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Le test d'écoute

Outil important pour l'évaluation audio-psycho-phonologique, le test d'écoute mesure le niveau de clarté et de précision avec lequel sont perçus les stimuli acoustiques provenant du monde environnant. Il fournit des informations sur la manière dont la personne perçoit son environnement cognitif et relationnel — et y répond en conséquence.

À un certain moment de sa carrière, Tomatis se mit à se demander s'il existait un moyen d'expliquer scientifiquement la différence entre entendre et écouter, et s'il était possible de vérifier la capacité d'écoute d'un individu. Audiologue expérimenté, il n'était pas enclin à attribuer des implications psychologiques aux audiogrammes de ses patients. L'audiométrie, lui avait-on enseigné, était une science objective sur laquelle les facteurs subjectifs n'avaient aucune influence. Mais une expérience avec des ouvriers exposés à des bruits intenses lui fit changer d'avis. Au cours de son activité dans les Arsenaux Aéronautiques Militaires français, l'une des tâches de Tomatis était d'examiner un groupe de travailleurs trois fois par semaine pendant plusieurs années consécutives. En observant l'évolution des audiogrammes, il s'aperçut que les courbes auditives de certains travailleurs changeaient sans raison apparente — sinon l'espoir d'obtenir une pension d'invalidité du fait de l'exposition au bruit intense. « Je découvris alors, non sans surprise, raconte Tomatis, qu'un individu absolument sincère, mais secrètement désireux de se faire considérer comme sourd, pouvait avoir le seuil auditif abaissé de dix, vingt et même trente décibels. »

« Motivés par la perspective d'une indemnité, les sujets "trichaient en toute bonne foi" : ils obéissaient en somme à des lois psychologiques qui leur échappaient totalement. Autrement dit, la subjectivité intervenait également dans des mesures que l'on prétendait objectives. » À l'évidence, l'audiométrie comportait quelque chose qui dépassait la science objective déjà connue. L'observation de Tomatis suscita de nouvelles questions : comment fallait-il interpréter ces données en tenant compte des réponses subjectives des patients ?

Au cours de ces recherches, Tomatis avait par ailleurs observé de nombreuses correspondances entre l'évolution des courbes audiométriques des sujets et certaines données comportementales comme la fatigue. Au fil des mois, il remarqua aussi des connexions entre les courbes auditives et la posture, ainsi qu'une certaine similarité de pathologies entre des sujets présentant la même courbe auditive. Parallèlement, Tomatis suivait dans son cabinet une clientèle privée en qualité d'oto-rhino-laryngologiste et phoniatre. Il pensa alors à mettre en relation les courbes audiométriques avec tout un ensemble de problèmes liés à la sphère relationnelle et émotionnelle : phénomènes vocaliques, attitudes posturales, changements de comportement, changements de tonus et asthénies dont ses patients se plaignaient souvent. Toutes ces données et leur élaboration aidèrent Tomatis à mettre au point l'ébauche de ce qui allait devenir le test d'écoute. Cela se passait au milieu des années 1950. Le test d'écoute devint dès lors une épreuve valide et fiable.

Le scientifique raconte dans son livre Vertiges :

Test projectif, le test d'écoute révèle les réactions psychologiques sous-jacentes et les tensions qui les provoquent. En analysant les réponses vestibulo-cochléaires aux impulsions acoustiques, il permet d'expliquer les contre-réactions posturales. Mais le test d'écoute, en visualisant les réponses données par un sujet aux informations sonores, fournit la clé de son comportement général dans bien d'autres champs : communication, langage, socialisation, etc. C'est l'insertion d'un être dans son environnement qui nous apparut ainsi.

Avec ses réponses sensitivo-sensorio-motrices, le test d'écoute découpe la posture en « tranches métamériques », c'est-à-dire en strates successives liées aux différents stades neurologiques. Les graves sont attribués à la partie inférieure, les aigus bénéficient à la partie haute du corps. Chaque tranche (ou métamère), avec ses réponses neurologiques, sensorielles, motrices et souvent neurovégétatives, correspond à un organe situé dans l'espace afférent au métamère lui-même.

Il devint possible pour Tomatis d'énumérer les hauteurs tonales correspondant aux différents métamères et, par conséquent, de décrire avec précision un spectre tonotypique — c'est-à-dire la manière dont les sons se répartissent spatialement —, correspondant aux divers niveaux posturaux et somatiques.

Le test d'écoute fournit en outre le diagramme de la communication. Cela est possible parce que l'oreille est l'organe le plus important des relations verbalisées.

Si un sujet décide de ne plus écouter, il dispose de plusieurs moyens :

  • la simple surdité — mais c'est un processus long et fastidieux, donc peu utilisé en cas d'urgence ;
  • l'occultation de zones électives de la perception auditive : voix de la mère, du père ou d'autres spectres vocaux. L'oreille est en mesure de provoquer une réduction, même extrême, de l'analyse fréquentielle, en supprimant la réception nette de certaines zones — aiguës, graves, etc. Mais le prix à payer est élevé et entraîne une rupture totale ou partielle de la communication. Cette interruption peut se produire de différentes manières. L'oreille supprime certaines fréquences de l'écoute et provoque des fermetures. Elle n'analyse plus le son, ne procède plus à l'analyse fréquentielle. Résultat ? Dans certaines zones, la sélectivité auditive à telle ou telle voix est supprimée, réduisant considérablement toutes les informations qui empruntent ce même canal. Le message ne disposera que d'un étroit passage et n'atteindra son but qu'au prix d'une incroyable déformation, source d'erreurs, de malentendus et facteur d'anxiété.

Au prix d'un effort et d'une fatigue considérables, on peut parfois produire une adhésion aux sons, mais le plaisir d'écouter n'existe plus. Peu de gens peuvent maintenir une telle attention, qui d'ailleurs ne dépassera jamais dix à quinze minutes par heure. Dans ce cas, il est évident que le souvenir des messages est réduit, et l'attention l'est tout autant.

L'oreille, cette antenne par excellence, cet objectif braqué sur l'environnement, est ainsi capable d'ouvrir grand son diaphragme ou de le fermer, d'insérer les filtres qui lui agréent, d'éluder sa présence ou, au contraire, d'augmenter ses capacités sur une zone particulièrement bien ciblée.

La différence entre entendre et écouter devient plus évidente. La fonction auditive peut s'exercer sans nécessairement faire intervenir la conscience. On peut entendre tout en maintenant une attitude passive. Il s'agit de la capacité de faire arriver des sons au système nerveux central. Au moyen d'un examen audiométrique effectué par un spécialiste ORL ou un audiologue, on peut mesurer le niveau d'audition d'un sujet, pour rechercher d'éventuelles pathologies.

La faculté d'écoute, quant à elle, suppose une intervention plus marquée du champ de conscience. L'écoute s'accroche à la fonction auditive mais prévoit une intervention active afin de produire une analyse fine et détaillée de l'information acoustique, qui parviendrait sinon au cerveau comme un paquet sonore aux nuances mal définies.

Le test d'écoute introduit la dimension relationnelle, qui vient conditionner l'évolution des seuils auditifs selon l'aptitude mentale et relationnelle de chacun, dans laquelle se manifeste la volonté d'adhérer, de partager et de donner — en synthèse, d'écouter.

Pour pouvoir évaluer l'écoute, Tomatis a dû définir une nouvelle série de critères objectifs, facilement observables, mesurables et vérifiables, comme ceux utilisés dans l'examen audiométrique.

Sachant que l'oreille humaine a normalement la capacité d'exercer les fonctions suivantes :

  1. percevoir les sons ;
  2. traiter les sons sans distorsion ;
  3. distinguer les sons aigus et les sons graves ;
  4. percevoir l'origine spatiale des sons ;
  5. prêter attention aux sons que l'on souhaite écouter et éviter ceux que l'on ne souhaite pas écouter ;
  6. transmettre de l'énergie au cerveau par le signal nerveux créé par le son (recharge corticale) ;
  7. intégrer et coordonner les informations provenant des muscles ;
  8. maintenir l'équilibre et le rapport à la gravité ;
  9. stimuler et maintenir l'équilibre neurovégétatif ;
  10. contrôler la phonation ;
  11. contrôler l'habileté musicale.

Le test d'écoute fournit une comparaison de l'écoute de la personne avec une oreille idéale en bon fonctionnement, sur la base des critères suivants :

  1. un seuil d'audibilité dans la norme ;
  2. une sélectivité auditive ouverte pour l'analyse et la comparaison des sons, afin de déterminer la différence de l'un à l'autre ainsi que la direction de cette différence (sons plus aigus / sons plus graves) ;
  3. une spatialisation précise des sons pour l'identification de la source sonore ;
  4. une courbe d'écoute ascendante jusqu'à 3 000-4 000 Hz, avec une stabilisation à ce niveau et une légère chute dans les fréquences plus aiguës, pour permettre une discrimination plus aisée entre les sons ;
  5. une attention plus soutenue aux sons que l'on souhaite écouter par rapport au reste ;
  6. une uniformité de réception et une absence de distorsion dans la courbe de réponse de l'oreille ;
  7. un équilibre entre conduction osseuse et conduction aérienne dans chaque oreille et entre les deux oreilles ;
  8. une dominance audio-vocale droite, pour un contrôle neurologiquement efficient de l'analyse du son, directement de l'oreille droite au centre du langage de l'hémisphère gauche ;
  9. une intégration vestibulaire efficace des informations musculaires et sensorielles, pour un contrôle moteur effectif ;
  10. une perception des sons aigus, afin d'énergiser et de maintenir le cerveau stimulé.

Le test d'écoute prévoit pour cela une série d'examens effectués avec un audiomètre étalonné selon des normes mises au point par Tomatis. Les seuils perceptifs obtenus se rapportent à la courbe naturelle de l'oreille — c'est-à-dire aux véritables seuils de sensibilité perceptive sur les diverses fréquences. La courbe audiométrique est un redressement linéaire de la courbe naturelle pour des raisons de commodité de lecture. Dans le test d'écoute de Tomatis, les courbes ne sont donc pas plates : elles présentent une ascendance d'environ 6 décibels par octave jusqu'à 2 000 hertz, une coupole entre 2 000 et 4 000 hertz, puis une légère descente dans les sons aigus suivants.

Les paramètres dont le test d'écoute cherche la mesure sont les suivants :

  • Les seuils d'audibilité minimale pour la conduction aérienne (perception à travers le canal auditif au moyen d'un casque) et pour la conduction osseuse (au moyen d'un vibrateur appuyé sur l'os mastoïde). Il s'agit de trouver, pour chaque fréquence, le son le plus faible que le sujet parvient à percevoir. Le volume est augmenté progressivement, par incréments de 5 décibels, jusqu'à ce que le patient signale qu'il a entendu. Contrairement au protocole de l'audiométrie classique, le son n'est pas répété si le sujet ne l'a pas entendu. Le test d'écoute a pour but de mesurer « l'attention consciente » en simulant ce qui se passe dans la vie ; pour cette raison, le patient n'est pas excessivement sollicité à prêter attention à l'arrivée du son.
  • La spatialisation du son, c'est-à-dire la capacité du sujet à identifier dans l'espace la provenance de l'information sonore.
  • La sélectivité. Cet examen mesure la capacité du sujet à discriminer les différences de tonalité entre les divers sons (plus grave ou plus aigu) et, par conséquent, le degré de netteté avec lequel les sons sont perçus.
  • La latéralité d'écoute, qui permet d'identifier laquelle des deux oreilles gère le contrôle neurologique du son, pour un contrôle efficient de l'écoute et de la phonation. Nous savons que le circuit de l'oreille droite est plus court que celui de l'oreille gauche, et par conséquent l'intégration du son et le contrôle de la phonation sont plus efficaces de ce côté.

Les courbes et les mesures ainsi obtenues sont mises en relation avec le test idéal de référence pour effectuer une lecture interprétative de l'écoute du sujet.

La conduction aérienne est indiquée par une ligne bleue, ou par une ligne continue, tandis que la conduction osseuse est indiquée par une ligne rouge ou par une ligne pointillée.

Test d'écoute idéal

Figure 1. Test d'écoute idéal.

Tomatis subdivise ensuite le test d'écoute en trois zones, comme indiqué sur la figure 2 :

Les trois zones du test d'écoute

Figure 2. Subdivision du test d'écoute en trois macrozones. Zone 1, de 16 à 1 000 Hz : zone du corps. Zone 2, de 1 000 à 3 000 Hz : zone du langage et de la rationalité. Zone 3, de 3 000 Hz jusqu'aux extrêmes aigus audibles : zone de la recharge corticale, de la créativité, de la spiritualité (au sens large).

Les trois zones, bien que distinctes, sont entre elles complémentaires.

La zone 1, qui va d'environ 16 Hz à environ 1 000 Hz, est appelée zone du corps. C'est la zone de plus grande réponse du vestibule aux sons. Elle est liée au corps, au mouvement, au sens pratique et à la somatisation des émotions.

La zone 2, d'environ 1 000 Hz à environ 3 000 Hz, est appelée zone du langage, de la communication et de la rationalité. C'est la zone où l'oreille humaine est la plus sensible, lorsqu'on n'a pas de problèmes auditifs ou d'écoute. Cette plus grande sensibilité permet au système nerveux d'avoir un contrôle optimal sur le langage et, en cascade, sur toutes les fonctions qui le soutiennent : attention, concentration, mémoire, lecture, écriture, etc. Un trouble de l'écoute dans cette zone peut favoriser des problèmes d'attention, de concentration, de lecture, d'intonation.

La zone 3, à partir d'environ 3 000 Hz et jusqu'à l'extrême perceptible, est appelée zone de la recharge corticale, de l'intuition, de la créativité, de la spiritualité (au sens large). C'est la zone de fréquences qui apporte la plus grande stimulation électro-nerveuse au système nerveux en général et au cortex en particulier, en favorisant les activités de synthèse, d'abstraction, de créativité, de sublimation, d'élaboration rapide des conflits, etc.

Lecture du test d'écoute

La lecture du test d'écoute se fait en tenant compte de la subdivision que nous venons d'évoquer et en suivant des lignes directrices dont nous indiquons ci-dessous les plus importantes, en renvoyant à des textes plus spécialisés pour d'éventuels approfondissements :

La conduction aérienne, qui représente la perception à travers le canal auditif et le tympan, est la perception consciente. Elle traduit la vie sociale de la personne. Elle nous renseigne sur les efforts d'adaptation face au monde et sur la manière dont elle organise sa communication avec son environnement. Cette courbe correspond à l'activité de l'oreille moyenne. D'un point de vue général, elle montre ce que la personne extériorise dans sa vie communicative et relationnelle.

La conduction osseuse représente la perception à travers le corps. Nous n'en sommes pas conscients. Elle traduit la vie intérieure et fournit des indications sur le corps et sur le mode de fonctionnement organique de la personne. Elle correspond à l'oreille interne. De manière très générale, elle est liée aux tensions internes de la personne.

La spatialisation indique la capacité de localiser les sons dans l'espace et d'en comprendre la provenance. Elle est importante pour l'orientation de la personne dans l'espace et dans le temps. Elle est importante dans la concentration. Nous localisons les sons en utilisant les différences de temps et d'intensité qui parviennent à notre oreille droite et à notre oreille gauche. La présence d'erreurs de spatialisation dans le test d'écoute peut être indicative d'une confusion neurologique dans la gestion de ces deux structures essentielles à la vie quotidienne, avec des effets négatifs sur la concentration — surtout si les erreurs sont localisées dans la zone du langage. Des erreurs de spatialisation dans la zone 3 pourraient indiquer une indécision affective ou une difficulté à se fier à ses propres intuitions, et par conséquent à ne pas utiliser son potentiel créatif. Leur présence dans la zone 1 pourrait signaler des problèmes en géométrie, en rythme et de dyspraxie motrice.

La latéralité d'écoute nous indique quelle oreille est utilisée pour focaliser les sons qui doivent être analysés par la zone cérébrale de l'hémisphère gauche dédiée à cette fin. L'oreille droite, reliée de manière plus directe et plus rapide à l'hémisphère gauche, fournit la solution physiologiquement la plus économique et la plus efficace. L'oreille gauche joue le rôle de contrôleur de l'opérativité, grâce à son lien plus direct avec l'hémisphère droit.

Il est important de savoir que le test d'écoute est l'instrument qui donne au thérapeute les indications sur la programmation de l'Oreille Électronique. Lorsqu'il n'est pas possible de l'effectuer en raison du jeune âge du sujet ou par manque de coopération du fait de pathologies particulières, on utilise les informations provenant des données anamnestiques, de l'observation et d'éventuels autres tests.

Une description plus approfondie et des explications plus détaillées des paramètres mesurés par le test, et de leurs connexions avec la vie cognitive et relationnelle de l'individu, peuvent être trouvées dans de nombreux livres de Tomatis et dans des textes spécifiques à paraître prochainement sur le sujet.

Texte original par Concetto Campo, publié sur tomatis.it. Traduction française.