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Apprendre une langue étrangère avec une nouvelle oreille

Conférence d'Alfred A. Tomatis préparée pour la Northeast Conference, Washington D.C., avril 1986. Une approche fondamentale de l'apprentissage des langues vivantes par l'écoute.

Il est pour le moins étonnant de constater que ceux qui s'intéressent aux langues se posent peu de questions concernant l'oreille qui est destinée à les intégrer. Et pourtant ce fait me parait capital, je dirais même essentiel.

Ils ne sont pas sourds au sens habituel du terme. Ils sont néanmoins mal-écoutants à l'égard de la langue qu'ils doivent apprendre. Et leurs difficultés ne sont pas dues à une incapacité cérébrale, ni à un blocage psychologique, mais bien à une inadaptation qui les empêche d'être à l'écoute de cette langue.

Or, pour apprendre une langue étrangère, il faut l'entendre, et l'entendre jusqu'à savoir l'écouter, c'est-à-dire être capable de la détailler, de l'apprécier, de l'analyser dans tous ses paramètres, ses modulations, ses inflexions, ses attaques de sons, ses tenues, ses lâchers, ses cadences phraséologiques, ses séquences fréquentielles.

L'oreille humaine : une antenne écoutante

L'oreille humaine paraît complexe de prime abord. En fait, en la présentant par pièces détachées et en y adjoignant ses fonctions, on peut accéder à un montage terminal assez simple.

Faite pour écouter, l'oreille représente l'homme en sa totalité. L'homme est une antenne écoutante. Pour ce faire, il doit atteindre la verticalité, de même que pour acquérir la dynamique du langage, il doit posséder cette faculté.

Que l'on songe que, dès les premières semaines de la vie embryonnaire, l'appareil auditif établit ses fonctions et ne cesse de les amplifier jusqu'à les parfaire pour atteindre l'état adulte, tout au moins en ce qui concerne l'oreille interne et l'oreille moyenne, à partir du quatrième mois et demi de la vie intra-utérine.

Vestibule et cochlée

L'oreille interne comprend deux parties :

  • Le vestibule se préoccupe du corps, de sa statique, de ses mouvements ; il intègre les rythmes, les cadences, les séquences phraséologiques. De lui dépendent, sans aucune exception, tous les muscles moteurs du corps.
  • La cochlée, plus spécialisée, se concentre sur l'analyse des séquences fréquentielles. C'est un appareil phonétique parfait.

Si je décide de parler espagnol comme un andalou, mes attitudes et toute ma gestuelle combinatoire corporelle et verbalisée seront d'emblée dirigées par les acquisitions que j'aurai intégrées au niveau du vestibule. Le fait de parler à l'andalouse détermine une posture corporelle à l'andalouse. Elle serait toute autre si je décidais de m'exprimer en italien.

Bandes passantes et langues

Toutes les oreilles humaines sont semblables. Leurs potentialités sont en règle identiques. Toutefois dans ce large spectre portant sur onze octaves, toutes les fréquences ne sont pas identiquement perçues. Il existe des zones préférentielles appelées bandes passantes qui avantagent certaines plages sonores plutôt que d'autres.

Par exemple un Espagnol d'Espagne, Castillan, se complaît dans des bandes passantes graves tandis qu'un Italien de Naples aime à utiliser les fréquences aux alentours de 2 000 à 3 000 Hz si spécifiques du chant napolitain.

Comment expliquer de telles différences ? Les facteurs les plus marquants sont ceux liés aux impédances mêmes des lieux et des ambiances. Il est plus facile de parler anglais en Angleterre, espagnol en Espagne, français en France, car l'air respectif de chacun de ces pays « chante » dans la langue correspondante.

Ainsi donc l'on en vient à penser qu'on parle une langue en fonction de la façon dont on sait l'écouter.

L'oreille moyenne : clé de l'adaptation

Pour que l'oreille puisse s'adapter, pour qu'elle puisse s'aligner sur les différentes bandes passantes, elle doit changer son attitude, modifier sa structure d'écoute. Et pour y parvenir, il est indispensable de faire intervenir l'oreille moyenne.

Celle-ci comprend deux blocs qui jouent de manière synergique : la tension appropriée des deux muscles, celui de l'étrier et celui du marteau, suscite une accommodation à l'écoute et s'accompagne en outre de tous les mécanismes mis en cause pour l'élaboration du langage.

Le muscle de l'étrier qui régit la dynamique de la vésicule de l'oreille interne est mu par le nerf facial, qui commande toute la mimique faciale. Le nerf du muscle du marteau est une émanation du nerf maxillaire inférieur qui commande parallèlement les muscles de la mâchoire, donc l'articulation.

Conférence d'Alfred A. Tomatis, Northeast Conference, Washington D.C., avril 1986.