Témoignage filmé tourné à l’Emerald Secondary College, dans une communauté semi-rurale à la périphérie de Melbourne (Australie). L’école y met en œuvre le programme BAT — Besson Auditory Training, une application scolaire de la méthode d’écoute, conduite avec le matériel Besson et les protocoles de Martha Mack (Listen and Learn Centre). Récit de première main : ce sont les enseignants et les élèves qui parlent. Comme tout témoignage, il engage ses auteurs et relève du vécu — non d’une démonstration clinique (voir la mise en perspective en fin de page).


« Je trouvais la lecture vraiment difficile… Maintenant, depuis le BAT, j’arrive à lire un vrai texte d’un bout à l’autre. » — un élève

Extrait du documentaire sur le programme BAT, Emerald Secondary College (Melbourne)
Extrait du documentaire tourné à l'Emerald Secondary College. Par respect de la vie privée des personnes filmées, la vidéo intégrale n'est pas diffusée publiquement (accès restreint, usage privé).

Une école, un programme, vingt-quatre élèves

Le programme BAT est une initiative conjointe du Listen and Learn Centre et de l’Emerald Secondary College. L’idée : proposer à des élèves en difficulté un entraînement intensif fondé sur l’écoute. Le centre a évalué vingt-quatre élèves et les a répartis en deux groupes — douze en groupe expérimental, qui ont commencé en début d’année et viennent d’achever leurs 80 heures d’entraînement, et douze en groupe témoin, qui feront les leurs après une seconde série de tests. Tous ont passé bilans auditifs, tests de lecture, d’orthographe, de mémoire et d’attention, à l’école comme au centre.

Concrètement, les élèves suivent 90 minutes d’entraînement par jour, sortis de leurs cours habituels par blocs intensifs. Une séance mêle des activités variées : lire dans un microphone et un tube rouge, répéter des mots entendus au casque, des exercices de lecture et de calcul, de la discrimination visuelle et du suivi du regard, de la coordination et des mouvements croisés — et, grand favori, du travail de balle. Une bonne part du temps vise la mémoire de travail, auditive et visuelle, par toute une gamme de jeux.

Ce que racontent les enseignants

Ce sont les changements de comportement qui frappent d’abord. « Des enfants qui, avant, avaient souvent des ennuis pour toutes sortes de raisons : ça n’arrive plus autant. Ils semblent plus posés en classe, et on a remarqué une vraie hausse de l’estime de soi chez plusieurs participants. » Une enseignante : « J’ai pas mal d’élèves qu’on appelle “les enfants BAT”, et la différence dans leur comportement depuis le programme est remarquable — spectaculaire dans un cas en particulier. »

Au-delà du comportement, le travail scolaire. « Leur capacité à travailler de façon soutenue, plus longtemps, s’est améliorée ; la structure de leurs phrases à l’écrit est bien meilleure ; et leur envie de participer aux discussions de groupe, de rendre leur travail à temps, a beaucoup progressé. » Et ce moment, raconté par une enseignante d’anglais à propos d’un élève qui avait manqué beaucoup de cours : devoir non modifié, cette fois — « j’ai entendu une voix crier : j’ai eu un B !, ce qui était absolument merveilleux… Aujourd’hui je ne remarque même plus de différence. Je crois que c’est, vraiment, un petit miracle. »

Ce que disent les élèves

Les premiers à remarquer les progrès, ce sont souvent les élèves eux-mêmes. « Avant, je n’arrivais pas vraiment à lire les mots, ça ne coulait pas. Maintenant, j’arrive à lire un vrai texte. Et c’est pareil pour l’écriture : ça vient tout seul sur la feuille. » Un autre : « Mes réflexes sont meilleurs, le jour et la nuit. Et mon cerveau est un peu plus concentré. » Un troisième, simplement : « Oui, je lis mieux. »

L’équipe résume l’esprit du programme : laisser autant que possible les élèves choisir leurs activités, pour qu’ils restent motivés ; des étoiles, des récompenses et des tombolas pour saluer les réussites ; et, vers le milieu du parcours, accepter que certains soient si fatigués qu’ils se reposent. L’école, qui cherche aujourd’hui des financements pour faire durer le programme, conclut sur un espoir : « faire une vraie différence pour des élèves en difficulté d’apprentissage. »

En perspective

Ce film est un témoignage de terrain, sincère et touchant : des adultes qui voient des enfants reprendre confiance, et des enfants qui s’en aperçoivent eux-mêmes. C’est sa valeur, et elle est réelle.

Il rejoint aussi une intuition juste, au cœur de la méthode d’Alfred Tomatis et de Christophe Besson : l’écoute, l’attention portée aux sons, comptent dans l’apprentissage. Les sciences de la lecture le confirment à leur manière — la perception fine des sons de la parole est l’un des socles de l’apprentissage de la lecture.

Pour autant, il faut rester mesuré sur ce qu’un tel récit peut établir. Un programme intensif, nouveau et bienveillant produit souvent, à lui seul, de l’élan et de l’engagement — et un témoignage, aussi enthousiaste soit-il, n’a pas la valeur d’une preuve. C’est d’ailleurs tout le sens du groupe témoin que l’école a mis en place : c’est en comparant rigoureusement, tests à l’appui, qu’on saura faire la part de ce qui revient à l’entraînement lui-même. La recherche sur ces approches se poursuit ; en attendant ses conclusions, ce film vaut pour ce qu’il est — une belle histoire humaine, et une invitation à prendre l’écoute au sérieux.


Transcription française intégrale

Transcription du documentaire (à l’origine en anglais), traduite en français et relue.

Le programme BAT est une initiative conjointe du Listen and Learn Centre et de l’Emerald Secondary College, situé à la périphérie de Melbourne, dans une communauté semi-rurale. Le Listen and Learn Centre a évalué 24 de nos élèves et les a répartis en quatre groupes d’entraînement. Douze d’entre eux, notre groupe expérimental, ont commencé leur entraînement en début d’année et viennent d’achever 80 heures. Les douze autres, notre groupe témoin, feront leurs 80 heures d’entraînement une fois que les 24 élèves auront été réévalués en juillet.

Tous les élèves ont passé un test auditif et un tympanogramme. Le Listen and Learn Centre a fait passer le Scan 3A, le test de lecture orale Gray, les questionnaires enfant et comportement, et le formulaire de l’enseignant. L’école a mené le test d’orthographe d’Australie-Méridionale, des sous-tests du TAPS et ses propres évaluations internes en lecture et en calcul.

À l’aide du matériel Besson et des protocoles écrits par Martha Mack, l’Emerald Secondary College a mis en œuvre le programme BAT, qui associe entraînement auditif, exercices de mouvement, lecture, calcul et toute une série d’activités de mémoire. Les élèves suivent 90 minutes d’entraînement par jour et sont retirés des cours ordinaires pour des blocs intensifs de 30, 30 et 20 heures. La direction et le personnel de l’école soutiennent pleinement ce programme, et nous sommes très enthousiasmés par les changements que nous commençons à voir.

Parmi les choses que nous avons remarquées : des enfants qui, auparavant, avaient souvent des ennuis pour diverses raisons — cela n’arrive plus autant. Les enfants semblent plus posés en classe, et nous avons noté une forte hausse de l’estime de soi chez plusieurs participants au programme BAT. J’ai dans ma classe plusieurs élèves qu’on appelle « les enfants BAT », et la différence dans leur comportement depuis qu’ils suivent le programme est remarquable — particulièrement dans un cas, et nettement amélioré dans plusieurs autres.

La plupart du temps, je dirais que les enfants semblent plus prêts à me parler de leurs difficultés et à demander de l’aide. Ils paraissent moins enclins à perdre leur temps. Certains garçons baissent vraiment la tête et s’y mettent, sans se braquer face à un travail qu’ils trouvent peut-être difficile. Le comportement s’est amélioré, la concentration aussi, et le respect général du cadre de la classe a été formidable.

J’ai remarqué, en particulier chez les élèves avec qui j’ai été en contact direct, que leur capacité à travailler de façon soutenue, plus longtemps, s’est améliorée ; leur expression écrite, en termes de structure de phrase, est bien meilleure ; et leur volonté de participer aux discussions de groupe et de rendre leur travail à temps a beaucoup progressé.

L’Emerald Secondary College est vraiment heureux d’avoir mis en place le programme BAT cette année. Nous le soutenons pleinement. Nous avons déjà constaté plusieurs bénéfices chez un large éventail d’élèves. Nous attendons avec impatience les résultats des tests, pour voir si les progrès observés sont des progrès formalisés. L’école soutient vraiment le programme, et nous espérons pouvoir le maintenir.

Pendant leur séance, les élèves font des activités variées. Ils lisent dans un microphone et un tube rouge. Ils répètent des mots entendus dans les oreilles. Ils font des exercices de lecture et de calcul, de la discrimination visuelle et du suivi du regard, de la coordination et des mouvements croisés. Le travail de balle, en particulier, est un vrai favori des élèves. Certains ont inventé leurs propres petites activités et défis. Certains ne savaient pas lancer ni attraper une balle en début d’année : regardez-les maintenant.

Ils font des puzzles, du dessin, de l’horloge à aiguilles et des jeux de stratégie. Parfois, ils complètent des exercices de mise en séquence avec des images, ou doivent retrouver des images d’après des informations qu’ils doivent mémoriser : « les deux triangles sont sous le carré et le cercle ». Et parfois, surtout vers le milieu du programme, les élèves sont si fatigués qu’ils se reposent.

Une grande partie de notre travail d’activités complémentaires porte sur la mémoire. Nous sollicitons en permanence leur mémoire de travail auditive et visuelle par toute une gamme d’exercices. Autant que possible, nous laissons les élèves choisir leurs activités, pour qu’ils soient positifs et motivés. Ce jour-là, quelques élèves étaient obsédés par l’idée d’empiler et de désempiler des gobelets en plastique : nous l’avons simplement utilisé comme exercice de fond pendant un travail de mémoire sur l’orthographe, à l’endroit et à l’envers. Nous utilisons des étoiles pour récompenser les réussites, avec des prix et des tombolas pour chaque bloc.

Globalement, nous observons des progrès en concentration, attention, organisation, communication, lecture, écriture, mathématiques, et en confiance et estime de soi. Les progrès sont visibles pour le personnel et les parents — mais le plus enthousiasmant, c’est que la plupart des élèves remarquent eux-mêmes qu’ils progressent.

« Je trouvais la lecture vraiment difficile. Je n’arrivais pas vraiment à lire les mots, ça ne coulait pas, je ne comprenais pas les mots. Mais maintenant, depuis le BAT, j’arrive à lire un vrai texte. Et c’est à peu près pareil pour l’écriture : ça vient tout seul sur la feuille, maintenant. » — « Mes réflexes sont meilleurs. Le jour et la nuit. Et mon cerveau est un peu plus concentré. » — « Oui, je lis mieux. »

Un de mes élèves a suivi le programme BAT, et j’ai remarqué beaucoup de différence chez lui en deux trimestres. D’abord une augmentation de la confiance en classe : il est venu prendre sa place parmi les autres avec une assurance qu’il n’avait pas avant. Au premier devoir commun, j’avais adapté la tâche parce qu’il avait manqué des cours d’anglais. Je la lui ai donnée, je me suis éloignée, puis j’ai entendu une voix crier : « j’ai eu un B ! » — ce qui était absolument merveilleux. Et je me suis dit qu’il l’avait mérité, ce B. Oui, la tâche avait été adaptée. Mais au devoir commun de la fin du trimestre suivant, je ne l’ai pas adaptée du tout. Et il a très bien réussi. Aujourd’hui, je ne remarque plus vraiment de différence ; je ne vois pas qu’il ait besoin d’aide particulière. Je sais qu’il demande de l’aide aux camarades autour de lui. Et je trouve que c’est, vraiment, un petit miracle.

Nous cherchons actuellement des subventions et des financements pour pouvoir acheter du matériel et faire durer le programme BAT. Avec davantage de recherche et l’implication future possible de nos écoles primaires de secteur, nous espérons pouvoir faire une vraie différence pour les élèves en difficulté et en trouble d’apprentissage.