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Principes de fonctionnement de l'Oreille Électronique à effet Tomatis

Tout commence il y a plus de cinquante ans, par la confrontation de deux séries d'observations. En tant qu'oto-rhino-laryngologiste et fils d'un chanteur lyrique, Tomatis se trouve à traiter de nombreux artistes à la voix abîmée. Dans la même période, il dirige les Laboratoires d'Acoustique de l'Aéronautique militaire française, où il doit examiner les personnes dont l'audition s'est détériorée pour avoir travaillé aux bancs d'essai des réacteurs supersoniques, afin de déterminer s'il faut les indemniser. Concurremment au dommage acoustique, Tomatis observe très souvent une déformation très nette de la voix et se demande si l'audition endommagée n'est pas la cause des problèmes de voix — y compris dans le cas des chanteurs, où le dommage acoustique pourrait avoir été provoqué par leur propre voix utilisée à fort volume dans un environnement acoustique inapproprié.

En approfondissant ses observations, Tomatis est frappé par le parallélisme entre l'examen audiométrique des sujets examinés et la courbe d'enveloppe de l'analyse spectrale de leur voix. Il entreprend alors une série d'expérimentations portant sur les réactions et contre-réactions de l'audition sur l'émission vocale. Pour ce faire, il utilise deux montages :

  • l'un qui permet de visualiser la décomposition harmonique des sons émis (analyse spectrale) à l'aide d'un microphone et d'un analyseur ;
  • l'autre qui donne la possibilité de modifier à volonté l'écoute du sujet participant à l'expérience : sa voix est captée par un second microphone relié à un amplificateur dont les caractéristiques de réponse au niveau du casque porté par le sujet sont modifiables grâce à un jeu de filtres (passe-haut / passe-bas / passe-bande), permettant ainsi de faire varier la manière d'écouter du sujet et, par conséquent, sa manière de se contrôler.

L'importance extraordinaire des contre-réactions qui se manifestent dans cette expérimentation autorise Tomatis à affirmer qu'il existe un véritable circuit fermé d'auto-information dont le capteur de contrôle, au moment de l'émission au niveau de l'appareil phonatoire, n'est autre que l'oreille — et que toute modification imposée à ce capteur produit instantanément une modification considérable de l'acte vocal, facile à observer au niveau visuel et auditif et contrôlable physiquement sur le tube cathodique de l'analyseur.

Ainsi, étant établi qu'une modalité expressive vocalique liée à un conditionnement de l'appareil phonatoire — s'extériorisant à travers un acte vocal connu — répond à une manière d'écouter déterminée par un conditionnement plus ou moins complexe de l'ensemble de l'appareil auditif ; étant établi en outre que toute modification de cette manière d'écouter engendre un nouvel acte vocal, Tomatis tente alors de modifier le conditionnement défectueux par un nouveau conditionnement, calculé sur la base d'une courbe d'écoute idéale (celle d'un grand professionnel de la voix, par exemple).

Dès les premières séances, on constate qu'il subsiste une rémanence temporaire de ce nouvel état ; après une certaine période d'entraînement, elle devient permanente.

Pour réaliser pratiquement ce processus, Tomatis met au point un appareil qui sera appelé Oreille Électronique à effet Tomatis.

Les quatre lois fondamentales de Tomatis

Raoul Husson, en reprenant cette expérience en 1957 dans les Laboratoires de Physiologie des Fonctions de la Sorbonne, la confirme entièrement, et regroupe cet ensemble de contre-réactions audio-phonatoires sous le nom d'effet Tomatis.

Celui-ci est défini par quatre lois :

  1. La voix contient ce que l'oreille perçoit.
  2. Si l'on rend à l'oreille traumatisée la possibilité d'écouter correctement les fréquences mal perçues, celles-ci se trouvent rétablies dans l'émission phonatoire — instantanément et à l'insu du sujet.
  3. En généralisant cette relation audio-phonatoire à une oreille normale : l'oreille transmet à l'appareil phonatoire les modifications auditives qui lui sont imposées artificiellement.
  4. Tomatis, s'étant posé la question de savoir comment l'oreille pouvait conserver le bénéfice de cet exercice et progresser de manière durable, aboutit à la quatrième loi : l'écoute forcée, alternativement imposée et supprimée, finit par modifier de façon permanente l'écoute et la phonation.

L'Oreille Électronique et sa modalité d'action

Cet appareillage est un ensemble électronique comportant des amplificateurs, des filtres et un jeu de bascules électroniques. Il peut être utilisé selon deux modalités :

  1. L'information transmise par un magnétophone passe à travers l'O.E. avant de parvenir à l'oreille du sujet par un casque (training purement auditif).
  2. L'information transmise par le magnétophone est perçue et reproduite par le sujet pendant les blancs sonores répartis sur la bande magnétique : la voix de l'élève est captée par un microphone, modifiée par l'O.E. et restituée dans le casque en temps réel (training audio-vocal).

L'O.E. agit en modelant l'information à l'intérieur d'une bande passante déterminée, afin de supprimer les scotomes (chutes de la courbe d'écoute sur certaines fréquences) et de donner à la courbe la progression nécessaire (pente ascendante) pour une perception et une analyse fréquentielle de qualité optimale.

Il offre en outre au message sonore deux parcours possibles : un canal correspond à la mise en tension du tympan et des muscles du marteau et de l'étrier, l'autre agit sur leur détente. Un simple réglage suffit alors à faire passer alternativement l'information d'un canal à l'autre, provoquant ainsi un mouvement continu de tension et de détente des mécanismes musculaires d'adaptation de l'oreille moyenne.

Cette micro-gymnastique, prolongée durant un certain temps, produit un phénomène de rémanence qui crée un conditionnement musculaire progressif et permanent : l'oreille moyenne devient ainsi capable d'effectuer seule, spontanément et correctement, les régulations nécessaires à la transmission des sons.

Ces différentes fonctions sont assurées par plusieurs ensembles électroniques :

  • Les filtres, répartis sur deux niveaux, forment les deux canaux et modulent le passage des fréquences (l'un peut, par exemple, laisser passer de manière préférentielle les fréquences élevées et l'autre les fréquences graves).
  • La bascule règle les allers-retours successifs d'un canal à l'autre ; c'est une sorte de porte qui s'ouvre et se ferme selon les variations d'intensité du message sonore.
  • L'équilibre : pour préparer l'oreille droite à devenir directrice, le rapport des intensités sonores correspondant aux deux écouteurs du casque est progressivement différencié par réduction de l'intensité à gauche.

Quant à l'information sonore proprement dite, elle est constituée d'un ensemble de bandes magnétiques enregistrées en laboratoire, dont l'ordre de diffusion est déterminé par le programme conçu en fonction du cas traité ; il s'agit essentiellement de musique et de voix humaine, élaborées éventuellement sur le plan électronique — en pratique, plus ou moins filtrées sur des fréquences déterminées.

La programmation du matériel sonore

Le programme de rééducation est conçu selon les normes de la discipline audio-psycho-phonologique ; il a pour but de faire parcourir au patient le chemin sonore idéal qu'il aurait dû suivre depuis sa vie fœtale, puisque c'est de celui-ci que dépendent la qualité de son écoute et, par conséquent, ses facultés d'expression.

De la communication charnelle du fœtus avec l'utérus maternel aux échanges verbaux les plus féconds, le chemin est long et semé d'embûches : à chaque moment de son évolution, la relation du sujet avec son environnement peut être perturbée, fragilisée ou résolument coupée.

La méthode consiste, en s'appuyant sur le fait qu'il existe déjà une communication entre le fœtus et la mère, à susciter chez le sujet le désir que cette communication se prolonge après la naissance — d'abord avec la mère, puis avec le père, et enfin avec la société.

L'itinéraire commence par le « dialogue » intra-utérin et s'achève par l'insertion du sujet dans le contexte communicationnel social.

L'oreille est ainsi replongée dans les conditions d'un vécu très ancien — le plus ancien qu'il lui a été possible de percevoir.

À cette époque, cependant, l'écoute du fœtus est caractérisée par le fait qu'elle s'exerce en milieu aquatique, le fœtus étant immergé dans le liquide amniotique. L'information sonore (sons filtrés) est obtenue en faisant passer le son à travers des filtres électroniques qui réalisent artificiellement une audition similaire à celle qu'on obtiendrait à travers des couches d'eau.

Généralement, on utilise à cette fin la voix maternelle enregistrée sur bande magnétique, ou la musique de Mozart. L'expérience a permis de constater que les thèmes musicaux sont plus efficaces lorsqu'ils sont riches en fréquences aiguës et qu'ils s'approchent des rythmes mozartiens et du chant grégorien.

Après un certain nombre de séances de sons filtrés, on effectue ce que l'on appelle l'« accouchement sonore », c'est-à-dire que l'on fait passer le sujet d'une audition en milieu liquide à une audition en milieu aérien — l'écoute à laquelle nous sommes normalement habitués, où le son voyage simplement à travers l'air. À cette fin, au cours de plusieurs séances, le filtrage peut passer de 8 000 Hz à 100 Hz. Les effets de cette phase sont généralement profonds, et l'évidence clinique a montré qu'on offre au sujet la possibilité de récupérer des vécus émotionnels liés à une étape cruciale de son existence.

Après l'accouchement sonore commence la phase active où le sujet se prépare à rencontrer l'autre (l'univers social) ; on pose les premières structures du langage, à travers des exercices de lecture et/ou de répétition de mots et de phrases sous le contrôle de l'Oreille Électronique.

De là, le sujet passe à une phase qui lui permet de se rencontrer et de s'accepter ; le matériel sonore l'aidera alors à libérer le langage. Ses auto-contrôles sont renforcés pour lui garantir une bonne adaptation à ses réalités et aux conditions d'existence imposées par l'environnement.

L'écoute intra-utérine

Quelques questions favorisent une approche du problème du langage :

  • Comment l'être humain en arrive-t-il à produire des sons articulés ?
  • Pourquoi éprouve-t-il le besoin d'en produire ?

La première de ces questions pourrait nous surprendre, car il semble évident que l'être humain parle parce qu'il est doté d'un appareil expressément destiné à remplir cette fonction.

Cette affirmation est en réalité fausse, car il n'existe pas d'organe physiologiquement conçu à cette fin. La parole a utilisé l'existant pour se construire : un premier ensemble constitué d'une partie du système digestif (les lèvres, la bouche, le voile du palais, la langue, les dents) et un second provenant de l'appareil respiratoire (le larynx, les fosses nasales, les poumons, le diaphragme, la cage thoracique).

Ainsi, pour se mettre au service de la parole, le larynx s'est éloigné de sa fonction primaire. Il s'est libéré, en un certain sens. Et cette libération a coïncidé avec celle de l'oreille qui, initialement destinée à localiser les sons, s'est mise à les analyser.

Quant à la seconde question, Tomatis affirme que ce qui importe n'est pas tant de pouvoir parler que de vouloir parler ; car le singe, d'un point de vue strictement physiologique, pourrait parler — mais il ne le fait pas.

À l'origine du langage, selon Tomatis, doit exister un désir, qui ne peut être que celui de communiquer avec l'autre. C'est la recherche d'une situation connue, vécue, regrettée, au cours de laquelle s'est révélée la notion profonde de communication, d'où part la première prise de conscience de la relation. Mais comment naît cette pulsion ?

C'est à partir des observations d'un zoologue anglais que Tomatis élabore sa réponse. Cet auteur, Negus, avait remarqué que si les œufs d'oiseaux chanteurs étaient couvés par des oiseaux non chanteurs, les oiseaux nés de cette couvée ne chantaient pas. De même, si les œufs étaient couvés par des oiseaux qui chantaient mais d'une autre manière, les petits avaient toutes les chances de se tromper de chant après la naissance. Il semble donc qu'un conditionnement audio-vocal soit possible dès le stade de l'œuf. Et s'il en allait de même pour le genre humain ?

Des expériences menées sur les nouveau-nés par d'autres chercheurs indiquèrent à Tomatis qu'il était sur la bonne voie : « la mère crée son enfant, lui donne un nid dans son ventre, le nourrit, le prépare à la vie à travers un dialogue constitué de tous les contacts qu'elle peut avoir avec lui. La communication sonore est le plus important de ces contacts, car la mère se révèle au fœtus à travers ses bruits organiques, viscéraux, et surtout par sa voix. L'enfant absorbe toute la substance affective de cette voix qui parle, en est imprégné ; il intègre ainsi le support de la langue maternelle. »

Il s'agit de la première communication audio-vocale, à laquelle l'embryon, quand tout va bien, puise un sentiment de sécurité qui aide à son épanouissement.

Le désir de communiquer n'est alors que le désir de ne pas interrompre — ou éventuellement de renouveler — une relation (acoustique) avec l'autre, si satisfaisante.

Mais si le fœtus entend, ce n'est certes pas à notre manière. De la naissance à la maturité, l'ouverture de l'oreille est progressive ; et l'accouchement lui-même apporte une modification fondamentale dans l'écoute, parce que l'oreille, adaptée au milieu liquide de la vie intra-utérine, doit brusquement s'accommoder à un milieu aérien qui présente un facteur d'impédance acoustique différent.

Tomatis explique qu'avant la naissance, les trois parties de l'oreille — externe, moyenne et interne — sont acoustiquement adaptées aux mêmes fréquences ; celles-ci sont pratiquement celles de l'eau, et se situent dans la zone des sons aigus. À la naissance survient un véritable accouchement sonore. L'oreille moyenne et, en particulier, la trompe d'Eustache retiennent du liquide amniotique pendant environ dix jours après l'accouchement, de sorte que les deux niveaux moyen et interne de l'oreille restent accordés sur les fréquences du milieu liquide. Au bout d'environ dix jours, tout s'éteint, parce que la trompe d'Eustache se vide de la substance liquide, et le nouveau-né perd sa perception des sons aigus, devenant momentanément comme sourd.

Grâce à un long et progressif apprentissage, qui dure des semaines, l'oreille cherche à augmenter son pouvoir d'accommodation en travaillant sur la tension tympanique, afin de retrouver, peu à peu, à travers l'air ambiant, le contact qu'elle avait avec cette voix qui la berçait au plus profond de son univers utérin.

Mis en présence de problèmes psychologiques dont l'origine se situe assurément au niveau des premières étapes du développement de l'individu, Tomatis a l'idée de faire revivre, sur le plan sonore, ces périodes — réussissant à obtenir, à partir de simples informations acoustiques, des réactions psychologiques profondes extrêmement intenses et la cessation de certains symptômes.

Tomatis se rendait ainsi compte qu'à travers le son, il était possible de renouveler les relations primordiales — avec tous les aspects déconditionnants qu'une telle expérience peut apporter — et de potentialiser le désir de communiquer avec l'environnement, sans lequel il ne peut y avoir de bon équilibre psychologique.

Dans ce processus, l'immense avantage tient au fait que les sons filtrés traversent le thalamus sans que celui-ci n'opère de censures excessives. Le thalamus est une partie du cerveau ; c'est une masse nerveuse sous-corticale qui agit comme un filtre coordonnant, interprétant et évaluant les diverses sensations avant qu'elles ne soient transmises à la conscience (le cortex).

Si le thalamus présente une « résistance » ou une « viscosité » trop grande, en raison d'une affectivité perturbée par des traumatismes même anciens, l'information qui atteint cette région va à chaque fois réveiller les traumatismes initiaux et risque de ne pas parvenir au cortex de manière complète.

En envoyant une information sonore filtrée des fréquences graves et moyennes, contenant uniquement des fréquences élevées — riches en énergie et pauvres en sémantique émotionnelle et existentielle —, le thalamus permet un passage plus rapide vers le cortex, lequel, étant vivifié, peut contre-réagir sur le thalamus. De cette manière, le cortex, en augmentant son champ conscient, assume plus aisément les difficultés douloureuses. Dans ces conditions, le sujet peut se prendre plus facilement « en charge ».

L'effet de recharge corticale

L'oreille, avant de devenir un organe destiné à entendre, a la fonction de nourrir le cortex par son potentiel de stimulation sensorielle.

Tous les sons, cependant, ne sont pas aptes à provoquer l'effet de recharge corticale. Sur la membrane basilaire de la cochlée, les cellules de Corti sont plus denses dans la partie réservée aux fréquences aiguës que dans celle réservée aux fréquences graves ; la transmission au cortex de l'énergie captée est, par conséquent, beaucoup plus forte lorsqu'elle provient de la zone des aigus.

Les sons graves, pour Tomatis, n'apportent pas suffisamment d'énergie et finissent souvent par fatiguer l'individu, en ce qu'ils stimulent des réponses motrices à travers leur action sur le vestibule (canaux semi-circulaires, utricule, etc.), réponses qui absorbent plus d'énergie que le stimulus sonore ne peut en fournir.

L'équilibre neurovégétatif

Le nerf pneumogastrique — ou dixième paire crânienne, ou nerf vague — étend son antenne sensorielle sur la membrane tympanique.

Sa présence est importante, car il est l'un des nerfs qui régulent les mécanismes de l'oreille en fonction des « humeurs » ou états d'âme du sujet ; et de même qu'il sait obéir au psychisme, il sait plier ce dernier à ses réactions. Dans son rôle d'interface intime entre l'être et le corps, dans l'imbrication de ses interférences multiples qui lui valent la dénomination de nerf vague, il est le maître de la vie végétative et viscérale.

Son champ neuronique est immense : il touche le tympan, le pharynx, le larynx, les poumons, le cœur, l'estomac, le foie, la rate, les reins, le pancréas, l'intestin, le rectum, l'anus…

Grâce à lui, tout peut s'organiser harmonieusement — ou se déséquilibrer ; et si tel est le cas, apparaît alors le cortège des somatisations diverses : peur, anxiété, angoisse, boulimies, anorexies, angines, asthme, otites, rhinites…

Au sein de ce tableau, l'oreille peut jouer un rôle particulièrement néfaste ; pour Tomatis, il suffit qu'elle se ferme — c'est-à-dire qu'elle relâche la musculature du marteau et que l'étrier ne soit plus sollicité. Les sons sont alors transmis de manière très partielle et mal analysés ; seules les fréquences graves parviennent à passer la barrière, entraînant le tympan, très détendu, dans un mouvement trop ample qui, par réaction, va exciter la branche auriculaire du nerf vague — avec toutes les réactions que cela produit dans la sphère neurovégétative.

Le training audio-vocal avec l'Oreille Électronique aide la posture d'écoute de l'oreille à s'orienter vers les aigus. De cette façon, l'excitation du nerf pneumogastrique s'atténue, et cette atténuation va inonder le monde viscéral. Le sujet en éprouve une impression de bien-être et de libération d'un fardeau au contenu difficilement discernable. La respiration s'améliore, l'anxiété et les contractures musculaires s'atténuent, la détente générale peut se manifester.

La verticalité et la posture d'écoute

L'oreille assure, grâce aux canaux semi-circulaires, une fonction d'équilibre qui détermine nos attitudes posturales. La verticalité favorise la plénitude de l'écoute, car tendre l'oreille, c'est aussi tendre le corps à l'écoute, afin d'offrir à l'information les zones sensibles de notre revêtement cutané.

S'établit alors un feedback continu : l'écoute s'améliore et transforme l'attitude posturale, tandis que cette dernière permet à son tour à l'écoute de se perfectionner, grâce au message qui commence à lui parvenir de manière plus fidèle, en raison d'un meilleur déploiement de la voie corporelle.

Il est aisé, à l'aide de l'Oreille Électronique, de provoquer expérimentalement des changements d'attitude posturale en fonction de modifications particulières de l'écoute.

En imposant une écoute riche en fréquences aiguës, on observe — au moment où la phonation du sujet s'anime — une corrélation posturale impressionnante : la colonne vertébrale s'aligne, la cage thoracique s'ouvre, le sujet recherche une meilleure attitude dorsale par la rotation du bassin vers l'avant, le visage se détend et se mobilise de manière harmonieuse.

Une courbe d'écoute opposée, qui privilégie au contraire les graves, produit une contre-réaction posturale qui va dans le sens inverse.

Rappelons aussi que la consommation énergétique liée au maintien de notre posture est minimale lorsque le corps est en équilibre, droit et vertical.

La capacité que l'oreille interne a d'exercer ces fonctions lui vient de son appartenance à un bloc neurologique très complexe qui englobe le labyrinthe, le cervelet, le cortex et le corps : elle tient ainsi sous son contrôle tous les muscles moteurs du corps et en coordonne la motricité ; son rôle est essentiel dans la prise de conscience du corps par le cortex.

L'oreille droite et la latéralité

L'observation de la modalité d'autocontrôle de la voix chez un chanteur montre que le contrôle qu'il effectue n'est pas de la même qualité selon qu'il est exercé par l'oreille droite ou par l'oreille gauche.

En envoyant à un chanteur, par un casque, du bruit à une certaine intensité sur l'oreille gauche — de manière à lui faire perdre le contrôle par cette oreille —, on remarque qu'il chante toujours bien, et même, dans certains cas, mieux qu'auparavant. Au contraire, si c'est l'oreille droite qui est mise hors circuit, le sujet éprouve immédiatement une grande difficulté à gérer qualitativement sa voix.

Tomatis eut l'occasion de répéter cette expérience avec des instrumentistes et des acteurs, et chaque fois le contrôle de l'émission vocale ou instrumentale s'avéra qualitativement meilleur par les circuits de l'oreille droite.

Si les deux oreilles servent à localiser les sons — la bilatéralité auditive favorisant l'angulation —, il semble que l'accès à la maîtrise du langage ne puisse se faire qu'en choisissant comme antenne de captation de la coulée verbale l'oreille droite : l'oreille gauche donne une « vision » globale de l'environnement sonore, l'oreille droite peut focaliser un son bien précis et l'analyser finement.

Pourquoi cette asymétrie ? Parce que les impulsions qui partent du cerveau doivent parvenir au larynx pour qu'un son soit produit. À ce niveau existe une asymétrie : l'hémilarynx droit bénéficie d'un nerf récurrent moteur beaucoup plus court que son homologue. Le récurrent droit se dirige vers la paroi latérale du larynx après avoir croisé en bas l'artère sous-clavière droite ; tandis que le récurrent gauche entre dans le thorax et forme une anse sous l'aorte avant de rejoindre le côté gauche du larynx.

En conséquence, le temps de parcours des impulsions nerveuses est différent ; l'oreille droite se trouve plus proche des organes phonateurs que l'oreille gauche. Les déficits liés à l'autocontrôle auditif droit produisent souvent des problèmes de l'expression orale et écrite ; dans certains cas, l'étude d'une langue étrangère ou du chant peut s'avérer difficile. On note en parallèle une baisse évidente du rendement des facultés de mémorisation, d'attention et de concentration.

L'image du corps

L'image du corps est une notion essentielle, et généralement mal définie.

L'être humain est avant tout un système nerveux recouvert d'une gaine somatique, et l'image du corps, pour l'homme, est l'utilisation de son champ neuronique — utilisation qui varie selon les individus et les facteurs accidentels qui les distinguent les uns des autres.

Cette image est le plus souvent très différente de ce que serait une image parfaitement objective ; et son importance tient à ce que notre apparence, notre posture et notre comportement sont sous sa dépendance directe.

De plus, seule son intégration correcte peut apporter l'aisance corporelle dont l'être humain a besoin dans ses diverses activités — qu'il s'agisse de la pratique d'un sport, d'un instrument de musique, ou de la simple conduite d'une automobile.

Le virtuose possède son image corporelle à un point tel qu'il y intègre l'instrument de son activité et l'espace dans lequel il s'immerge (l'ensemble de l'orchestre, par exemple) ; ainsi l'archer Zen ne fait qu'un avec l'arc et la cible — et celle-ci en est plus aisément touchée. Comme se crée cette image ?

L'air ne cesse de se mouvoir sous l'impulsion du son : chaque être est immergé dans une structure qui le sculpte, en ce que le son ne s'adresse pas seulement à l'oreille, mais au corps tout entier. L'oreille en est certes devenue le capteur principal, mais il s'agit de la différenciation progressive d'une partie de peau qui, à l'origine, ne se distinguait pas du reste de la surface cutanée.

Le corps est donc pris dans un réseau de pressions et d'impulsions qui le stimulent en tous ses points. Peu à peu, la sommation de toutes ces excitations crée une image du corps intégrée.

Le jeu de stimulations peut être provoqué de différentes manières ; il existe toutefois un moyen privilégié, capital : c'est le langage, en ce que le son que nous produisons nous-mêmes imprime en permanence une myriade de petits touchers (pressions acoustiques) sur tout notre système nerveux périphérique. En fonction des mots que nous utilisons, nous allons toucher plus ou moins certaines parties de notre corps.

Le langage sensibilise progressivement les zones sensorielles révélatrices des ondes acoustiques de la « coulée verbale ». Les zones les plus sensibles à cette information se trouvent là où les fibres nerveuses spécialisées dans le repérage de la pression sont les plus denses (visage, partie antérieure du thorax, abdomen, paume de la main, face dorsale de la main droite au niveau de la pince pouce-index, intérieur des membres inférieurs, plante du pied).

De là il découle que, pour offrir la majeure partie de cette surface corporelle au son, la verticalité devient une obligation, si l'on veut avoir une parfaite maîtrise de la parole.

De là, on pourrait déduire un principe essentiel : si l'image du corps est la conséquence du langage, en améliorant la parole on pourrait remodeler le corps, puisque notre posture et notre manière de bouger sont façonnées par celle-ci…

Mais il est évident que si nous sommes en quelque sorte sculptés par les sons que nous émettons, nous le sommes également par les sons qu'émet l'autre ; alors, dans cette perspective, un dialogue peut être vu comme la manière dont deux individus se mettent en vibration l'un l'autre — et la qualité de leur intercommunication dépend de la compatibilité de leurs images corporelles, liées elles-mêmes à la cohérence de leurs courbes d'écoute. Deux sujets qui présentent des courbes distordues et peu semblables entre elles ont peu de chances de s'entendre, en ce que, au sens littéral du terme, ils ne sont pas sur la même longueur d'onde.

En synthèse, une bonne image corporelle réalise l'adhérence absolue du corps réel et du corps imaginé : c'est l'image grâce à laquelle on peut être soi-même jusqu'à la dernière cellule, et pouvoir s'engager dans une dynamique comportementale harmonieuse.

Texte original par Concetto Campo, publié sur tomatis.it. Traduction française.