Reportage télévisé (archive). Diffusé au début des années 1990 dans le magazine « Envoyé spécial » (France 2), ce sujet — une enquête de Pierre Lannes et Thierry de Lestrade — dresse le portrait d’Alfred Tomatis, alors âgé de 72 ans, et suit plusieurs de ses patients. Il a la particularité de donner aussi la parole aux détracteurs de la méthode. Nous le reproduisons ici à titre de document d’époque ; sa publication ne constitue ni une validation ni une promotion de la méthode, conformément à la ligne éditoriale du site. Le résumé ci-dessous restitue le propos au discours rapporté ; la transcription intégrale figure en bas de page.


« Des méthodes controversées » et « des résultats étonnants »

Le reportage assume d’emblée son angle : il s’agit, dit le présentateur, d’un homme « dont les méthodes controversées ont quand même produit des résultats tout à fait étonnants ». Le ton est donné — ni hagiographie, ni réquisitoire, mais une enquête qui montre des parcours de patients et recueille, en regard, les réserves des médecins.

On y rappelle le principe fondateur qu’Alfred Tomatis avait énoncé devant l’Académie : on ne peut reproduire vocalement que ce que l’on est capable d’entendre. Et l’on y entend, surtout, le glissement de vocabulaire qui est au cœur de toute son approche : passer de l’entendre — la perception passive — à l’écouter — la démarche active, volontaire, qui se tend vers l’information. Tomatis le formule à propos de son appareil :

« Une oreille parfaite, c’est celle qui passe de l’entendre à écouter… celle qui, subitement, se tend vers l’information qui lui arrive. »

L’Oreille électronique, une « gymnastique » de l’oreille

Le sujet présente l’outil commun à tous les centres : l’Oreille électronique, conçue en 1947 et fabriquée, précise le commentaire, dans les propres ateliers de Tomatis. À l’époque du tournage, le reportage avance le chiffre de 25 000 patients par an dans quelque 200 centres à travers le monde, pour des cures « parfois longues et coûteuses ».

Tomatis décrit son appareil comme un moyen de faire faire à l’oreille « une sorte de gymnastique », en mettant en jeu les muscles de l’oreille moyenne — l’un fléchisseur, l’autre extenseur. Les « haltères » de cette gymnastique sont des sons choisis : au premier rang, la voix de la mère filtrée et la musique de Mozart. Sur ce dernier choix, il se défend de toute préférence personnelle :

« C’est par élimination systématique, d’après les résultats que j’obtenais, que Mozart a été l’élu du système. […] J’adore beaucoup d’autres musiques […] mais elles n’ont aucun résultat. »

Des parcours de patients

L’essentiel du reportage tient dans une série de témoignages, présentés comme des cas concrets.

Philippe Bardy, comédien, arrive au centre « sourd, ou presque » — il dit avoir perdu une grande part de son audition, avec sifflements et oreilles bouchées plusieurs heures par jour, au point de dormir quinze heures et d’être toujours fatigué. Après trois ans de rééducation, il décrit un retour à la vie ordinaire :

« Un jour, j’ai entendu un son que je ne connaissais plus : c’étaient les oiseaux. […] Pour moi, c’est une renaissance. »

Cécile, quinze ans, marquée par de lourds handicaps psychomoteurs, raconte son évolution en dessinant « trois oreilles » : l’oreille fermée du repli sur soi, l’oreille qui « commence à s’ouvrir », puis l’oreille « grande ouverte » où elle s’entend enfin parler et peut aller vers les autres.

Charles-Édouard, dyslexique, est suivi conjointement par une orthophoniste, par la méthode et par sa mère. Le reportage montre des progrès en lecture et en orthographe — et la mère elle-même garde la mesure : « Il y a 0 avec 40 fautes, et il y a 0 avec 4 fautes et demie : on est près du but. »

Le sujet n’élude pas les cas les plus lourds. Jocelyne Paturle, foudroyée lors d’un orage et restée trois semaines dans le coma, a perdu la voix, la mémoire et la motricité. Tomatis y travaille, son mari témoigne d’un premier résultat marquant — mais l’entretien en plateau, plus tard, reconnaît honnêtement que pour elle « ça va être très, très long », et qu’elle ne reconnaît toujours pas son mari.

L’école, l’entreprise, la grossesse

Au-delà des cas individuels, le reportage montre trois usages élargis. Dans un collège, une classe entière participe à un programme expérimental de soutien scolaire de l’Éducation nationale fondé sur l’écoute des fréquences aiguës — utiles, selon la méthode, pour préparer l’oreille « française » aux sons de l’anglais. Dans l’aciérie d’Usinor à Firminy, des cadres reprennent « les bancs de l’école » pour l’anglais et disent surtout y avoir gagné en concentration. À l’hôpital Foch de Suresnes, enfin, la méthode est employée auprès de femmes enceintes, autour de l’idée d’« accouchement sonique » et du lien mère-enfant.

Les réserves du corps médical

C’est la singularité de ce reportage : il donne la parole aux critiques. On y rappelle que, depuis 1975, Tomatis a rompu avec le corps médical, et un médecin formule clairement le reproche :

« Les gens qui ont fait une découverte ont trop tendance à vouloir l’appliquer à un domaine trop étendu. […] Si l’on donne à croire aux familles qu’on peut tout guérir par une oreille électronique, on n’est pas tout à fait comme on devrait l’être sur le plan déontologique et éthique. »

Le même appelle à ramener la méthode « à des dimensions plus raisonnables », et surtout à la soumettre à une démarche d’évaluation — diagnostic préalable, mesure des résultats — « faute de quoi on ne peut pas parler de résultats scientifiquement appréciés ». Le commentaire lui-même tempère : « Il n’y a pas de miracle Tomatis. Les guérisons sont lentes et difficiles. » La méthode y est présentée non comme une panacée, mais comme un complément du travail des médecins, kinésithérapeutes, orthophonistes et psychothérapeutes.

En plateau : « une pédagogie de l’écoute »

En clôture, le journaliste Pierre Lannes, interrogé sur le plateau, résume l’enquête. Si la méthode est décriée, c’est, selon lui, parce que beaucoup de médecins estiment que Tomatis « ramène un peu tout à lui » ; mais il y voit avant tout « une pédagogie de l’écoute » — un point de départ qui « ouvre » l’oreille et appelle ensuite l’intervention des autres soignants. La méthode, dit-il, « n’est qu’un complément, et un point de départ ».

Il revient sur le coût, jugé « assez onéreux », tout en rapportant qu’« on n’a jamais refusé quelqu’un pour des problèmes d’argent », et cite les personnalités passées par le centre — Maria Callas, Romy Schneider, Catherine Lara, Juliette Binoche, et Gérard Depardieu, venu travailler son anglais pour le film Green Card. Sur le fond, il ramène tout à un même mot : la communication, « aller vers l’autre, l’ouverture sur le monde extérieur ».

Aujourd’hui : ce que dit la science

Ce reportage a le mérite, rare, de donner la parole aux détracteurs — mais l’équilibre y repose sur un médecin des années 1990, et un mot de mise à jour s’impose. Les affirmations les plus fortes du sujet — « redonner la parole à des sourds », « soigner » l’échec scolaire, des progrès spectaculaires en langues — n’ont pas été confirmées par la recherche : une surdité installée ne se « rééduque » pas par l’écoute, et les revues systématiques disponibles (dyslexie, autisme, entraînement auditif) concluent à des preuves faibles ou absentes. Comme le disait déjà le médecin interrogé à l’époque, et comme la science le confirme : il n’y a pas de « miracle Tomatis », et les progrès rapportés par des témoins ne valent pas démonstration.

Sources


Note de la rédaction : ce reportage est reproduit comme document d’époque. Les propos des patients, du médecin critique et du journaliste sont les leurs ; les chiffres avancés (nombre de patients, de centres) sont ceux cités à l’antenne et n’ont pas été vérifiés. Conformément à la ligne du site, cette archive ne défend ni ne promeut la méthode ; elle est présentée pour sa valeur de mémoire — y compris parce qu’elle laisse entendre, fait rare à la télévision, la voix des détracteurs.

Transcription intégrale

Transcription automatique (faster-whisper), légèrement segmentée pour la lisibilité ; elle peut comporter des imprécisions. La vidéo fait foi.

Nous allons vous parler d’un homme, le docteur Alfred Tomatis, dont les méthodes controversées ont quand même produit des résultats tout à fait étonnants. Le docteur Tomatis a réussi, grâce à ses recherches, à redonner la parole à des sourds. Il a réappris à parler à des bègues, des dyslexiques, il a soigné des enfants en échec scolaire. Bref, pour lui, l’oreille, c’est le centre de la vie. L’oreille, en effet, conditionne non seulement notre énergie physique et morale, mais aussi notre communication. Pierre Lannes et Thierry de Lestrade ont mené l’enquête et vous allez le constater, les exemples sont plutôt concluants.

Il y avait sur une étoile, une planète, la mienne, la terre, un petit prince à consoler. Je le pris dans les bras, je le berçais. Je lui disais, la fleur que tu aimes n’est pas en danger. Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l’atteindre ou le rejoindre. C’était tellement mystérieux.

Dès le ventre de la mère, un sens est déjà en éveil. L’oreille. Il y a 40 ans, un médecin ORL énonce à l’Académie des sciences le principe suivant. On ne pourra reproduire vocalement que ce que l’on est capable d’entendre. Entendre et surtout écouter, c’est toujours le credo d’Alfred Tomatis, 72 ans. La méthode qu’il a mise au point, à l’issue de 40 ans de recherches, traite les altérations de l’oreille, de la voix et du langage. On vient chez Tomatis pour vaincre un bégaiement ou un sifflement d’oreille, mais aussi pour retrouver sa voix ou sa mémoire, réapprendre l’orthographe et la lecture ou assimiler une langue étrangère. Dans le monde entier, les 25 000 patients qui fréquentent chaque année les 200 centres Tomatis pour des cures parfois longues et coûteuses, utilisent le même outil. L’oreille électronique. Conçue en 1947, elle est fabriquée dans les propres ateliers d’Alfred Tomatis.

C’est intéressant, mais la bonne chose à voir, c’est l’utilisation de la courbe. Une oreille électronique, c’est la réplique parfaite d’une oreille humaine. Une oreille parfaite, c’est celle qui saurait écouter. C’est celle qui passe de l’entendre à écouter. C’est une oreille qui, au moment où elle se promène dans la nature, c’est celle qui subitement se tend vers l’information qui lui arrive. Ce n’est pas donné à tout le monde, c’est difficile. Cet appareil qui sait, à un moment donné, fonctionner comme une oreille parfaite, si on le met en parallèle avec une oreille qui, elle, ne sait pas entrer dans cette dynamique, elle va l’entraîner. Elle sert à faire faire, en définitive, une sorte de gymnastique à l’oreille. Quand je dis gymnastique, c’est vraiment quelque chose de précis, bien visé, bien intentionné, puisque pour faire marcher cette oreille, elle a deux portes qui doivent s’ouvrir, une au niveau du serpent, l’autre au niveau de l’oreille interne. Et ce sont deux muscles qui font travailler l’ensemble. Ces deux muscles, l’un se trouve être pratiquement un fléchisseur, l’autre un extenseur, et comme on ferait bouger, à un moment donné, un bras d’un ailé venu, pour pouvoir jouer, il nous faut des haltères. Eh bien, ces haltères, ce sont des choix de sons que nous avons pris. Le plus important qui donne des résultats sur d’autres plans, c’est la voix de la mère, c’est un matériau noble. Et un autre matériau que nous utilisons bien volontiers, parce qu’il donne des résultats exceptionnels, c’est Mozart. J’ai pris toutes les musiques que j’ai trouvées, et c’est par élimination systématique, les résultats que j’obtenais, que Mozart a été l’élu du système. C’est donc pas une appréciation personnelle, comme pourraient croire les gens. Je crois que j’adore beaucoup d’autres musiques. Je voudrais bien en faire d’assez d’autres, mais elles n’ont aucun résultat.

La musique de Mozart, la voix de la mère, avec ses simples armes, Tomatis affirme pouvoir changer le cours d’une vie. Philippe Bardy est comédien. Lorsqu’il a franchi la porte du Centre Tomatis, il était sourd, ou presque. Sans me tromper, je crois que je n’entendais plus ma voix à 70%, et que j’avais perdu, je crois, après, près de 40% de l’extérieur. C’est-à-dire que je ne percevais plus les sons à près de 40%. Je crois que ça doit être de cet ordre-là. Et de surcroît, j’avais des sons dans l’oreille, des sifflements, et mes oreilles se bouchaient entre 3 à 4, 5 heures par jour. C’est-à-dire que quand vous avez la tête plongée dans ce mouvement, je prends cet exemple parce qu’il parle très bien, vous avez la tête plongée dans l’eau, et vous parlez. Alors ça fait des espèces de bruits, qui sont des sons, mais qui ne sont pas des mots. Moi, j’avais ça dans l’oreille pendant 4 à 5 heures par jour. Je dormais 15 heures par nuit et j’étais toujours fatigué. Je perdais la mémoire. Je n’entendais plus les oiseaux. Et puis, évidemment, le contact avec l’extérieur est très difficile, dans la mesure où quand on a un handicap comme ça, c’est très difficile d’avoir un contact avec les gens. Les spécialistes qui l’avaient consulté étaient unanimes. Sourdité incurable et totale à moyen terme. Depuis 3 ans maintenant, Philippe Bardy suit un programme de rééducation de l’oreille, chez Alfred Tomatis. Un jour, j’ai entendu un son que je ne connaissais pas, ou que je ne connaissais plus. C’était en fait les oiseaux. J’ai mis une ou deux secondes à m’en rendre compte. Ça, c’était extraordinaire, d’entendre des oiseaux à nouveau. C’était magique. Et puis, j’ai commencé à pouvoir parler aux gens au téléphone, sans leur faire répéter en cinq fois la même chose. Et puis, j’ai commencé à être beaucoup moins fatigué. Et puis, j’ai recommencé à faire du sport. J’ai commencé à vivre avec l’extérieur, avec lequel je ne vivais plus. Pour moi, c’est un miracle. C’est une renaissance. Je sors une deuxième fois. Ça, c’est extraordinaire. Je n’aurais jamais cru en rencontrant Tomatis. Je mène une vie complètement normale. Ça veut dire comme tout le monde. Comme n’importe qui. J’entends. Ça, c’est extraordinaire. J’entends le monde. Et les oiseaux.

Je me suis rendu compte que les gens qui avaient abîmé leur oreille n’avaient plus le même langage. Et en plus, ils avaient vu le même comportement. Et j’ai essayé de leur resituer leur oreille pour voir si on pouvait, à un moment donné, changer leur comportement. Et en deuxième lieu, j’ai eu la chance d’être engagé dans le chant. Mon père était chanteur à l’opéra. Et là, d’avoir énormément de grands chanteurs qui chantaient. Je voulais m’expliquer pourquoi les autres ne pouvaient pas le faire. Je me suis rendu compte qu’ils entendaient d’une manière différente. Et là, j’ai essayé de faire, de voir s’il était possible d’entendre à la manière d’un chanteur. Et lorsqu’on met quelqu’un dans une écoute de chanteur, il a envie de chanter. Donc, j’avais touché quelque chose de très profond, sur le plan neurologique et psychophysiologique, et j’ai essayé ensuite d’étudier, d’entrer dans le montage. Ce qui m’a déterminé ensuite à voir comment chante un chanteur. Ce qui m’a permis de comprendre pourquoi les gens parlaient différemment les langues. Ce qui m’a permis aussi de voir les difficultés qu’avait quelqu’un devant sa propre langue et les difficultés de communication.

À travers l’étude de l’oreille, le docteur Tomatis atteint des domaines qui dépassent largement le cadre des simples désordres fonctionnels. Il en a mesuré l’étendue et l’efficacité, en participant à des études, en participant au succès de Maria Callas, Louis Jouvet ou Gérard Depardieu, auxquelles il a rendu leur voix et plus, leur équilibre. Mais la méthode Tomatis a aussi ses détracteurs, qui la trouvent trop ambitieuse, trop globale, et pour tout dire, fourre-tout. Depuis 1975, Tomatis a rompu avec le corps médical. Je crois que les gens qui ont fait une découverte ont trop tendance à vouloir l’appliquer à un domaine trop étendu. Je crois que c’est ça le reproche qu’on peut faire à cette technique. On ne peut pas tout traiter. Des prétentions comme ça sont un peu exorbitantes, ça va sans dire. Si vraiment on donne à croire aux parents, aux familles qu’on peut tout guérir, tout arranger par un ordre électronique, on n’est pas tout à fait comme on devrait être sur le plan déontologique et éthique. Je crois que peut-être, là, il faudrait ramener la thérapeutique de Tomatis à des dimensions plus raisonnables, plus opératoires. C’est-à-dire ? Encore une fois, ce n’est pas celle qui vise à d’abord établir un diagnostic et à évaluer ensuite les résultats de ce traitement mis en œuvre. Faute de quoi on ne peut pas parler de résultats scientifiquement appréciés.

Foudroyé lors d’un orage, Jocelyne Paturle est tombée dans un coma profond durant trois semaines. À son réveil, elle avait perdu la voix, la mémoire et sa motricité. Donc vous êtes optimiste ? Oui, c’est ce que… En fait, moi je suis impressionné par les progrès qu’elle a fait en 15 jours. Et vous allez voir, votre voix va devenir de plus en plus timbrée, de plus en plus assurée, parce que de plus en plus, vous allez utiliser votre corps et qui a été, lui, effrayé dans tout ce qui s’est passé. Votre corps a foutu le camp. Bon, ben, on va le retrouver. Vous essayez, pendant les trois semaines qui m’en suivent, de parler souvent. Et de fait, si vous parlez, mais tant mieux. Qu’est-ce qui s’est passé du point de vue, maintenant, marche et tout ça ? C’est impeccable. Ah oui. Je perce bien, maintenant. Ma femme avait 90 % de chance de rester un légume. J’ai vu 100 médecins. J’ai tout fait. Quelle était la réaction de votre femme à la première séance d’écoute sous oreille électronique ? Ça ne s’est pas passé pendant les deux heures d’écoute qu’elle a eues avec le docteur, mais à la fin de la séance, elle m’a dit, on va reprendre le métro. Et c’était la première fois, en dix mois, qu’elle se situait géographiquement dans l’espace et qu’elle se situait à Paris. Donc, pour moi, ça a été absolument fantastique. Un résultat concret, uniquement aux deux heures.

Alfred Tomatis se défend d’être un gourou, même si ses patients évoquent souvent son charisme. Il n’y a pas de miracle Tomatis. Les guérisons sont lentes et difficiles. Sa pédagogie de l’écoute se conjugue alors avec le travail des médecins, kinés, orthophonistes, psychothérapeutes. Cécile a 15 ans. Depuis toujours, elle a été confrontée à de lourds handicaps psychomoteurs. En cure depuis quatre ans, elle s’ouvre enfin au monde. J’ai dessiné des oreilles pour expliquer pourquoi moi, je ne m’entendais pas parler avant. Alors, la première oreille, c’est que je ne m’entendais pas du tout. À ce moment-là, j’étais dans mon monde. J’étais paralysée. Je me sentais carrément angoissée et je ne pouvais pas… Je n’étais pas à l’aise. J’étais toute resserrée contre moi et je ne pouvais pas voir mon frère. Je ne pouvais pas voir ma soeur. Je ne pouvais pas parce que j’étais tout dans mon monde. Alors, à l’école, je n’allais pas du tout vers les autres. J’étais toute seule. Et je… Et j’étais restée toute bloquée. La deuxième oreille, je l’ai dessinée comme ça parce qu’elle commençait à… C’était pour montrer une oreille qui commençait à s’ouvrir et à pouvoir entendre un peu à peu près ma voix parce que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à ne plus être dans mon monde, à pouvoir être à l’aise. La troisième oreille, elle représente toute mon oreille ouverte, ce coup-ci. Et là, je m’entendais plus parler. Au lieu de parler très bas, je pouvais parler plus haut, augmenter mon son et je pouvais dire tout ce que je pouvais. Même avec les autres et tout. Et quand j’ai pu parler avec les autres, j’ai pu aller les voir et faire des choses avec eux. Pouvoir jouer. Parce qu’avant, je pouvais pas jouer. Jouer aux cartes. J’avais les mains trop serrées et les mains qui tremblaient trop. Et ça a diminué quand je me suis mise à bien parler. Et c’est à ce moment-là que j’ai décidé que je pouvais être bien dans ce monde-là.

Comportement, difficulté d’expression, inaptitude à se concentrer, blocage psychomoteur, toutes les causes de l’échec scolaire sont traitées par la méthode Tomatis. Parmi elles, la dyslexie. Selon Alfred Tomatis, elle provient à la fois d’une mauvaise audition et d’une communication déficiente à l’école. Charles-Edouard est ici depuis deux mois. Sa dyslexie lui pose des problèmes en lecture, mais aussi en orthographe. L’aide d’une orthophoniste, la méthode Tomatis et le soutien actif de sa mère devraient lui ouvrir la voie d’une scolarité normale. Écris-moi statique. Qu’est-ce que tu as écrit ? Statique. Non. Statique. Statique. Statique. Statique. Voilà. Très bien. Extra. Très bien, mais le principal, c’est ? Charles-Edouard, c’est d’y arriver. Le principal, c’est de l’écrire correctement. Dès le CP, Charles-Edouard a été suivi par une orthophoniste. Mais au niveau progression, on a progressé, mais à tout petit pas, tel un escargot affrontant une pente. Je dis simplement que l’orthophonie dans le cadre n’a pas été probante. Mais par contre, je pense qu’associer à une autre « thérapie », ça peut très bien marcher. Ça a gagné. Je suis allée chez Tomatis. Le début, j’écoutais du Mozart. La première sensation, le débouchement d’oreille. Le mal d’oreille et le bouchon qui saute de l’oreille. Comme un boum, quand le bouchon éclate tellement qu’il y a du gaz que boum, ça sort. J’ai un enfant qui s’est complètement… Une fleur qui s’est épanouie, c’est-à-dire qui s’est complètement ouverte. Un enfant qui s’est responsabilisé totalement, qui a joué le jeu complètement avec la méthode Tomatis et qui a eu des résultats. Enfin, ça a été du simple au double. Alors, je ne parle pas de l’orthographe parce qu’en orthographe, il y a toujours 0. Mais si vous voulez, il y a 0 avec 40 fautes et il y a 0 avec 4 fautes et demie. Donc, on est près du but. Je ne me sentais pas bien. J’étais mal dans ma peau et maintenant je suis bien. C’est bien, je suis contente.

Dans ce collège, c’est une classe entière qui apprend à apprendre par l’oreille électronique. L’Education nationale mène à titre expérimental un programme de soutien scolaire à base d’exercices de la méthode Tomatis. C’est souvent par défaut de mémorisation, de concentration, d’écoute que ces enfants se trouvent en situation d’échec scolaire. Avec Mozart, ils apprennent à vraiment écouter les sons. En classe, ils sauront reproduire correctement les accents et les intonations. Il s’est aperçu que la langue française utilisait des fréquences relativement graves et qu’au contraire, les anglais commençaient à parler avec des sons qui sont extrêmement aigus. Donc le principe, c’est de faire entendre aux enfants justement ces sons aigus pour lesquels l’oreille française n’est pas prête. Voilà, et ça c’est le principe fondamental de la méthode. On a vu l’année dernière des enfants qui avaient 4, 5, 6 à l’oral, je précise bien à l’oral, passer aussitôt après l’intégration à l’anglais, ils sont arrivés à 15, 16. C’était assez spectaculaire.

Dans cette aciérie de Firmini, des adultes ont retrouvé les bancs de l’école. Le groupe Usinor a débloqué dans son programme de formation continue un important budget pour que ses cadres et employés s’assurent la maîtrise de l’anglais. Au-delà, la méthode Tomatis a révélé d’autres vertus. Ce que j’ai acquis au cours de cette session, c’est en fait une meilleure capacité de concentration, une meilleure sensation de ce qu’on peut produire comme sang, de la production des sangs et du contrôle avec l’oreille. Et une meilleure perception aussi de l’anglais en général. Dans une réunion importante, je ne me concentre pas tout le temps de la réunion. C’est un peu le problème. La découverte de l’expérience Tomatis, c’est je crois essentiellement la concentration. Il est vrai que lorsqu’on a le casque sur les oreilles et lorsqu’on a les sons filtrés, il faut répéter certains mots, certaines phrases. On est obligé de se concentrer sur ce que l’on entend et répéter immédiatement derrière. Ça demande une concentration très importante. J’ai au moins découvert ça. Le fait que mon esprit ne divague pas trop. J’arrive à apprécier 5 ou 10 minutes de grande musique. Alors quand même, ça ne m’intéressait absolument pas. Donc on a changé mon oreille. On a changé quelque chose à mon oreille. Donc si ça m’a changé pour la grande musique, pourquoi pas pour l’assimilation des langues. Et pourquoi pas pour autre chose. C’est un son très court. Pin, pin, pin, bin, tin, din. Pin, bin, tin, din. C’est très proche de tin.

Mémorisation, concentration, la méthode est aussi utilisée dans certains cas pour la relaxation. Dans le suivi de la grossesse à l’hôpital Foch de Suresnes, la méthode phonique permet aux femmes enceintes de surmonter les angoisses liées à la maladie de grossesse. Premier objectif, préparer la future maman. Est-ce que la mère transmet des choses de sa vie, de ce qu’elle vit elle ? Tout ce qu’elle fait, elle va le transmettre, son angoisse notamment, et peut être extrêmement dangereuse. C’est pour ça que si elle était euphorique et heureuse de protéger cet enfant, elle arriverait déjà à protéger l’enfant de large part. Elle est déjà son enveloppe. L’enfant, dans certains tempéraments, risque de devenir une éponge. Et même s’il est lâché, largué comme un satellite dans l’espace, si ensuite on n’a pas la chance de nettoyer cette éponge, on a la chance de le voir malheureusement induit dans une angoisse permanente. Deuxième objectif, favoriser la relation mère-enfant. Je ressens beaucoup plus les mouvements du bébé que pendant le reste de la journée, mais de la dire que je communique plus, je ne sais pas. Je ne le ressens pas comme ça. C’est très bénéfique, je me sens très bien. Pendant les séances, le bébé bouge avec les sons filtrés. Du moins le mien, pendant les sons filtrés, bouge beaucoup, assez. Ce qui compte beaucoup avec la méthode phonique, c’est la communication. Ça veut dire que ces femmes vont avoir déjà dès la grossesse une communication avec leur enfant. Donc je pense que la relation mère-enfant va être de meilleure qualité. Il est important que cette relation commence pendant la grossesse, qu’elle continue pendant le travail, pendant l’accouchement, et même au-delà. Des femmes qui communiquent déjà avec leur enfant, qui se demandent si l’enfant écoute, entend, s’il bouge, elles ont déjà un lien avec cet enfant, elles se sentent proches de lui. On est toujours proches d’un enfant, c’est sûr, mais elles sont particulièrement proches parce qu’elles sont à l’écoute elles-mêmes de cet enfant. Je crois que c’est le développement de la communication, du fait de parler avec l’autre, d’écouter l’autre. Je crois que ça, c’est très important pour la relation mère-enfant par la suite.

Pour nous, l’accouchement sonique, c’est quoi ? C’est un terme que nous avons introduit pour montrer que naître, c’est passer de cette ambiance aquatique, avec un haut son aquatique, à un haut son qui est à l’extérieur. Comment y parvenir ? Eh bien là, les mammifères seuls ont cet avantage, puisqu’ils ont un appareil qui leur permet à un moment donné d’adapter cette addition intra-utérine à l’extérieur, ce qu’on appelle l’oreille moyenne et le pavillon ajouté. Cette oreille moyenne est un adaptateur, c’est-à-dire d’impédance, pour utiliser un terme un peu pédant et technique, ça veut dire, on a l’habitude de brancher l’oreille sur les longueurs d’ondes extérieures. Ça change un peu. Eh bien, beaucoup d’oreilles, parce qu’elles ont été traumatisées, parce qu’elles ne savent pas faire marcher cet ensemble-là, électroniquement, on sait le faire. Quand on a vécu en audition intra-utérine comme on l’a fait, pour nous conduire les gens à naître, c’est de les faire passer de cette audition intra-utérine à l’audition aérienne.

Pierre Lannes, bonsoir. Pourquoi cette méthode du docteur Tomati s’est-elle si décriée par le corps médical ? Elle est décriée, je pense, parce que le corps médical, beaucoup de médecins pensent que Tomati se prend un petit peu chez tout le monde pour ramener les choses à lui. Or, pour avoir un petit peu vécu cette expérience, je pense plutôt qu’il propose une pédagogie de l’écoute, c’est-à-dire il part de l’oreille qu’il fait ouvrir par des procédés mécaniques qui atteignent d’autres éléments de la médecine. Et c’est à ce moment-là au médecin d’intervenir, que ce soit les psychologues, les orthophonistes, les ostéopathes… Donc cette méthode n’est qu’un complément, finalement. Elle est un complément et un point de départ aussi, d’ouverture vers le monde, d’apprendre à communiquer. Alors, vous avez suivi, après ce reportage, certains des patients, certains de ces patients, où en sont-ils aujourd’hui de leur traitement ? Alors, moi, je voudrais parler de Charles Edouard qui est le petit garçon dyslexique. Alors, Charles Edouard a arrêté ses séances chez le docteur Tomati parce qu’il est arrivé un petit peu du cursus qui lui avait été proposé. Et surtout parce que ça allait beaucoup, beaucoup mieux. Son travail chez l’orthophoniste a avancé à pas de géant. Et à partir de ce moment où il avait réintégré toutes les bases nécessaires à son écoute, donc l’écoute des sons, à tout identifier dans son travail nécessaire pour l’orthophonie, la lecture et l’apprentissage de la langue, donc il a arrêté. Il n’en avait plus besoin. Alors, Madame Patiol, qui est la dame qui a été foudroyée lors d’un orage, là, ça se passe un petit peu plus difficilement. Je crois que ça va être très, très, très long parce qu’elle a quand même, là, ça fait quelques mois où elle commence à faire des gestes élémentaires comme faire un peu la cuisine, communiquer comme ça par gestes, par signes, à ses proches. Elle reconnaît les autres maintenant ou pas ? Elle ne reconnaît pas son mari. C’est-à-dire qu’elle a perdu toute la mémoire et elle ne sait pas son mari qui s’occupe d’elle tout le temps. Non, elle ne sait pas qui il est encore. C’est très onéreux comme méthode ? On peut penser que c’est assez onéreux, effectivement, au départ, par rapport à d’autres soins dans d’autres établissements. Ce que je voudrais dire, qui me paraît important, c’est que jamais, chez Tomatis, on n’a refusé quelqu’un pour des problèmes d’argent. Parce que la base même, c’est aussi aider les gens, c’est les aider, les soigner, donc c’est un petit peu en dehors des problèmes d’argent. Alors, je crois aussi que beaucoup de gens célèbres ont été rééduqués par cette méthode. Oui, notamment donc Maria Callas, qui était venue il y a quand même une trentaine d’années chez le docteur Tomatis, parce qu’elle ne s’entendait plus d’une oreille, de l’oreille droite, elle ne s’entendait plus chanter. Donc il lui a remis en place tout ça, il y a eu Romy Schneider, il y a la chanteuse Catherine Lara, Juliette Binoche, qui était venue travailler sa voix, et surtout Gérard Depardieu. Gérard Depardieu que vous avez rencontré après ces séances chez Tomatis. Oui, alors Gérard Depardieu est venu quand même il y a déjà pas mal d’années chez le docteur Tomatis parce qu’il avait du mal à terminer ses phrases, et il y est revenu pour l’intégration de l’anglais pour son film Green Card. Et alors il me racontait une chose très intéressante, c’est qu’avec l’intégration de l’anglais qu’il a faite chez Tomatis, il comprenait mieux sa partenaire dans ce qu’elle lui disait en anglais par la communication, c’est-à-dire par les sons, il identifiait les sons avec les émotions et le sens des mots que lui-même ce qu’il lui disait à elle. Et donc ça c’est un petit peu de comprendre, de communiquer. C’est-à-dire l’autre, aller vers l’autre, la communication, l’ouverture sur le monde extérieur. Tout à fait. Pierre Laham, merci. Merci.