Parce qu’oreille, et système nerveux, ça va même plus loin. Si vous regardez dans la phylogénèse, quand l’oreille commence à apparaître, c’est la première à venir. Le cerveau suit après. Chaque fois que l’oreille va devenir plus complexe, le cerveau se complexifie. Il y a un parallélisme qui va se courir sans arrêt. Quand on a compris ça, on comprend toute l’histoire. Et du point de vue éducatif, une fois que le sujet est connu, mais ça va vite, on n’aime pas beaucoup les entraîner
dans des traitements trop longs. J’aime bien la liberté des gens. Comme j’aime la mienne. Autrement dit, je veux les libérer tout de suite de la relation thérapeutique, qui est aussi astreignante que le reste. Ils ont déjà eu papa et maman sur le dos, ils ont l’école, le gouvernement, et tout le reste qu’on stoppe. On va les traiter. Une fois que l’oreille est bonne, on leur apprend à maintenir eux-mêmes leur oreille. On leur montre comment faire, comment parler, comment lire, etc. On apprend à l’oreille à s’éduquer. C’est intéressant de voir électroniquement, je suis arrivé à la même conclusion, les anciens ont tout dit. Vous lisez Aristote, il vous dit comment il faut faire pour la suite. Il a écrit un livre qui s’appelle la rhétorique,
si un jour vous avez peu de temps, lisez-le. Mais il y a un élève qui est encore plus loquace sur la question, qui était Cicéron. Il a écrit quatre volumes sur Deoratoré. Il vous dit comment il faut mettre la main pour parler, comment il faut allonger les lèvres, comment il faut faire le mouvement de la face, il vous dit tout. C’est ce que nous apprenons aux gens. Alors nous allons plus loin en créant ce qu’on appelle un cours audio-vocal, c’est-à-dire qu’on apprend aux gens beaucoup de l’oreille droite sur le langage, et beaucoup, au bout de 4-5 jours, commencent à faire des sons sur la Tosca avec quelques facilités.