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Le langage : Examen clinique - Pathologie - Traitement

Texte d'Alfred Tomatis paru dans la Revue d'Enseignement Post-universitaire de la Société de Médecine de Paris (n° 2, 1970, pp. 254-265). En une douzaine de pages denses, Tomatis y livre une véritable synthèse de l'audio-psycho-phonologie : définition cybernétique du langage comme circuit d'auto-information, rôle directionnel de l'oreille droite, dialogue primordial mère-enfant in utero, examen clinique du parler (latéralité, syncinésies, voix droite-timbrée-modulée), pathologie (autisme, surdi-mutité, dysarthries, bégaiement, dyslexie) et bases du traitement par rééducation audio-vocale. C'est l'un des exposés où Tomatis condense le plus efficacement, à l'usage du clinicien généraliste, vingt ans de recherches sur l'audition et le langage.

Le langage

Examen clinique – Pathologie – Traitement

par A. Tomatis

Extrait de la Société de Médecine de Paris, Revue d'Enseignement Post-universitaire, n° 2, 1970, pp. 254-265.

Introduction

Envisager l'examen clinique du langage, c'est considérer celui-ci comme une entité existante, cliniquement observable. Il n'est pas d'usage à l'heure actuelle de l'insérer dans le bilan que le médecin a l'habitude de pratiquer. Cependant, il nous semble bon de souligner que si le langage fut jadis l'objet d'études réalisées principalement par des linguistes et des phonologues, il a depuis quelques décades retrouvé un essor médical incontestable.

L'énorme impulsion donnée par Broca, il y a à peine un siècle, l'éveil de la psychologie, le monologue psycho-analytique, tout semble avoir rappelé au clinicien que le langage avait son mot à dire. Sans doute ne sommes-nous pas encore parvenus à déceler avec quelle perspicace intuition Avicennes réussit à placer, dans une sorte de déroulement à trois volets hiérarchiquement développés, le mot en premier lieu, l'herbe en second et le couteau en dernier. Nous sommes toutefois en droit d'y remarquer la place primordiale donnée au verbe dont la puissance thérapeutique ne peut échapper au praticien qui en connaît la valeur efficiente.

Le langage doit permettre désormais au clinicien, en lui apportant de multiples et précieuses indications, de tirer des conclusions sur l'usage que le sujet sait faire des possibilités qui lui sont offertes.

Le langage

Voyons maintenant ce que peut être le langage. En règle générale, on le considère comme un instrument de la communication. Nous préférons, pour notre part, le considérer comme l'expression, comme le prolongement d'un geste dont le but est d'informer. Il est comme une sécrétion qui exsude de notre corps. Aussi cette sécrétion a-t-elle des caractéristiques analysables, et qui peuvent mieux être mesurables en leur totalité. Grâce aux techniques actuelles, les différents éléments de la chaîne linguistique peuvent être aisément collectés et identifiés.

Il existe deux façons d'aborder le langage : celle qui veut approcher dans ses divers composants, celle qui consiste alors à s'appuyer sur les données que la pathologie nous révèle ; et celle qui permet d'autre part d'inventorier les éléments susceptibles de circonscrire la normalité. En fait, il nous paraît bien difficile, voire impossible, d'élaborer d'emblée quelque approche que ce soit sans se référer à la fois à des sources que l'angle clinique entend et sans se référer à la fois à des deux sources de renseignements. En effet, toute plongée dans l'un et l'autre domaine apporte des matériaux relatifs à chacun d'eux.

Le langage est donc ce que veut un individu lorsque celui-ci veut se mettre à s'exprimer, à s'extérioriser, à communiquer, à informer. Ceci implique évidemment qu'il sache quelque chose à dire, qu'il veuille s'exprimer, qu'il accepte d'informer. Que de conditions suscitées par une telle décision !

Lorsque le langage émis livre son matériel normal, nous pouvons, si nous le jugeons opportun, en étudier la valeur intrinsèque, c'est-à-dire le développement du discours, et en déceler les failles de structure logique. Il s'agit alors beaucoup plus d'un déroulement de la pensée linguistiquement proprement dit. C'est aborder le langage avec une expérience psychiatrique plus ou moins poussée pour le voir surgir les incohérences du raisonnement.

Le langage tel que nous aimerions l'étudier, tout en tenant compte évidemment de paramètres bien d'autres éléments, en général trop abandonnés, doit nous livrer une grille de recherche visant à définir l'intensité, la qualité, le rythme, autant des qualités qui déterminent la coulée verbale. Au-dessus de la pensée, c'est cette manière d'utiliser son acquisition exceptionnelle.

Afin de pouvoir statuer sur les mécanismes normaux du langage, nous pensons les plus favorables ceux du langage bien structuré émis par un sujet maître de sa pensée, capable d'en user pour pouvoir se libérer et verbaliser sa pensée, selon son désir, à loisir. Pour le sujet possédé du langage droit, timbré, riche en éléments extra-linguistiques, redondants.

Qu'entend-on par voix droite, timbrée, modulée ? Une voix droite est celle émise par un sujet latéralisé à droite et spécialement bien latéralisé. Il faut en effet, pour être un bon parleur, répondre à cette condition. Il faut également que soit associée à cette qualité la possibilité d'entendre d'une certaine manière et mieux encore de s'auto-écouter d'une façon bien définie.

Avant de progresser dans nos descriptions, il nous semble nécessaire d'ouvrir ici une large parenthèse expérimentale afin de ne pas placer le non-initié devant de multiples affirmations qui risqueraient de le rebuter. Précisons donc tout d'abord que, lors de l'émission vocale utilisée dans un but d'information, l'émetteur, en l'occurrence le locuteur se trouve être le pilote de son langage (1) ; de ce fait, tous les problèmes du pilotage lui sont imposés. Il devient le premier auditeur de ce qu'il doit dire, mais un auditeur attentif et correcteur de tous les paramètres mis en cause dans l'émission linguistique.

Grâce à l'auto-écoute de son propre langage, le parleur réalise à son insu l'un des montages les plus ingénieux que la cybernétique ait mis en évidence. On se souvient que cette science du contrôle stipule que tout acte dirigé, commandé ou télé-commandé exige que soit introduit, dans son circuit, un complément rétroactif agissant en retour pour assurer une relation entre ce que peut être l'acte réalisé et l'intention qui l'a motivé. Ce retour contrôleur nécessite un élément dit capteur dont le pouvoir de préhension associé à celui d'analyse joue sur le processus intentionnel. Ce dernier est communément dénommé « l'entrée » ; l'acte accompli fera l'objet de la « sortie ». Sans nous plonger dans les considérations techniques, voire philosophiques, que suscitent toujours de tels montages, nous pouvons estimer, dans le cas présent, que la sortie est le langage lui-même et que l'entrée répond à la décision d'écouter la pensée ou de verbaliser la chose à dire ; l'oreille est le capteur de contrôle qui rend compte à la conscience des différents paramètres propres à l'acte parlé.

Il s'avère en outre que les deux oreilles n'ont pas la même fonction. En effet, l'une assure une voie de retour plus courte et, par là même plus rapide, donc plus efficace. La droite détient le privilège d'être cette oreille directionnelle (2) qui tient le langage sous sa férule. Les causes qui déterminent cette préférence sont difficiles à préciser à l'heure actuelle, encore que nous soyons enclins à faire intervenir le jeu des deux nerfs pneumo-gastriques, si impliqués dans le langage et si asymétriques dans leur distribution dès l'émergence des nerfs récurrents dont on a en mémoire les différences de trajets.

Sans vouloir épiloguer davantage sur la valeur des deux oreilles qu'un tel choix différencie singulièrement pour le contrôle de la phonation, et tout en laissant nos explications au niveau d'une hypothèse de travail, nous devons considérer le fait que lui-même, il est admis que l'oreille droite mise en fonction comme capteur permet l'élaboration de contre-réactions audio-vocales d'une efficience hautement spécifique, et ne peuvent en aucune manière se rencontrer avec ce qui est l'oreille gauche.

De plus, la mise en fonction de cette structure de contrôle linguistique entraîne rapidement une latéralisation homogène droite. On sait, actuellement, que le taux de la latéralité auditive est appréciée en décibels lorsque la dominance de l'audition lors de la lecture de notes ou l'on décide d'atteindre. Cette jonction qui, en fait, est permanente puisqu'il s'agit de l'air qui nous environne, peut être éveillée à la circonstance dans ses propriétés physiques par le phénomène acoustique. L'oreille devra donc déchiffrer tous les éléments soniques qui ne prendront qu'ultérieurement une valeur sémantique.

L'oreille certes a ses limites dans lesquelles s'inscrit le langage. Il n'utilise pas d'ailleurs l'ensemble de l'oreille qui lui est physiologiquement accordée. Ainsi l'oreille française se cantonne entre 1 000 et 2 000 hertz, alors que l'oreille anglaise s'octroie une bande au-delà de 2 000 hertz, situe ses alentours d'un point culminant vers 250 et 500 hertz. Il en va de même que les oreilles slaves se servent d'un éventail dont toutes notres bénéficiez de la grande ouverture auditive qui leur est offerte, de même que les oreilles portugaises.

Enfin précisons que cette oreille à l'écoute doit être d'une haute fidélité pour traduire avec le maximum d'exactitude ce que l'auto-information lui concède. Aussi cette dernière caractéristique apparaît-elle nécessaire : celle qui donne à l'oreille la possibilité d'entendre avec le minimum de distorsions et le maximum d'analyse.

Pour en revenir à notre langage, reprenons à un les éléments qui constituent ce montage savant : nous avons un air qui vibre et résonne, un complexe bucco-pharyngo-laryngé aidé de tout le corps qui sait jouer de cet air en résonnant, et enfin un complexe auditif qui règle acoustiquement tout cet ensemble comme un admirable chef d'orchestre capable de donner et d'imposer la mesure à l'infinité d'instruments sollicités pour réaliser un acte verbal parfaitement élaboré.

Nous voici donc en présence de ce personnage idéal que nous avons évoqué il y a quelques instants, bon parleur, bon entendeur et fortement latéralisé à droite. Voyons maintenant comment nous allons procéder devant un sujet en mauvaise posture linguistique. Ce qui importe lors, en nos diverses investigations, est de juger et de démembrer les « manques » par rapport à ce profil idéal. Toutes les formes de non-élaboration de cette structure finale peuvent se rencontrer. Elles représentent des fixations qui dans leur état initial se manifestent essentiellement par des signes d'immaturation dans l'organisation globale.

Examen clinique

Après ce long préambule qu'a nécessité la définition d'un tel objet d'étude, nous pouvons dès lors aborder l'examen clinique.

L'important est de considérer le sujet présenté en consultation aussi bien dans sa fonction parlée que dans celle-ci.

C'est dans l'enfant que nous adressons le plus souvent. Nous l'observons durant tout l'interrogatoire effectué devant les parents. Son attitude, très significative, nous révèle son adhérence, sa participation au monde environnant, ou son désintérêt et les difficultés qu'il rencontre pour être un sujet écoutant. Nous prenons des détails sur son comportement alors même que nous allons lui parler et nous jugeons de sa tension d'écoute ; nous savons déjà quelle oreille il nous offre et nous collectons les syncinésies que l'oreille droite ou d'attention suscite. Enfin, nous le faisons parler.

En premier lieu, nous prenons compte de la qualité de la voix. Cette dernière peut être intense ou faible, modulée ou blanche, vaillante ou terne.

En second lieu, nous observons le geste vocal associé à l'émission, en procédant tout d'abord à l'examen de la face. Celle-ci peut être mobilisée dans sa partie droite ou dans sa partie gauche. C'est ici l'un des grands signes à rechercher. Dès l'émission, les traits sont fortement asymétriques au bénéfice de la face droite. La bouche, notamment, offre une motricité dominante droite qui entraîne la pose de l'élément dynamique qui nous assure du bon fonctionnement de l'oreille droite dans son jeu de contrôle.

Il en va tout autrement pour les patients que nous sommes amenés à examiner. Dans la plupart des cas, c'est à gauche que s'effectue la fonction parlée ; c'est la bouche gauche qui paraît dynamiser l'ensemble. Mais on s'en souvient, qui dit gauche dit, en somme, pas d'oreille, dit l'oreille, pas de cerveau cortical. Tout le sujet, en somme, est impliqué dans le simple fait de parler. Parfois, il n'existe ni oreille, ni gauche et le langage est, dans ce cas, mal peu élaboré.

Outre le jeu facial, nous observons les syncinésies associées. Chez un grand parleur, la bouche seule présente quelques associations gestuelles, surtout au niveau de la pince expressive. Chez le mauvais parleur, le mou parleur ou l'enfant linguistique, toutes les syncinésies associées se rencontrent et le mou s'installe sur la mère, au niveau des deux mains, et la gauche surtout, des épaules, du cou, du tronc, des membres inférieurs, autant de mouvements qui savent épuiser rapidement le potentiel d'expression qu'a besoin le contrôle cortical pour mener à bien l'éclosion de l'acte parlé.

Ensuite, nous demandons au sujet de nous montrer son oreille ; le parleur normalement latéralisé désigne sans hésitation sa main droite sur son oreille droite, tandis que le dyslatéralisé offrira l'une ou l'autre oreille avec l'une ou l'autre main, ou une particularité manuelle, de même pour les autres désignations, œil et bouche. Les non-latéralisés tels que les bègues répondent généralement à nos questions qu'ils trouvent d'ailleurs saugrenues, par une autre question : « laquelle ? ».

Ensuite, nous demandons au sujet de nous montrer notre oreille, notre œil. Là aussi, à l'encontre de l'hyperlatéralisé qui, sa main droite choisit notre oreille droite, toutes les fantaisies sont offertes. Elles nous révèlent, en fait, les difficultés que rencontre le sujet à se positionner, à se viser, à se saisir lui-même dans l'univers temporo-spatial.

Nous recherchons également un signe auquel nous attribuons une valeur clinique certaine et que nous dénommons « auto-information ». Nous faisons dire au sujet son nom et son adresse. Nous le tenons en priant de mettre sa main droite sur la bouche, l'oreille gauche s'il tenait un microphone ; nous l'entendons en maintenant sa main par notre main opposée puisque nous sommes face à lui. La voix est normalement timbrée, vaillante. La voix est plus modulée encore si l'on est pas à gauche. L'intérêt est de mesurer l'éveil de ce réflexe cutanéo-vocal qui est toujours droitier. À noter également qu'il est plus aisé en règle générale lorsque le sujet ne veut pas reconnaître la droite et que la main est en support symbolique sur la bouche. Il y a un sujet plus ou moins puissant de mon droit. C'est en général la droite qui est repoussée et qu'il faut solidement maintenir. Le plus dans l'énoncé du nom et de l'adresse, on constate bien souvent une sotomisation du nom lorsque la droite est refusée.

En dernier lieu, nous étudions, en écoutant ou en portant sur tube cathodique et sur sonographe, l'émission de la voix lorsque l'oreille droite est seule laissée en circuit par suppression de la gauche, et vice-versa. C'est également la droite qui domine la voix la plus modulée et, là encore, nous pouvons juger du potentiel déjà acquis dans ce phénomène d'auto-contrôle.

Pathologie

Elle est justement celle de la non-insertion de l'être dans l'univers des autres et l'anormalité observée révèle, à n'en pas douter, une immaturation dans le processus qui conduit à une structure idéale, support des différents systèmes aboutissant à un langage bien élaboré.

Il est évident, en fonction de ce que nous venons de dire, que deux aspects de la pathologie du langage peuvent être observés. Nous garderons essentiellement sous notre coupe le côté mécaniste dirons-nous, laissant aux collègues psychiatres celui de l'esprit et de la raison. Autrement dit, ce qui importe est la manière dont le sujet sait exploiter son corps pour assurer sa coulée verbale. Il est vrai qu'en clinique tout est imbriqué, mais il est justement du domaine de notre science médicale de savoir dissocier de tels mécanismes pour les mieux appréhender séparément.

Ainsi dans le langage, les troubles que l'on peut rencontrer offrent un large éventail allant de l'absence du parler jusqu'à la virtuosité linguistique la plus élaborée.

1) L'absence de langage témoigne de la non-structuration du circuit audio-vocal :

a) Soit que le désir de parler n'habite pas l'enfant et le problème est psychanalytique. Il se rencontre dans l'autisme, dans la schizophrénie.

b) Soit que le capteur est absent comme c'est le cas dans les surdités profondes. Dès lors, c'est la surdi-mutité qui s'installe faute d'auto-contrôle (4).

2) Si le langage se crée avec des distorsions, nous avons plusieurs cas à examiner :

a) Ou bien l'oreille est déficiente et les troubles articulatoires sont la traduction fidèle d'un capteur de mauvaise qualité.

b) Ou bien l'oreille est bonne, mais le sujet n'a qu'un faible désir de s'en servir ; en effet, alors qu'il avait du vouloir écouter, il a perdu rapidement l'envie et par l'usage.

c) Ou bien encore la structure de la latéralité n'est élaborée, et les rapports relationnels inhérents, lui fabriquant, si son potentiel le lui permet, un monde fait pour lui-même.

Nous trouvons ainsi les dysarthries, les bégaiements et les dyslexies.

  • Les dysarthries traduisant les imperfections des microphones auditifs.
  • Les bégaiements révélant la difficulté de rencontre avec le totem paternel, par immaturation de la latéralité.
  • Les dyslexies empêchant le déchiffrage normal de l'univers, du langage et par conséquent du livre, par l'impossibilité dans ce dernier cas de traduire le langage écrit en langage sonore (5).

Traitement

Ce court exposé sur le langage et sur la pathologie des troubles de l'expression, nous entraîne tout naturellement à parler des thérapeutiques mises en œuvre pour aider l'individu à s'assumer, à se réaliser au sein du monde qui l'environne.

Ces thérapeutiques découlent des hypothèses, des théories que nous avons été amenés à émettre au cours de travail et de recherche dans le domaine de l'audio-psycho-phonologie. Elles ont fait appel principalement au phénomène auditif pris dans son sens le plus large et visent à donner à chacun, enfant ou adulte, la possibilité d'écouter le langage de l'autre. Elles tendent essentiellement à déclencher l'envie de communiquer jusqu'alors non ou mal élaborée.

Les techniques de rééducation du langage parlé ou écrit ont été largement modifiées depuis une quinzaine d'années par l'apport des connaissances faites dans le domaine de l'électronique. Ces dernières ont permis de réaliser des appareils capables d'éveiller et de faire intégrer rapidement les conditionnements qui sont à l'origine d'un langage de qualité, à savoir une bonne écoute sur une latéralité droite hautement différenciée.

Grâce à des filtres électroniques et à des phénomènes de bascule, on modifie à volonté les circuits et les courbes imposées à l'écoute, dans un but de procurer au sujet soumis à l'expérience la posture auditive du bien-entendant, de celui qui a structuré un réseau relationnel normal.

Tandis que l'écoute du « l' » tend à augmenter l'attention du sujet, que l'écoute de la bascule enclenchée par une auto-écoute chaque fois que le patient doit répondre ou répéter, l'y est insidieusement imposée d'entendre sa voix comme un sujet normal entend la sienne.

Ce cheminement dirige le sujet vers les prises de conscience des contrôles, dans la maîtrise de son Moi corporel, en même temps que se construit son Moi verbal.

Le but que vise la thérapeutique auditive proposée est donc de rétablir des structures relationnelles par une correction des conditionnements initiaux défectueux.

Conclusion

Ce que nous avons visé dans cet exposé, c'est à dégager l'idée qu'un bilan audio-psycho-phonologique doit s'insérer dans toute investigation clinique. Nous restons persuadés que les quelques démarches réalisées dans ce domaine ne sont que l'ébauche d'une vaste étude sur les relations qui existent entre le psychisme et le corps dans leurs nombreuses imbrications et leurs contre-réactions psycho-somatiques.

« Parle et je te dirai qui tu es » n'est plus dissociable de « et je te dirai comment tu vis ». Certes, nous ne sommes qu'aux prémisses en mesure, à l'heure actuelle, de mettre systématiquement en application les techniques d'investigation du langage, mais nous pensons que, dans les années à venir, le cheminement dans cette voie sera tel que les épreuves linguistiques s'inscriront dans le cadre de tout processus clinique.

Le langage est, de surcroît, l'un des moyens les plus efficaces de pénétrer dans les problèmes de l'être, de la relation, d'adaptation au milieu, source immanente des troubles psychiques ou somatiques. Le langage, en circonstance, est un signe d'alarme avant-coureur, qui indique à l'oreille avertie du clinicien que sa vigilance doit être tenue en éveil avant même que ne se fixe le trouble prémonitoire.

Le lecteur nous pardonnera d'avoir livré tant de substance en si peu de mots, mais il comprendra certainement combien il est difficile de traiter en quelques pages un sujet dont l'ampleur ne lui a pas échappé et dont l'importance reste considérable.


Notes
(1) A. Tomatis, « Relations entre l'audition et la phonation », Annales des Télécommunications, T. II, n° 7-8, juillet-août 1956.
(2) A. Tomatis, « L'oreille directrice », Bulletin du Centre d'Études et de Recherches Médicales de la S.F.E.C.M.A.S., juillet 1953.
(3) A. Tomatis, L'oreille et le langage, Éditions du Seuil, collection « Microcosme », série « Le rayon de la science ».
(4) A. Tomatis, La surdité, Éditions de l'Organisation des Centres du Langage.
(5) A. Tomatis, La dyslexie, Éditions de l'Organisation des Centres du Langage.


Source : Tomatis A., « Le langage — Examen clinique, Pathologie, Traitement », Société de Médecine de Paris, Revue d'Enseignement Post-universitaire, n° 2, 1970, pp. 254-265. Tirage à part imprimé par l'Imprimerie Marilat. Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis.

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