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Refus de grandir : quand l'enfant intérieur bloque l'écoute

Certains adultes refusent inconsciemment de grandir. Comment cela se manifeste-t-il dans leur écoute et leur communication?

Quand l'enfant refuse de devenir adulte

Refus de grandir Quelques signes révélateurs à l’intention des parents L’observation du comportement des enfants permet de voir comment s’opère cette transition vers le monde représenté symboliquement par le père. De ce point de vue, le cadre théorique que l’on vient de présenter, peut aider les parents à identifier des signes importants de cette transition, ainsi que les signes d’un refus obstiné de grandir. J’ai choisi un cas tiré de ma pratique clinique pour illustrer certains des points déjà décrits, dans l’espoir qu’il aidera les parents qui doivent faire face à des problèmes similaires à y voir plus clair.

Ce cas pourrait être étudié sous plusieurs angles, mais je limiterai cette discussion à quelques points : les signes indicateurs d’un refus de grandir, c’est-à-dire, de passer d’un « monde de bébé » à un monde plus adulte, et, par conséquent, de l’usage d’un « langage de bébé » à un usage du langage plus rationnel et socialement acceptable. Avant tout, il est important de garder à l’esprit que le langage ne se limite pas à la parole, mais inclut aussi le langage du corps, le comportement et les sentiments qui lui sont associés.

De cette manière, on comprendra mieux la dynamique sous-jacente en jeu : l’élan vers la verticalité, et le mouvement opposé : celui de se développer sur le plan horizontal. Le jeune garçon qui nous servira de guide dans l’exploration de cette dynamique, avait environ neuf ans, lorsqu’il entra en scène. Thomas était un enfant obèse avec une tête de bébé maussade. Il souriait rarement et le plus souvent était de mauvaise humeur. Celle-ci empirait aussitôt qu’il ne pouvait en faire à sa tête ou qu’il n’était pas le centre d’attention de son entourage.

Un tel incident se produisit le premier jour dans la salle d’attente, lorsque Thomas se fâcha contre ses frères, parce que ceux-ci étaient en train de gagner la partie d’un jeu de société. Il piqua immédiatement une colère, se jeta sur le sofa de l’entrée en jurant et en moulinant des bras et des jambes, refusant même que sa mère qui voulait le calmer, puisse le toucher. Le fait qu’il transmettait son désaccord par le langage du corps et non pas par l’intermédiaire de la parole indiquait déjà une difficulté de langage

- de fait, sa mère l’avait amené à la consultation, parce qu’il avait d’énormes difficultés à apprendre à lire. S’il avait exprimé sa frustration verbalement, il aurait sans doute été capable d’en différer son expression physique, mais il n’en avait clairement pas l’aptitude. Il s’agit en l’occurrence d’une parfaite illustration de la différence entre « langage de bébé » et « langage adulte. » Le « langage de bébé », comme je l’ai nommé, exprime en effet les émotions au travers d’un comportement physique, alors que le « langage adulte » utilise principalement la communication verbale pour traduire les mêmes émotions.

Dans le premier cas, on observe seulement un comportement réactionnel à un stimulus ; dans le second, la réaction est retardée et la maîtrise est achevée par l’usage du langage. Me fondant sur ma première impression, j’en tirai un portrait du niveau émotionnel et mental de Thomas. Le fait qu’il s’était jeté sur le sofa - à l’horizontale, si l’on peut dire - était symbolique de son désir de vouloir être traité comme un bébé couché dans son berceau et qui reçoit les soins constants de maman. Il était clair, dès l’abord, que cet enfant n’allait pas volontiers se tenir droit sur ses pieds pour faire face au monde réel.

Il était totalement retranché dans le monde de ses besoins et de ses désirs, prêt à faire usage de la violence, s’ils n’étaient pas satisfaits. Il voulait rester inconsciemment le centre d’un cosmos où chacun serait au service de ses désirs. Le tableau d’ensemble dépeignait un petit tyran qui n’avait aucune tolérance à la frustration. L’évaluation révéla que Thomas était très maladroit et qu’il avait tendance à éviter toute activité physique difficile. Dans la salle de jeux, il était rarement debout, mais restait le plus souvent couché sur un matelas ou enfoncé dans un énorme pouf à la mode utérine qui se moulait autour de son corps.

De là, il essayait de contrôler son entourage en déversant sur chacun sa mauvaise humeur et en menaçant de piquer une colère, tonnant sans relâche du haut de son trône. Il avait certainement un problème vestibulaire, mais sa posture et son attitude traduisaient aussi symboliquement son refus d’écouter l’intimation à grandir qu’il percevait sans doute. Son problème d’équilibre physique était doublé d’un problème d’équilibre psychologique : en bref, ni la verticalité physique ni la verticalité psychologique n’étaient atteintes, puisqu’il n’avait pas le désir de verticalité.

C’était un enfant déséquilibré, parce qu’il lui manquait un point de référence - c’est-à-dire un sentiment de moi solide et

constant. Comme le note le médecin et anthroposophe hollandais, Albert Soesman79, dans un merveilleux petit livre intitulé Nos douze sens, le sens de l’équilibre est l’expression directe de notre être réel. Cet être, « l’anthroposophie le nomme le « I » (le « Je ») - le I de l’être humain. En fait, c’est ainsi que nous l’expérimentons. Nous sentons que la figure humaine est l’expression du « I » pour la raison même que nous marchons droit. Nous percevons le « I » comme une ligne droite chez les êtres humains… On le voit très bien, lorsqu’un enfant se met debout pour la première fois. C’est toujours un grand triomphe.

Il commence tout à coup à faire l’expérience de son propre être et c’est une expérience extraordinaire. Auparavant, il était encore un bébé qui rampe. A présent, tout d’un coup, il est devenu un vrai être humain, puisqu’il se tient debout. On a une expérience de soi plus intense, lorsqu’on se tient à la verticale. Se tenir droit est exprimer son être ». Si l’on applique ces observations à Thomas, on voit immédiatement comment