Vertiges
Vertiges — Conférence d'Alfred Tomatis sur l'oreille interne, l'équilibre et l'écoute
« Tout a l’air calme… et vous recevez une lame de fond, un raz-de-marée qui enlève tout. »
En bref — Tomatis ouvre sur le vertige de Ménière, ce « cataclysme » de l’oreille interne — et il en a vu défiler des centaines, au point d’évoquer un « club clandestin » de patients qui se reconnaissent entre eux. Mais très vite, le vertige n’est qu’une porte d’entrée. Car pour comprendre l’oreille qui perd l’équilibre, il faut renverser tout ce qu’on en enseigne : il n’y a pas trois oreilles, mais deux — deux muscles minuscules et antagonistes, l’étrier et le marteau, dont la tension accordée est l’écoute. De là, Tomatis déroule en quatre heures une fresque vertigineuse : l’examen que tout psychologue peut faire sans toucher son patient, l’oreille électronique et ses « courbes », les trois étages du corps, de l’intellect et de l’esprit — jusqu’à cette idée troublante que l’on peut entendre parfaitement et refuser d’écouter ce qui fait mal.
Les points clés
- Le vertige de Ménière, un cataclysme : déclenchement brutal (vertige, surdité, acouphènes), qu’il rapporte à une « hypersécrétion fonctionnelle non régulée » des liquides de l’oreille interne — et qu’il dit récupérer dans la grande majorité des cas.
- L’examen vestibulaire sans contact : poursuite oculaire, nystagmus, doigt-nez, « pigeon-vole », signe de Romberg — une batterie d’épreuves d’observation, à la portée d’un psychologue.
- « Il n’y a pas trois oreilles, il y a deux oreilles » : non pas externe / moyenne / interne, mais deux muscles — l’étrier (oreille interne, conduction osseuse) et le marteau (oreille externe, conduction aérienne).
- Écouter, c’est tendre l’oreille interne d’abord : « c’est l’os qui se prépare pour écouter » ; l’étrier amortit tous les sons entre 40 et 60 dB — la « dynamique de l’oreille ».
- Trois étages : le bas du test = le corps (le vestibule), le milieu = l’intellect et le langage, le haut = l’intuition, la création, le « Soi ».
- L’oreille peut se fermer : on peut avoir une audition parfaite et refuser d’écouter — la mère dans les aigus, le père plus bas. Écouter n’est pas entendre.
- L’oreille droite est directrice pour le langage — mais négliger la gauche, c’est « bâtir une belle maison avec des termites à l’intérieur ».
Partie 1 — Le syndrome de Ménière et l'examen vestibulaire
Partie 2 — Les deux muscles de l'oreille moyenne
Partie 3 — Les trois étages : corps, intellect, esprit
Partie 4 — Latéralité, lecture des profils et déontologie de l'écoute
Le vertige de Ménière, ce cataclysme
Tomatis ouvre par le plus spectaculaire des troubles de l’oreille interne : le syndrome décrit au siècle précédent par un médecin français, Prosper Ménière. « C’est un syndrome qui a été d’abord décrit par un docteur médical français au nom de Prosper. Il a été décrit comme un syndrome cataclysmique. » Tout arrive d’un coup — vertige, surdité, acouphènes, parfois nausées — le plus souvent d’un seul côté. Sa lecture : une « hypersécrétion fonctionnelle non régulée », une irritation des liquides du labyrinthe qui dérègle l’équilibre.
Il raconte y être venu par hasard, en soignant l’audition d’un patient qui souffrait aussi de Ménière — et avoir constaté des résultats qui l’ont étonné lui-même : rétablissement de l’équilibre et disparition des acouphènes dans l’immense majorité des cas. Un témoignage récent lui fait écho : Charles Daehler, à Vancouver, confiait avoir « enfin compris le vertige de Ménière » grâce à ces vidéos — preuve que la limpidité clinique de l’exposé traverse les décennies.
L’examen que l’on peut faire sans toucher
Avant tout appareil, Tomatis détaille une batterie d’épreuves d’une simplicité désarmante — et c’est un argument adressé à son public de psychologues : nul besoin d’être médecin, il suffit d’observer. La poursuite oculaire (« vous demandez au sujet de suivre avec les yeux sans tourner la tête » — l’œil doit balayer sans saccades), la recherche du nystagmus, l’épreuve doigt-nez les yeux fermés, le jeu enfantin du « pigeon-vole », et le signe de Romberg — debout, yeux fermés, le sujet penche du côté lésé. « C’est un examen que, encore une fois, un psychologue peut faire, parce qu’il n’y a pas de contact… vous pouvez le faire sans aucun contact du tout. »
Et puis cette image, la plus saisissante de la conférence. Une fois deux ou trois Ménière soignés, dit-il, les patients affluent « comme s’ils sortaient des murs » : « ils semblent tous se connaître, d’une manière que je ne peux pas expliquer — il doit y avoir une sorte de club clandestin de Ménière en bas de la rue. » Car sans aide, ces malades sont coupés du monde — et Tomatis tend aussitôt un pont vers la psychologie : leur réclusion ressemble à s’y méprendre à l’agoraphobie.
« Il n’y a pas trois oreilles, il y a deux oreilles »
C’est le cœur théorique, et le grand renversement. On enseigne l’oreille en trois parties — externe, moyenne, interne — et son fonctionnement « de l’extérieur vers l’intérieur ». Pour Tomatis, ce raisonnement « est plus digne d’un enfant de douze ans » : l’oreille ne marche pas ainsi. Il propose autre chose : deux muscles antagonistes. Celui de l’étrier, qui régit l’oreille interne et la conduction osseuse ; celui du marteau, qui régit l’oreille externe et la conduction aérienne. « Il n’y a pas trois oreilles… il y a deux oreilles. » Et ce qui permet d’entendre, « c’est la tension homogène et combinée des deux ».
Pour le faire saisir, il convoque un souvenir d’enfance à l’opéra, devant Manon Lescaut. Deux porteurs doivent emporter la chanteuse hors de scène ; au moment de sortir, l’un part à droite, l’autre à gauche, puis chacun se retourne et tire de son côté. Voilà les deux muscles : s’ils lâchent ensemble, c’est le « creux » du test ; s’ils tirent à fond ensemble, c’est la « pointe » — tension, irritation, agressivité. Et Tomatis, en savant honnête, avoue la limite : « Je pressens que c’est ça, mais je ne peux pas vous expliquer pourquoi. D’ici deux ans, je vous dirai pourquoi. »
Écouter, c’est l’os qui se prépare
De là découle une physiologie à rebours. Celui qui veut écouter ne tend pas d’abord l’oreille externe vers le dehors : il tend son oreille interne. « C’est l’os qui se prépare pour écouter », et l’oreille externe suit. Le muscle de l’étrier joue les amortisseurs : il comprime tous les sons dans une fourchette confortable, « entre 40 et 60 décibels » — ce que Tomatis appelle la « dynamique de l’oreille ». Tout, dit-il, « fonctionne à l’inverse » de ce qu’on a proposé avant lui.
C’est aussi ce qui fonde son outil, l’Oreille Électronique : un dispositif qui, autour d’un « zéro » stable situé entre 1000 et 2000 Hz, reproduit toutes les courbes d’écoute possibles. Le principe thérapeutique est élégant : on mesure la manière d’écouter habituelle du sujet, puis on lui propose l’exact opposé, pour le faire « bouger » vite — en vérifiant régulièrement, toutes les dix séances, qu’on n’est pas allé trop loin. Avec, sur l’exactitude, une lucidité qui désarme : « on ne peut jamais être sûr à 100 %. »
Le corps, l’intellect, l’esprit
Là où la conférence devient vertige au sens propre, c’est quand Tomatis lit une simple courbe d’audition comme une carte de l’être. Il la partage en trois étages. La partie basse (vestibulaire) représente le corps — ce qu’il rapproche du « ça » de Freud. La partie médiane, l’intellect et le langage. La partie haute, enfin, « c’est la partie de l’intuition, ou de la spiritualité — mais ce sont des mots », le Soi, « non pas au sens égotiste, mais d’une manière métaphysique ». À cette zone aiguë il associe des dizaines de milliers de cellules ciliées, une réserve d’énergie créatrice — et les musiques « sacrées », chant grégorien ou Mozart, qui ne donnent pas envie de danser mais chargent le cerveau et disposent à se recueillir.
Quand l’oreille se ferme
Voici le thème le plus profond, et le plus humain. On peut posséder une oreille parfaite et pourtant fermée : l’information ne s’intègre pas, retenue par la « viscosité » de centres chargés de souvenirs douloureux. Se fermer dans les hautes fréquences, c’est souvent refuser d’écouter la mère (les voix féminines y passent) ; plus bas, refuser le père. Et tant que ce rapport n’est pas dénoué, l’évolution reste bloquée. Tomatis joue alors sur sa langue : « en français, être contre quelque chose, c’est être collé contre elle. »
C’est ici que tout son vocabulaire prend son sens : on peut entendre sans écouter. Entendre est subi ; écouter est un acte, et parfois un refus. Pour contourner ces blocages, il recourt aux sons filtrés très aigus — les sons « d’avant la mémoire », proches de l’écoute fœtale, qui « contournent les sons généralement liés au langage et au souvenir ». Non pour effacer la difficulté, précise-t-il, mais pour qu’elle redevienne assumable : « si ça passe, je peux prendre ces difficultés en responsabilité. »
L’oreille droite, et l’éthique du silence
Deux dernières touches. La latéralité d’abord : pour le langage, l’oreille droite est directrice — elle porte l’élan, le futur, le rapport au père et au monde ; la gauche, le passé, la mère, la profondeur. On favorise donc la droite. Mais gare à l’oubli de la gauche : récupérer l’une en négligeant l’autre, c’est « bâtir une belle maison avec des termites à l’intérieur ». Tomatis se souvient d’un collégien gaucher, à Paris, dont il ne traitait que l’oreille droite, et qui vint lui dire qu’il refusait de continuer — « ça me rapproche trop de mon corps ».
Enfin, une déontologie de l’écoute, qui dit l’homme autant que le savant. Le test livre des choses si intimes qu’on n’a pas le droit de tout dire. Si quelqu’un vient pour chanter, on ne parle que du chant ; s’il se dit « mal dans sa peau », on commence par la peau. On soigne le profil entier, en silence, sans jamais « ouvrir une boîte de Pandore ».
Aujourd’hui : ce que dit la science
Comme pour le reste de l’œuvre, il faut distinguer trois niveaux. L’intuition de fond de Tomatis — l’oreille interne ne sert pas qu’à entendre, elle gouverne l’équilibre, la posture et la verticalité, et elle est rééducable — est aujourd’hui remarquablement confirmée. La nosologie du vertige a, elle, été entièrement refondée après lui (on ne peut donc pas lui attribuer le détail des causes). Et son dispositif — l’oreille électronique réglant des « courbes » pour rééduquer l’oreille — n’a, lui, pas de validation : ce qui rééduque réellement l’équilibre, c’est la kinésithérapie vestibulaire.
Le vestibule gouverne l’équilibre et la verticalité — confirmé. L’anatomie fonctionnelle donne exactement raison à Tomatis : les canaux semi-circulaires détectent les rotations, les otolithes (utricule, saccule) l’accélération linéaire et la pesanteur. Et le cerveau ne reçoit pas passivement ces signaux : il les combine en permanence avec la vision et la proprioception pour estimer notre mouvement et notre orientation par rapport à la verticale — au point que la « verticale visuelle subjective » est devenue un test clinique courant. L’idée tomatisienne d’une oreille qui « tient le corps debout » est, sur le fond, juste.
Le vertige aujourd’hui — un cadre que Tomatis ne pouvait pas avoir. Le syndrome de Ménière qu’il décrit reste un sujet ouvert : l’« hydrops endolymphatique » longtemps tenu pour sa cause est aujourd’hui plutôt considéré comme un marqueur, et on le visualise désormais par IRM. Mais l’essentiel des vertiges relève de causes identifiées après lui : le VPPB (vertige positionnel, cause n°1, traité non par des médicaments mais par une simple manœuvre de repositionnement dite d’Epley) et la migraine vestibulaire, reconnue comme l’une des premières causes de vertige récurrent. Là où Tomatis avait vu juste, c’est sur l’ampleur du phénomène : près de 7 % des gens connaissent un vrai vertige vestibulaire au cours de leur vie, et c’est l’un des tout premiers motifs de consultation.
L’oreille interne « nourrit » le cerveau — confirmé, version moderne. C’est le champ qui valide le plus spectaculairement l’intuition de Tomatis, sous un nom nouveau : la cognition vestibulaire. Une perte vestibulaire entraîne une atrophie de l’hippocampe et un déficit de mémoire spatiale ; les « cellules de lieu » qui nous orientent dépendent des signaux de l’oreille interne. Prudence toutefois — et c’est une nuance que l’on doit signaler : la recherche récente montre que ce n’est pas l’atrophie qui cause le trouble cognitif, mais la perte du signal vestibulaire lui-même ; et le lien observé avec la démence reste une association, pas une causalité prouvée. Mais l’os de l’intuition tient : l’équilibre et le cerveau sont intimement liés.
« On peut rééduquer l’oreille » — confirmé, et c’est sa plus belle validation… avec une réserve. Tomatis parlait de rééduquer l’oreille ; la science de la compensation vestibulaire lui donne raison sur le principe : le système est plastique, et la rééducation vestibulaire (exercices de stabilisation du regard, kinésithérapie) est aujourd’hui prouvée — preuves solides, recommandée en première intention. Le nerf lésé ne « repousse » pas : c’est le cerveau qui se réorganise. La réserve, capitale : cette rééducation validée n’est pas la méthode Tomatis. Le filtrage sonore de l’oreille électronique et les exercices vestibulaires sont deux choses différentes ; seule la seconde a fait ses preuves.
Équilibre, verticalité et chutes — un enjeu de santé publique. La station debout résulte d’une pondération permanente entre vision, vestibule et proprioception ; quand l’un devient peu fiable, le poids des autres augmente. Or plus d’un tiers des adultes de plus de 40 ans présentent une dysfonction vestibulaire, qui multiplie fortement le risque de chute — première cause de décès accidentel chez la personne âgée, et fardeau en forte hausse avec le vieillissement. Le vieillissement perturbe précisément la perception de la verticale dont parlait Tomatis. Mieux : on sait désormais que l’audition et l’équilibre déclinent ensemble dans la même oreille — une entité récente, la « presbyvestibulie », fait pendant à la presbyacousie. L’unité de l’oreille qu’il martelait a aujourd’hui un nom.
Au goût du jour. L’intuition d’un couplage étroit entre la vision, le vestibule et l’équilibre trouve une illustration on ne peut plus contemporaine : la cybercinétose (le mal-être en réalité virtuelle) et le « vertige visuel » des écrans naissent d’un conflit entre ce que voient les yeux et ce que ressent l’oreille interne — exactement le dialogue sensoriel dont Tomatis pressentait l’importance. Trente ou quarante ans plus tard, nos casques de VR redécouvrent, à leurs dépens, que l’œil et l’oreille doivent s’accorder.
Sources
- Vestibule, équilibre, verticalité — Vestibular processing during natural self-motion, Cullen, Nature Reviews Neuroscience 2019 : pmc · Perception of Verticality and Vestibular Disorders of Balance and Falls, Dieterich & Brandt, Front. Neurol. 2019 : pmc
- Épidémiologie & causes du vertige — Epidemiology of vestibular vertigo, Neuhauser et al., Neurology 2005 : pubmed · VPPB / manœuvre d’Epley (guideline AAO-HNS 2017) · migraine vestibulaire, critères Bárány, Lempert et al., 2012 : pubmed · Ménière/hydrops, Merchant et al., 2005 : pubmed
- Cognition vestibulaire — Vestibular loss causes hippocampal atrophy and impaired spatial memory, Brandt et al., Brain 2005 : oup · nuance causale, Smith, Front. Integr. Neurosci. 2023 : pmc
- Rééducation vestibulaire — Vestibular rehabilitation for unilateral peripheral vestibular dysfunction, Cochrane 2015 : cochrane · guideline APTA, Hall et al., 2022 : pmc
- Équilibre, chutes, vieillissement — dysfonction vestibulaire & chutes, Agrawal et al., NHANES, Arch. Intern. Med. 2009 : pubmed · presbyvestibulie, critères Bárány, Agrawal et al., 2019 : pmc · vieillissement cochlée/vestibule, Paplou et al., Front. Neurosci. 2021 : pmc
- Conflit visuo-vestibulaire (VR/écrans) — Cybersickness in VR head-mounted displays: a systematic review, Virtual Reality 2021 : springer
Transcription intégrale (4 parties)
Conférence bilingue : Alfred Tomatis parle en français, un interprète traduit simultanément en anglais. La transcription française ci-dessous a été restituée à partir de l’interprétation (la voix originale de Tomatis étant en partie couverte) puis relue ; quelques approximations sont possibles. Elle sert de source de référence pour les traductions à venir.
Partie 1
Il faut reconnaître qu’il s’agit d’un syndrome décrit pour la première fois par un médecin français du nom de Prosper Ménière. Il a décrit ce syndrome assez cataclysmique, avec ses signes et ses symptômes : d’abord une douleur ou un vertige, puis une certaine surdité. À l’époque, ce syndrome ne pouvait s’expliquer que par une hémorragie. Ce n’est que vers la fin du siècle dernier que l’on a commencé à le comprendre en termes de fonctionnement de l’oreille interne. Lorsqu’on a ce syndrome, on observe parfois aussi des nausées et un nystagmus. Quelqu’un qui a véritablement fait une crise présente en général une atteinte unilatérale, mais elle peut aussi s’étendre.
Comment le reconnaît-on, à partir des signes que nous avons décrits ? Il peut y avoir des vertiges, il peut y avoir une sensation de légèreté, et en même temps on peut s’attendre à des maux de tête. Ce sont là des phénomènes dus à la pression interne. Dès que l’on suspecte le syndrome et qu’on en obtient la confirmation, l’une des choses que l’on peut faire est de jouer sur l’osmose : on utilise dans certains cas une solution saline pour diminuer la pression. Vous avez l’appareil vestibulaire ; au milieu se trouvent le saccule, puis la cochlée et, à la base, tout cet ensemble est enchâssé dans une coque osseuse très, très solide. Quelqu’un qui présente un syndrome de Ménière, si on l’observe, n’est pas dans l’écoute : il a une musculature faciale figée, comme s’il ne voulait pas écouter.
Dans ce syndrome, on trouve en général au préalable une musculature faciale et des mâchoires tendues. Tant que cela reste à ce niveau, c’est comme un tic nerveux. Mais il existe des connexions très importantes vers le muscle de l’étrier et vers les liquides. Ce dont nous parlons ici, c’est la somme totale de toutes les agitations internes de l’oreille. Les liquides sont toujours présents, ils se déplacent constamment dans un sens et dans l’autre. Ce qui ne va pas, au niveau de l’étrier comme nous l’avons vu, c’est qu’il joue le rôle d’amortisseur et de régulateur de l’équilibre.
Le labyrinthe peut être atteint, par exemple par une véritable hémorragie qui le détruit, ou par une attaque brutale du système, comme une infection virale. Vous pouvez alors avoir un vertige. Vous pouvez avoir un vertige sur une oreille pendant que l’autre continue de bien fonctionner. C’est l’irritation de la muqueuse qui en est la cause. À un certain moment, les muqueuses sont brassées dans un sens et dans l’autre. Il y a irritation.
Même lorsqu’il y a un drainage, il s’agit d’un type d’irritation fonctionnelle, non régulée. Je suis moi-même arrivé au syndrome de Ménière à partir d’un autre cas qui présentait également ce syndrome. J’ai décidé d’aller de l’avant et de m’intéresser à l’autre versant auditif, en me disant que l’aspect Ménière ne pouvait pas être traité comme on le faisait. On me disait que le vertige, ou plus tard l’acouphène… mais un peu plus tard, on s’aperçoit qu’on peut le surmonter dans 60 à 70 % des cas, et que dans 50 à 60 % des cas, on peut récupérer. Dans certains cas, il se peut qu’on ne puisse pas récupérer la perte auditive, mais dans la majorité des cas, on y parvient.
Comment procède-t-on pour examiner quelqu’un qui traverse ce genre de crise ? Tout d’abord, vous vous placez directement face au sujet. Vous lui demandez de suivre votre doigt des yeux, sans tourner la tête, d’un côté puis de l’autre. Le sujet ne devrait pas avoir de difficulté : on voit alors que l’œil se déplace, les deux yeux en parallèle, d’un côté à l’autre, dans un balayage fluide et continu. C’est aux extrémités que l’on peut observer des signes d’une légère saccade dans le mouvement. Dans un syndrome de Ménière, dès que l’on tourne un peu sur le côté, on observe déjà des saccades.
Ensuite, on reprend le sujet et l’on peut déclencher certains des phénomènes vestibulaires, ceux qui provoquent l’impression que la pièce tourne. On peut ainsi distinguer quel canal semi-circulaire est en cause, notamment au niveau des deux canaux supérieurs. S’il y a un trouble ici, les yeux ne tournent pas correctement en cercle. Le docteur insiste encore sur ce point : il faut s’assurer de l’intégrité de la vision et non d’autre chose. On demande ensuite au sujet de regarder le bout de son nez. Dans le vertige de Ménière, il existe un nystagmus interne, alors que normalement le sujet devrait pouvoir converger les yeux vers le nez.
Ensuite, on peut passer à de petits tests. L’un consiste simplement en des mouvements rapides des mains : en cas d’adiadococinésie, d’imbalance ou de difficulté, vous constaterez qu’une main fonctionne très, très vite tandis que l’autre est désynchronisée. On joue alors à ce que l’on appelle le « pigeon vole », ce petit jeu auquel jouent les enfants. Pour cet exercice, on fait fermer les yeux au sujet et on lui demande de toucher son genou droit. Avec un vertige, avec un syndrome de Ménière, vous verrez que c’est impossible. On lui fait ensuite fermer les yeux et toucher différents points.
On regarde d’abord d’un côté : si c’est un Ménière, c’est impossible. On fait la même chose de l’autre côté. Puis on demande au sujet de toucher le doigt de l’examinateur. On le fait pratiquer une ou deux fois les yeux ouverts, puis on lui demande de fermer les yeux, à droite, à gauche, en croisant. S’il y a un vertige, là encore l’orientation spatiale est perturbée et le doigt manque sa cible. On demande ensuite au sujet de fermer les yeux, et on lui demande de pousser : il ne bouge pas, il maintient sa position.
S’il y a un vrai vertige, il aura tendance à tomber d’un côté ou de l’autre, selon le côté qui est en désordre. Pour le signe de Romberg, on demande au sujet, les yeux ouverts, d’établir un bon équilibre, puis on lui demande de fermer les yeux — en gardant vos bras autour de lui pour éviter qu’il ne tombe d’un côté ou de l’autre. Là encore, s’il y a un syndrome de Ménière, le sujet tombera de ce côté-là. Si vous constatez une hésitation, un signe, mais sans pouvoir suffisamment stimuler le phénomène, vous demandez au sujet, les yeux ouverts, d’aller plus loin pour savoir quel canal semi-circulaire est atteint. Vous lui faites tourner la tête, il rouvre les yeux, et il tombe : selon le côté vers lequel vous l’avez fait tourner, il tombera à gauche ou à droite, en avant ou en arrière, ce qui permet un diagnostic différentiel encore plus fin. Voilà l’examen vestibulaire qu’un psychologue peut tout à fait réaliser, car il y a très peu de contact physique avec le client — on peut même le faire sans aucun contact.
— Surveillons le syndrome de Ménière. J’ai une question : peut-on, dans certains cas, s’attendre à ce que les choses empirent avant de s’améliorer ? Est-il possible que la personne ait davantage de vertiges ? Il ne faut pas aller trop vite. On procède quatre fois par jour, en respectant toute la sensibilité. Ce qui est le plus important, c’est que cela n’empire pas, mais surtout que l’on avance lentement : on commence par une séance par jour, puis deux séances, puis trois séances, pour que les choses n’évoluent pas trop rapidement.
Une chose très utile : si vous faites quatre ou cinq séances par jour, prévenez le sujet que des vertiges sont possibles — la plupart du temps il n’en aura pas, mais avertissez-le que cela peut arriver, et que si cela se produit, il ne doit pas s’inquiéter. En fait, c’est en général bon signe. Comme je le disais l’autre jour, sur les centaines de cas de syndrome de Ménière que j’ai traités, je ne me rappelle que deux ou trois cas de rechute. Et dans ces deux ou trois cas, c’était parce que le client n’avait pas voulu ou n’avait pas pu être amené à poursuivre le traitement jusqu’au bout. Une fois que vous aurez traité correctement et complètement deux ou trois cas de syndrome de Ménière, vous verrez que de nombreux cas afflueront à votre cabinet — ils sortiront littéralement des murs, car ils semblent tous se connaître. D’une manière que je ne m’explique pas vraiment, il doit exister une sorte de club clandestin et silencieux des Ménière.
Et c’est vrai : ne serait-ce qu’à travers les communautés religieuses, mon Dieu, cela circule très vite. Ce qu’il faut comprendre, c’est que sans aide, ces personnes peuvent être totalement handicapées, au point d’être coupées de tout contact social — quelque chose de très proche, dans notre champ de la psychologie, du phénomène de l’agoraphobie. Ces personnes, quoi qu’il en soit, ne peuvent plus quitter leur maison. C’est un très bon début, une très bonne base. Il s’agit maintenant de comprendre la régulation des deux muscles de l’oreille en relation avec le test d’écoute, en vue notamment de mettre en place un programme particulier. Pour bien comprendre ce dont nous parlons, il faut repenser le fonctionnement des mécanismes auditifs, en particulier celui de l’oreille moyenne.
Vous avez ici, de l’intérieur vers l’extérieur, l’étrier, l’enclume et le marteau. Il faut vous rappeler que tout cela s’est développé phylogénétiquement dans l’ordre inverse de ce que prétendent les théories, simplement parce que l’approche classique part de l’extérieur vers l’intérieur. Et c’est pourquoi une explication correcte des phénomènes auditifs n’a jamais été véritablement atteinte. Je vous rappelle qu’il y a deux muscles qui fonctionnent dans ce système. L’un, orienté vers l’arrière et l’extérieur, est le muscle de l’étrier. Le second est le muscle du marteau, qui va vers l’avant et vers le bas.
C’est ce qui permet l’audition : c’est la tension homogène et combinée des deux. Ce qui permet le bon passage des phénomènes auditifs, c’est la coordination homogène de ces deux muscles. En fait, chacun est indépendant. Chacun joue son propre rôle, sauf dans les cas extrêmes. Prenons l’analogie de la main et de l’épaule : je peux bouger ma main sans nécessairement bouger l’épaule, et je peux bouger mon épaule sans nécessairement bouger la main. En revanche, dans certains mouvements très extrêmes et inhabituels, je ne peux vraiment pas bouger le bras sans devoir aussi tourner la main.
Il n’y a pas vraiment trois oreilles, comme on l’explique d’habitude — l’externe, la moyenne et l’interne. Dans ma conception, il n’y a réellement que deux parties fondamentales à l’oreille. Une oreille interne, régulée par le muscle de l’étrier. Et une oreille externe, réglée par le muscle du marteau, le tenseur du tympan. Ces deux-là ont normalement une tension homogène, équilibrée. Et lorsque nous avons cette tension homogène et équilibrée sur les deux tenseurs, nous obtenons notre courbe ascendante idéale.
Et cette courbe cherche à répondre à la courbe de l’oreille interne elle-même. Cette courbe idéale reflète la réponse normale de la conduction osseuse au sein de l’oreille interne. C’est ainsi qu’elle s’est formée, en accord avec le phénomène de conduction osseuse. En fait, cette courbe idéale que nous obtenons sur notre tracé est l’amalgame de trois courbes différentes, si l’on pouvait les disséquer. Il y a la réponse de la conduction osseuse, la réponse du muscle du tympan — c’est-à-dire du marteau — et une troisième courbe, qui est la réponse du muscle de l’étrier. Ainsi, notre test d’écoute, même s’il ne le montre pas, révélerait, si on pouvait le disséquer, la superposition et la moyenne de ces trois courbes différentes.
Voyons maintenant les difficultés qui peuvent survenir dans ce schéma. Je vais devoir vous les illustrer à l’aide d’exemples quelque peu extrêmes. Quand j’étais très jeune, j’ai vécu une expérience assez amusante, à l’opéra, lors d’une représentation de Manon — Manon Lescaut. Sur la scène, il y avait deux porteurs qui transportaient la chanteuse. Au moment où ils devaient sortir de scène, au lieu de partir dans la même direction, l’un est parti d’un côté et l’autre dans la direction opposée. Au moment où ils s’en sont rendu compte, chacun s’est retourné, et ils repartaient de nouveau en sens contraire, tirant chacun de son côté.
Si l’on fait l’analogie ici : si les deux muscles de l’oreille travaillaient ensemble, dans le même sens, on obtiendrait notre belle courbe. Mais si les muscles tirent en sens opposés, nous obtenons notre creux de l’oreille moyenne. Et si l’on tire dans le sens inverse, nous obtenons la pointe de l’oreille moyenne. Si l’un des muscles a une force légèrement supérieure à l’autre, on obtient simplement un déplacement du phénomène de la pointe ou du creux, d’un côté vers l’autre. La pointe se déplacera vers le haut, et il en va de même pour le creux de l’oreille moyenne : il peut se déplacer vers le haut ou vers le bas selon la force relative du muscle de l’étrier ou du muscle du marteau. — Dans quel sens les muscles tirent-ils sur le schéma ?
Disons que celui du bas tire vers le bas et l’autre vers le haut. Que se passe-t-il ? Dans le cas du creux de l’oreille moyenne, ni l’un ni l’autre des muscles ne tire : ils se relâchent tous les deux. En revanche, si vous avez la pointe, c’est qu’ils tirent tous les deux très, très fort. Et il y a une irritation qui accompagne la pointe : de l’agressivité, parce qu’il y a une hypersensibilité. Comme nous l’avons vu chez un cas précédent, où il y avait une pointe.
Pour pouvoir adapter un programme à une courbe particulière qui ne répond pas au programme habituel, il faut garder à l’esprit que l’Oreille Électronique peut vous donner toutes les courbes possibles. Mais pour éviter de construire un appareil démesuré, on a vu apparaître un système appelé Bach-Sindal, qui permet de reproduire toutes les courbes avec un système très simplifié. J’ai adapté un tel système, et il me donne un point zéro. Le prix à payer pour cette version simplifiée et plus portable, c’est qu’il existe une sorte de ligne zéro immobile, en plein centre. Or, dans l’oreille, il existe justement une zone centrale immobile, qui change rarement, entre 1 000 et 2 000 Hz. Et à partir de là, avec les bons réglages — en ajoutant ou en soustrayant des décibels à l’entrée — on peut reproduire toutes les courbes possibles.
Sur les réglages, nous avons des nombres qui vont, dans les basses fréquences, de moins 5 jusqu’à plus 5, ou l’inverse. Mais on peut faire 4,5, 4,75, 4,25, 4,01, 4,0, ce que l’on veut. Ce sont des chiffres grossiers : on peut régler sur plus 4,5 ou quoi que ce soit de ce genre. C’est progressif : tant que l’on diminue, c’est progressif, et de même dans l’autre sens. On peut aller de plus 5 en haut à moins 5 en bas. Lorsque le Bach-Sindal est apparu, nous étions limités dans son usage car nous ne pouvions augmenter que de 12 décibels dans un sens et de 12 décibels dans l’autre.
Avec la nouvelle machine, on peut aller à 40 décibels, dans un sens comme dans l’autre. On peut donc faire un travail beaucoup, beaucoup plus profond. — La première ligne, la grise, vous disiez que c’était quoi ? La toute première année, avec l’Oreille Électronique grise, c’était un déplacement de 12, de 15 — soit 30 au total. Oui, 30 en tout, sur un balayage de 30 décibels. Maintenant, on peut aller jusqu’à 80.
Parfois, en fait, c’est trop fort. Ce qu’il importe de retenir, c’est qu’il y a ici un zéro relatif. Entre 1 000 et 2 000, il y a une position centrale immobile. Par exemple, si j’ai une courbe ascendante au tout début, puis qui s’aplatit, et que je veux superposer la courbe correcte, je prends la base zéro. À partir de là, comme point de référence, en descendant jusqu’à la fin du test d’écoute, j’estimerais que nous avons un moins 4. Et il faudrait que je le place sur l’étage inférieur du filtrage.
Ce serait la formule idéale. Souvent, nous n’avons pas le temps. Quand je veux aller vite à Paris, je fais comme ça ; quand je veux aller très, très vite, je procède ainsi. Si maintenant j’ai une courbe comme celle-ci, en revanche, le creux de l’oreille moyenne, c’est pour moi un autre cas. Là encore, ma ligne de base, c’est ce point entre 1 000 et 2 000 : je le considère comme la ligne zéro. Et je projette mentalement le nombre de décibels jusqu’à la fin — par exemple plus 4, plus 5.
Si je veux corriger cela, je vais essayer de combler ce creux entre 500 et 3 000 avec des sons, pour remplir le creux. Et je place sur l’étage supérieur, l’étage correctif, l’inverse. Il faut vérifier régulièrement de ne pas aller trop loin. Je dois contrôler très fréquemment avec le test d’écoute pour m’assurer que nous ne forçons pas les choses à aller trop loin. Par exemple, toutes les dix séances, tous les deux jours, on mesure ces trois ou quatre fréquences, pas plus. On peut très simplement, par un balayage rapide, mesurer deux, trois ou quatre fréquences pour savoir jusqu’où on est allé dans le comblement du déficit.
— Et si l’on a une courbe plate, une conduction osseuse et aérienne bien parallèles ? Comment cela s’explique-t-il en termes de jeu des muscles ? Les deux devraient-elles être plates ? — Les deux oreilles ou les deux courbes ? — Les deux courbes. Bonne conduction, particulièrement bonne conduction…
mais cela signifie qu’il n’y a pas assez d’harmonie entre les deux. Certaines personnes ne travaillent pas de façon harmonieuse : il y a de la conduction d’un bout à l’autre, mais aucune harmonie entre les deux. Le muscle de l’étrier est en rapport avec l’oreille interne et avec la conduction osseuse. Le muscle du marteau est en rapport avec la conduction aérienne. Je suis convaincu que le muscle de l’étrier régule la conduction osseuse, et que le muscle du marteau régule la conduction aérienne. Mais pourquoi exactement ?
Je ne sais pas. Comment cela se fait-il ? Je le pressens, mais je ne peux pas vous l’expliquer. D’ici deux ans, je vous dirai pourquoi. De même, dans ce cadre de référence, je ne peux pas encore vous expliquer comment ce mécanisme commande l’appareil vestibulaire, ni quelle partie joue le plus grand rôle. C’est quelque chose qui me taquine, que je ne peux pas expliquer, qui me laisse quelque peu perplexe — mais personne d’autre ne peut l’expliquer non plus.
— Que voudriez-vous savoir sur ce point ? Sur la physiologie de… — Si on peut s’arrêter un instant, je vais vous poser une question. Je ne suis pas très au clair. Qu’utilisez-vous pour calculer, sur un creux de l’oreille moyenne ? Vous parliez d’aller à plus 4.
Sur quoi vous basez-vous pour ce calcul ? Est-ce juste une estimation ? Peut-on compter le nombre de décibels manquants ? On essaie de voir la direction de la pente. Si j’ai ceci… — C’est la différence par rapport à la ligne du bas, votre ligne de base ?
La ligne de base. C’est une projection entre un écart et deux écarts. C’est un zéro relatif. C’est la différence entre cette ligne de base et les 40 décibels au-dessus. Ce que l’on fait, c’est qu’on essaie d’estimer visuellement — on peut le faire plus précisément — la profondeur de la vallée, du creux. En prenant le fond du creux comme point de référence, comme ligne zéro, puis en mesurant la hauteur de la remontée d’un côté et de l’autre, on peut estimer, en décibels, que chaque point de un à cinq vaut environ 10 décibels.
Si nous avons l’inverse — une pointe —, on calcule à l’envers : la partie supérieure, vers 1 000, est la ligne zéro, et on calcule vers le bas. Mais ce sont des zéros relatifs. Dans certains cas, on peut obtenir une courbe brisée. Au lieu d’un creux bien droit, on peut avoir quelque chose d’irrégulier. Et à ce moment-là, on fait une moyenne : au lieu de prendre l’un ou l’autre, on moyenne. — Donc, à quoi que ressemble la courbe, le point zéro est toujours entre 1 000 et 2 000 ?
Oui. C’est toujours un peu une approximation. On ne peut jamais être exact à 100 % avec cela.
Partie 2
Vous acceptez cela comme si c’était deux mille, tout simplement. C’est, là encore, une approximation. D’autant plus que, vous le réalisez, trois mille hertz est peut-être pour nous le domaine le plus méconnu en termes de compréhension des phénomènes à ce niveau-là. C’est à trois mille hertz que se fait la conjonction de la conduction osseuse et du muscle de l’étrier. C’est une zone vraiment très confuse en ce qui concerne les mécanismes auditifs. Vous savez qu’à 800 hertz, c’est la jonction, la conjonction de la conduction aérienne et du muscle du marteau.
Mais à trois mille, là, nous ne sommes pas sûrs. Revenons au fonctionnement de l’oreille. Pour la plupart des gens, comme nous l’avons souligné précédemment, dans les explications classiques, le fonctionnement de l’oreille est compris de l’extérieur vers l’intérieur. Il semble évident et généralement admis que le son arrive dans l’oreille, frappe le tympan, et qu’il est conduit vers l’intérieur à travers les trois osselets jusqu’à l’oreille interne. C’est en réalité un raisonnement qui conviendrait davantage à un enfant de douze ans, car dès qu’on étudie cela plus en détail, on se rend vite compte que cela ne peut certainement pas fonctionner ainsi. Et pourtant, nous sommes restés bloqués très longtemps dans cette manière de voir, notamment parce que c’est le grand Helmholtz qui fut l’un des premiers à la proposer.
Et personne n’a eu l’audace ni le courage de la remettre en question, tant il est un personnage considérable en physiologie et en psychophysiologie : personne n’oserait même y songer. Ce qui vient le confirmer et l’illustrer, c’est von Békésy, qui a remporté le prix Nobel en 1961. Tout cela est faux. Mais aujourd’hui, nous pensons que c’est faux. Nous admettons que c’est faux, et c’est quelque peu embarrassant. Les élèves de Békésy, comme von Tondorf — qui est l’un de ses propres étudiants —, ne savent plus très bien quoi faire.
Si toutefois nous revenons en arrière, vers 1843 ou 1848, Ohm — celui qui nous a donné la loi d’Ohm sur les courants électriques en électronique — Ohm avait suggéré que l’oreille fonctionne un peu comme un analyseur de Fourier. Mais il n’a pas pu le prouver. Qu’est-ce qu’un analyseur de Fourier, une analyse de type Fourier ? C’est une forme d’analyse découverte par un homme appelé Fourier, en 1802, pour expliquer les phénomènes thermodynamiques. Ce qui est intéressant, c’est que personne n’a lu Fourier. L’un des premiers à avoir lu les idées de Fourier, ce fut peut-être Ohm lui-même.
Et nous n’avons découvert, ou redécouvert, Fourier qu’à l’époque moderne. La loi de Fourier est la suivante : Fourier dit que tout mouvement complexe peut se décomposer en mouvements simples. Il peut se décomposer, se disséquer en éléments simples, en paramètres simples. Fourier propose, par exemple, que la partie supérieure du phénomène soit en réalité l’amalgame, ou la moyenne, d’un certain nombre de phénomènes moindres. Autrement dit, cette courbe supérieure est l’intégration d’un certain nombre de courbes sinusoïdales, ou la moyenne d’un certain nombre de courbes sinusoïdales. Helmholtz, cependant, s’est opposé à la proposition d’Ohm.
Il a fait reculer notre compréhension de ce phénomène d’au moins un siècle entier. Pour en revenir à ce que nous faisons, il devient plus clair que les résultats que nous obtenons vont bien davantage dans le sens d’une confirmation des approches d’Ohm et de Fourier. Quelqu’un qui veut écouter tourne immédiatement son oreille interne, pour préparer l’oreille interne à écouter. C’est l’os qui se prépare à écouter. Celui qui veut écouter tourne l’oreille pour écouter ; c’est l’os qui se prépare à écouter. En préparant l’oreille interne — vous vous le rappellerez —, pour nous préparer à écouter, en particulier par l’oreille interne, nous devons préparer tout notre corps.
Nous résumons la vigilance du corps à travers le système vestibulaire, et peu après, c’est l’oreille externe qui suit. À ce moment-là, dans cette préparation de l’oreille interne, dans cette préparation de l’oreille externe, nous tirons sur l’étrier ; de sorte que le tympan de cette oreille schématisée, avec le marteau qui lui est opposé, cette partie-ci se met à vibrer, et la partie inférieure du tympan se met à vibrer un peu, à la manière d’un diapason, et fait vibrer, force l’os lui-même à vibrer. Tout comme le fait un diapason. Et aussitôt, le son est conduit vers l’intérieur par conduction osseuse et attaque, transmet jusqu’à l’oreille interne ; l’énergie pénètre dans l’oreille interne. Et aussitôt, le muscle de l’étrier réagit, à la manière d’un amortisseur, pour atténuer ou pour ajuster la tension à l’intérieur du système. Maintenant, si nous allons plus loin et que nous examinons, que nous analysons et étudions comment la cochlée est constituée.
Personne ne semble avoir étudié, ni cherché la raison, ni demandé pourquoi la cochlée a la forme d’un escargot. Elle a cette forme, avec trois spires et demie. Si vous prenez une cochlée en forme d’escargot comme celle-ci, qu’on appelle une forme parabolique — si vous prenez une forme comme celle-ci, paraboloïde, comme on la connaît —, et que j’y envoie un son, nous verrons très vite qu’il y a une répartition du son sur toute la surface. Les hautes fréquences culminent vers la base, et les basses fréquences résonnent tout en haut, au sommet. Tout à fait comme fonctionne l’oreille, exactement comme l’oreille fonctionne. Si je voulais étudier en détail où chaque fréquence résonne le plus, je peux disséquer ceci comme un quartier d’orange.
Si je pèle l’orange entière en une seule épluchure continue, je verrai que ce qui différencie les différentes fréquences, ce sont les tangentes. Si j’ai une tangente, un prolongement très, très long, cela donne une longueur d’onde très, très longue, donc un son de basse fréquence. On captera une longueur d’onde plus courte, qui est un son de fréquence moyenne, et tout près de l’apex, une longueur d’onde bien plus petite est captée. Et pour que cette analyse puisse se faire, je dois avoir ici une compression, toujours à un certain niveau, de sorte que toutes mes intensités soient équivalentes en amplitude. Il faut une forme de mécanisme qui comprime ces longueurs d’onde et les maintienne toutes dans une même plage relative. C’est ce que fait von Békésy : il opère une compression entre 40 et 60 décibels.
C’est ce qu’on appelle la dynamique de l’oreille. Et c’est exactement ce que fait l’étrier. Il crée une forme de régulation de pression à l’intérieur de l’oreille interne, qui maintient les sons entrants toujours entre 40 et 60 décibels — ce qui est exactement ce que nous appelons la dynamique de l’oreille, c’est-à-dire l’intensité à laquelle la plupart des gens entendent confortablement. C’est là la dynamique de l’oreille. C’est là que l’oreille est juste, à ce point précis. Le phénomène auditif, de 40 à 60 décibels, est ici linéaire.
L’étrier travaille donc comme un amortisseur pour tenter d’équilibrer les fréquences dans une certaine plage et en améliorer l’analyse. Une chose que personne ne peut expliquer avec les approches théoriques classiques du phénomène auditif, c’est le bien connu effet de masque, souvent utilisé par l’examinateur de l’audition. Si je prends une basse fréquence trop forte, mon amortisseur, l’étrier, travaille très fortement pour pouvoir l’équilibrer et la maintenir dans cette zone de 40 à 60 décibels. Mais, ce faisant, il doit annuler, gommer, effacer toutes les autres fréquences : d’où le phénomène de masque. Maintenant, si nous regardons exactement ce qui se passe à l’intérieur de l’oreille interne — et c’est précisément là que von Békésy s’est égaré. Voici un agrandissement de l’oreille interne.
Supposons que nous soyons dans les hautes fréquences, à la base, à la base de la cochlée. Et là encore, tout cela est entouré d’enveloppes très épaisses, dures, d’ivoire. Ici, j’ai la membrane basilaire, en trois couches. Ici, j’ai la membrane de Reissner, qui est d’une seule couche. Ici, j’ai la partie vasculaire. Ici, j’ai les cinq couches de l’organe de Corti.
Et ici, j’ai la membrane tectoriale. Au-dessus, nous avons ce que nous appelons la membrane tectoriale. C’est une membrane qui vibre. Et il y a des cils dressés. Les cils sont les petites formations pileuses des cellules de Corti qui, tout en haut, sont en quelque sorte collés dans la membrane tectoriale. Lorsque le son met en mouvement une partie de la cochlée, cette partie se met à vibrer.
La membrane tectoriale se met à vibrer. Elle excite les cils qui se trouvent sur les cellules de Corti. Si le son est très, très faible, très petit, il ne touchera qu’une seule cellule de Corti. S’il vibre plus fort, il touche aussi la deuxième cellule de Corti. C’est là que nous obtenons la notion d’intensité. Mais en même temps, ici, s’il y a mouvement, les liquides vont se mettre à bouger.
Cependant, s’il est encore plus fort et qu’il se met à onduler jusqu’au bout, il crée un retour de vague au niveau des liquides. Si nous arrivons tout en haut, au sommet, alors le retour, le déferlement, sera encore plus fort. Si c’est encore plus fort, trop fort, cela devient très, très dangereux pour les cellules de l’extrémité supérieure. Celle du bas se met aussi à vibrer. Mais ici, les liquides déplacent la membrane de Reissner. Les liquides peuvent déplacer la membrane de Reissner.
Cela provoque un déplacement des liquides ici. Et cela crée un déplacement des liquides dans l’oreille interne. Cela touche aussitôt l’étrier, la fenêtre ovale. Et l’étrier absorbe le choc, l’impact. Il réduit, réduit encore. Encore une fois, pour réduire la tension, afin que tout puisse être capté toujours dans cette plage de 40 à 60 décibels, la plus confortable, la plus facile à analyser.
Autrement dit, cela fonctionne de manière entièrement inverse à ce qui avait été proposé. Bon, cela nous suffit. Le test d’écoute s’est élaboré, certes, au fil d’un certain nombre d’années. Au départ, il y avait l’audiogramme, le test auditif, parce qu’au début je faisais passer des tests auditifs dans les arsenaux de l’aviation, en France. Et après quelques années, je me suis rendu compte que, sans m’en apercevoir, j’avais intégré une foule de paramètres qui étaient les symptômes des patients. Avec le temps, après avoir accumulé un certain nombre d’audiogrammes sur quelques années, j’ai réalisé que les audiogrammes étaient révélateurs : ils révélaient non seulement la constitution auditive d’un individu, mais prenaient aussi en compte et révélaient beaucoup de ses symptômes et de ses traits de personnalité.
C’est d’autant plus frappant que, même si j’en avais pris conscience, je n’en avais pas pris conscience au niveau conscient. Je l’avais intégré dans ma pratique. Si bien que, lorsqu’un client ou un sujet se présentait, je regardais le test auditif et j’avançais automatiquement un avis du genre : « Vous avez des difficultés avec votre… » Et il semblait n’y avoir aucune difficulté à interpréter cela juste, la plupart du temps. Mon assistante, qui se formait et s’exerçait, m’a simplement dit, m’a simplement demandé : « Toutes ces hypothèses, tous ces commentaires, mais d’où, exactement, les tirez-vous sur l’audiogramme ? » Pour moi, ce fut comme un coup de marteau sur la tête.
Je n’y avais jamais pensé. Bien que j’aie intégré tout cela, j’en ai conclu que le cerveau est vraiment fantastique : une grande partie de l’intégration s’était faite d’elle-même, sans que j’en aie pleinement conscience. Plus on laisse faire son cerveau… C’est la partie médiane. Seul, tout au centre, il existe une relation directe, droite. C’est une médiane à 60 dB.
Et le point central se situe quelque part entre 40 et 60 dB. On l’appelle la zone de la dynamique. C’est ce qu’on appelle la zone de la dynamique de l’oreille. On l’appelle aussi la courbe de Munson. Munson-Fletcher. Et cela complique tout du point de vue de la recherche, du point de vue de l’audiologie.
Parce qu’un appareil qui permettrait de détecter toutes ces courbes, chacune étant chaque fois remise à sa véritable place, est complexe à réaliser. Un appareil qui serait réglé pour refléter la véritable courbe et les véritables caractéristiques de l’audition devient très, très difficile à réaliser. Ici, nous avons aussi une bande optimale. Au centre, nous avons également une bande, une largeur de 800 hertz à près de 2000 hertz. De 800 à 2000 hertz, qui est la zone optimale de l’audition. Il y a aussi ici des plages où l’on donne de vraies correspondances à l’oreille.
Quand on est là, on est sûr qu’on mesure vraiment l’oreille. Quand on est ici, on ne sait plus ce qu’on fait. Aux coordonnées de cette zone particulière, de cette courbe en forme de citron, on peut être sûr qu’on entend quelque chose, qu’on mesure quelque chose d’assez exact. Mais plus on s’éloigne de ces coordonnées, plus cela devient indéfini. Et l’appareil qui me rendrait service serait un appareil qui mesurerait chaque fois l’oreille. L’instrument idéal, qui nous aiderait dans nos objectifs, mesurerait de cette façon, en prélevant des tranches tout au long des registres.
Mais pour cela, il faut pratiquement un ordinateur. C’est pour cela que l’audiogramme habituel a été transformé. On a déterminé qu’il y aurait un zéro hypothétique, une ligne zéro hypothétique. Et là, on a remonté les deux extrémités de 30 à 40 décibels. On a dit que, lorsqu’on obtenait une courbe comme celle-ci — autrement dit, lorsque, sur un audiogramme, on obtient une courbe en ligne droite —, cela reflétait un niveau physiologique, qui correspond en réalité à la courbe en forme de citron. Les oto-rhino-laryngologistes utilisent dans le monde entier cette courbe, cette ligne de base aplatie.
Je pense que c’est anti-physiologique. C’est anti-physiologique. Anti, c’est contre, contre la psychophysiologie. C’est non naturel. C’est une façon de procéder qui n’est pas naturelle. Pour les psychologues, ce serait de toujours travailler sur cette courbe.
Et en réalité, ce qui serait plus proche de la vérité et plus idéal, en particulier pour un psychologue, serait de revenir à la courbe en forme de citron de Wegel. Et c’est précisément ce que nous faisons, en ce moment, à Paris. Nous avons la chance d’avoir un petit ordinateur qui nous permet d’effectuer ces modifications. Un ordinateur que j’ai fabriqué moi-même, ici, au Canada. Et c’est pour cela que je l’ai à Paris et que vous ne l’avez pas ici. Oh !
Oh ! J’espère que nous l’aurons bientôt ici. L’intérêt, c’est qu’on retrouve exactement… Et le principal intérêt de revenir à cette courbe physiologique, c’est qu’en procédant ainsi, nous retrouvons toutes les réponses à certaines des indications psychophysiologiques que nous tirons de nos tests. Si j’élargis un peu la zone centrale, vous voyez qu’ici l’ensemble, je le coupe en trois morceaux. La dimension, la largeur d’ensemble peut être subdivisée en trois zones.
Et c’est ce que vous devez faire chaque fois que vous vous trouverez face à un test. Dans votre tête, il faut que ce soit ainsi. Chaque fois que vous regardez un test d’écoute, ce que je vous demande de faire, c’est de le diviser mentalement en ces trois zones particulières. La première subdivision se situe entre 750 et 1000 hertz. La deuxième, autour de 3000 hertz. Toujours — ce n’est pas marqué sur la courbe, mais dans votre tête, il faut toujours…
Vous ne le trouverez pas sur le profil, mais vous devez le subdiviser mentalement de cette façon. La courbe que nous avons ici est sûrement le résultat de cette courbe-là, et le résultat d’au moins trois courbes. La courbe que vous voyez ici est certainement le résultat de l’éternelle courbe en forme de citron, mais elle est aussi le produit de trois autres courbes, à mesure que nous comprenons mieux comment l’oreille fonctionne. Mais au fond, elle répond déjà à l’articulation. C’est pour cela qu’elle répond à l’articulation. Ces deux points-là répondent à l’articulation des trois courbes.
Les deux points, les deux points pivots, reflètent en réalité l’interaction des trois courbes que nous allons examiner. La partie basse de ce nouveau test représentera toujours le corps. Elle représente, la plupart du temps, le corps. C’est évident que le corps va se manifester dans tout l’ensemble, mais cette partie-là lui est spécialement réservée. Il est évident que le corps se reflète à travers l’ensemble, cependant… la partie basse joue un rôle plus prééminent pour le corps.
On verra que cela va au moins jusqu’à deux ou trois mille. Il est bon de se rappeler que le corps, l’influence du corps, se reflète jusqu’à deux ou trois mille hertz. Mais avec une courbe. Ce faisant, il monte l’échelle avec de moins en moins d’intensité. Par conséquent, la représentation corporelle a une courbe en quelque sorte descendante. La partie haute — nous n’avons malheureusement que des mots là-dessus.
Tout ce que je peux faire, c’est… la partie haute, c’est la partie haute qui est la plus importante. Mais il faut s’en souvenir, et il faut le retenir. Donc la partie basse, c’est la partie du corps. Et la partie haute du test : nous avons beaucoup de mots pour tenter de désigner ce à quoi elle se rapporte, et aucun de ces mots ne suffit en lui-même. C’est la partie de l’intuition.
On pourrait l’appeler la zone de l’intuition. Ou peut-être de la spiritualité. Mais ce ne sont que des mots. La spiritualité a un tracé descendant. Nous avons ensuite la partie médiane, la zone centrale, qui est la partie — là encore il manque un mot — de l’intellect, que nous pouvons appeler la zone de l’intellect, même si ce mot en lui-même ne suffit pas. En fait, c’est aussi la zone du langage et la zone où la plupart des voyelles trouvent leurs racines.
Et si maintenant on regarde sous une autre application, sous une autre terminologie, on verra que la partie du bas, c’est-à-dire le ça de Freud — il n’y a pas d’ambiguïté. Vue sous une autre dimension, sous un autre angle, la zone basse, que nous appelons la zone corporelle, pourrait aussi s’interpréter, dans la terminologie freudienne, comme la zone du ça. Celle-ci, ici, c’est celle de l’ego. La zone médiane, liée au langage ou à l’intellect, nous pourrions l’interpréter comme la zone de l’ego, ainsi que du surmoi ; car le langage, la structure, à un moment donné — l’identification et les acquisitions de la personne relèvent du registre de la communication, le registre central. C’est intéressant : l’analyse, la psychanalyse, cela reste très simple. Par conséquent, il est bon pour nous de réaliser, à partir de ce schéma, que le domaine de la psychanalyse se limite à ce registre médian, de 2000 ou 3000 hertz.
La partie ici, c’est la partie… Suivant cette même ligne, la partie haute ne représente ni le ça, ni l’ego, ni le surmoi, mais, au-delà du cadre psychanalytique, elle représente le soi, le soi non pas au sens égotiste ou égocentrique, mais plutôt au sens métaphysique. Je crois qu’on dirait plutôt ici le soi. C’est une nouvelle dimension, cela. C’est vrai. Le docteur Tomatis suggère que, au-delà du soi, dans une certaine mesure, on pourrait peut-être dire le Je, même s’il y a là une dimension difficile à intégrer, et le soi, cela englobe déjà beaucoup.
Où s’arrête le soi ? D’où vient-il ? Le soi est encore dans l’individu. Là, on risque de tomber dans une dimension difficile, car il est très difficile de définir cette zone particulière. Même avec la terminologie du soi, on est toujours, jusqu’à un certain point, dans l’ego. C’est-à-dire qu’on est toujours dans l’individu.
On risque d’entrer dans beaucoup de considérations philosophiques et métaphysiques. Est-ce que, dans ce jeu, il y a encore une instance qu’on appellerait « l’être » ? Est-ce la question de ce que Jung appelait « l’âme » ? Dans l’esprit jungien, le « soul », c’est l’âme. L’âme, en ce sens, est là. Mais l’âme, c’est la raison, le pourquoi.
Je suggère que peut-être la terminologie jungienne de l’âme n’est, elle non plus, pas tout à fait suffisante. C’est un domaine de spiritualité. Pour le moment, il reste très difficile à définir. Sans tomber dans ce type de débat, ce que nous devons retenir, c’est que pour nous, ce domaine particulier existe, et qu’il est très, très important. À l’instant où nous pouvons accéder aux fréquences plus aiguës, en termes de capacités d’écoute, à cet instant, nous sommes sûrs que l’individu résonne très, très fortement au sein de son propre être. Et cela s’explique, dans une certaine mesure, dans une large mesure, par un substrat neurophysiologique que nous allons examiner.
Vous vous rappellerez que, dans l’oreille elle-même, il y a trois niveaux différents : l’oreille externe, l’oreille moyenne — les osselets — et l’oreille interne. Et l’oreille interne… les cellules qu’elle contient. Je vais voir qu’il y a très, très peu de cellules dans cette partie-là. Je réaliserai qu’il y a très, très peu de cellules — quarante cellules — au maximum, à la grande extrémité. Il n’y en a qu’une dizaine.
Il y en a quelques centaines dans la partie des médiums. Il y en a 24 000 dans la partie des médiums, par rapport au test d’écoute… et il y en a environ 24 000 dans les registres aigus du test d’écoute. Si nous pouvons développer, mettre à profit ces 24 000 cellules dans les registres aigus, cela permet à la personne d’avoir beaucoup d’énergie et de capacité mentale. Quelqu’un qui peut développer ces fréquences plus aiguës aura énormément d’énergie — mais de l’énergie au sens où nous la définissons : créativité, réflexion, capacité à aborder le domaine métaphysique. La partie médiane est celle qui va permettre d’intellectualiser le système.
La partie médiane, la zone médiane, va nous permettre d’intellectualiser l’ensemble. Elle utilise le corps, bien sûr, pour ce faire. Et quand on verra les correspondances de l’ensemble avec le corps, on verra que la tête y correspond. Et lorsque nous étudierons la correspondance entre les différents registres de fréquences et les zones corporelles, nous prendrons conscience du fait que la tête s’inscrit autour de 3000 hertz. Au-delà de 3000, nous sommes hors du corps. On peut le voir comme une sorte de point terminal, mais au-delà, il y a aussi énormément d’énergie.
Comment le corps peut-il intervenir dans ce processus ? Parce que, dans les parties basse et médiane, une grande partie de l’excitation nerveuse provient du système vestibulaire plutôt que du système cochléaire. … vers les fréquences moyennes, et surtout les plus aiguës, agissant à travers le système cochléaire, nous constaterons que nous ne sommes pas du tout invités à danser, mais plutôt à nous détendre et à être présents. Toutes les musiques et tous les chants qualifiés de sacrés — même si nous devons nous rappeler qu’il n’y a rien de sacré en soi — sont au fond sacrés parce qu’ils induisent à la fois charge et énergie, et mettent la personne dans une disposition à réfléchir sur son propre être et sur des considérations métaphysiques. Vous remarquerez que, dans ce registre particulier, nous trouverons une musique comme celle de Mozart.
La semaine dernière, j’ai moi-même un peu expérimenté cela. J’avais un chalet à Georgian Bay, en Ontario, et j’avais pas mal de choses à faire. J’avais à ma disposition tous les albums de musique que j’aime ; je n’arrivais pas à travailler en même temps. J’avais là tous les concertos, en particulier parce que cela tombe dans cette zone ascendante. C’est-à-dire qu’en même temps, c’est vrai, c’est dans la zone de relaxation. C’est pour ça qu’ici vous pouvez vous y mettre.
Chacun devrait trouver comment nommer ses propres fondements. C’est pourquoi, même dans cette salle, nous devrions pouvoir réfléchir à cela. Maintenant que nous connaissons les racines psychophysiologiques de cette subdivision, nous devrions pouvoir la définir nous-mêmes. En psychologie, nous trouverons que beaucoup, beaucoup de gens ont défini leurs typologies et leurs manières de subdiviser les personnes. Je pense qu’il est important d’aller y voir, car cela peut être intéressant. Bien des façons de subdiviser la personnalité, par modes et manières, relèvent essentiellement de ces trois zones particulières.
C’est d’autant plus difficile de retrouver son ancienne place maintenant, en termes d’énergie. Cela devient un peu plus difficile avec la courbe ascendante, et au fond, personne ne sait ce qu’est l’énergie. On en revient toujours aux mêmes mots, rien que des mots. Là encore, nous sommes confrontés à la même difficulté : nous n’avons souvent rien d’autre que des mots pour tenter d’expliquer des choses quelque peu intangibles. Maintenant, je me suis rendu compte, il y a quelques années, j’ai pris conscience du fait que des enfants — les enfants des années 95 environ — avaient des courbes d’audition qui n’étaient pas excellentes, donnaient des tests d’écoute et des courbes d’écoute loin d’être des modèles, loin d’être bonnes. Je vous donne un exemple : j’ai eu la chance d’examiner 3800 enfants.
Je vous donne, par exemple, un phénomène intéressant. J’ai eu la chance d’examiner 3800 enfants. C’étaient des enfants qui arrivaient à Paris ; tous les jours, ils arrivent à Paris. Personne ne sait vraiment d’où ils viennent. Personne ne sait où ils vont. C’est vrai pour toutes les grandes villes.
Ce doit être le même phénomène, j’imagine, pour bien des grandes villes. Il y avait deux foyers d’accueil qui recevaient ces jeunes, où ils restaient peut-être deux ou trois jours, le temps de leur passage. Et quelques bénévoles font passer des tests. Il y a quelques psychologues qui jouent habituellement avec eux, autorisés à le faire, mais qui n’ont pas le droit, par ailleurs, d’intervenir auprès de ces individus. Et nous avons reçu l’autorisation, une autorisation spéciale, de faire passer à ces jeunes des tests d’écoute. Et j’avais trouvé 48 % de malentendants.
48 % de ces jeunes l’étaient dans leurs aptitudes d’écoute. Et parmi ces 48 % de malentendants, il n’y en avait qu’un seul qui avait un certificat d’études. Il n’y en avait qu’un seul qui possédait un certain diplôme scolaire. C’est le premier degré, le tout premier échelon du système éducatif. Et cela montre à quel point il existe une relation entre de mauvaises aptitudes d’écoute et des difficultés d’apprentissage. Et depuis, j’ai essayé de décrypter tous les paramètres qui pouvaient entrer en jeu.
À partir de ce moment-là, j’ai dégagé les différents paramètres des aptitudes d’écoute, sous une forme schématique, quelques repères assez faciles à retenir. En regardant le test d’écoute pour les deux oreilles. Et on se souvient que la courbe idéale est celle-ci. En gardant à l’esprit que la courbe idéale est la courbe ascendante, celle que nous appelons la courbe de l’oreille musicale. Avec en même temps la courbe osseuse. Et comme vous le savez, la courbe de conduction osseuse doit suivre parallèlement, un peu en dessous.
Comme d’habitude, à gauche nous avons la courbe représentant l’oreille droite, et à droite celle représentant l’oreille gauche. Nous la regardons comme si nous regardions l’oreille droite ; nous la regardons comme si nous regardions l’oreille gauche. Face au sujet. En face à face avec le sujet. Ici, toujours en trait plein : sur la ligne pleine, nous avons la courbe aérienne, et la ligne pointillée représente la courbe de conduction osseuse. Et en règle générale, elles sont superposées.
En règle générale, comme principe de base, il faut garder à l’esprit que la courbe de conduction aérienne et la courbe de conduction osseuse se superposent l’une à l’autre. Et comme elles sont superposées, vous ne pourriez pas les distinguer. Si elles étaient superposées de cette façon, il n’y aurait aucun moyen de les lire ni de les interpréter. Il y a eu un accord international pour placer la conduction osseuse 15 décibels en dessous de la courbe aérienne, afin de nous permettre d’en lire la différence. Vous pouvez les voir. Vous savez ce qu’elles sont.
Il y a toujours un écart. Dès que nous croyons qu’elles sont à 15 décibels en dessous, cela signifie qu’elles sont de l’autre côté. Nous devons garder à l’esprit que, s’il y a une différence de 15 décibels, en réalité, elles sont superposées l’une à l’autre. C’est important. Il y en a une qui vient ici. Par exemple, c’est la courbe ascendante.
Elle monte ici. Comparée à l’autre, il est important de garder ceci à l’esprit. Car si, par exemple, la courbe est très, très haute, sur cette courbe idéale, que peut-il se passer ? Pour en revenir à notre courbe idéale, la courbe ascendante : elle peut être fantastique et ne jamais être utilisée. D’une part, nous pouvons avoir une courbe ascendante fantastique. Cela ne signifie pas pour autant que l’individu l’utilisera.
L’individu peut ne pas l’utiliser. Toute l’information qui passera sera barrée. Elle ne sera pas intégrée. Ainsi, toute l’information qui transite par une telle courbe idéale, parfaitement mise en place, reste non intégrée. Cela se définit en particulier dans ce cas. Sur le plan neurophysiologique, qu’est-ce que cela signifie ?
En termes neurophysiologiques, et de sélectivité fermée en particulier, cela signifie que le sujet… c’est là l’un des problèmes. Cela signifie qu’il est submergé, qu’il ne pourra pas intégrer l’information ; celle-ci ne peut être intégrée. Et le dépôt de ces problèmes, dans le système cérébral, se trouve dans une zone énorme que nous appelons le thalamus. Les fibres qui émanent de la cochlée viennent vers les centres thalamiques. Les deux voies, homolatérale et hétérolatérale, aboutissent dans la zone postérieure du centre thalamique.
Nous représentons ici, en gros, en pointillés, le cortex ; et le thalamus se trouverait à l’intérieur. La partie postérieure, liée aux fibres auditives, est appelée la partie postérieure. Je ne peux pas laisser passer l’information. Si, en raison de mon bagage personnel, je suis submergé par des préoccupations personnelles ou par un arrière-fond de nombreux souvenirs douloureux, pour une raison ou une autre, la transmission ne se fait pas, le souvenir disparaît. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’en suis venu, au fil de mon expérience, à affirmer de plus en plus fort ce qui bloque, au fond, la mémoire humaine. Tout d’un coup, vous avez un esprit.
En ce moment même, vous êtes dans votre esprit avec tout ce que je vous raconte aujourd’hui, ce qui devrait pouvoir passer dans notre zone. La viscosité des centres thalamiques doit être réduite. Si c’est trop visqueux, cela ne permet pas la transmission. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut-il dire que je vais oublier tout ce qui me dérange ? Cela veut-il dire que je vais oublier tout ce qui me dérange, qu’il n’y a pas de transmission ?
Non. Cela signifie simplement que, si cela passe, cela disparaîtra. Je ne les effacerai pas. Je sais seulement que j’ai effacé des choses. Permettez-moi de revenir en arrière. Si, par chance, l’information s’élève bien du système cochléaire à travers la zone thalamique, à travers le pulvinar, et dépasse, à travers le cortex — cela veut-il dire que mes problèmes ne me dérangeront plus, docteur Tomatis ?
Cela signifie très simplement que je peux assumer ces difficultés. Je peux les faire miennes. Je peux en prendre la responsabilité. Et le système est difficile. Le système humain est difficile. C’est une connexion très difficile.
Et l’expliquer est quelque peu difficile, car il nous faut entrer dans le domaine des relations entre la psychophysiologie et l’esprit humain. Si je suis dans ce domaine, dans cette situation, je suis privé de mes problèmes. Si, par exemple, je suis submergé par mes difficultés, et que la sélectivité est fermée, je ne peux pas surmonter mes difficultés, parce que je ne peux pas générer assez d’énergie ou de force mentale pour les affronter. Et l’on voit comme on est englouti dans un problème. Il n’y en a pas assez. Comment, par conséquent, on finit par rester coincé.
Si j’ai la chance d’avoir beaucoup d’énergie, je peux surmonter tout cela. Si, en revanche, j’ai assez d’énergie mentale, alors je peux balayer, ouvrir grand toute cette sélectivité et gérer mes difficultés avec plus d’aisance. Comment, alors, atteindre ce niveau d’énergie et de conscience corticales, si donc nous sommes coincés ? Les zones thalamiques nous font obstacle, à cause de la viscosité et des souvenirs qu’elles contiennent. Que puis-je faire pour lâcher prise sur des sons qui n’ont pas de mémoire ? Je pense que l’explication est la suivante : un jour, j’ai eu la chance de tomber sur la possibilité d’utiliser certains sons qui, fondamentalement, n’ont aucune base mnésique, qui sont au-delà de la zone liée à la mémoire — aux mauvais souvenirs, par exemple.
Et c’est précisément pour cela que nous utilisons le son filtré, les sons filtrés des hautes fréquences : parce qu’ils contournent ces sons qui sont généralement liés au langage, à la mémoire et à la communication. Je vous donne un exemple de ce que j’entends par un blocage, une viscosité, au niveau thalamique. Un bègue, en français comme en anglais, a beaucoup de mal à prononcer les « b » et les « d », le « p » en particulier aussi, parce qu’il renvoie à… et le « m » également, le « m » renvoyant à « maman ». Et le bègue, en anglais comme en français, chaque fois qu’il rencontre un mot qui commence par « p » — quel que soit ce mot, que ce soit « paradis » ou « perroquet » ou n’importe quel mot commençant par « p » —, à cause de la mémorisation associée au son « p », qui dans ses racines profondes remonte au mot « mémoire », tout cela est ancré dans les lettres elles-mêmes, dans l’acquisition la plus précoce des lettres. Et d’ici la fin de la semaine, à mesure que nous reverrons notre théorie, je vous montrerai à quel point une simple lettre peut avoir une coloration émotionnelle, cognitive ou affective.
Si donc nous utilisons des sons que nous appelons sons intra-utérins, des sons de hautes fréquences, ils contournent ces zones sonores et toutes ces colorations affectives qui peuvent être très négatives. Par conséquent, pour revenir à notre point de départ : nous pouvons avoir une excellente oreille, en termes de courbe d’écoute, mais si la sélectivité est fermée, cela signifie que nous ne pouvons pas l’utiliser correctement, que nous ne pouvons pas en tirer parti. Et cette sélectivité fermée peut être complètement fermée, ou bien partiellement fermée.
Partie 3
Par exemple, elle peut se fermer uniquement dans les hautes fréquences, que ce soit d’un côté ou de l’autre. Si elle ne se ferme que dans les hautes fréquences, cela a aussi sa signification particulière. C’est une raison pour laquelle je ne veux pas écouter ; c’est simplement une zone qui représente quelque chose que je ne veux pas écouter. De manière générale, cela représente le fait qu’il s’agit d’une zone dans laquelle je ne veux pas écouter. Cela représente un certain domaine de la vie, ou de l’expérience, dans lequel nous ne voulons pas écouter, que nous ne voulons pas affronter. En général, vous constaterez que le jeune qui a des difficultés dans les hautes fréquences est celui qui a des difficultés avec sa mère, le jeune qui ne veut pas écouter les voix féminines qui, le plus souvent, passent dans la zone des hautes fréquences.
Le jeune qui ne veut pas écouter la voix du père, lui, se fermera encore plus bas. Il faut toutefois garder à l’esprit que si le jeune ne parvient pas à surmonter les difficultés rencontrées avec la mère, il ne va pas plus loin : il ne peut affronter ni gérer aucune des autres difficultés qui pourront survenir plus tard dans la vie, par exemple celles rencontrées avec le père, etc. L’une des difficultés majeures sur le plan de l’évolution personnelle, c’est de surmonter, s’il y en a, les difficultés avec la mère. Ainsi, d’un point de vue physiologique, chaque fois que nous avons une sélectivité fermée, nous pouvons automatiquement affirmer et présumer que, sur le plan physiologique, les zones thalamiques ne transmettent pas correctement, ou ne laissent pas passer le message. Un détail que je voudrais reprendre à partir de là. Un autre détail que je peux ajouter ici, d’un point de vue psychologique : lorsque nous avons les fréquences fermées et que cela renvoie à un problème avec la mère, que cela nous plaise ou non, nous restons bloqués à ce niveau précis.
Même si nous sommes nous-mêmes père ou mère, nous ne pouvons pas nous en dépêtrer. Nous sommes coincés avec cela. Nous sommes contre cela. Et particulièrement en français, être contre quelque chose, c’est y être collé contre. C’est intéressant : en français, c’est le même mot. Être contre, c’est être contre.
Le mot « contre » a en même temps la signification d’être collé, et de ne pas pouvoir bouger. C’est la même chose. Vous avez quelqu’un qui… Si vous avez un problème avec quelqu’un aujourd’hui, cela ne crée pas une distance ; vous êtes toujours collé contre. Même dans notre vie quotidienne, je pense que nous le constatons aujourd’hui : nous rencontrons une difficulté avec quelqu’un. Tant que nous n’avons pas résolu cette difficulté, nous restons, au moins mentalement, à un certain niveau.
Ce qui est intéressant, c’est que, même si nous le voulons, nous restons coincés avec cela. Nous restons coincés avec cela. On veut libérer quelqu’un… Et il est intéressant d’aller encore plus loin : nous voulons nous libérer de beaucoup de ces blocages, en particulier ceux liés aux personnes. La seule manière de les contourner, c’est de parvenir à aimer cette chose précise. Gardez à l’esprit que, particulièrement en anglais, le mot trouve sa racine dans un terme sanskrit qui renvoie à, qui signifie « donner ».
En anglais, give, ils donnent. Live, ils vivent. On les retrouve dans les mots, ils vivent. Ils vivent. On les retrouve dans les mots live (vivre), love (aimer) et believe (croire). De même, le mot français « amour » tire certaines de ses racines du latin, en particulier de amare ; mais il est très difficile d’en retrouver les racines.
Le Dr Tomatis suggère qu’il vient d’un terme issu de l’hébreu, qui signifie parler, communiquer. Revenons une fois encore à notre test d’écoute. Avec ce programme d’entraînement à l’Oreille Électronique, nous parvenons à ouvrir la sélectivité. On constate que ceux qui ne sont pas déjà sous programme d’Oreille Électronique, ou qui ont déjà entamé une psychanalyse ou différentes formes de prise de conscience, finissent par compenser le côté fermé : pour eux, au fond, cela reste fermé. On permet à l’individu de composer avec les choses, tant bien que mal. Examinons d’autres distorsions ou troubles qui peuvent apparaître chez les sujets ayant des courbes irrégulières, un peu en dents de scie, vous voyez, irrégulières, à peu près symétriques.
Là, vous avez déjà quelques indices, un peu plus bas, qui posent cette question. La seule manière dont nous pouvons nous heurter à cela, c’est lorsque les deux oreilles sont distordues ou inversées. Servons-nous de nous-mêmes comme point de comparaison : nous pouvons avoir un certain nombre de sous-types différents en termes de droite et de gauche. On peut estimer qu’elles ne sont pas symétriques, et il est important de pouvoir faire la distinction, parce que ce croisement-là est bien plus difficile que lorsqu’elles sont symétriques. Au-delà de cela, on peut ajouter une autre dimension : selon que les courbes sont ascendantes, qu’elles sont symétriques, qu’elles sont croisées. Nous pouvons aussi considérer la dimension de la spatialisation.
On peut obtenir des indications de spatialisation sur la courbe de conduction aérienne et sur la courbe de conduction osseuse, même si, en règle générale, c’est la courbe de conduction osseuse que nous regardons. Pour ceux d’entre vous qui ont eu l’occasion de faire passer des tests d’écoute, ou même d’en passer ici, vous avez peut-être réalisé à quel point il est difficile, pour certaines personnes, de localiser le son dans le cadre du test. Prenons par exemple ce cas particulier où un individu inverse la spatialisation : à droite, toutes les basses fréquences sont perçues à gauche, et en même temps, à gauche, toutes les hautes fréquences sont inversées et perçues à droite. Cela signifie que, chaque fois que la personne reçoit une information ou des mots, ils vont être distordus à cause de ce basculement d’un côté à l’autre. Et cela conduit à une forme de perception dyslexique. Ce qu’il faut retenir ici, garder à l’esprit, c’est que lorsque nous prononçons certains mots, nous utilisons tout un spectre de sons : certains viennent des basses fréquences, d’autres des hautes fréquences.
À l’intérieur d’une même phrase, nous pouvons employer des sons situés dans les basses fréquences, qui seraient renvoyés du côté opposé et créeraient un décalage temporel. Puis, à mesure que la personne poursuit cette même phrase, elle peut aussi employer des sons de plus hautes fréquences, qui inverseraient tout le processus. En français, vous pouvez vouloir dire un mot ou une phrase, mais comme les sons contenus dans cette courte phrase balaient tout le registre, et à cause des décalages temporels dans ce basculement, la personne peut finir par dire tout autre chose. C’est un signe très, très fréquent de dyslexie : les basses fréquences étant inversées, et les hautes fréquences également. Un autre signe utile ici est la latéralité auditive. Lorsqu’il n’y a pas de latéralité nette, dans un sens ou dans l’autre, à l’aide de l’audio-latéromètre, nous l’indiquons généralement en mettant l’équilibre à 50.
La raison pour laquelle nous utilisons 50, c’est que nous nous référons à 50 décibels. Sur la courbe de Munson, la zone de communication confortable se situe entre 40 et 60 décibels. Ainsi, à 50 décibels, vous fonctionnez dans cette plage de la parole, qui devrait être confortable et facilement perceptible par la plupart des gens. À l’aide de l’audio-latéromètre et des écouteurs, nous laissons le son entrer dans chaque oreille à un niveau de 50 décibels, tandis que la personne est assise juste en face de nous, et nous lui demandons de parler. Avec l’audio-latéromètre, nous pouvons alors augmenter ou réduire le nombre de décibels dans l’oreille gauche, par exemple. Par exemple, Bob, ici, parle essentiellement par l’oreille droite.
Ce qui m’intéresserait, c’est de découvrir combien de décibels il me faudrait ajouter dans son oreille gauche, en feed-back, pour tromper ce processus et le forcer à écouter par l’oreille gauche. Vous pouvez voir qu’entre 20 et 30 décibels, il est tout à fait possible qu’il bascule vers la gauche. Par soustraction, je pourrais très facilement dire qu’il a un avantage de l’oreille droite de 20 décibels. Si nous partons d’une personne dont la parole est très, très mal articulée, qui vient de la gorge, très, très en dedans, signes typiques d’une dominance de l’oreille gauche, ce que nous aurions alors à faire, c’est diminuer la quantité d’entrée dans l’oreille gauche. Réduire suffisamment l’entrée dans l’oreille gauche pour permettre à cette personne de prendre l’avantage de l’oreille droite. On pourrait réduire de 50 décibels à 40, à 30, jusqu’à ce que les caractéristiques de la parole deviennent très, très clairement à dominance droite : très en avant, très clairement articulées.
Notre appareil le plus récent, qui a là encore été fabriqué au Canada et qui se trouve désormais à Paris, permet au sujet de faire ce test lui-même. Dès l’instant où la personne est branchée à cette machine de test, la machine prend le relais et effectue tout le test toute seule. Sur l’appareil, vous trouverez un petit levier, une manette, qui permet à l’individu de trouver son niveau confortable et son niveau de parole approprié. En général, dès le départ, en termes d’intensité, les gens se situent dans la courbe de Munson, entre 40 et 60 décibels. Certains régleront le niveau à 40 décibels : ils ont l’oreille fine. D’autres à 70 décibels.
Mais déjà là, nous avons une indication sur le degré de fermeture, de proximité ou de perception du son. Puis, sur le côté, avec la même manette, non plus en montant ou en descendant mais latéralement, on voit qu’il va chercher à ressentir, à repérer son état d’écoute habituel. Et immédiatement, sur l’impression ou sur l’écran, nous obtenons le nombre de décibels nécessaires pour tracer son profil auditif, son profil d’écoute particulier. Ensuite, nous demandons à la personne de parler. Avec cela, vous voyez ce que vous faites : une fois que la personne s’est en quelque sorte située par rapport à sa parole habituelle, nous pouvons ajouter 20, 30 ou 40 décibels, ou les retrancher d’autant, pour tenter de trouver la bonne dominance de l’oreille droite. Autre chose que l’on voit beaucoup plus rarement, mais que vous verrez peut-être plus fréquemment ici, dans certains des cas les plus perturbés auxquels vous avez affaire : quand on présente deux courbes particulièrement compatibles avec une perte auditive.
Elles descendent aussi bas que 30 ou 40 décibels, autrement dit ce que nous appellerions une perte auditive modérée, voire sévère. En tant que psychologue, si vous suivez ces jeunes de près, vous réaliserez que, malgré cette surdité apparemment modérée ou sévère, ils parviennent malgré tout à communiquer avec vous. Par conséquent, ils ont, à un moment donné, établi la communication, sont capables de communiquer. Sinon, s’il s’agissait d’une véritable perte, il n’y aurait pas de langage du tout. Le fait que leur voix ne soit pas du tout marquée par cela est un point de décision. En tant que cliniciens, nous devons prendre une décision : est-ce organique ou psychologique ?
Et dans certains cas, cette décision n’est pas facile à prendre. Nous proposons généralement, au centre de Paris, un essai, un certain nombre de séances. Si c’est psychologique, on voit habituellement les changements se produire très, très vite. Si ce n’est pas le cas, il y a des chances que ce soit organique. Mais, au fond, au tout début, dans certains cas, rien ne nous permet vraiment de dire si nous avons affaire à quelque chose de physiologique ou de psychologique. Ce que vous pouvez aussi trouver, à l’occasion, c’est une chute très, très marquée à partir d’une certaine fréquence.
Mais cela se lit. Dans le cas d’une perte auditive physique, pour une transmission rapide de l’oreille interne, la courbe de difficulté perceptive est généralement ascendante jusqu’à un certain point, puis il y a une chute complète. C’est déjà un signe. Maintenant que nous avons simplement énuméré ou décrit certains de ces schémas possibles, essayons de comprendre comment ils apparaissent, ce qu’ils signifient réellement, ce qu’ils reflètent. Si nous comprenons la signification, physiologique et psychologique, de ces différentes courbes, cela nous permettra aussi de mettre en place des programmes avec plus de précision et de finesse. Dans un centre comme celui de Paris, vous avez la chance de rencontrer des gens du monde entier.
Nous avons reçu énormément de personnes, aux difficultés très variées. Nous en sommes maintenant arrivés au point où nous sommes capables de mettre en place certains programmes standard. À Paris, nous faisons 500 séances par jour. À Paris, en moyenne, nous faisons 500 séances d’une demi-heure par jour. Si nous devions personnaliser chacune d’elles pour tous ces individus, nous courrions sans arrêt. Nous savons qu’avec un programme standard, ça marche.
Nous savons qu’avec un programme standard, nous obtiendrons de bons résultats. Et si nous pouvions individualiser le programme… individualiser le programme. En dehors du premier cas que nous avons examiné et expliqué en termes de sélectivité fermée et de ses racines, de son origine thalamique, en dehors de cette première écoute, tout le reste peut s’expliquer par la dynamique de l’oreille externe, moyenne et interne. Nous avons ici l’oreille externe, l’oreille interne, et entre les deux, les trois osselets. Voici l’oreille externe.
Nous avons un muscle très, très puissant, un muscle tenseur, qui vient vers l’avant et l’intérieur, appelé le muscle tenseur du marteau, ou tenseur du tympan. Il y en a un autre qui tire davantage vers l’intérieur, le haut et l’extérieur, le muscle ou tendon tenseur. Celui-ci est le plus petit. Fait intéressant, il ne mesure que 6,2 millimètres de long ; c’est peut-être le plus petit tendon de tout le corps, et c’est celui qui est apparu le plus tard dans l’évolution animale. C’est peut-être parce qu’il est un arrivant tardif dans l’évolution des espèces qu’il est difficile à rendre actif et à amener sous contrôle conscient. De fait, le travail le plus important que nous faisons ici, avec l’Oreille Électronique, c’est de rendre ce tendon particulier efficace et soumis au contrôle intentionnel de l’individu.
Et là encore, peut-être, parce que, parmi les muscles extenseurs, c’est l’un des derniers, un arrivant tardif dans l’évolution. C’est peut-être pour cette raison qu’il est l’un des plus difficiles à mettre en mouvement, à faire fonctionner. En même temps, bien qu’il soit un arrivant tardif et plutôt difficile à activer, si nous parvenons à le mettre en mouvement, par contre-réaction, il met en mouvement tout ce qui est venu avant. Par exemple, la verticalité, qui est très liée aux muscles de type extenseur, est mise en jeu, amenée en jeu, en travaillant sur ce tenseur. L’enclume, l’osselet médian, est rattachée par un ligament. Le marteau et l’enclume sont pratiquement soudés l’un à l’autre, l’un contre l’autre.
Entre l’enclume et l’étrier, en revanche, il y a un espace, une ouverture. La raison qui explique cette séparation tient à ceci : le groupe phylogénétique, ou architectural, est différent. La première paire, le marteau et l’enclume, a son origine, sur le plan phylogénétique, dans le premier arc branchial. Le premier arc branchial donne le marteau et l’enclume, et il est aussi en lien avec les mâchoires. Par arcs branchiaux, nous entendons la toute première forme de division cellulaire, et les débuts de la structuration du fœtus. Le second, qui est davantage lié à l’étrier, vers la partie interne, est en lien avec la musculature de toute la face.
En même temps, il crée et contribue au développement du larynx. Ainsi, le premier arc branchial, lié au marteau et à l’enclume, montre son rôle en termes d’articulation. Le second arc branchial, qui est bien davantage lié à l’étrier, joue son rôle plutôt en termes de phonation. C’est le muscle qui a le plus de travail à faire. Dans l’ensemble, le muscle tenseur qui a le plus grand rôle à jouer, c’est le tenseur de l’étrier. C’est grâce à lui que nous ferons l’analyse.
C’est grâce au travail de l’étrier que nous sommes capables d’analyser les sons. La tension de l’étrier. Si nous pouvions représenter le degré de tension, les limites de tension dont dispose l’étrier vont de plus cinq à moins cinq. Nous verrons que si nous donnons à l’étrier une énorme tension, cela va le tirer vers l’extérieur. Et pour comprendre ce qui suit, il nous faut revenir à quelques notions de psychophysiologie et de physique. Je prends, par exemple, une fréquence très basse, une grande longueur d’onde, ou une fréquence moyenne, ou une fréquence plus haute.
Mais dans la nature, ce sont des sons complexes. En réalité, dans la nature, c’est une organisation complexe de tous ces sons. Où trouve-t-on des sons purs ? Si je mets le tout ensemble, j’obtiens une courbe à peu près comme ceci, que je peux analyser avec ce que nous appelons la courbe de Fourier. L’oreille fonctionne comme l’analyse de Fourier, comme cette méthode d’analyse. Je vous expliquerai cela plus tard ; c’est très important.
Je vais retrancher, ce que nous appelons retrancher, les sons. Je diminue, je coupe la perception des hautes fréquences. Je me tends trop : je diminue la perception des hautes fréquences. Si je veux analyser tout cela, si, au contraire, je voulais pouvoir analyser toutes les fines variations en termes de vibrations, il me faudra donner une tension très, très brève. J’ai besoin de relâcher la tension. Je peux plutôt assouplir, assouplir.
Là, il y a un relâchement. Pour faire l’analyse, je dois être plus détendu. Pour faire l’analyse sans les aigus, je dois être ici, détendu. Et en ce sens, nous ne faisons rien. Donc, pour pouvoir analyser ces sons, ce qu’il faut, c’est un certain équilibre entre les deux extrêmes, un certain degré de souplesse. Mais si je tire très, très fort ici, je pousse toute la chaîne, je la pousse comme ceci.
Je tords le jeu des osselets et je pousse très fortement vers l’extérieur. Et le marteau va venir comme cela. Et il relâche la membrane. Le premier osselet se tord et se desserre. Il relâche la membrane. Et il détend la membrane du tympan.
Je risque alors de n’entendre que les graves. Ce faisant, le risque que je prends, c’est de ne pouvoir capter rien d’autre que les sons de basse fréquence. Les sons de basse fréquence sont des sons qui s’imposent à l’individu : vous n’avez pas à faire d’effort. Et si vous faites cela, vous finissez par… Si je vais trop loin, en tension très, très brève, si je me tends trop au niveau de l’étrier, je détruis toutes les fréquences possibles, et la seule chose qui entrera, ce sont les basses fréquences. Si, au contraire, je veux avoir une tension souple, si je veux être plus détendu…
je vais entraîner tout cela avec moi… les osselets dans la direction opposée. Plus je descends ici, plus j’agis sur le tympan, plus il va entendre, plus il va couper les basses fréquences. Et plus il y a de tension à ce point, jouant sur le tympan, plus apparaît la possibilité de capter les hautes fréquences. Si je place aussi les chiffres, j’obtiendrai toutes les courbes possibles. Si nous essayions de représenter cela, donc le degré de tension et d’ouverture au niveau du tenseur, du tympan, et si je raisonne de façon symétrique, supposons que je prenne, par exemple, que chaque fois la somme donne zéro : si je mets, par exemple, plus trois, moins trois, ça fera zéro.
Ce sera toujours une moyenne. Il semble que, même en regardant ces courbes-là, il y ait un certain aspect équilibré, où la partie médiane de la courbe, la courbe au niveau du millième, semble être le point pivot, en deçà ou au-delà duquel vous constaterez que la courbe s’équilibre souvent. Plutôt qu’un point de rotation, ce sera toujours symétrique. Il semble toujours y avoir un certain équilibre, une certaine rotation autour d’un point pivot. Mais la somme, quelle que soit la façon dont on regarde, finit en général par donner zéro. Maintenant, si je continue avec deux nombres symétriques, comme par exemple trois.
Les deux nombres sont symétriques. Je vais avoir des courbes comme celle-ci. Toutes vont être symétriques. Plus cinq, plus un, plus un. Moins un, moins un. Tant qu’ils restent symétriques…
je ne sais pas si on me suit ; je me perds un peu là. Pour les autres, je vais me perdre. Regardons cela sous un autre angle. Prenons les courbes les plus simples. Par exemple, le point médian, qui est 1 000, qui est le point pivot. C’est là que la courbe se divise en deux.
C’est là que la courbe se divise à nouveau en deux. Entre 800 et 2 000 hertz, il y a un point important ici, une zone médiane, le point de rotation. Entre 2 000… la zone centrale, le point de rotation est aux alentours de 1 000. Maintenant, ici, j’ai deux échelles. Le zéro est ici.
Nous avons plus cinq et moins cinq, plus cinq et moins cinq. Nous allons subdiviser cela en termes d’extrêmes qui montent, plus cinq et moins cinq, d’une manière ou d’une autre. Les antagonistes vont toujours se rejoindre au point médian. Je peux avoir des indications selon lesquelles l’antagoniste, le contraire, se croisera toujours à 1 000. Par exemple, je prends deux. Par exemple, plus deux, moins deux.
Un plus deux en termes de perception des basses fréquences cédera la place à un moins deux en termes de hautes fréquences. Ou je peux avoir l’inverse aussi. Ces courbes sont des courbes assez fréquentes, mais elles se croisent toujours. La courbe ascendante et la courbe descendante se croisent toujours avec la ligne du zéro autour de 1 000. Si nous avons les mêmes indications, la même valeur, qui se croisent au même moment, nous aurons toujours une coupe médiane. Nous verrons.
J’ai plus deux. Plus deux. Nous verrons. Une autre courbe est celle que nous appelons la courbe à creux central. Là encore, elle présente un aspect équilibré, mais selon un schéma en quelque sorte inversé. Vous pouvez avoir un plus deux en termes de basses fréquences, un plus deux en termes de hautes fréquences, mais là encore, à 1 000, c’est le point de base, le point pivot.
Qu’est-ce que cela signifie ? Tout à l’heure, nous avons vu que les deux sont dirigés vers 1 000. C’est lui qui dirige tout. Maintenant, celui-ci commence à s’opposer. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il y a un instant, nous avons vu, dans les courbes précédentes, que c’est la tension sur l’étrier, le muscle de l’étrier, qui dicte en quelque sorte l’autre courbe.
Dans ce cas précis, lorsque nous avons cette coupe centrale, ce qui se passe, c’est que le muscle, le tenseur du marteau, commence à s’opposer maintenant au muscle de l’étrier, avec la même valeur, sur une base équilibrée. Comme celui-ci est très fort et que l’autre est très fort, nous allons avoir une courbe comme celle-ci, qui est très marquée. Par conséquent, nous pouvons avoir une situation où, dans le jeu musculaire, il y a beaucoup de tension qui tire vers l’intérieur sur l’étrier, beaucoup qui tire sur le marteau, et nous obtenons ce type particulier de point bas. Nous obtenons une courbe en pointe. La traction d’un muscle ne laisse pas passer les sons de basse fréquence, et la traction de l’autre muscle ne laisse pas passer les sons de haute fréquence. Le seul endroit où ils peuvent avoir un jeu, c’est au centre.
Ainsi, la seule sensibilité que vous auriez se situerait dans la zone médiane. L’une comme l’autre, cette courbe en pointe ou ce que nous appelons le creux de l’oreille moyenne, sont extrêmement, extrêmement difficiles à corriger. Si nous connaissons les raisons physiques de cela, alors, plutôt que d’utiliser une courbe standard ou un programme standard, nous pouvons utiliser un programme qui sera exactement l’inverse de ce qu’elles présentent, ce qui nous permet de travailler bien plus rapidement. Comment individualisons-nous ? Prenons une courbe particulière, par exemple. Prenons une courbe que nous rencontrons fréquemment, en particulier dans des centres comme les nôtres, à savoir ce que nous appelons le creux de l’oreille moyenne.
En particulier une courbe où les deux tracés, la conduction aérienne et la conduction osseuse, sont semblables. Si nous utilisons l’approche habituelle, le programme standard habituel de musique, qui a une courbe ascendante, le moins cinq, plus cinq, et que je l’oppose, dans le canal inférieur, au plus cinq, moins cinq, ce qui est le programme standard, je ne pourrai pas donner à cette personne l’expérience, d’abord, de pouvoir entrer en contact avec sa posture d’écoute habituelle, puis de la contraster avec une posture plus efficace. Je dois modifier le programme, d’abord, pour lui faire ressentir et reconnaître sa posture habituelle, qui est le moins cinq, moins cinq, et qui correspond au creux de l’oreille moyenne, plus cinq, plus cinq, et je vais l’opposer au moins cinq, le contraster avec l’opposé, plus cinq, moins cinq. Ce n’est pas inversé de l’autre côté, mais je dirai que, sur la machine, nous ne mettrons pas un moins cinq, moins cinq en haut, plus cinq, plus cinq en haut. C’est plutôt… Ah, pour les étiquettes !
Ah oui, ce sont les canaux ! C’est le canal du haut ! Oui, c’est ça ! C’est le canal du haut ! Nous devons inverser les canaux si nous voulons procéder ainsi. C’est l’idée, au fond.
Si maintenant c’est l’inverse, si j’avais celui-ci… Si, au contraire, je dois inverser le pic même… Je ferai moins cinq. Vous pourriez tracer jusqu’à cinq, cinq, cinq, cinq, cinq, j’essaierais de contraster, plus cinq, plus cinq… Vous voyez que les nombres sont toujours les mêmes. Et comment faire pour être…
Vous verrez donc qu’il y a toujours un certain équilibre entre les deux, le premier et le second, le premier et le troisième, le second et le quatrième : voilà ce que je fais pour le haut. Vous verrez donc qu’il y a toujours un certain aspect d’équilibre. Pour le point, le creux ou le sommet, je le prends comme référence zéro. Pour calculer le degré de modification, je prends le pic pour le bas, et je m’en sers comme d’une sorte de point zéro. Et je calcule, selon la distance, combien il y a de degrés. Et j’essaie de calculer, dans ma tête, la quantité de décibels en termes de variation du profil.
En fait, le nombre de décibels en termes de variation du profil est le même que le nombre de décibels au niveau du pic, et ici, cela varie au maximum de 20 décibels. En général, nous constaterons qu’il y a une latitude d’environ 20 décibels pour ces schémas. C’est la borne. Même s’il y a des irrégularités entre les deux, je n’y prête pas attention. Je regarde où se situe cette ligne, et je fais la moyenne. Il faut moyenner cela, dans une certaine mesure.
À ce stade, on passe à zéro. C’est relatif. Je ne fais pas attention au reste de la courbe. Le reste, en termes de type de courbe, est très, très relatif. Nous n’avons pas la zone centrale excentrée et les extrêmes des courbures que nous regardons. Cela me permet de calculer en termes de plus ou moins cinq.
Je calcule, et je le place toujours dans la direction opposée. Cela me permet donc de calculer la posture d’écoute actuelle de la personne, puis de la contraster avec son exact opposé. Et quand on fait cela, ça marche très bien. Quand vous parvenez à le faire avec l’exact opposé de là où se trouve la personne, vous constatez que les changements surviennent très, très vite. Cela présente un inconvénient, cependant. Il ne faut pas le laisser longtemps, dans la même position.
Cinq dans les basses fréquences et un plus trois : c’est déséquilibré, comme ceci. Quand cela ne s’équilibre pas, vous constatez que la zone pivot se déplace, que le centre vient se placer à l’intérieur de cette plage particulière, de 750 à 3 000. On peut assez bien retrouver le schéma. Par exemple, si nous avons moins trois dans les basses fréquences, puis que cela remonte jusqu’à un certain point, puis arrive à un plus deux : là encore, ce n’est pas une chose très équilibrée, mais la zone pivot centrale tombera probablement de 1 000 à 750. Hier, une jeune fille que nous avions d’abord vue à Toronto, et que nous continuons à suivre ici en externe, présentait au départ une connexion très, très particulière. Il n’y avait aucune connexion entre les muscles, le tenseur de l’étrier et le tenseur du tympan, fort pour la respiration.
J’ai commencé à essayer de modifier certaines de ces courbes. Sur le plan fonctionnel, c’est comme un curseur : avec l’interrupteur réglé sur zéro, vous allez à plus cinq ou moins cinq dans l’un ou l’autre sens. Où mettez-vous les hautes fréquences, et en dessous les basses fréquences ? Et c’est exactement ce que nous avons sur l’Oreille Électronique : plus cinq, moins cinq. J’ai alors commencé à attaquer… toujours en allant de zéro à cinq, je veux dire en le réduisant, au fond, dans le bon sens.
Partie 4
Maintenant, ici, cette partie-là est presque plate. Au centre, cette zone-là est généralement plate, et c’est ce qui fait l’oreille — la partie médiane, là où elle doit être, et où elle fonctionne le mieux. C’est entre mille et deux ou trois mille hertz, et c’est la zone dans laquelle l’oreille fonctionne le mieux. Et c’est à partir de ce point que nous ajoutons ou que nous retranchons des décibels pour construire notre courbe. Gardons à l’esprit qu’à cette extrémité-ci nous jouons sur le muscle du marteau, et qu’à l’autre extrémité nous jouons sur le muscle de l’étrier. En attribuant un chiffre à chacun d’eux, nous pouvons visualiser la quantité de tension musculaire qui s’exerce dans ces systèmes.
Si je tire assez fort sur le muscle du marteau, le tympan se relève. Si je tire fort sur le muscle du marteau, je pousse celui de l’étrier vers l’intérieur. Si je tire trop fort sur le muscle de l’étrier, celui du marteau est repoussé vers l’extérieur. Il y a donc une sorte de système d’équilibre synergique. Nous prenons toujours l’opposé. Nous prenons toujours l’opposé.
Et nous aboutissons toujours à des opposés ou à un équilibre dans un sens ou dans l’autre, soit par négation, soit par addition, et toujours avec le centre comme point de référence. Si les deux muscles cèdent complètement en même temps, alors nous obtenons cette forme en cuvette, ce creux de l’oreille médiane. Mais ils sont tous les deux toujours vivants, tous les deux en activité ; c’est volontairement qu’ils sont moins tendus, mais ils restent toujours en tension. Ils sont toujours dans une certaine forme de tension, ou d’entente entre eux. C’est important. C’est une entente.
Une entente. Mais ils sont vivants. Ils sont vivants. Ils ne sont jamais morts, ces muscles. Ils fonctionnent toujours d’une manière ou d’une autre, soit très détendus, soit très tendus. Maintenant, supposons qu’il y ait une asymétrie dans les tensions.
Si la tension dans ces deux systèmes musculaires est asymétrique. Celui-ci, par exemple, va à un moment donné jouer très, très fort, va couper très fort. Si le tenseur du marteau tire très, très fort, il coupera. Il coupera les fréquences graves. Si nous avions un bon système d’équilibre des muscles, l’autre prendrait le relais au moins sur le haut. Disons que le muscle du marteau décide de tirer très, très fort et que, en sens inverse, le muscle tenseur de l’étrier tire tout aussi fort : nous obtenons alors cette pointe.
Maintenant, au contraire, si c’est celui-ci qui tire très, très, très fort — si ce muscle plus bas tire très fort — et que l’autre tire très peu, on aura un déplacement. Il y aura un déplacement du point d’appui, du centre de gravité, qui passera peut-être de 1000 à 2000 ou 3000 hertz. De même, si celui-ci est très, très fort — plus 5, je prends des valeurs extrêmes — on aura ceci, et l’autre pèse. S’il y a au contraire un énorme relâchement du tenseur du tympan et un peu de tension du côté de l’étrier, nous aurons là encore un effet d’équilibre, mais le centre de gravité, le point d’appui, se déplacera. Pour cela, on fait plus 2, plus 1. Voici comment on obtient les courbes.
En voici une : descendante presque tout du long, sauf une légère remontée au tout début. Ça, c’est une très, très grosse courbe d’alarme. C’est un état d’alarme très, très marqué. Si jamais ça lâche, c’est la dépression. Ça descend, et on tombe dans la dépression. Il reste encore un petit peu de résistance dans la remontée du début.
La personne se raccroche encore, mais ses énergies s’effondrent très, très vite : c’est un état d’alarme. Vous voyez, cela permet de jouer là-dessus, sur le dépassement du médium. Sur cette dernière courbe, le point d’appui, c’est peut-être 150. J’ai 150, 500. J’ai 150, 750. Voici une chose intéressante que je peux vous offrir : moi, je travaille sur ces deux chiffres-là.
Je travaille là-dessus depuis des années, sur les possibilités, sur les extrêmes, depuis plus de trente ans. C’est exactement 800 hertz et 3000 hertz, exactement. Et ce qui m’intéresse, c’est que les physiologistes — eux qui savent — ont trouvé ces deux mêmes chiffres. Ce qui m’intéresse, c’est que depuis sept ou huit ans, tous les physiologistes qui essaient de comprendre le fonctionnement de l’oreille interne sont arrivés à la même conclusion. On sait désormais que le 800 hertz reflète la tension, le jeu de la musculature. Et tout le monde, en revanche, se demande à quoi correspond le 3000.
Le 3000 reflète l’autre versant de la courbe, et en particulier la conduction osseuse. Le 3000 reflète l’aspect de contrepoids de ce schéma de type Maxindale. Peut-être est-il plus facile maintenant de poser des questions. — J’aimerais savoir à quoi correspond le « plus 5 » en termes de décibels ? 20 décibels, 30 décibels ? — On considère qu’un vrai Maxindale fait au maximum 20 décibels.
Le poids, c’est le Maxindale. Mais l’écart peut atteindre plus de 35-40 décibels. Il faut compter 20 décibels, ça, c’est un vrai Maxindale. Les limites, c’est plus 20 en haut et moins 20 en bas. On a donc une plage de 40 décibels au maximum. Pour réaliser cela électroniquement, il a fallu quinze ans pour parvenir à reproduire ces paramètres sur le plan électronique.
Avec les égaliseurs qu’on trouve habituellement sur le marché, la plage, celle avec laquelle nous travaillons… il faut en parler avec Mark. Je crois que c’est ce que nous ferons dans les années à venir. Grâce à l’appareil que nous avons, qui nous permet de voir la courbe sur toutes les fréquences que nous voulons — grâce en grande partie au nouveau test d’écoute qui permet de voir rapidement la courbe sur toutes les fréquences, et à tous les décibels que nous voulons — nous sommes en train de pouvoir reprendre le Maxindale. Nous avons même la possibilité de mesurer ce qui se passe sur 40 décibels. Nous recommençons à repenser tout ce système Maxindale dans cette plage de 40 décibels, qui correspond très bien à la dynamique de l’oreille, à la dynamique de l’accord et du désaccord, sur une plage de 40 décibels.
Je vous donne un exemple — vous ne le verrez peut-être pas. De temps en temps, par exemple, il y a des enfants qui ont une très, très bonne oreille. De temps en temps, par exemple, nous tombons sur quelque chose dont nous ne savons trop que faire, et cela nous met dans l’embarras. On a un jeune dont l’oreille est parfaitement ascendante, mais qui ne fonctionne pas du tout. Vous en avez eu, je ne sais pas… — Le garçon qu’on a eu là, avec les drogues, de Saskatoon.
— Ah, les drogues donnent ça. Ça, c’est l’héroïne. — Wayne McDonald, oui. Le LSD, l’héroïne, les drogues donnent cette courbe. Ce garçon avait cette courbe complètement ouverte, ascendante. On a regardé ça et on s’est dit : pourquoi est-il là ?
Il était à dominance gauche. La seule chose qu’on ait pu trouver, c’était l’oreille gauche. Si vous avez la dynamique sous-jacente, c’est autre chose. Sous cette courbe, il y a une autre dynamique sous-jacente. Il y a une dynamique souterraine à cette courbe, qui peut maintenant être considérée comme superficielle dans une certaine mesure. Et si nous pouvions voir la courbe sous-jacente, elle nous donnerait une meilleure idée de la vraie dynamique en jeu.
C’est une image que je donne souvent, mais elle est vraie. Il se passe la même chose à l’intérieur de l’oreille. Une image à garder en tête pour comprendre ce dont nous parlons : imaginez que vous êtes au bord de la mer. L’eau peut être très, très calme, tout semble paisible. La mer a l’air dure, figée. Et soudain, un courant de fond, un raz-de-marée arrive et emporte tout sur le rivage.
C’est la même chose ici. Nous pouvons avoir beaucoup de courants souterrains invisibles. Ou bien c’est l’inverse. On peut avoir ici de petites choses bien réglées, quelques distorsions évidentes, très visibles sur le test d’écoute, mais en dessous tout est calme. On peut alors être plus tranquille. Ce que nous faisons maintenant, c’est aller chercher ce qui se passe à l’intérieur.
Avec le nouveau test d’écoute, nous obtenons une meilleure image de la vraie dynamique intérieure, qui n’est pas toujours visible, et nous pouvons agir dessus dès le départ. Voici comment on procède. On donne ici, par exemple, un son de 50 dB. Pendant que nous faisons le test, nous donnons un son préliminaire. À 1000 Hz. Par exemple, à 50 dB, à la fréquence de 1000 Hz.
Ensuite, une fois cette fréquence choisie, on appuie sur un bouton qui s’appelle « Dual Tone ». On donne une autre fréquence, à un demi-niveau, mais on entend toujours la première et la seconde — la première reste présente. Le sujet, à l’aide d’un joystick, essaie d’égaliser les deux. Avec cette nouvelle approche, nous avons un son préliminaire. On choisit la fréquence qu’on veut. Puis vient un second son à une fréquence différente.
Quand l’oreille est bonne dans les graves, on cherche à obtenir une ligne droite. On demande à la personne d’indiquer quand les deux fréquences sont au même niveau d’intensité. Si l’oreille est foncièrement bonne, on obtient une ligne à peu près plate, bien droite. On envoie le son, et nous, nous le faisons varier. Le sujet, avec son joystick, cherche, nous indique, cherche la même hauteur. Normalement, s’il nous donne la même hauteur, la ligne est droite.
S’il parvient à équilibrer les deux au même niveau, on obtient une ligne à peu près droite. J’ai un enfant, par exemple — je cite celui-là parce qu’il est saisissant. C’est un enfant qui a remué presque toute une équipe en Hollande. Attendez : Bakker et Van der Vlugt. C’est un enfant qu’ils ont suivi pendant sept ans, sans rien pouvoir faire. Par contraste, je vous donne l’exemple d’un cas qui a un peu mis en échec un grand nombre de gens qui ont essayé de travailler avec ce jeune garçon.
En particulier en Hollande, il y avait un chercheur très, très connu dans le domaine des troubles de l’apprentissage, un certain Dirk Bakker. Il a énormément publié. Il a travaillé sept ans avec ce garçon sans aboutir à rien. Il a fini par l’envoyer. Van der Vlugt est venu avec. Van der Vlugt et Dirk Bakker travaillaient ensemble tous les deux.
Van der Vlugt est venu à Paris en amenant ce garçon au docteur Tomatis. Et ses oreilles étaient comme ça : une courbe parfaitement ascendante avec le premier système. Quand j’ai fait la dynamique de l’oreille — quand je suis allé plus en profondeur avec ce nouveau système — l’oreille était comme ça. L’oreille droite était comme ça. L’oreille droite avait l’ascendance en dessous et l’oreille gauche avait une courbe descendante. Il a fait environ cent séances, et c’était fini.
Après une centaine de séances, tout s’est remis en ordre et c’était terminé. L’enfant a changé très, très vite. Il n’y avait que ça à organiser. À un moment donné, il devait organiser ça. Ça peut exister. On peut donc rencontrer des cas où le test initial donne une courbe étonnamment, apparemment parfaite, et où pourtant on n’arrive à rien parce que c’est une image un peu fausse.
Cela vaut pour tous les adolescents, surtout les adolescents. Je vous ai dit qu’il y a un jeune que vous avez vu autrefois, qui a une très belle courbe, et avec qui on a d’ailleurs travaillé, et qui nous résiste pourtant beaucoup, beaucoup. C’est une possibilité. Nous espérons obtenir ce test sous peu. Avez-vous compris ? Pour faire un bon test d’écoute désormais, il faudra dans certains cas aller plus loin que ce que nous faisons.
Dans la plupart des cas, quand nous faisons notre test d’écoute, l’image intérieure et l’image extérieure coïncident. Mais dans certains cas, nous pouvons être trompés. Quand on lit un test d’écoute : d’emblée, il faut tenir compte à la fois de l’oreille gauche et de l’oreille droite. Dans votre tête, vous les superposez. Et, mentalement, vous subdivisez en trois zones. Il serait peut-être bon, d’ailleurs, sur les tests, de renforcer un peu le trait.
En effet, il serait souhaitable, pour aider dans ce sens, de renforcer d’un trait plus sombre, sur le test d’écoute, ces subdivisions possibles. Par expérience, par l’expérience de nombreux cas, le côté droit représente tout le côté dynamique du sujet. Tout ce qui est de nature dynamique : son action, son intentionnalité, son futur, ses aspirations, ce qu’il a fait. La relation à l’autre, et surtout la relation au père. La relation au père. Alors que le côté gauche est tourné vers le passé, la mère, la terre.
L’oreille gauche se rapporte bien davantage à tout le symbolisme du passé, de la mère, en termes de naissance, de passivité, de réceptivité. C’est une notion difficile à faire digérer. Elle est évidente pour un psychanalyste, très, très claire pour ceux qui viennent d’une formation psychanalytique. Mais pour quelqu’un qui ne travaille que sur le comportement à l’état pur — les modificateurs du comportement, par exemple —, un tel schéma est bien sûr très difficile à accepter. Mais je vais vous livrer un des premiers éléments qui me sont arrivés, qui m’a permis de comprendre que le rythme de la personne se joue entre une droite et une gauche. À l’époque.
Je vais vous faire part d’une expérience qui m’est arrivée à un moment où je faisais encore de la chirurgie, à une époque où, manifestement, je n’avais aucun intérêt à penser en termes de droite ou de gauche, de dynamique du père ou de la mère. C’est un enfant qui était venu me voir parce qu’il était gaucher. Le garçon est venu me voir parce qu’il était de la gauche. Ce n’est pas pour sa main gauche en elle-même qu’il était venu me voir, c’est parce qu’il ne répondait pas à ses potentialités. Ce n’est pas fondamentalement à cause de sa main gauche qu’on m’a consulté, mais simplement parce que ce garçon ne fonctionnait pas à la hauteur de ses capacités supposées. C’est le collège le plus réputé de Paris, le collège Franklin — le collège jésuite, le meilleur de Paris à l’époque — qui m’avait envoyé ce garçon.
Ils m’avaient envoyé cet enfant parce qu’ils le savaient intelligent et qu’il n’obtenait pas les résultats qu’on pouvait espérer. Il avait douze ans. C’était un jeune élève. Un garçon américain. Et vraiment très brillant. Et moi, j’ai simplement touché à son oreille droite, et rien d’autre.
Et il est venu me voir juste après en me disant — sans que je comprenne la dynamique, sans qu’il la comprenne lui-même : « Je ne veux pas de votre histoire, ça me rapproche trop de mon père. » Il me l’a dit de but en blanc : « Je ne veux plus rien avoir à faire avec vous, je ne veux plus rien avoir à faire avec votre dispositif ou votre approche, parce que ça me rapproche trop de mon père. » À l’époque — ça fait trente, trente-cinq ans —, je n’avais absolument aucune idée de quoi répondre à ce garçon. J’ai respecté son désir. Aujourd’hui, je serais bien plus convaincant, je crois, pour le persuader de continuer. Il est resté gaucher, donc il est resté avec ses problèmes de non-utilisation de son potentiel.
Il a gardé sa posture de gaucher, de dominance gauche, et il n’a jamais vraiment atteint la pleine efficacité du programme. Vous avez vu que nous travaillons toujours l’oreille droite. Vous avez vu que nous privilégions toujours l’oreille droite. D’emblée, on travaille déjà avec 7. Au lieu de mettre 10 au départ, nous mettons déjà 7, et on donne une dominance droite. Dès le tout début du traitement, l’oreille droite est privilégiée dans une certaine mesure.
Par exemple, on règle l’équilibre à 10 pour la droite et 7 pour la gauche. On provoque déjà un avantage du côté droit. Dès le départ, nous cherchons à provoquer un avantage de l’oreille droite. Le fait d’activer le côté droit est assez surprenant, parce que c’est l’oreille gauche qui bouge en premier. C’est toujours l’oreille gauche qui se modifie en premier. Même si nous nous concentrons sur l’oreille droite dès le départ, il est curieux que ce soit en général l’oreille gauche qui commence à changer la première.
Donc c’est tout le côté profond, émotionnel, du passé qui se modifie d’abord. Dans notre cadre, ce sont les couches plus profondes de la personnalité, les plus primitives, les plus ancrées, qui changent les premières. Et la dynamique liée à l’oreille droite suit ensuite. Il est vrai que, lorsque vous voyez le côté gauche bouger le plus vite, même en étant à 7, cela veut dire que le côté gauche est resté encore plus excitable. Si vous observez cela, en gardant à l’esprit que c’est l’oreille droite qu’on favorise, cela signifie que le côté gauche est encore plus excitable. Même si le côté droit est favorisé et que l’oreille gauche est diminuée, dès le début, vous devez conclure que la dynamique, la dynamique émotionnelle profonde, reste très présente.
Les cas profonds, comme ceux du Venezuela, mériteraient peut-être qu’on les fasse descendre plus vite. Les cas les plus profonds, les plus perturbés, que nous trouverons sans doute ici, à Bosco, devraient peut-être être avancés plus rapidement à travers la latéralité, comme nous le faisons maintenant à Paris. Ou peut-être, parfois, c’est plutôt l’inverse. Dans certains cas, il peut même être souhaitable de faire le contraire. Si nous avons une personne à dominance droite extrême — ce qui donne généralement un tableau très paranoïaque —, nous pouvons commencer par inverser complètement le processus et rendre cette personne plus à dominance gauche, dans une certaine mesure. Et nous faisons cela à cause des changements très, très spectaculaires que cela provoque dans la personnalité.
Il faut être très, très prudent, bien sûr, et les suivre de très près pour qu’ils ne perdent pas la totalité de leur dominance droite. On veut réduire la dominance droite, mais sans les basculer dans la sphère de la dominance gauche. Quels sont les paramètres dont on dispose dès le départ pour aborder un test d’écoute en termes d’oreille gauche et d’oreille droite ? Eh bien, l’oreille gauche. L’oreille gauche nous révèle ce qui est imprimé en profondeur. Même si l’oreille droite peut être vue ou comprise comme la part plus dynamique, plus active de la personnalité, nous ne pouvons jamais oublier que l’oreille gauche a des racines plus profondes et porte une forte charge émotionnelle.
Parfois, vous avez une oreille droite complètement rétablie, mais l’enfant est complètement transformé et vous voulez arrêter le traitement. Par exemple — chose que vous rencontrerez très souvent ici —, après tant de séances, vous constaterez que l’oreille droite est parfaitement rétablie, et vous serez tenté à ce moment-là d’interrompre le traitement. Mais si vous n’avez pas corrigé le côté gauche, vous aurez fait une belle maison avec des termites à l’intérieur. Si vous n’avez pas poursuivi le traitement jusqu’au point où l’oreille gauche s’aligne sur la droite, tout ce que vous avez fait, c’est bâtir une jolie façade extérieure, sans rien à l’intérieur pour la cimenter. Par exemple, la jeune fille que nous avons vue hier, Gita : l’oreille droite est assez bonne. L’oreille gauche montre encore une résistance plus profonde, dans la rencontre avec le père.
Si nous arrêtons le traitement maintenant, si nous l’interrompons sur la base du comportement observable — qui est positif en ce moment, la jeune fille commençant à dialoguer avec son père pour la toute première fois de sa vie, ce dont le père est très impressionné —, nous risquons de voir les racines profondes ressurgir à nouveau. Chaque fois, l’oreille gauche fait remonter des éléments du fond, avec lesquels il faut aller jusqu’au bout. L’oreille gauche vous donne donc une indication de la profondeur des difficultés et du degré jusqu’auquel vous devez poursuivre le traitement pour obtenir des effets durables. Chaque fois que vous avez un profil distordu sur l’oreille gauche, et que cette même chose se reproduit, se reflète sur l’oreille droite, vous savez que la réaction vitale du moment est causée par autre chose. Vous pouvez automatiquement supposer que les problèmes de comportement qui se manifestent dans l’oreille ont des racines très, très profondes dans le passé. Supposons que, sur l’oreille gauche, nous ayons une pointe à 1500 hertz.
Et je l’amène ici depuis le côté droit. Avec la même chose sur l’oreille droite. Je peux être sûr que l’enfant est dans une position très forte, très agressive. Je peux être sûr que l’enfant vit une agression très forte en ce moment, agression qui se vit physiquement au niveau de 1500, et qui peut même affecter sa santé sous forme d’autodestruction. Et comme c’est dans la région des poumons, tout va se passer au niveau des poumons, de l’asthme, etc. La zone pulmonaire, respiratoire : les problèmes vont se manifester par des crises d’asthme, des allergies, des difficultés respiratoires.
Si la pointe se produit à 1000 hertz, mais qu’elle n’est pas sur l’oreille droite, nous savons que le sujet a un énorme problème de négation, qui n’est pas exprimé. Nous pouvons automatiquement supposer que le jeune porte en lui, à l’état latent, une agression très, très forte contre le père, mais qu’elle n’est ni manifestée ni vécue. Si, soudain, un jour, elle se manifeste sur l’oreille droite, elle peut aussi se traduire par des ulcères à l’estomac. Maintenant que nous avons tous bien mangé, il est possible que, si nous faisons les examens, nous voyions quelque chose, et que nous puissions l’établir du côté droit. Il est tout à fait possible que ce matin, après ce que nous avons mangé hier soir ou ce matin, nous montrions une pointe sur la seule oreille droite. S’il n’y a rien à gauche, cela signifie que nous avons trop bien mangé hier soir.
Mais seulement sur l’oreille droite, à 1000. Et cela nous indiquerait que — puisque ce n’est pas sur l’oreille gauche — ce n’est pas quelque chose de profond, c’est quelque chose de plus passager, qui reflète le fait que nous avons peut-être trop bien mangé ce matin ou hier soir. Il est donc très, très important de tenir compte du jeu entre l’oreille gauche et l’oreille droite pour mesurer la profondeur de l’ici et maintenant. Avec le matériel plus récent, nous pouvons cibler avec bien plus de précision le degré exact de fréquence et le degré exact de décibels pour une pointe donnée. Et je crois qu’il est important, en fait, de signaler une zone que nous ne pouvons pas atteindre avec le micro. C’est la zone qui est ici.
Je ne suis pas certain, mais je crois que c’est ça. C’est à 1200 Hz, c’est le rythme cardiaque. Une zone que nous ne pouvons pas explorer pour l’instant avec notre micro-audiomètre, c’est le rythme cardiaque. 1200 hertz, dit le docteur Tomatis, et cela reflète la zone du cœur. Et si nous pouvons la repérer sur l’oreille gauche, nous pouvons anticiper, prévoir, et prévenir un infarctus du myocarde, une crise cardiaque. C’est très, très important d’un point de vue préventif.
750 : le duodénum et le pancréas. À 750, nous avons le duodénum et le pancréas. 500 : l’intestin grêle. 250 : le côlon, le bas-intestin. À partir de 125 et en dessous, c’est toute la zone que nous appelons la sexualité. Quand on regarde un test d’écoute comme celui-ci, d’emblée, sommes-nous capables de démêler et de faire ressortir tous les paramètres à la fois ?
Il est vrai que notre esprit est un ordinateur merveilleux, et que, qu’on s’en rende compte ou non, notre esprit pourrait probablement tenir compte de tous les paramètres à la fois. Si quelqu’un vient me voir à Paris parce qu’il veut chanter, je n’en parle pas, je l’intègre, mais je n’en parle pas. Et toute cette partie basse, liée à la sexualité, je n’en tiens pas compte. Non, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment se présente cette zone-ci, parce que c’est la zone où il veut chanter. Tout ce que je regarde, c’est cette zone-là, entre 500 et 3000 ou 4000, qui est davantage liée au chant ; le reste, je n’en parle pas. S’il a quelque chose ici, je lui dirai : vous chantez mal, ce n’est pas juste, etc.
Je lui parlerai de son chant, je resterai calme. Je ne me concentrerai que sur ce que la personne m’apporte comme problème : vous ne pouvez pas bien chanter dans telle ou telle zone. Le reste, je le laisse de côté. La quantité d’informations qu’on peut tirer du test d’écoute est souvent si vaste et si personnelle que nous ne pouvons pas — nous n’avons fondamentalement pas le droit — de tout révéler, à moins que la personne ne vienne vous voir avec une demande d’analyse en profondeur. Et même là, rien que par rapport à mon propre ressenti, ce n’est pas quelque chose que j’aime faire. Je répugne à traiter toute la dynamique.
Par exemple, la courbe en conduction aérienne peut être très, très bonne, mais la courbe en conduction osseuse peut être bien, bien inférieure. Chaque fois qu’il y a une courbe différente, je sais que nous pourrons aider le sujet considérablement. C’est mieux. Chaque fois que je vois le plus grand écart, je sais automatiquement que nous pourrons aider la personne à se sentir plus vivante et mieux en elle-même. Mais je ne veux pas entrer dans les détails de son monde intérieur. Je ne veux pas entrer dans toute l’histoire, ouvrir une boîte de Pandore, si vous voulez.
Mais si on en arrive au point où la personne le demande, alors nous le faisons. Si le client vient vous voir avec cette demande précise — « je veux examiner des questions plus profondes » —, alors nous pouvons l’accepter. Parfois, c’est l’inverse. Parfois, nous analysons par exemple la conduction aérienne, puis la conduction osseuse. Oui, c’est ça. Parfois, nous avons l’inverse ici : nous avons la conduction osseuse assez haute et modérément ascendante, avec la conduction aérienne en dessous.
Il y en a d’autres. Celle-ci, par exemple, est un très, très gros signe de traumatisme clinique. Voici un autre profil qui, pour moi, vraiment, est un signe dangereux. Nous avons ici une situation où la courbe de conduction osseuse — et rappelez-vous que la conduction osseuse, c’est les tripes de la personnalité, la partie la plus profonde —, l’oreille droite peut présenter le profil d’alarme, un profil schizoïde très, très ascendant. Cela, pour moi, est un indicateur très, très dangereux. Au-delà de ça, il y a une solution épileptique à cela.
Donc je peux orienter vers un électroencéphalogramme. Je n’en parle pas, mais je ferai un électroencéphalogramme. Je regarderai s’il y a une épilepsie ou non ; et s’il n’y a pas d’épilepsie, je le ferai quand même. Quand je vois ce type de tracé, je le fais automatiquement, qu’il y ait une épilepsie manifeste ou non. Ce n’est pas le côté ambivalent du sujet… Il était attiré par la mer, et il y avait un rejet.
La psychodynamique est assez parlante. En arrière-plan, dans les racines profondes, il y a une courbe extrêmement ascendante d’une personne qui cherche très, très fort, jusqu’à en être schizoïde, un retour à la mère, un retour au sein maternel. Alors que dans la partie plus active, l’ici et maintenant, cette personne essaie de se couper complètement de la mère. C’est une dynamique très contraire, très contradictoire. En gardant à l’esprit que la courbe de conduction osseuse reflète aussi la colonne vertébrale, nous pouvons faire l’hypothèse — et vérifier — qu’un individu comme celui-ci a une colonne vertébrale plutôt tordue et déformée. N’est-ce pas ?
— Quelles étaient vos études ? Elles portaient sur… où, précisément, le cycle informationnel ou émotionnel se rattache au corps pour sa fonction du moment. — Oui, exactement, segmenté comme ça. — Je ne comprends pas bien comment vous travaillez à partir de la base, comment vous pourriez d’abord intégrer le chant, ce qu’il est censé dire… Le docteur Tomatis dit que, même s’il ne parle pas de la dynamique, il va de l’avant et travaille avec tout le profil, mais il ne va pas s’asseoir pour discuter du fait que, bien sûr, on peut vous aider à chanter, mais qu’il faut d’abord vous débarrasser d’un peu de ce conflit avec votre mère.
Il le fait simplement, sans le dire : vous parlez du chant, en espérant que le reste viendra avec, au passage. Si quelqu’un vient me dire qu’il ne se sent pas bien dans sa peau, alors je commence par là, et je parle de la peau. C’est très important pour nous : nous ne rencontrons pas cette difficulté ici avec nos jeunes, parce que le fait qu’ils soient ici, à Bosco, nous savons qu’ils y sont pour des raisons profondes. Là où nous rencontrons des difficultés, c’est avec les parents. Les parents arrivent parfois avec des choses extraordinairement perturbantes, et nous devons les mettre sur un programme standard ; à certains moments, les problèmes affleurent à la conscience, et ils nous en parlent peut-être. Mais dans bien des cas, nous devons garder ça pour nous.
Le docteur Tomatis dit que, dans les cas les plus perturbés, avec les parents, à Paris, ils sont contraints d’aller à un niveau beaucoup plus profond. Par exemple, dans le cas de la schizophrénie, où l’on a généralement affaire à trois générations : un enfant schizophrène aura généralement une mère schizoïde ou schizophrénogène. Il faut donc avoir même la grand-mère dans le processus : traiter d’abord la mère, puis l’enfant. La raison en est que la grand-mère est toujours d’accord. Ce qui est intéressant, c’est que je n’ai encore jamais rencontré de grand-mère qui ne soit pas d’accord, sur les trois générations. On imagine généralement qu’elles seraient contre, mais elles sont toujours très, très favorables.
Et elles sont plus conscientes qu’elles sont à la tête du phénomène ; généralement, elles sont très, très conscientes que le problème commence avec elles. Par exemple, les mères autistes refusent très fortement. Une mère adoptive serait plus admirable à cet égard. — Le profil d’un enfant autiste, serait-ce un abaissement du seuil, ou une sélectivité fermée ? Quel genre de profil pourrait-on obtenir avec un enfant à sélectivité fermée ? — Sélectivité fermée, à coup sûr.
Très souvent une très bonne oreille. Souvent une bonne oreille sous-jacente. Le fait est que, souvent, ils peuvent très bien chanter. Cela signifie qu’on peut souvent voir s’il s’agit d’une schizophrénie. Tandis qu’avec une personne schizophrène, notre expérience ici, c’est que très souvent nous avons une sélectivité complètement ouverte, mais ils sont très, très… une courbe très, très ascendante.
Souvent, il y a beaucoup d’énergie, très, très directe. Ça ne mène nulle part. C’est juste une surcharge, encore et encore. Il y a un problème ici. La schizophrénie en France. Le docteur Tomatis en parle, et c’est quelque chose que j’avais déjà relevé il y a une dizaine d’années, quand nous nous sommes lancés là-dedans.
En France, ce qu’ils appellent schizophrène, nous l’appelons autiste. Ce que nous appelons autiste, ils appellent l’inverse complet. Cela vous explique donc ce que vous avez avec un schizophrène. Un enfant autiste, avec une courbe extrêmement ascendante : ils ne sont pas reliés à leur corps, mais il y a beaucoup d’énergie, beaucoup d’excitation et de cris. Mais la courbe étant si ascendante, rien ne passe par la zone de communication. Avec un schizophrène — tel que nous, nous l’entendons —, nous trouvons généralement une sélectivité fermée.
Autre chose que nous savons : ce type de courbe-ci. Nous avons constaté, avec nos schizophrènes, en particulier ceux qui ont décompensé… Vous avez une courbe très, très ascendante. Ils voudraient vivre, ils voudraient… Très souvent, ils intellectualisent beaucoup. Mais en dessous, ils sont assis sur une énorme quantité de dépression et d’insécurité.
Et ils essaient de… C’est si contradictoire et autodestructeur qu’ils finissent par craquer. Tony Miller était comme ça. Ou Sheldon, dans une certaine mesure. Ils ne tiennent pas sur leurs jambes. La vie extérieure est très, très différente de ce qui se passe à l’intérieur.
Il y a une véritable scission. Généralement, la sélectivité sera fermée au début. C’est généralement quelqu’un de très intelligent. — Travailleriez-vous donc très, très lentement avec ces gens-là ? Parce que j’imagine ce qui pourrait arriver si vous… — On travaille très lentement.
Et généralement, ce que nous essayons de faire, c’est… Nous espérons, nous prions pour que la sélectivité reste fermée, au début, et nous essayons de faire descendre la conduction osseuse. La conduction osseuse, c’est la peur intérieure d’être attaqué, d’être blessé, d’être abandonné. Et si vous ouvrez la sélectivité trop vite… il faut une conscience pour cela. Sinon, on peut le faire craquer.
Et alors, on peut dire adieu. Dans des cas comme ceux-là, dit le docteur Tomatis, ce qu’il faut faire, c’est réduire la conduction aérienne. Essayer de travailler avec, la réduire au maximum. Nous utilisons beaucoup de pré-séances. Oui. Avec les nouvelles machines, nous pouvons faire venir la conduction osseuse rapidement, en dessous, et essayer de la remettre en place le plus tard possible.
Pour ne pas avoir à… Travailler davantage avec la conduction aérienne. Eh bien, il faudra examiner des cas comme ça. On peut vous aider, conduction aérienne et conduction osseuse. Oui, nous avons pas mal de cas avec une conduction osseuse élevée. Tous les enfants qui ont subi des…
mauvais traitements physiques. Conduction osseuse élevée. Dans les basses fréquences. Dans la fréquence la plus basse. Oui. Dès l’instant où vous leur parlez d’attaque, ils ressentent…
ils ressentent un désir. Et ça doit être quelque chose, parce qu’ils sont très intéressants. Le docteur Tomatis dit qu’ils sentent qu’ils sont attaqués, et qu’ils recherchent cette attaque. Ils la provoquent. Et c’est exactement la dynamique de Curtis Kozak et de… Ils ont été maltraités, mais ils essaient de répéter, de confirmer cette maltraitance, parce que c’est la seule façon d’agir qu’ils connaissent.
Ce que j’ai pu rechercher davantage, c’est ce dans quoi les viols ont échoué. Quand une fille a risqué d’être violée, ça la poursuit toute sa vie. C’est peut-être que ça a échoué, je crois. Chose intéressante : il pense que des cas de viol n’ont pas existé. Dans certains cas, certaines de ces femmes semblent rechercher une interruption, provoquer l’arrêt du viol. C’est un très, très gros problème.
Y a-t-il vraiment une autre lecture possible ? Dans certains cas, c’est une question très, très épineuse de savoir si le viol était un vrai viol. — Sur quelle base avez-vous décidé de la gauche et de la droite ? Qu’est-ce qui vous a conduit à décider d’ouvrir la zone de communication ? — J’ai déjà donné une partie de la réponse tout à l’heure, certaines des clés, il y a quelques minutes, en parlant de ce garçon américain à Paris. Et puis, chaque fois que nous avons eu la chance d’ouvrir la zone de communication, le drame, surtout entre le père et l’enfant…
Chaque fois que nous avons pu ouvrir la subjectivité entre 1 et 2000 hertz, inévitablement, l’enfant recherche une communication avec le père. Au début, il a une nouvelle voix, il a une nouvelle courbe. Généralement, ils arrivent à nous selon une certaine progression que nous retrouvons souvent. Ils arrivent avec une courbe comme ceci, avec un creux au milieu. Il y a un désir, mais ça n’aboutit pas. Parfois, on voit la conduction osseuse très, très haute : il y a donc une recherche de cette relation.
C’est un enjeu, mais ça n’arrive pas. Et c’est comme s’il fallait un chandelier pour intégrer le père. Si nous avons l’occasion d’impliquer le père dans le programme de traitement, nous verrons la courbe aérienne comme ceci, et très souvent un creux en dessous. L’enfant ne veut pas encore répondre. Faites participer le père, faites-le parler au jeune. La courbe suivante que nous pourrons obtenir pour le jeune, c’est que la courbe de conduction aérienne se corrige très, très bien, mais qu’il reste une résistance intérieure.
Et même si, en surface, le jeune va dans le sens du processus, au fond, il y a encore une hésitation. Le grand élément en faveur du père… Ce n’est pas la droite et le père, c’est la droite et le langage. La clé pour comprendre cela, c’est de se représenter la droite comme représentant non pas nécessairement le père, tel que nous l’entendons, mais comme représentant le langage en général, la communication en général. Et le père prend dès lors une dimension plus symbolique. Le père, dans ce cas, c’est toute personne au-delà de la mère, au-delà de la forme très personnalisée de communication.
Prenons par exemple les familles qui n’ont pas de père, et où la mère veut rester strictement avec l’enfant. Tant qu’elle n’a trouvé personne — un frère, un grand-père… Dans les cas où le père est absent de la famille, pour une raison ou une autre, où la mère est en quelque sorte coincée avec eux, ne peut pas bouger, et qu’un oncle, un grand frère ou quelqu’un d’autre arrive et parvient à éloigner le jeune de la mère… Ici, vous avez la chance de voir beaucoup de gens à dominance gauche. Et vous verrez à quel point ils sont contre — contre le système, contre tout, tout simplement. Et je pense qu’être de gauche, c’est déjà reconnaître l’image de l’autre.
C’est intéressant de voir qu’au fond… J’en suis arrivé à cette conclusion, et je ne fais que la vérifier sur la base de l’expérience clinique et de l’intuition. Et cela répond à toute la dynamique, tout en reflétant en même temps la dynamique qu’on trouve à l’intérieur du système analytique. C’est intéressant de voir qu’on aboutit au même système. Et si nous regardons le sujet en relation avec le langage — si nous l’abordons à partir du sujet en relation avec le langage —, c’est au moment où une personne s’engage vraiment dans la communication, veut vraiment tendre la main et communiquer, qu’automatiquement une certaine latéralité s’impose au niveau neurologique, de sorte que le corps tout entier peut être pris et utilisé comme instrument de la parole. Il y a un axe — un axe vertical — qui peut aussi être pris en compte dans ce processus.
Anatomiquement, le côté gauche, hérité des vibrations, et puis, en second lieu, la trachée du côté droit. Parler comme ceci, c’est plus difficile que de parler comme cela. Mais comme ça, c’est mieux. Si je tourne trop la tête vers la gauche, ma voix et mes possibilités diminuent. Il semble donc y avoir un axe inné, une orientation, pour tendre la main et parler. On retrouve ici tout le symbolisme — le même symbolisme qui revient sans cesse dans certaines religions orientales, certaines philosophies, dans la Bible, sous d’autres mots peut-être, mais avec les mêmes racines.
Quelque chose de très, très beau. C’est la même intuition. C’est ce qui sort de la bouche de Dieu, du côté droit. Le symbolisme de la parole qui sort. Cela renvoie à une image, à un tableau, qui, dans l’un de ses livres… qui sort d’une abbaye…
sortant du côté droit de la bouche de Dieu. Et bibliquement, nous disons que… si nous en avions l’occasion, nous saurions quand… S’il y a des diapositives… J’espère mettre la main sur un rétroprojecteur, parce que les transparents sont préparés à l’avance. Nous les avons faits nous-mêmes.
C’est juste, de manière générale, pour nous, dans cette université. Oui. Absolument. Nous l’avons fait. Formidable. Nous en avons parlé, juste là.