Accéder au contenu principal

IIe Congrès APP — Paris 1972

Actes du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie tenu à Paris du 11 au 14 mai 1972, sous la présidence du Pr Alfred Tomatis. Onze communications présentent les avancées cliniques et théoriques du réseau APP : infirmités motrices cérébrales, examen psychomoteur, débilité mentale, recherche sur l'effet Tomatis, psychanalyse et appareil Tomatis, nouvelles théories sur la physiologie auditive, programmations sous Oreille Électronique, schéma corporel et latéralité.

Nouvelles théories sur la physiologie auditive — Application de l'Oreille Électronique — Pr Alfred Tomatis, Centre du Langage de Paris (IIᵉ Congrès APP, Paris, 1972)

Conférence prononcée par le Pr Alfred Tomatis le samedi 13 mai 1972 lors du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie tenu à Paris du 11 au 14 mai 1972, et publiée dans les Actes du Congrès aux pages 163 à 187. Tomatis y retrace, en vingt-cinq pages denses, la genèse de l'Oreille Électronique depuis 1947 et expose les fondements théoriques d'une nouvelle physiologie auditive. La présente page présente le sommaire et la conclusion verbatim de la conférence ; le texte intégral n'est pas reproduit ici car le tirage congrès, dupliqué au stencil dactylographié, comporte des dégradations qui rendent une transcription verbatim fidèle impossible à partir du seul scan.

Conférence du Professeur Tomatis

« Nouvelles théories sur la physiologie auditive — Application de l'Oreille Électronique »

Pr Alfred Tomatis
Centre du Langage de Paris

IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, samedi 13 mai 1972 — Actes du Congrès, pp. 163-187.

Avant-propos (p. 163, transcrit verbatim)

« C'est intentionnellement que la SECRAP a tenu à ce que cette partie du Congrès soit ouverte à tous, ouverte pour que soient diffusées de plus amples informations sur les nouvelles données de la physiologie de l'oreille ; ouverte pour que des discussions jaillissent de cette rencontre et apportent quelques éclaircissements sur le problème de l'Audio-Psycho-Phonologie.

Toutefois, avant d'aborder la physiologie proprement dite, je pense qu'il serait bon de présenter brièvement un historique concernant la démarche expérimentale qui a présidé à la mise au point de cette fameuse machine qu'est l'Oreille Électronique. »

:-:-:-:-:-:

Sommaire thématique de la conférence (pages 164-186)

Les sections suivantes correspondent aux grands articulations identifiables dans la conférence à partir de la lecture des pages du tirage congrès. Le détail du texte n'est pas reproduit ici, le scan disponible ne permettant pas une transcription verbatim fidèle.

  • Genèse de l'Oreille Électronique (1947). Direction par Tomatis du laboratoire de physiologie acoustique des Arsenaux de l'Aéronautique ; mission d'étude des dommages auditifs des ouvriers exposés au bruit ; constat qu'« un sujet plongé dans le bruit perd son écoute et entend toujours mais ne comprend plus rien ».
  • L'audiomètre français de 1933 et les premiers travaux sur les chanteurs à voix professionnelle.
  • L'effet Tomatis. Contre-réactions audio-vocales, parallélisme entre l'examen audiométrique et la courbe d'enveloppe de l'analyse spectrale de la voix ; reprise par Raoul Husson en 1957 sous l'impulsion du professeur Monnier au Laboratoire de Physiologie des Fonctions de la Sorbonne, qui groupe ces phénomènes sous le nom d'« effet Tomatis ».
  • La phonation type Caruso et la « recharge corticale ». Étude des voix d'exception, harmoniques aiguës jusqu'à 14 kHz, parallèle avec la table d'harmonie des Stradivarius.
  • Le conditionnement audio-vocal : montage à deux canaux commutés par bascule, déjà présenté à l'Académie Nationale de Médecine en 1960.
  • Latéralité auditive. Importance d'une oreille directrice droite pour la régulation audio-vocale.
  • L'intégration des langues étrangères. « Bandes passantes » acoustiques et linguistiques propres à chaque langue ; applications au Centre Audio-Visuel de l'École Normale Supérieure de Saint-Cloud et dans plusieurs lycées de France.
  • De Pavlov à la neuro-psycho-physiologie de l'oreille. Le conditionnement audio-vocal réveille une régulation préexistante inscrite dans la physiologie même du système auditif ; Tomatis propose depuis 1951 d'en faire une véritable neuro-psycho-physiologie.
  • Les limites de la physiologie auditive du XIXe siècle (Helmholtz) ; courbes d'égale intensité, sensibilité d'équivalence, mesures du C.N.E.T. en chambre anéchoïque.
  • Triple fonction de l'oreille. Vestibulaire (équilibre, posture verticale) ; cochléaire (audio-vocalité, recharge corticale, expérience de Stanley Jones) ; végétative (branche pneumogastrique : cœur, bronches, viscères, émotion).
  • Embryologie. Trois vésicules cérébrales ; apparition de la cochlée au troisième mois fœtal ; oreille moyenne liquidienne in utero ; rupture du grand trou noir au premier cri.
  • La communication audio-vocale mère-enfant in utero et son rôle dans l'investissement ultérieur du langage.
  • Phylogenèse. Ligne latérale des poissons → otolithe des reptiles → cochlée des mammifères → bi-utilisation linguistique de l'oreille humaine, sans laquelle « l'humanisation devient impossible ».

:-:-:-:-:-:

Conclusion (p. 187, transcrite verbatim)

« Cette sorte de télescopage linguistique a lieu au début de la vie de l'enfant, lorsqu'il commence à se tenir debout. Et c'est lorsqu'il va faire ses premiers pas, lorsqu'il va commencer à se déplacer dans l'espace, que la phrase va s'introduire et que le verbe apparaît. Son "je" est alors impliqué d'une manière permanente. En réalité, c'est son moi, moi-objet, son moi existant qui intervient car il n'y a que lui qui compte. Son univers est purement égocentrique. Puis, peu à peu, il se rend compte que l'autre existe, que l'autre-objet aussi existe, et il se produit une sorte de décentralisation de son ego. On le voit créer d'autres objets que lui ; tout le reste va devenir à côté de lui une sorte de complément ; la grammaire va enfin se structurer et prendre sa vraie place.

Mais la grammaire est essentiellement neuronique. La difficulté sera donc, pour le linguiste, de considérer les différentes étapes du langage et de savoir qu'avec un même langage le système nerveux d'un enfant de 12 ans ne dira pas la même chose que celui d'un homme de 30 ans qui, à son tour, ne voudra pas signifier la même chose que celui d'un homme de 50 ans. La psychanalyse est là pour nous donner les structures de la signification de chacun des termes en fonction du vécu et en fonction de l'analyse de la structure de ce vécu. Et le langage ultime devra être celui qui permettra de parler sans aucune projection psychanalytique. Je pense que ce langage sera alors tout proche du silence, de ce silence que je vais maintenant essayer de faire. »

:-:-:-:-:-:


Source : Tomatis A., « Conférence du Professeur Tomatis — Nouvelles théories sur la physiologie auditive — Application de l'Oreille Électronique », in Actes du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, 11-14 mai 1972, pp. 163-187. Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis. La présente publication ne reproduit que les pages lisibles in extenso (page de titre p. 163 et conclusion p. 187) ainsi qu'un sommaire des thèmes identifiés ; le texte intégral demeure disponible auprès des archives.

Document originalfac-similé du PDF historique (téléchargement direct).

Les programmations sous Oreille Électronique — Les différents types de bandes et leur utilisation — Mme Espinat, Centre du Langage de Paris (IIᵉ Congrès APP, Paris, 1972)

Communication présentée par Mme Espinat, du Centre du Langage de Paris, au IIᵉ Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie (Paris, 14 mai 1972). Sous la présidence de Mme Tomatis, Mme Espinat — professeur agrégée de mathématiques entrée récemment au Centre du Langage — reprend la question de la programmation sous Oreille Électronique esquissée l'année précédente au Congrès de la SECRAP. Elle décrit l'enchaînement des quatre grandes phases qui rejouent, sous l'appareil, l'évolution auditive de l'être humain : sons filtrés (V.H.F.) reproduisant la communication intra-utérine, accouchement sonique faisant passer de l'écoute aquatique à l'écoute aérienne, période pré-linguistique (musique filtrée, chants grégoriens, sifflantes filtrées) puis période linguistique avec introduction de la voix paternelle et des trainings de texte. La discussion qui suit, animée par Mme Tomatis avec M. Dubard, Mme Zimmerman, le Dr Sidlauskas, le Dr Sarkissoff et le Pr Tomatis, prolonge l'exposé sur la qualité technique des bandes, le cas des gauchers, la voix du père, les chants grégoriens et tibétains, et les impédances acoustiques propres à chaque lieu.

Les programmations sous Oreille Électronique — Les différents types de bandes et leur utilisation

par Madame Espinat — Centre du Langage de Paris

Présidence : Mme Tomatis

Introduction

Avant de commencer cet exposé, j'aimerais tout d'abord remercier Mme Tomatis de m'avoir permis de mieux approfondir le problème de la distribution des différentes sortes de bandes magnétiques enregistrées qu'il y a lieu d'utiliser sous Oreille Électronique. D'autre part, je demanderai au Pr Tomatis de bien vouloir rectifier les erreurs que je risque de faire au cours de cette communication. Ses idées sont si riches et si nombreuses qu'il faut beaucoup de temps pour les intégrer et, comme j'en suis à mes balbutiements, il y a de fortes chances pour qu'il y ait de profondes lacunes dans le travail que je me propose de vous présenter ici. Je compte donc sur l'indulgence du Pr Tomatis et sur la vôtre aussi, bien entendu, et je vous en remercie par avance.

Nous allons reprendre aujourd'hui la question de la programmation que Mme Tomatis a déjà largement évoquée l'année dernière au cours du Congrès de la SECRAP 1971. Il s'agit, en effet, d'un problème d'une grande importance compte tenu de l'évolution des techniques audio-vocales que nous sommes amenés à utiliser les uns et les autres avec l'aide de l'Oreille Électronique. Cet appareil — nous le savons tous maintenant pour l'avoir souvent expérimenté — est en lui-même un ensemble d'une exceptionnelle efficacité ; mais, lorsqu'on lui adjoint une programmation très élaborée, les résultats n'en sont que plus sensibles et plus rapides.

Cette programmation va tenir compte des différentes étapes auditives que l'être est appelé à franchir depuis sa vie fœtale jusqu'à son âge réel, dans un cheminement dynamique qui va lui permettre d'aller plus loin, toujours plus loin jusqu'au moment où il sera en possession d'un langage bien élaboré, parfaitement structuré, solidement auto-contrôlé, au moyen duquel il pourra aisément exprimer la pensée qui le traverse.

Nous aborderons donc successivement, dans cet ordre, les phases que parcourt l'enfant : depuis la vie intra-utérine, dont nous connaîtrons tout l'importance ; puis nous serons amenés à parler des accouchements sonique destinés à faire passer l'audition de l'impédance liquidienne à l'impédance aérienne. Cette étape traversée, nous nous proposons la mise en place de structures linguistiques riches en harmoniques élevées — ce sera la période des sifflantes filtrées à laquelle nous associerons des chants grégoriens. Nous serons amenés à augmenter la perception des aigus à l'aide de la musique filtrée et installer le code sonique, au moyen des trainings de chant grégorien. La phase suivante sera celle du langage proprement dit avec, en certains cas, une intervention dynamique de la voix paternelle filtrée représentant symbolique du Verbe. La voix paternelle sera, alternativement avec des séances de musique filtrée, de textes divers, etc. Enfin, le cheminement se voit se terminer, dans certains cas, par un training en anglais, lorsqu'il est particulièrement utile aux fréquences élevées et dont l'audition inconsciente sur la plan de la communication chez les sujets de notre nation.

Le schéma général dont je viens d'évoquer un grandes lignes, et qui s'applique aussi bien aux enfants qu'aux adolescents et adultes, ne doit être qu'une proposition de travail qui peut être modifiée en fonction des différents cas à traiter à l'aide de l'Oreille Électronique. C'est dire qu'il faudra faire intervenir successivement et différer de ce que nous allons maintenant parler plus longuement et qui nous détermineront les diverses sortes de bandes catégorisées devant être utilisées en cas d'une programmation. Afin de simplifier l'exposé, nous nous placerons dans le cas où le sujet à éduquer est un enfant.

I. Première phase : les sons filtrés

Nous commencerons donc par la période des « sons filtrés » qui correspond à l'écoute intra-utérine, aux premières étapes sonores dans la vie humaine, dans un milieu aquatique qui est celui de la vie fœtale. Ce training se fait au plein à partir de la voix maternelle enregistrée et filtrée. Il est nécessaire de faire ces enregistrements en basses-charges. Il est souhaitable d'effectuer ces enregistrements dans le silence sous Oreille Électronique. Cela évite que ces voix maternelles soient parasitées de fréquences élevées de l'ordre des 3000 hz, allant jusqu'à 5.000 hz. De plus, pour les bonnes voix, nous les filtrons à huit mille hz, comme nous l'avons précisé : c'est ainsi que nous aurons des bandes filtrées de tendresse, d'amour, dans lesquelles aura repris ce qui est important pour l'enfant : le message de tonus de l'audition.

Nous filtrons ensuite cette voix « maternelle » à 8.000 hz, ce qui représente, en règle générale, l'effet de revivescence de cette écoute, exclusivement utilisée à la première étape (le grand mot poursuit en réalité de la fréquence dévolue) à la naissance, sont appelées les VHF (« Voix Haute Fréquence Maternelle » ou, d'une façon abréviative, V.H.F.), que nous faisons passer pendant une vingtaine de séances, en général.

L'écoute de cette V.H.F. permet à l'enfant de revivre sa vie intra-utérine et de retrouver les premières impressions sonores. Il a démarré et il est maintenant admis que le fœtus entend dans le ventre de sa mère et a un effet que le nerf cochléaire est actif à partir du 5ème mois de la grossesse et que, par conséquent, les messages sonores parviennent au fœtus, en particulier la voix de sa mère. Il les parviennent après avoir traversé des couches d'eau, celles du liquide amniotique. Aussi le filtrage de l'eau s'opère-t-il à un haut niveau pour ne reproduire l'écoute prédominance acoustique de l'eau, d'éliminer les fréquences propres à un filtrage aquatique.

Lorsque nous ne pouvons pas enregistrer la voix maternelle, nous commençons l'éducation audio-vocale par des séances de musique filtrée à 8.000 hz que nous appelons les V.HF2 (séries A) à partir d'une musique très étudiée elle-même, en règle générale, à des œuvres de Mozart surtout, comme base de V.HF, des œuvres de Bach (concertos en particulier), de la musique de grand compositeur très complée, en effet, de tous les rythmes neuroniques ; de tous les systèmes universels avec lesquels notre rythme nerveux doit entrer en résonance.

La revivescence de la vie intra-utérine engendrée par l'écoute des « sons filtrés », ou V.HF, mais surtout V.HFP, donne à l'être la possibilité de retrouver, au travers des écouteurs des hauts-parleurs, les sons sonores propres à la vie fœtale. Il s'agit d'une bascule très importante qui permet de rétablir le sens de la relation, la vraie relation, de la relation profonde et qui, là plus souvent, supprime les traumatismes, les blocages, les refus qui peuvent survenir, et empêche l'individu d'évoluer normalement sur le plan de la communication avec le monde extérieur.

Pendant cette période de « sons filtrés », va s'éveiller au revanche le désir de communiquer, de vivre, plus intense. Il est peu connu, celui qui l'écoute par la phase pendant la grossesse. Il s'établit insolemment des enfants difficiles tels que des schizophréniques, dans le monde sonore de la vie fœtale. Il s'agit d'une démarche de très importante qui permet de rétablir le sens de la relation, la vraie relation, de la relation profonde et qui, là plus souvent, supprime les traumatismes, les blocages, les refus qui peuvent survenir, et empêche l'individu d'évoluer normalement sur le plan de la communication avec le monde extérieur.

Outre la revivescence de la vie intra-utérine, les sons filtrés, riches en fréquences élevées, apportent au cerveau une charge électrique importante puisque, dans l'organe de Corti, les cellules stimulées par les aigus sont beaucoup plus nombreuses que celles impressionnées par les graves. Les sons filtrés constituent donc des sortes de recharge particulière.

Enfin, il est bon de signaler que le tympan se tend de lui-même pour percevoir les fréquences aigues, c'est-à-dire les sons accommodés qui rejoignent dans la vague et intervenant intrinsèquement plus que les graves. C'est ainsi que les VHFP, et le Pr Tomatis a plusieurs fois mis l'accent là-dessus, font intervenir une véritable gymnastique du tympan et permettent à l'oreille de reprendre conscience de sa posture. Il faut souligner également que la voix maternelle filtrée, par sa propre revivescence sub-écoute fœtale, va effacer ou apaiser le nerf vagal.

Naturellement, ces « sons filtrés » ne donnent les résultats indiqués que s'ils sont écoutés à travers l'Oreille Électronique qui, grâce au jeu de ses filtres et de sa bascule, permet au tympan d'apprendre à se tendre par l'intermédiaire de l'oreille moyenne qui joue alors un véritable gymnastique. L'oreille prend alors conscience de sa posture d'écoute idéale, grâce à laquelle l'être peut entendre la voix de sa mère comme il l'entendait in utero, tout en bénéficiant de la recharge des fréquences si plébiscites et de l'apaisement du nerf vagal.

Cette première période de l'éducation audio-vocale constitue donc une véritable séance d'écoute des sons filtrés, en préférence à partir de la voix de la mère du sujet à éduquer. Nous avons remarqué que les résultats étaient plus rapides et meilleurs lorsque l'éducation commencée par la VHF, qui est tout particulièrement efficace, va plus loin, va le trouble de rythme, un trouble de l'écoute et une difficulté de comportement. Dans tous les cas, le trouble de la communication ainsi résident est plus rapidement effacé lorsque l'on commence par des sons filtrés.

Nous pouvons faire ici plusieurs remarques :

  • Pour certains enfants difficiles, lorsque la relation mère-enfant est très tendue, notamment dans le cas d'autisme et de schizophrénie, le nombre de séances de V.HF peut être de 30, 50 ou 80 ;
  • Il est conseillé d'intercaler quelques séances de LCF dans la série VHF lorsque le sujet, surtout l'adulte, manifeste beaucoup d'intervention ;
  • Lorsque l'éducation audio-vocale doit être interrompue momentanément (pour des raisons de voyage ou de vacances par exemple) alors que la période des V.HF n'est pas terminée, il est souhaitable de faire faire les deux dernières séances en LCF.

II. Deuxième phase : l'accouchement sonique

L'accouchement sonique constitue la deuxième phase de la programmation, phase d'une très grande importance également car, s'il est souhaitable que l'enfant revive sa vie intra-utérine, encore faut-il ensuite qu'il naisse à la vie aérienne, qu'il sorte de son état fœtal pour se préparer à son existence d'adulte.

Mme Tomatis nous a demandé cette année d'étudier tout particulièrement cette phase d'accouchement sonique qui constitue l'un des grands moments de la démarche entreprise et qui contient une étape de désinclinésation exceptionnelle, susceptible d'effacer une grande partie des aspérités qui ont rendu le chemin difficile et parfois infranchissable.

Nous procédons donc, au cours de cette deuxième période de la programmation, à une modification d'impédances acoustiques qui va faire passer le sujet d'une audition aquatique à une audition aérienne. Ce changement d'univers sonore marque l'événement de la naissance, qui accompagne la mise au monde, s'effectue en une ou plusieurs séances. Il s'agit donc d'effectuer cette véritable « descente aux enfers » d'une façon progressive. Nous aurons ainsi quatre sortes, ou plutôt cinq sortes d'AS :

  • l'AS1 qui correspond à la voix maternelle filtrée à 5.000 hz ;
  • l'AS2 qui correspond à la voix maternelle filtrée à 4.000 hz ;
  • l'AS3 qui correspond à la voix maternelle filtrée à 2.000 hz ;
  • l'AS4 qui correspond à la voix maternelle filtrée à 1.000 hz.

L'AS proprement dit sera l'accouchement sonique effectué en une seule séance de la façon suivante :

  • Pendant les 4 premières minutes, la voix maternelle sera filtrée à 8.000 hz ;
  • Pendant les 6 minutes suivantes, elle sera filtrée à 5.000 hz, puis à 4.000, 2.000, 1.000, 500, 250 hz, de 4 minutes en 4 minutes ;
  • Pendant les dernières minutes, elle ne sera plus filtrée.

En règle générale, nous procédons à faire passer successivement AS1, AS2, AS3 et AS4 puis AS1, AS2, AS3 au cours des 2 ou 3 séances suivantes, à faire passer l'AS, et l'AS, puis ré-écoute en VHFP parce que la voix maternelle non filtrée (V.HFP) qui est ce que l'enfant se sécurise et retrouve : à l'écoute lors de la communication, la voix qu'il entendait au plus profond de sa nuit fœtale.

Ce n'est que lorsque l'enfant a retrouvé la voix de sa mère que l'on peut passer au stade suivant. Il n'est pas rare de constater que, mère ou inconnu de la VHFP, le sujet ne reconnaît plus la voix maternelle. Nous conseillons alors de poursuivre, le temps qu'il faut, cette phase de revivescence et constater à faire entendre l'individu à travers ses cellules d'angoisse avec une intelligence à travers ses cellules d'angoisse.

Tant que cette relation suivante n'est pas placée, on doit poursuivre les AS1 et tout aussi alors faire passer la série VHF3, AS (on aura alors besoin VHF1 et AS1 plusieurs fois jusqu'à ce qu'apparaisse l'angoissé : l'écoute commence à se dégager. C'est l'instant et tu seras là, c'est-à-dire le l'enfant le moment, l'angoisse n'est plus, c'est la voix de la maman ». La preuve parle alors largement avec le linéament. Il faut évidence, pour les enfants parue agressifs, attendre certains signes qui marquent la reconnaissance de la voix maternelle.

Cette phase d'accouchement sonique peut être plus ou moins acceptée par le sujet placé sous Oreille Électronique. Certains enfants refusent ce changement d'univers sonore, rejettent cette mise au monde, désirent rester dans le cycle utérin sécurisant. Il faut alors reprendre patiemment les AS (AS1, AS2...) qui pourront être passées alternativement avec les VHFP puis avec la VHF.

Pendant cette période délicate, et au cas où l'enfant ne peut bénéficier de la cure de séances de musique filtrée, on peut, en le libérant de son angoisse de ce qu'il subit à parties de son enfant, obtenir un nouvel encrégistrement de sa voix qui, bien entendu, va refléter la modification profonde de la psychiatrie maternelle. Et les séances de VHFP marqueront alors de véritables retrouvailles entre la mère et l'enfant.

Et tandis que la relation se poursuit ainsi sur un mode de sécurisation et d'amour, nous pouvons alors aborder une autre phase, celle de l'invitation à l'écoute qui va permettre à l'enfant d'ouvrir son diaphragme auditif au langage de son environnement.

III. Troisième phase : la période pré-linguistique

Cette préparation destinée à mettre en condition les circuits neuroniques qui vont servir de base au codage des messages linguistiques, peut être faite avec autant de bandes que l'on utilisera, selon les cas, soit d'une façon alternative, soit en série.

Dans le cadre général d'une « programmation type », nous commencerons cette phase vers la 80e séance, après les sons filtrés et les séances d'accouchement sonique et de VHFP. Les bandes à utiliser seront alors celles de la musique filtrée (LCF), des chants grégoriens (de la série LCG) et des sifflantes filtrées.

Il est à noter, en passant, qu'à partir de cette période, la latéralisation auditive doit être entreprise. Alors que jusqu'à présent, c'est-à-dire pendant les séances de VHFP excellant à l'accouchement sonique, le bouton « Équilibrage » était réglé à 7, il nous est devenu nécessaire de découvrir progressivement jusqu'à 0 pour rendre l'oreille droite de plus en plus dominante sur le plan de l'auto-contrôle. On doit penser alors, en règle générale, 5 séances à 5 puis 5 séances à 3, le reste de l'éducation audio-vocale devant se réaliser avec un réglage du bouton « Équilibrage » à 1.

La musique filtrée (LCF) va donc être distribuée, pendant cette période pré-linguistique, en alternance avec des séances de chants enfantins, de chants grégoriens de la série LCG. Elle est destinée à détendre, à désengager le sujet tout en le confiant. Par le jeu des trainings dynamiques de cette musique, elle suspend l'action sécurisante du nerf vagal dans le 7e. Le sujet nous a porté longuement alors. Elle devient ainsi un élément d'apaisement pouvant être utilisé à n'importe quel moment de l'éducation.

Nous avons la possibilité, au Centre du Langage, de faire faire aux adultes les séances de musique filtrée dans une position allongée permettant une meilleure relaxation. Nous voyons à ce que le sujet reste conscient, le sommeil étant en général un signe de fuite vers l'inconscient, mais il faut pouvoir aborder ces séances, surtout lorsque l'individu se fait reculer en lui un travail en profondeur sur le fait inconscient.

Remarquons encore qu'il est important pour le sujet — et aussi souvent pour la père — de bénéficier de séances de musique filtrée tandis que l'enfant suit son programme, de façon à ce que les parents comprennent la démarche réalisée alors. Pour la mère, ces séances de musique filtrée la détendent en même temps qu'elles la dynamisent et la redonnent envie de vivre. Ainsi pourra-t-elle, à son tour, transmettre à son enfant la présence de vie et d'amour dont il a besoin pour communiquer avec son environnement.

Ceci est donc essentiel pour l'enfant qui aura alors beaucoup plus envie de dialoguer avec sa mère. On ne perd pas à un milieu qu'aplauder. De plus, ces séances de LCF apaisent la mère lui permettent de réagir calmement aux difficultés et aux écueils d'agressivité qui manifeste l'enfant, en particulier au début de l'éducation. Des cycles de vidéo sous mère qui n'a pas son existence bien souvent, et il est nécessaire que, par sa réaction saine, les parents évitent qu'il se culpabilise.

La musique filtrée est distribuée, pendant cette période, alternativement avec d'autres enregistrements qui diffèrent suivant l'âge du sujet. Lorsqu'il s'agit d'un petit enfant ou d'un adolescent étant dans le langage (ou défaut de langage), on utilise alternativement avec la LCF des trainings de chants enfantins ou de chants grégoriens. Ces choix se sont également préparés des bandes linguistiques. Tous les jeux de petites pré-musicales du contexte linguistique, les séances de chants enfantins basés sur des rythmes simples et des modifications imposées au système, ont pour rôle de préparer l'enfant à la pré-musique des mouvements sonores piusses caractéristiques, sont souvent très éfficacement pour entraîner l'enfant vers le désir de communiquer avec le monde extérieur.

Les chants grégoriens, qui appartiennent à la catégorie des sons dits « sacrés » parce qu'ils jouent dans la bande fréquentielle de recharge corticale, ont la double action d'animer cette modulation et celle qui apaisent certaines parties du nerf vagal. Ils sont très importants pour l'élaboration de l'apaisement par l'angoisse. Le chant grégorien laisse en effet, ce joué les zones corporelles sensibles aux séquences de phonémanique, mais nous savons tous maintenant, le nerf de l'angoisse.

Les bandes de grégoriens dont nous procédons (la série des LCG sont des bandes sonores qui permettent au sujet, à l'aide d'une trace de fond attendue, de répéter la phrase grégorienne proposée). Il est souhaitable d'aider la personne qui commence à percevoir la phrase grégorienne ainsi filtrée pour ainsi enregistrer et concrétiser ainsi à l'enfant. Une dizaine peut suffire, l'individu est encore très peu vu juste. Nous utilisons des bandes en plus en plus longuement et conduit à un sentiment de revivescence des chants grégoriens vrai que nous nous donnons. Le plan de la chute du plan de l'angoisse. De plus, lorsque nous avons en cours d'éducation une personne très attaquée ou étourdie ou incapable de réguler certains trainings linguistiques (notamment pendant les périodes d'examens chez les écoliers et les étudiants), nous instillons à son programme, pendant cette phase critique, exclusivement des séances de grégorien, alternées de temps en temps avec des séances de musique filtrée.

Les sifflantes filtrées qui font partie de cette série sont utilisées en général après quelques séances (2 à 6) de musique filtrée dont bénéficie le sujet pendant la période des sons filtrés, accouchement sonique et VHFP. Ces bandes sont constituées à partir de voix riches en harmoniques élevées (telle que les sifflantes ou les soufflantes) dont on a supprimé progressivement les fréquences graves afin d'obliger l'audition, et en particulier l'audition droite, à se diriger vers le sens des fréquences aigues.

Le filtrage de ces sifflantes se fait actuellement, dans les laboratoires du Centre du Langage de Paris, de 500 à 6.000 hz chez l'enfant ; de 500 à 6.000 hz chez l'adulte ; entre 500 et 6.000 hz pour l'enfant, l'adolescent, adolescente. Il existe trois bandes de plus en plus filtrées. La première de chaque série comporte assez certaines des fréquences au-delà de 1.000 hz ; la seconde, au-delà de 2.000 hz, et ainsi de suite jusqu'à 6 ou 7.000 hz. Ainsi le tympan apprend à se tendre de plus en plus à mesure que l'on passe d'une bande à l'autre, ainsi à se décharger graduellement permettant la perception des fréquences aiguës (qui sont, je me permets de le rappeler, celles de la plus grande recharge corticale).

Dans les difficultés d'écoute en cours d'une séance de sifflantes filtrées, il est possible de refaire passer en série la bande la moins suivante avant d'aborder la bande suivante, c'est-à-dire la bande considérée plus filtrée.

L'intérêt de ces trainings sonores est d'améliorer considérablement l'analyse auditive dans la zone de recharge corticale et d'appréhender de tympan de telle façon qu'il se tienne plus le sujet rejeté en arrière des résonances d'angoisse.

Cette période pré-linguistique qui constitue la troisième phase de la programmation et qui prépare l'individu à dialoguer avec l'autre, l'aide à se sécuriser. Il pourra pouvoir alors aborder la phase suivante, celle du langage proprement dit.

IV. Quatrième phase : la période linguistique

C'est donc vers la 80/90e séance que l'on peut envisager de faire passer des textes et des phrases, que l'on peut passer à inscrire le verbe au cœur du langage, dans certaines tendances, au travers des représentations symboliques : le père.

La voix paternelle (VP) doit être, comme vous le savez tous, utilisée avec beaucoup de précaution. D'autant plus précaution que la voix prend le caractère de la père de l'enfant et la père. La rencontre avec la voix du père n'est autre chose que l'écoute d'un simple message sonore. C'est pourquoi, afin d'éviter cette divergence provoquante, nous réservons des sons sonores aux noms et aux voyelles d'évoquer les grandes lignes, des sons schématiques liés des chants, de musique, de syllabes, de joints, de phonèmes, des sons filtrés ainsi que tout au long du programme de la musique. À l'écoute des sons schématiques liés à l'enfant accepte sous forme de jeu. À l'écoute de cette voix, pour ainsi soit qu'elle puisse répéter certaines phonèmes et le phonème en cause vers Oreille Électronique, s'il a langage, son entrée dans son monde des grandes, qu'il soit qu'il s'aperçoive, son initiation au langage, son entrée dans le monde des grandes, ce que l'on n'avait pas qu'il puisse répéter le phonème ne fait sa rencontre, sous Oreille Électronique.

Les sons, les syllabes parviennent ainsi, par l'intermédiaire des écouteurs, aux oreilles et plus particulièrement à l'oreille droite, par des phénomènes des latéralisation auditive qui sont sortes d'inciter progressivement les circuits de contrôle de la voix et du langage. Le décrochage droit/gauche dans la voix peut maintenir au niveau de l'oreille gauche. Le bouton « Équilibrage » étant à 1, c'est-à-dire un peu d'énergie sur l'oreille gauche, est distribué de la façon suivante : 80 % pour l'oreille droite et 10 % pour l'oreille gauche (lorsque le cortex est à droite cela est entendu).

La perception des sons, leur analyse, leur intégration vont donc se faire par l'oreille droite d'une façon de plus en plus fine, plus subtile. Sans essayer de comprendre, l'enfant explore les sens riches de résonances et des fréquences aigues qui lui seront transmises par les écouteurs. Devant le micro, il pourra rappeler ces voix qu'il vient d'inviter, avec risques épisodes bénéficient d'un ressort sonorocellulaire. Si c'est ainsi que le désir de communiquer avec les autres et peut-être aussi de dialoguer avec Papa, commencent de se manifester de façon sensible.

Le moment est et de ce point-là d'évident, nous pourrons envisager de faire passer la bande des « textes », avec ses réactions parfois violentes, des refus, des gestes des sortes qui peuvent paraître incompréhensibles ou pas assez préparés par l'affrontement. C'est pourquoi il fait des bandes de niveaux plus filtrées de moins en moins jusqu'à ce que l'on retire l'écoute fœtale, sous tubes et bandes à l'écoute pas assez préparée n'est pas trop brutale. Tenant compte des différents stades multiples de l'enfant pendant la période où il aurait dû normalement commencer à dialoguer avec son père, nous bisons passer le passage progressif dans une bande sonore allant de 300 à 500 hz (VP) ce qui correspond à 5 séances de plus, souvent attestées dans la VP. Ce qui en résulte aussi en passant à 300 à 2.000 hz (VP) puis à 2.000 à 4.000 hz (VP) et enfin, pour les dernières séances de VP, dans une vraie bande passante laissant intervenir l'échelle des fréquences à donner à percevoir l'audition d'un être humain.

Pour l'enregistrement de la voix paternelle, il est recommandé comme pour la VM de proposer des textes laissant intervenir des sentiments nobles, généreux, élevés, des pensées agréables et pleines d'espoir, que l'enfant entendra avec plaisir. On peut également proposer à certains pères de préparer de véritables trainings où s'observent des blancs sonores au cours desquels l'enfant pourra réagir à ce que son père aura enregistré. La relation se fera plus étroite et la rencontre sera facilitée.

Ces trainings en voix paternelle sont surtout recommandés dans les cas où l'enfant refuse la rencontre avec le père, de cas la communication directe avec lui, comme la gaucherie, le bégaiement, certaines troubles du comportement et certaines difficultés d'inscrire et sont largement ouvertes par cet apport sonique.

Ce n'est donc qu'à partir de cet effort éducatif que l'on pourra envisager de faire passer des bandes de « textes » qui devront être adaptées à l'âge mental, à son âge réel et à son niveau culturel. À ces stades d'audition, à ces étapes d'audition, les séances pourront être attentions avec des séances de LCF, de chant grégorien, de sifflantes filtrées à partir de 4 à 6.000 hz, de lecture et d'enseignement, des sifflantes filtrées à partir de 4 à 6.000 hz, avec des trainings en langues étrangères.

Notons en passant que abordant la lecture il faut s'employer pas peu de training de textes sous Oreille Électronique, il est bon d'observer quelques règles de base ou ainsi des circuits de contrôle. Avant de pouvoir intégrer parfaitement ce qu'il lit, le sujet devra s'habituer à lire à voix haute sans essayer de comprendre le texte lu. Une période — souvent longue — sera nécessaire pour préparer les régulateurs audio-vocaux faisant intervenir les différents paramètres : intensité de la voix, timbre, syllabes, codes verbaux, intonation, etc. Lorsqu'à la fin de la course que la sémantique apparaîtra, ce n'est qu'à partir de ce fait beaucoup de sémantique apparaît à voix haute le sujet pourra devenir virtuose de la lecture. Cela il devra performance, devra s'exercer jour à lire à voix haute pendant un certain temps, afin de consolider son acquis et garder un parfait auto-contrôle.

Le périple est ainsi terminé. Le sujet a enfin accepté la relation avec autrui, en arrivant d'un auto-contrôle parfaitement structuré. Il est prêt à dialoguer avec l'univers. Son langage est intériorisé, modulé ; il est lui, et libre, et il chante et parle juste ; il sait exprimer sa pensée. L'enfant, lui, est calme ; il est heureux de vivre et de se sentir vivre au travers de son langage.

Notre mission semble close accomplie.

:-:-:-:-:-:

Conclusion

Voici donc, en fait, ce que nous pouvons vous présenter actuellement sur le plan de la programmation, tout au long du périple qui va de la communication intra-utérine au langage humain. Il est certain que lorsqu'on respecte ce cheminement en rétablissant sous l'appareil les relations vécues par le fœtus, le nourrisson, l'enfant, l'adolescent puis l'adulte, les résultats obtenus sont beaucoup plus sensibles et vont beaucoup plus loin dans le domaine de la réalisation de l'être. C'est pourquoi nous avons insisté aujourd'hui sur les différentes sortes de bandes magnétiques qu'il y a lieu d'utiliser pour atteindre rapidement le but recherché.

Il reste certes encore beaucoup à faire sur le plan des enregistrements et de la nourriture sonique que l'on doit distribuer à tous ceux qui viennent nous voir pour que nous les aidions. De nombreuses études sont en cours au Centre du Langage de Paris et nous formons le vœu qu'il en soit de même dans tous les instituts de France et d'Outre-France équipés d'Oreilles Électroniques.

Nous pensons que, dans les années à venir, les efforts doivent être centrés sur la programmation dans le but d'augmenter l'efficacité de nos techniques et de supprimer de plus en plus rapidement les blocages, les traumatismes, les fixations qui compromettent la progression de l'être dans le cheminement qu'il doit réaliser pour atteindre les hautes sphères de l'humanisation.

:-:-:-:-:-:

Discussion à propos de l'exposé de Mme Espinat (Paris)

Débat présidé par Madame Tomatis

Mme Tomatis

Je pense que nous pouvons remercier chaleureusement Mme Espinat pour l'exposé qu'elle vient de nous faire, d'autant plus qu'elle travaille avec nous depuis peu de temps et qu'elle a fait preuve de beaucoup de courage en présentant cette communication. Mme Espinat est avant tout une pédagogue ; elle est Professeur Agrégé de Mathématiques et, il n'y a pas longtemps encore, elle enseignait dans une classe de Terminales. Elle a laissé son activité pédagogique, pensant qu'au Centre du Langage elle pourrait aider davantage les autres. Je crois vraiment qu'elle a fait un très, très bon travail.

Nous aurons certainement à reprendre ce problème des bandes, qui est un problème essentiel. Certaines personnes nous disent : « J'ai essayé de traiter ce cas sous Oreille Électronique » ; « nous avons fait de l'Oreille Électronique et ça n'a pas marché ». Eh bien, si cela n'a pas marché, c'est parce qu'on n'a pas su utiliser correctement l'appareil ni faire intervenir une programmation valable. Parce que faire de l'Oreille Électronique, cela ne veut rien dire, si l'on ne sait pas s'en servir.

Lorsqu'on y adjoint une programmation qui tient compte des différentes étapes auditives et des stades de communication que doit traverser l'être depuis sa vie intra-utérine jusqu'à son état d'adulte muni d'un langage parfaitement structuré, on obtient de très bons résultats. Il n'y a pas de raison qu'au Centre du Langage, on ait des résultats satisfaisants et qu'ailleurs on en obtienne de moins bons. C'est tout simplement parce que l'Oreille Électronique n'est pas utilisée complètement et parfaitement dans certains Centres.

C'est un appareil, on le sait maintenant, qui est très précieux, c'est un bel instrument ; mais il faut savoir le régler et de plus le coupler avec des magnétophones de très grande qualité, en utilisant d'excellentes bandes magnétiques. Je suis allée, il n'y a pas longtemps, dans un Centre où l'on m'a fait entendre une bande de sifflantes tronquées à 3000 hz. Le son me paraissant défectueux, j'ai demandé à entendre la bande originale provenant du Centre du Langage ; cette bande était très bonne. C'est donc la copie qu'on en avait faite qui était défectueuse. Ce n'est pas la peine de faire passer des sifflantes filtrées si, au niveau du repiquage, on supprime l'avantage de cette bande.

Je crois qu'il faut, non seulement insister sur le réglage de l'appareil qui est essentiel, mais aussi sur la qualité du magnétophone, de la bande magnétique et enfin sur la valeur de la programmation qui doit marquer le cheminement de la cure éducative.

Je crois que nous pouvons maintenant demander à ceux qui ont une expérience très importante à propos de cette programmation, de nous faire part de leurs observations. Nous avons au Centre du Langage la possibilité d'appliquer sur une large échelle de nouvelles recherches et de lancer certaines statistiques. Nous expérimenterons très volontiers ce qui nous sera proposé par les autres Centres.

Nous parlions hier avec Mme Zimmerman des séances de musique filtrée ; Mme Zimmerman nous signalait que l'équipe de Lyon faisait faire, sous musique filtrée, des exercices d'expression libre, de textes libres, et que, de ce fait, l'enfant se débloquait au niveau de son langage écrit d'une façon remarquable. Nous n'avons jamais fait cela au Centre du Langage, mais nous sommes prêts à l'appliquer puisque c'est dans le but d'aider davantage les enfants qui nous sont confiés. L'on peut même appliquer ces exercices aux adultes car nous avons beaucoup d'adultes qui ont aussi un problème d'expression écrite. Nous avons actuellement des dyslexiques adultes qui viennent suivre dans nos services des séances d'Oreille Électronique. Ces personnes savent certes lire le journal mais, à 40 ou 50 ans, elles s'aperçoivent qu'elles ne peuvent pas entrer vraiment dans la lecture des textes qui les intéresseraient. Elles ont envie de se cultiver, mais elles n'aiment pas lire, elles ne peuvent pas décoder réellement le langage écrit.

Dr Sidlauskas

Cette nouvelle expérience que nous apporte Mme Zimmerman, est-elle très élaborée ?

Mme Tomatis

Elle se passe sous musique filtrée ; les enfants écrivent ce qu'ils veulent ; ils font une sorte de rédaction de façon tout à fait libre, alors que jusqu'à présent nous les faisions seulement dessiner. Nous n'avions pas envisagé de les faire écrire.

M. Dubard

Je crois qu'il faut insister sur la valeur des cordons, qui doivent être blindés et de bonne qualité, sur le nettoyage des têtes magnétiques qui doit être très fréquent et bien fait, et enfin sur le démagnétisage des têtes. Je le fais maintenant de façon régulière parce que je me suis rendu compte qu'il y avait des parties de bandes qui étaient effacées ou devenues presque inaudibles, tout simplement parce que la tête du magnétophone arrivait à se magnétiser, à se charger. L'on vend actuellement de petits appareils qui démagnétisent très bien les têtes.

Mme Tomatis

C'est parfait ; je crois que nous devons les uns et les autres déceler tout ce qui peut empêcher la cure éducative d'être totalement efficace.

Mme Zimmerman

Nous essayons cette méthode, spécialement pour les enfants qui ont des difficultés d'orthographe, et qui ne présentent pas de troubles psychologiques particuliers. Sous musique filtrée, nous leur demandons d'écrire ce qu'ils veulent. Ceux qui sont incapables ordinairement d'écrire sous dictée, arrivent à écrire sans fautes d'orthographe lorsqu'ils sont sous Oreille Électronique, et toujours en musique filtrée. On leur demande ensuite de dessiner leur texte. Ceux qui ne voulaient pas le faire avant ces séances, dessinent maintenant très volontiers.

Mme Tomatis

C'est très intéressant ; je crois que chacun d'entre nous devrait prêter attention à ces expériences.

Mme Zimmerman

Nous avons eu un enfant qui faisait au départ 32 fautes d'orthographe ; après 56 séances d'Oreille Électronique, il n'en faisait plus que 5.

Mme Tomatis

Je crois qu'il serait bon d'insister sur le problème des gauchers en ce qui concerne le nombre de séances à envisager. Il faut certes prévoir plus de séances pour un gaucher que pour un droitier. Un dyslexique gaucher demande plus de temps qu'un droitier sur le plan de la cure éducative. Pour un gaucher, il faut faire au moins 100 séances ; c'est le nombre moyen pour envisager une latéralisation à droite. Pour une dyslexie classique, un trimestre, à raison de 4 séances par semaine (c'est-à-dire 2 fois 2 séances) est une bonne moyenne, c'est-à-dire 50 séances. Mais, pour le gaucher, il faut prévoir au moins 2 à 3 trimestres, c'est-à-dire 100 à 150 séances. Si vous avez fait 150 séances, et que l'enfant reste gaucher, il faut aller plus loin, mais cela est très, très rare.

Pr Tomatis

Il faut que la mère lâche l'enfant ; c'est la mère qui le tient à gauche ; on retrouve la symbolique à ce niveau-là. Les mères aiment bien leur gaucher ; c'est rare qu'une mère nous amène son enfant gaucher, alors que le père ne peut pas tolérer que l'enfant soit gaucher parce que, symboliquement et implicitement, c'est un refus de l'enfant de dialoguer avec le père. C'est un refus de la droite et de son représentant symbolique : le père.

Dr Sarkissoff

J'ai un enfant gaucher dont le père est décédé quand il avait 10 ans ; il en a maintenant 15 ; il est très fixé à sa mère, et la mère, qui est en psychothérapie avec moi, m'amène son fils, mais je n'ai pas vu que la mère pouvait jouer un rôle comme celui que vous semblez lui reconnaître.

Pr Tomatis

Si ! Elle a certainement capté l'enfant avant 7 ans, et c'est l'absence de l'image du père que l'enfant retraduit dans son absence d'image de la droite.

Mme Tomatis

D'ailleurs pour les gauchers, nous faisons toujours intervenir la voix du père, vers la 60e séance environ. Il peut survenir de grosses réactions, des refus, des réticences. L'enfant est gaucher justement parce qu'il ne veut pas rencontrer son père. C'est pourquoi le filtrage de la voix du père d'une certaine façon est souvent nécessaire. On ne fait intervenir au départ que certaines bandes passantes, afin que la rencontre soit moins brutale, la confrontation moins importante.

Pr Tomatis

Les réactions dont on vous parlait tout à l'heure sont quelquefois extraordinairement violentes : l'enfant casse tout, envoie tout promener, essaie de démolir la pièce dans laquelle il se trouve, quand on passe la voix du père, c'est vraiment un viol insupportable ; il se passe là un événement important. Par contre, nous avons eu un enfant pour lequel nous redoutions tout, tant il était d'une virulence incroyable. Nous nous attendions à ce qu'il casse tout. Tout le monde s'était apprêté pour voir ce qui allait se passer ; or, lorsqu'on lui a mis le casque et qu'on a fait passer la voix du père, l'enfant s'est mis à brailler « Papa, Papa, Papa ».

Mme Tomatis

J'aimerais reprendre ce problème d'accouchement sonique, parce que nous avons travaillé cette année sur le passage de l'écoute intra-utérine à l'écoute aérienne. Nous avons obtenu des résultats très intéressants. Je crois que nous avons certaines auditrices qui ont des questions à poser, surtout avec le Dr Sarkissoff, et qui présentent justement un refus de sortie, de refus d'entrer dans le monde des grandes ; on peut insister sur l'accouchement sonique, c'est-à-dire que, s'il n'est pas réalisé en une seule séance, on peut le faire passer 5 à 6 et même 20 fois. On oblige ainsi l'enfant à abandonner cette coque intra-utérine dans laquelle il était si confortablement installé, afin de le faire devenir un être humain.

Je pense que les uns et les autres, nous aurions intérêt à travailler sur le problème d'accouchement sonique.

Pr Tomatis

Et peut-être à montrer à l'enfant qu'il n'y a pas tellement de différence entre l'un et l'autre, mais simplement une différence d'impédance. On est toujours dans le même univers ; comme je le vous le disais hier, je ne crois pas qu'on quitte jamais sa mère ; on est toujours dans son ventre, mais le ventre s'élargit peu à peu, et l'on doit y réaliser de revivre. Je pense que le fait de passer régulièrement des bandes d'accouchement sonique, montre à l'enfant et à l'adulte que ce n'est pas tellement dramatique d'accoucher ; c'est simplement une continuation.

Mme Tomatis

J'aimerais reprendre la question des sifflantes tronquées. Le mot « tronquées » d'ailleurs ne semble un très mauvais terme. Je crois que nous devrons dénommer les « sifflantes filtrées ». Ce « tronquées » est vraiment frustrant, n'est-ce pas Dr Sarkissoff ? Nous allons modifier notre langage en changeant cependant des trainings, ces termes agressifs sales que « divorce », « décès », « cimetière », etc. Il y a tellement de mots qui sont plus gratifiants l'un l'autre et également des harmoniques élevées ! On peut quand même s'arranger pour trouver des sifflantes qui nous donnent en même temps envie de vivre, et un peu de courage.

Le Centre de Lisieux devrait justement nous fournir des listes en fonction de l'âge de l'enfant, pour tenir compte du vocabulaire qui n'est pas non sûr pas le même que celui de l'adulte. Si les uns et les autres, vous pouvez nous faire des listes, nous serions prêts à les accueillir. Ce problème des « sifflantes filtrées » est très important sur le plan de la recharge corticale, de l'analyse des sons élevés, de la latéralisation à droite et du contrôle du langage.

M. Dubard

Nous avons fait passer du grégorien sur disque continu et certaines personnes ont apprécié énormément. Je me demande toutefois si on ne pourrait pas envisager, lorsque nous aurons des filtres suffisamment perfectionnés, de filtrer jusqu'à 8000 hz ces chants grégoriens. Nous avons réalisé cela par erreur, et beaucoup de gens nous ont dit que c'était particulièrement apaisant.

Pr Tomatis

La coupure de filtrage dépend de la voix du moine qui est en train de chanter. Si nous avions des moines idéaux, nous pourrions encore arriver à 8000 hz à obtenir quelque chose, comme dans le langage ; mais c'est difficile ; à partir de 7000 hz, la voix commence à être tronquée.

M. Dubard

Ils ont quand même des voix très aiguës.

Pr Tomatis

Qu'une voix soit très aiguë ne veut pas dire qu'elle soit très riche en harmoniques ; elle peut être très ténue et vous donner l'impression d'être aiguë, comme c'est le cas du hautcontre. Cela peut vous laisser croire que c'est aigu, parce que vous ne pourriez pas en faire autant, mais il n'empêche que lorsque vous analysez la voix sur tube cathodique, vous obtenez quelque chose de mono-harmonique.

Par contre un Tibétain qui semble émettre un son très grave, peut, avec un « OM » impressionnant, donner sur le tube cathodique une gerbe d'harmoniques montant jusqu'à 15.000 hz. Il est bon de revoir ce problème des sons dits « sacrés ». Bien sûr, c'est un mythe de penser qu'un son est sacré en soi. Il est sacré parce qu'il met l'individu dans un état de richesse corticale telle qu'il lui permet d'entrer dans des phases de méditation, ces phases qui demandent au cortex une charge électrique très importante. Il en faut certes plus que pour balayer par terre ; il y a, à un moment donné, une charge énorme, et ces sons, qui sont le fruit de millénaires expérimentaux, donnent effectivement des charges exceptionnelles. Comment y sont arrivés les Anciens ? Je n'en sais rien ; ils n'avaient pas de tubes cathodiques à leur disposition mais je pense que, par voie de tradition, ces gens ont pu nous apporter des éléments importants.

Les Tibétains ont ceci de caractéristique que, s'ils n'avaient pas trouvé le moyen d'avoir des éléments de recharge, par le son et par le chant qu'ils pratiquent en permanence, il n'y aurait pas eu, à 4000 mètres d'altitude, un seul être qui se mette vraiment à penser ; ils auraient été tous détruits, ou bien alors ils auraient chanté la Tyrolienne. Il existe à un moment donné, un niveau auquel on ne peut pas accéder sans recharge sonique. Si vous entendez un jour un enregistrement tibétain — il m'est arrivé souvent d'en entendre — vous constaterez qu'il y a toujours du bruit, que ce soit dans la rue ou ailleurs ; ils font du bruit avec des casseroles, ou ils parlent, ou ils chantent, ou ils rient pour pouvoir vivre, sinon c'est la mort.

Actuellement, on est en train de faire passer à des moines Cisterciens des sons tibétains, ce qui est absolument aberrant ; si l'on prenait un Tibétain et qu'on le mette pendant longtemps dans une abbaye bénédictine, au bout d'un certain temps, s'accordant aux impédances du lieu, il chanterait grégorien. De même, si l'on mettait longtemps un Bénédictin sur l'Himalaya, on constaterait un changement sensible de sa voix, marquant une adaptation de son oreille et de sa phonation en fonction de nouvelles impédances acoustiques du lieu. Quand on est très exercé à ce phénomène, on change de voix en fonction de la pièce et en fonction de l'altitude. Vous verrez comme il est facile de parler espagnol en Espagne, de parler anglais en Angleterre, alors qu'il est très difficile de parler anglais en Espagne. Il y a des différences d'impédances acoustiques, d'impédances de modification de l'information du lieu.

Ce qui est à retenir entre autre dans la communication de Mme Espinat c'est la souplesse avec laquelle on doit diriger la cure éducative. Bien que celle-ci repose sur un schéma d'ensemble, elle doit cependant faire l'objet d'une étude particulière pour chaque cas. Ce n'est pas une panacée universelle. Il ne suffit pas de mettre le sujet sur le rail et de l'enfermer dans un placard. Le déroulement des séances doit être adapté à chaque individu.

-+-+-+-+-+-


Source : Espinat (Mme), « Les programmations sous Oreille Électronique — Les différents types de bandes et leur utilisation » (suivi de la discussion présidée par Mme Tomatis), in Actes du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, 11-14 mai 1972, p. 188-205. Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis.

Actes complets du IIᵉ Congrès APP Paris 1972fac-similé du volume des actes (228 pages, regroupant cette communication et l'ensemble des interventions du congrès).

Quelques observations concernant les modifications de la présentation du schéma corporel dans les dessins d'enfants présentant des troubles du langage et de la latéralité — Mme Joanny, Centre de Nancy (IIᵉ Congrès APP, Paris, 1972)

Communication clinique présentée par Madame Joanny (Centre de Nancy) lors du IIᵉ Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie tenu à Paris du 11 au 14 mai 1972. Mme Joanny, qui se présente elle-même non comme théoricienne mais comme rééducatrice, contredit d'emblée le titre porté au programme : ce qu'elle propose d'illustrer ne concerne pas le schéma corporel comme tel — qui mériterait à lui seul un exposé entier — mais bien la présentation qu'en font les enfants à travers leurs dessins. Après un rappel des principes généraux d'interprétation (utilisation de l'espace pictural, graphisme, matière et symbolique des couleurs), elle commente sept cas tirés de sa pratique rééducative sous Oreille Électronique. Le matériau est saisissant : un dyslexique qui dessine d'abord un bonhomme sans bouche, une fillette aphasique vocale après opération des amygdales, un enfant bourgeoisie-aisée bridé par les interdits parentaux, une fratrie aux latéralités confuses, et un écorché « horrible à voir » qui devient, à l'issue de la rééducation, un bonhomme à l'air martial marchant d'un pas assuré « vers la droite, vers l'avenir ». L'iconographie — quatorze planches en annexe — est reproduite ici en noir et blanc, faute de pouvoir restituer les couleurs des originaux comme le précisent les éditeurs des Actes.

Quelques observations concernant les modifications de la présentation du schéma corporel dans les dessins d'enfants présentant des troubles du langage et de la latéralité

par Madame Joanny — Centre de Nancy

Communication présentée le dimanche 14 mai 1972 lors du IIᵉ Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie (Paris, 11-14 mai 1972).

Avertissement de l'oratrice

Je voudrais tout d'abord dire que je me sens un peu gênée de prendre la parole après des gens si éminents qui en connaissent beaucoup plus que moi sur le sujet que je me propose de traiter.

Je pense toutefois que cela pourra illustrer utilement certaines hypothèses et observations qui ont été faites ici durant les trois journées fort intéressantes que nous venons de vivre ensemble.

Je n'ai pas l'intention de faire un savant exposé. Je ne suis pas une théoricienne — mais j'ai une expérience rééducative qui m'a conduite à faire un certain nombre d'observations qu'il m'a paru intéressant de vous communiquer à travers une série de dessins qui jalonnent les rééducations que j'ai faites.

À ce propos, je dois dire que je ne suis plus tout à fait d'accord avec le titre donné, sans bien y réfléchir, à cette communication : il convient d'y ajouter un mot, le titre devenant ainsi :

« Quelques observations concernant les modifications de la présentation du schéma corporel dans les dessins d'enfants présentant des troubles du langage et de la latéralité. »

Le schéma corporel — quelques définitions

On a parlé brièvement tout à l'heure du schéma corporel ; nous ne reprendrons pas ce sujet qui serait beaucoup trop long à traiter, mais il faut tout de même nous mettre d'accord sur quelques définitions.

Le schéma corporel, vous connaissez tous ce que c'est : on peut le définir comme la conscience de son corps propre, des mouvements corporels, des postures, des gestes, etc. — qui se constituent lentement, en fonction de la maturation du système nerveux. La définition n'est pas de moi mais elle me paraît excellente.

Effectivement, le bébé à la naissance n'est guère différencié de sa mère ; ce n'est que peu à peu que le petit enfant va opérer cette différenciation, prendre conscience de lui-même et de ce qu'il est. L'acquisition de cette image corporelle suppose que s'installe en même temps d'autres notions, comme celles d'espace et de temps qui la permettront, mais aussi celle d'avoir conscience de son corps propre, mais aussi de situer les choses et de situer les choses par rapport à lui-même : ce qui est devant lui, dans son dos, ce qui est en haut, en bas, à droite, à gauche, ce qui est à droite par rapport à une autre chose etc. C'est une orientation dans l'espace, à laquelle s'ajoutera, mais un peu plus tard, l'orientation dans le temps, c'est-à-dire comment situer le présent, ce qui est antérieur en présent à savoir le passé, et ce qui viendra après et constituera le futur.

À ces trois facteurs : conscience de son schéma corporel, notions d'espace et de temps, aidant l'enfant à habiter de plus en plus intimement son espace vécu, il conviendrait d'en ajouter un autre qui serait en quelque sorte la valeur affective ; il s'agit pour l'enfant d'établir des repères effectifs sûrs et stables qui s'adressent à un attrait et à stabilité ces relations avec l'univers de ses fantasmes. Ces repères se situeront par exemple au niveau de ce qui est permis, défendu, obligatoire, etc., ainsi que la permanence dans la répartition des rôles du père, de la mère et des différentes personnes qui gravitent autour de lui.

Les trois manières de projeter le schéma corporel dans le dessin

Lorsqu'on considère les dessins d'enfants, on s'aperçoit qu'ils sont une projection authentique de l'univers personnel conscient mais aussi inconscient de l'enfant. Comme dans le rêve, il y a un contenu manifeste qui est ce qui est anecdotique et un rapport avec une histoire que l'enfant veut raconter, mais il y a aussi le contenu latent, qui est le plus souvent symbolique. À travers ces projections, le sujet va livrer une certaine image de lui-même ; cette image peut être de trois ordres :

  • Ou bien on peut faire une image de lui telle qu'il se ressent réellement et qui est très exactement la projection de son schéma corporel.
  • Ou bien on peut faire une image qui sera en rapport avec ce qu'il voudrait être, une sorte de projection opérative de l'image idéale.
  • Ou bien il peut projeter ce qu'il refuse, ce qu'il répudie, ce qui le gêne — c'est ce que nous verrons d'ailleurs tout à l'heure à travers les dessins que je vais vous montrer.

Principes généraux d'interprétation des dessins

Lorsqu'on considère les dessins d'enfant, il faut avoir en tête quelques principes généraux d'interprétation concernant l'utilisation de l'espace pictural, l'analyse du geste graphique et la signification des couleurs.

L'utilisation de l'espace pictural

On considère la densité de l'espace rempli, c'est-à-dire l'importance du dessin dans la feuille. Est-il minuscule et tout perdu, ou au contraire occupe-t-il une large place en toute la place ? Est-il bien centré, bien équilibré, donne-t-il une impression d'harmonie, de rythme ?

On peut considérer le dessin en fonction d'une symbolique spatio-temporelle. J'ai partout de la croix comme étant une structure fondamentale, un archétype universel. C'est par rapport à cette structure que l'on peut analyser un dessin, le diviser en plusieurs parties selon ses axes cruciformes : il y a en haut, en bas, au-dessus de la croix, c'est en quelque sorte une série céleste, spirituel ; la partie inférieure de la croix représente l'espace ténestral, c'est la partie transversale de la croix, l'étage végétal, l'arrondissement dans une sphère de la terre nourricière. Cette symbolique spatio-temporelle rejoint une perspective analytique fondamentale dans laquelle il y a aussi une composante anciennement vécue, que l'on retrouve dans de nombreuses représentations plastiques évoquées (arbre, chandelle, mât de bateau, drapeau etc.) ; une composante descendante qui symbolise les éléments végétatifs et qui évoquent l'oralité, la terre, le foyer dont l'enfant s'arrache, et enfin les composantes verticales qui concrétisent les relations avec autrui. On retrouve ce même concept cruciforme en graphologie où l'on considère les parties hautes des lettres, les parties transversales et descendantes.

Le graphisme

Le graphisme concerne le caractère du tracé, la pression, la légèreté du trait, ou au contraire la façon dont il est accentué, pâteux, hachuré, etc. Les valeurs des teintes, selon qu'elles sont au crayon, les caractères, les nuancements excessifs et généralisés sont souvent en rapport avec l'avidité ou l'agressivité.

La couleur — matière utilisée

La couleur dépend en premier lieu de la matière utilisée : crayons couleur, crayolor, peinture, feutres.

Il faut considérer à la fois le choix des teintes et la façon dont elles sont manipulées : teintes bien unies, intensité ou pâleur par délayage excessif, lavage, dégradé.

Les crayons de couleur et la peinture permettent une très grande variété de teintes et l'on tient compte du fait que l'on peut les superposer, les mélanger. On retrouve ici les théories concernant la symbolique des couleurs. Cependant, l'usage de plus en plus fréquent des feutres a considérablement modifié l'aspect des dessins ; en effet avec les feutres, les teintes sont toujours vives et sans nuances. À ce titre ils plaisent beaucoup aux enfants ; ce sont en outre faciles à manier, sans avis, ils trahissent un peu la projection du monde intérieur de l'enfant.


Présentation des cas — méthode

Dans les dessins d'enfants, certains thèmes symboliques sont privilégiés. Ils nous renseignent en premier lieu sur la représentation du schéma corporel de l'enfant et aussi sur sa personnalité et ses névroses profondes.

Les plus courants sont le bonhomme avec ses substituts : la maison, l'arbre, le bateau (car il arrive souvent que, livré à la blancheur d'une feuille de papier, l'enfant ne dessine jamais un bonhomme à moins d'y être invité expressément). Peut-être sera-ce pendant très longtemps une maison, un arbre, un bateau ou autre thème.

Après ce long préambule, mon propos est de vous montrer comment s'inscrivent ces thèmes dans les troubles de la communication. Car c'est bien de l'application à cette communication dont il s'agit, à travers les troubles du langage et de la latéralité. À l'aide de quelques dessins et dans un raccourci très rapide, parce que nous sommes pressés par le temps, je vous montrerai l'évolution de ces représentations et ces thèmes projectifs, en particulier bonhomme et raison entre le point de départ d'une rééducation où l'enfant nous arrive tout ligoté dans ses problèmes, et son point d'arrivée.

Je précise que les rééducations que je fais utilisent l'Oreille Électronique en association avec d'autres méthodes rééducatives de mon choix mais je considère parallèlement aux changements, sans très rapides dans la façon dont l'enfant se projette à travers ses dessins, sont dûs à cette sorte d'ouverture, à cette prise de possession par l'enfant de son propre corps que favorise l'Oreille Électronique.

Et maintenant, quelque chose de grave : l'univers intérieur de l'enfant se modifier et cette modification se projette dans ses dessins. Comment se sont les dessins toujours libres. Je dois bien entendu qu'il ne lui ait jamais jamais commandé faire un bonhomme ou une maison. On lui livre à lui-même, il n'apprendra pas, autrement il aurait n'aurait pas valeur de test.

Voici maintenant quelques-uns de ces dessins qui pour des raisons pratiques sont reportés à la fin de la communication.

A — Troubles du langage et de la communication

Nous nous intéresserons pour commencer aux troubles du langage et de la communication. Dans les cas remarquable de constater que les enfants présentant des troubles tels nous manifestent dans la représentation de l'organe bouche qui leur pose problème : ou bien elle est inexistante, « passée sous silence », ou bien au contraire elle est très noircie, agrandie, parfois même monumentale ou barrée.

Dessin n° I — Rodolphe (A et B)

Il s'agit ici d'un enfant de 6 ans ½, d'intelligence normale, malin et déluré, appartenant à un excellent milieu familial. Rodolphe présente à la fois des troubles du langage lu et écrit. C'est un bon dyslexique. Je vous montre ici son premier bonhomme (dessin A). Il n'a pas de bouche.

[Dessin n° I-A — Rodolphe, sept. 71]

L'enfant a fait une très bonne rééducation, à raison de deux fois par semaine seulement car il habitait loin de Nancy. Et voici maintenant le dessin du bonhomme en fin de rééducation (dessin B). On a l'impression qu'il a grandi d'une façon extraordinaire ; il est maintenant bien campé, il a un corps, un costume très détaillé et une bouche souriante. Le dessin est coloré alors que les précédents ne l'étaient pas (bien que l'enfant ait eu toujours à sa disposition les mêmes crayons de couleurs).

[Dessin n° I-B — Rodolphe, 8 mars 1972]

Il existe un écart de quatre mois entre les deux dessins, et nous assistons incontestablement à une prise de conscience par l'enfant de son propre corps, qui est tout à fait remarquable.

Dessin n° II — Lysiane (A et B)

J'ai dit tout à l'heure que la bouche-problème est parfois énorme, monumentale. En voici un exemple.

Il s'agit d'une petite fille, Lysiane, devenue aphasique vocale à la suite d'une opération des amygdales survenue lorsque l'enfant avait 4 ans ; elle parlait encore. Selon les parents, l'anesthésie aurait été insuffisante ; leur fille aurait ressenti une grande peur dans la salle d'opération accrue par la douleur opératoire, et l'impossibilité à parler se serait manifestée pendant les jours qui suivirent l'intervention.

Lysiane est arrivée chez moi très perturbée, dévorée d'instabilité, énurésique et non scolarisable. Le traitement sous Oreille Électronique n'a pas permis une récupération de la parole mais a cependant eu un résultat remarquable sur le plan du comportement : l'enfant est devenue sage et gentille, très coopérante ; l'énurésie a disparu ; on a pu mettre Lysiane en classe et la placer par la suite dans un internat pour sourds-muets, ce qui n'était probablement pas la meilleure solution puisqu'elle semblait comprendre fort bien ce qu'on lui disait.

Son premier dessin (dessin A) est significatif : il indique de gros troubles de la personnalité. Le schéma corporel de ce bonhomme est très angoissant : on peut considérer que, dans ce visage, il y a deux petits yeux, un petit nez et que tout le reste est une bouche énorme à la fois ouverte et fermée par ce crayonnage marron, une bouche d'angoisse qui ne veut ou ne peut plus parler.

[Dessin n° II-A — Lysiane]

On retrouve ce même problème de bouche dans le dessin de la maison (dessin B) que vous voyez ici. C'est une maison polymorphe avec des yeux, un nez, une bouche marron crayonnée et barrée ; c'est aussi une maison d'angoisse et la terre. Les traits verticaux du bas sont peut-être des chemins. C'est tout à fait curieux comme maison, et il y aurait beaucoup à dire au sujet de ce dessin.

[Dessin n° II-B — Lysiane]

Par la suite, les maisons et les bonhommes de l'enfant ont évolué mais ils sont restés empreints d'angoisse : la bouche y était toujours largement ouverte et carbouillée par un coloriage intense.

J'ai rencontré la mère de Lysiane il y a huit jours. L'enfant a maintenant 14 ans, sait lire, écrire et son développement paraît sensiblement normal. Cela est certainement dû à son internat psycho-pédagogique. Elle n'a jamais récupéré la parole.

Dessin n° III — Nicolas (A, B et C)

Voici quelques dessins d'un enfant venu chez moi pour retard de langage et blocage de toute son évolution. Il s'appelait Nicolas, était âgé de 8 ans.

La famille de l'enfant appartenait à la bourgeoisie aisée de province. C'était un enfant choyé, vêtu comme un petit prince avec chaussettes blanches, gants blancs, etc. Il lui était bien entendu interdit de se traîner par terre, de jouer dans la terre, de salir, etc. Son père médecin était très occupé ; sa mère paraissait pleine de sentiments maternels mais elle paraissait débordée et l'enfant subissait des obligations de toutes sortes lui donnant peu de vraie tendresse ; le grand'mère l'emmenait dans les palaces de Nice, Cannes et autres lieux sélects, tout en s'évertuant à polir son éducation.

Les phrases les plus simples n'étaient jamais tout à fait simples. Ainsi, lorsqu'il avait envie de faire pipi, Nicolas disait : « Je veux faire ma toilette », et lorsqu'il avait de jouer dehors : « Je vais sortir ». Cela ne mode où l'on fait au grand'mère disait à l'enfant : « tu vas t'isoler ». L'enfant qui n'a pas compris essayait de se demander d'à le déshabiller et le jour où j'ai essayé de lui faire prononcer le mot « crotte », mot-tragique et tabou jusqu'à lors, qui a été un commencement de se priver. Aussi, parfaitement, fonctionnait toutes ces interdictions telles que « jouer avec la terre où l'eau », faciliter ses « incitations », « s'habiller en salopette », « rester sale », sans avoir pour autant ces compulsions de l'aller le coucher se laver. Un être en sa présence l'apparence de ces résultats, et cela plus tout te a la résistance dans une évolution très rapide qui nous a transparaître dans les dessins de personnages, que nous allons voir plus ou moins élaborés.

Voici son premier bonhomme, sans bouche ou très succincte (dessin A) qui serait plutôt une bonne femme et l'on en juge par ses composantes triangulaires.

[Dessin n° III-A — Nicolas]

En voici un autre (dessin B) réalisé plus tard, où l'enfant a su faire la distinction des sexes : l'homme et la femme sont différenciés par le costume, ce qui est déjà inhérent au niveau du schéma corporel.

[Dessin n° III-B — Nicolas]

Au fil des dessins, nous assistons à des transformations du bonhomme qui grandit peu à peu pour aboutir à ce merveilleux cow-boy (dessin C) très agressif d'ailleurs mais d'une saine agressivité. Vous voyez sa tête, ses attributs sexuels représentés par la braguette, son pistolet, ses pieds très complets bien campés sur le sol. Quelle différence avec le premier bonhomme en début de rééducation !

[Dessin n° III-C — Nicolas]

B — Troubles importants de la latéralité

Voici maintenant d'autres dessins qui sont ceux d'enfants présentant des troubles importants de latéralité. Ces enfants n'arrivent pas à opter entre la gauche et la droite.

Dessin n° IV — Jean-Paul

Jean-Paul, 10 ans, grand dyslexique, fit deux dessins très amusants en début de rééducation : sur la première page (dessin non reproduit), c'est l'hésitation absolue ; il commence deux bonhommes, l'un en haut qui regarde à gauche, mais il le barre, ça ne va pas ; l'autre qui regarde en face et se gratte la tête, mais ça ne va pas davantage et il le barre aussi. Il tourne alors sa page et fait ce ravissant cow-boy blessé avec une béquille sous chaque bras.

[Dessin n° IV — Jean-Paul]

Quand on observe ses pieds, on s'aperçoit que son pied gauche est recouvert de pansements et que le pied droit est barré. Dans le tronc d'arbre, il semble qu'il y ait une tête inversée, et l'affiche du bar est tout de guingois ! Bref, tout est un peu sens dessus dessous dans ce dessin.

Dessin n° V — François (A et B)

Le frère de Jean-Paul, François, âgé de 6 ans, présentait les mêmes troubles de latéralité et de dyslexie. En début de rééducation, il dessine avec beaucoup de difficultés ce personnage lilliputien et dissymétrique (dessin A). La jambe gauche est plus courte et le bras gauche paraît avoir deux mains.

[Dessin n° V-A — François]

La rééducation a très bien marché. La latéralité manuelle s'est précisée à droite. François a pu apprendre à lire et à écrire de façon très satisfaisante, et le blocage scolaire a été résolu.

En fin de rééducation, le bonhomme dessiné par François (dessin B) montre une évolution considérable du schéma corporel. Il y a encore déséquilibre entre la droite et la gauche mais le grandissement et l'assurance sont considérables.

[Dessin n° V-B — François]

On constate la même évolution sur le plan des dessins de l'arbre (dessins non reproduits ici).

Dessin n° VI — Robert (A et B)

Nous avons ici deux dessins très amusants d'un enfant de 10 ans, bon dyslexique-dysorthographique, très mal latéralisé.

Son premier bonhomme (dessin A) réalisé en début de rééducation a les bras attachés à la taille et des mains à l'envers, si l'on en juge d'après la position des pouces.

[Dessin n° VI-A — Robert]

En fin de rééducation, c'est-à-dire environ 4 mois après, nous obtenons un dessin (dessin B) qui, par l'ampleur et l'expression générale, donne une impression d'euphorie bien agréable. Les bras sont passés de la taille à un emplacement sensiblement normal. Quant aux mains, les voilà désormais à l'endroit ; il n'y a plus les pouces « à la retourne ». On peut donc supposer que les mains ne font plus problème pour lui et que les choses sont rentrées dans l'ordre, ce qui s'est avéré exact sur le plan scolaire.

[Dessin n° VI-B — Robert]

Dessin n° VII — Hervé (A et B)

Les deux derniers dessins que je vais vous montrer sont encore plus symptomatiques. Vous avez ici (dessin A) un pauvre écorché, horrible à voir, qui fait penser que l'enfant qui l'a dessiné est atteint de troubles de la personnalité. C'était, en fait, un enfant d'intelligence normale, de milieu social cultivé, ayant de grosses difficultés scolaires. Peut-être est-il encore chez M. Zimmermann, chez qui je l'avais envoyé lorsque les parents ont déménagé à Lyon ?

[Dessin n° VII-A — Hervé, mai 1965]

M. Zimmermann.

Oui, il nous quitte à la fin de cette année ; il entre en première.

Mme Joanny.

Après une première tranche de rééducation qui a très bien marché, voici le merveilleux bonhomme (dessin B) qu'Hervé a dessiné. Admirez son air martial et décidé. Il marche d'un pas assuré vers la droite, vers l'avenir.

[Dessin n° VII-B — Hervé, 22 juin 1966]


Note des éditeurs des Actes

Il nous a malheureusement été impossible de reproduire en totalité, pour des raisons d'ordre technique, l'ensemble des documents qui nous ont été transmis par Mme Joanny. Nous nous en excusons auprès d'elle.

Les dessins relatifs aux commentaires que nous avons retenus (7 cas sur 10) et qui sont publiés ci-après n'ont pu être reproduits en couleur, mais seulement en noir et blanc.

L'annexe iconographique originale comprend quatorze planches — deux dessins par cas (à l'exception de Nicolas, trois dessins, et de Jean-Paul, un seul dessin) — datées de septembre 1971 à mars 1972 pour Rodolphe, mai 1965 et juin 1966 pour Hervé, etc. Les originaux sont conservés avec les Actes du congrès.


Source : Joanny (Mme), « Quelques observations concernant les modifications de la présentation du schéma corporel dans les dessins d'enfants présentant des troubles du langage et de la latéralité », in Actes du IIᵉ Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, 11-14 mai 1972, p. 206-228 (texte p. 206-214 + 14 planches en annexe p. 215-228). Communication présentée le dimanche 14 mai 1972. Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis.

Actes complets du IIᵉ Congrès APP Paris 1972fac-similé du volume des actes (228 pages, regroupant cette communication et l'ensemble des interventions du congrès).

L'examen psychomoteur chez l'enfant — M. Waeyaert, Centre d'Anvers (IIᵉ Congrès APP, Paris, 1972)

Communication de M. Waeyaert (Centre d'Anvers, Belgique) présentée le vendredi 11 mai 1972 lors du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie à Paris. Élaboré au sein de l'équipe d'Anvers sous l'impulsion du Dr Spirig — qualifié par l'auteur de « véritable locomotive » du Centre — cet exposé présente, dans une langue technique remarquablement claire, l'examen psychomoteur tel qu'il est pratiqué auprès des enfants accueillis : dyslexiques, bègues, caractériels, ainsi que débiles mentaux légers, moyens et graves. La méthodologie articule un profil psycho-moteur en huit volets (coordinations, équilibre, rapidité, orientation spatiale, perception visuelle, schéma corporel, structuration temporo-spatiale), des tests complémentaires (latéralité, syncinésies, relaxation, respiration, perceptions tactiles, gnosis auditif, rythme) et un profil de la mobilité en treize critères. La synthèse finale distingue clairement les profils des deux grands groupes accueillis et met en évidence — comme le confirme le Dr Sidlauskas en présidant le débat qui suit — la convergence entre les difficultés psychomotrices observées et les troubles auditifs identifiés selon les théories du Pr Tomatis. La discussion rassemble le Dr Sidlauskas, le Pr Tomatis (long développement sur la respiration, les syncinésies et l'image du corps) et M. Dubard.

L'examen psychomoteur chez l'enfant

par M. Waeyaert
Centre d'Audio-Psycho-Phonologie d'Anvers (Belgique)

IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie — Paris, 11-14 mai 1972.

Introduction

Avant de me lancer dans l'exposé proprement dit, je voudrais saisir l'occasion de remercier vivement le Dr Spirig, véritable locomotive de notre Centre, qui m'a permis, par ses encouragements et son soutien, de mener à bien ce travail de longue haleine, et qui n'a jamais ménagé ni son temps ni ses conseils. C'est dans le cadre du Centre d'Anvers, et grâce à la confiance qu'il m'accordée, que j'ai pu mettre au point et systématiser l'examen psychomoteur tel que je vais vous l'exposer.

Quelques remarques générales

1. L'examen psychomoteur que nous pratiquons s'applique aussi bien aux enfants normaux qu'aux enfants présentant des troubles : nous le faisons sur tous les enfants accueillis au Centre — dyslexiques, bègues, caractériels d'une part ; débiles mentaux (débilité légère, moyenne et grave) d'autre part.

2. Cet examen ne se limite pas à mesurer l'âge psychomoteur ; il vise à établir un véritable profil de l'enfant qui nous renseigne aussi bien sur sa maturation neuro-motrice que sur sa manière d'aborder le monde et d'y vivre.

3. Nous combinons des tests étalonnés (qui nous donnent un âge) et des tests d'observation qui ne se prêtent pas à un classement par âge mais qui se sont révélés indispensables.

4. L'enfant est observé de façon individuelle et en situation de groupe (notamment dans le jeu) — la mise en commun de ces deux observations est capitale.

5. Tous nos résultats sont reportés sur un graphique unique, ce qui nous permet de donner au thérapeute, au parent ou au médecin une vue d'ensemble immédiatement lisible.

Principe de l'examen et classement des épreuves

Le principe que nous suivons consiste à examiner successivement les diverses fonctions psychomotrices, depuis les plus élémentaires jusqu'aux plus complexes. Nous avons puisé dans les batteries existantes les épreuves qui répondent à nos exigences cliniques :

  • Test d'Ozeretsky-Guilmain ;
  • Échelle de Gesell et tests de C. Buhler (kleine Kindertests) ;
  • Test de Mira Stambak pour la structuration rythmique ;
  • Batterie Piaget-Head (fascicule Galifret-Granjon) pour l'orientation spatiale ;
  • Test de Marianne Frostig pour la perception visuelle ;
  • Test moteur de structuration visuelle de Lauretta Bender (avec adaptation Santucci/Galifret-Granjon) ;
  • Cubes de Kohs (échelle Arthur) ;
  • Test du schéma corporel de Berges-Daurat-Hmeljak-Stambak ;
  • Profil de la mobilité de Van Roozendaal ;
  • Test de tonus-relaxation du Dr Janseune (Belgique) ;
  • Test de Harris pour la latéralité, complété par le test de Sevenoo.

I. — Profil psycho-moteur

Pour les enfants jusque 6 ans environ, nous nous appuyons principalement sur les tests de Gesell et de C. Buhler (Kleine Kindertests), excellemment adaptés au tout-petit. Au-delà de cet âge, nous reprenons l'épreuve d'Ozeretsky-Guilmain qui se subdivise comme suit.

A. Coordination dynamique des mains

Épreuves classiques de la batterie Ozeretsky-Guilmain — visent à apprécier la dextérité bimanuelle (lancer-rattraper, manipulations fines, opposition pouce-index, etc.). Chaque épreuve donne un âge.

B. Coordination dynamique générale

Sauts (à pieds joints, sur un pied), course, marche en équilibre, saut en longueur — l'enfant est observé dans ses aptitudes globales. Les valeurs étalon nous donnent un âge.

C. Équilibre — coordination statique

Maintenir une posture (debout pieds joints, sur un pied, yeux fermés). On fait la moyenne des résultats des trois sous-épreuves.

D. Rapidité

Test de pointillage de Mira Stambak : faire le plus de points possible dans un temps donné, dans des cases de différentes tailles. Permet d'apprécier la vitesse mais aussi la précision du geste.

E. Orientation dans l'espace — Piaget-Head

Batterie Piaget-Head adaptée par Galifret-Granjon, applicable de 6-7 ans à 11 ans environ. Comprend :

  • désignation des parties du corps ;
  • reproduction des mouvements de l'examinateur ;
  • épreuve des mains (avec et sans inversion par effet miroir) ;
  • épreuve dite « du bonhomme » et reproduction de croquis spatiaux.

Le test, rigoureusement étalonné, donne un âge. Il est particulièrement révélateur chez les dyslexiques, qui présentent souvent un retard significatif dans cette structuration.

F. Perception visuelle — Test de Marianne Frostig

Le test de Frostig (Developmental Test of Visual Perception) explore cinq aspects de la perception visuelle :

  1. la coordination œil-main ;
  2. la perception figure-fond ;
  3. la constance de la forme ;
  4. la position dans l'espace ;
  5. les relations spatiales.

Édition française au Centre de Psychologie Appliquée. Donne un âge de perception visuelle pour chacun des cinq sous-tests, et un total.

F bis. Test moteur de structuration visuelle — Lauretta Bender

L'enfant doit reproduire des figures géométriques présentées sur cartons. Nous utilisons l'adaptation Santucci/Galifret-Granjon. Le test renseigne sur la maturation visuo-motrice et sur d'éventuels indices de désorganisation graphique.

F ter. Cubes de Kohs (échelle Arthur)

Les cubes de Kohs — selon l'adaptation Arthur (A point scale of performance tests, Chicago, 1943) — donnent une mesure particulièrement fine de l'analyse-synthèse spatiale. Excellents pour mettre en évidence les difficultés des dyslexiques.

G. Schéma corporel

Le schéma corporel se définit, selon les travaux de Wallon, L'Hermitte, Le Boulch et Vayer, comme la conscience que l'individu a de son corps, des parties qui le composent et de leurs rapports mutuels et avec l'espace environnant.

Nous utilisons le test de Berges-Daurat-Hmeljak-Stambak (Centre de Psychologie Appliquée, Paris). Ce test, qui s'applique à partir de 4-5 ans, comporte trois phases :

1re phase : Évocation de l'image — pour le visage on donne uniquement le contour ; pour le corps on donne la tête entière et le contour du corps. L'enfant doit mettre les morceaux à l'endroit exact. Chaque pièce mise en place est enlevée avant de laisser mettre la suivante. Pour cela, il faut qu'il puisse reproduire l'ensemble mentalement.

2e phase : La construction. Ici l'enfant dispose de toutes les pièces et doit les coordonner. De ce fait il peut arriver à une appréciation des différentes localisations. La multitude des pièces rend la tâche plus difficile, surtout dans le test du profil où l'on doit choisir entre les pièces exactes et inexactes.

3e phase : La reproduction. Ici, l'enfant doit reconstruire le visage ou le corps, ayant le modèle sous les yeux. Cela nous montre à quel point le modèle peut l'aider.

Le résultat est noté en points et comparé à un tableau de valeurs normales. Le résultat de ces trois tests nous donne chaque fois un âge dont nous faisons la moyenne.

H. Les structurations temporo-spatiales

a) Structure rythmique de Stambak. L'examinateur frappe des coups rythmiques (les mains cachées derrière un carton) que l'enfant doit répéter. Par exemple : des temps courts avec intervalle d'un quart de seconde, des temps longs avec intervalle d'une seconde. Vingt-et-une structures sont proposées (de la plus simple « 0 0 0 » à des séquences complexes du type « 0 00 00 000 »). Après une erreur, on reprend la même structure ; si le deuxième essai est bon, l'enfant reçoit un point. On s'arrête après trois structures manquées successivement.

Valorisation — moyenne d'échecs :

NormauxDyslexiques
6 ans : 9moins de 9 ans : 10,5
8 ans : 5,76au-dessus : 8
10 ans : 3,26
12 ans : 3,4
15 ans : 0,5

Le test nous donne des renseignements sur la perception auditive de l'enfant, notamment le pouvoir de structurer le temps par analyse et par reproduction de ce qu'on entend, avec une bonne coordination neuro-motrice. Les enfants avec un retard de développement du langage ne réussissent pas ce test, ainsi que les dyslexiques qui obtiennent des résultats montrant un retard de 2 à 3 ans. Ici nous remarquons une relation très étroite entre la structuration du temps d'une part et l'acquisition du langage et de la lecture d'autre part. Ceci correspond à la théorie du Pr Tomatis, qui voit les troubles de la perception auditive comme cause de dyslexie.

b) Symbolisation des structures spatiales. Les structures spatiales sont représentées par de petits ronds de 3 cm de diamètre présentés sur un carton. On montre les structures à l'enfant pendant 1 à 2 secondes et on lui demande ensuite de dessiner ce qu'il a vu. L'épreuve est arrêtée après deux échecs consécutifs. Ce test nous montre beaucoup plus la perception visuelle des structures spatiales et dépend très fort de la perception de l'œil et de la direction de l'écriture de la main.

c) Symbolisation des structures temporelles. Ce test correspond à la lecture, qui est faite ici en reproduisant les structures montrées par des petits coups de crayon. Les structures sont également présentées par des ronds de 3 cm de diamètre. Les enfants qui présentent des difficultés de lecture ont distinctement des ennuis à réussir ce test.

d) Transcription des structures temporelles. Ce test correspond à la dictée. Les structures sont frappées par l'observateur et l'enfant reproduit les ronds sur papier. Un essai par structure et arrêter après deux échecs.

Notation pour les tests spatio-temporels : nous disons que le test est réussi si la structuration des transcriptions et des reproductions est claire et nette. Nous donnons un point par épreuve réussie. Nous faisons le total des points obtenus dans les différents aspects de la structuration temporo-spatiale (maximum 40 points). En outre nous observons la main employée, la direction de transcription, le sens de rotation des cercles, la compréhension des symboles avec ou sans explication.

Voici un tableau selon l'âge :

6 ans6 points
7 ans14 points
8 ans19 points
9 ans24 points
10 ans27 points
11 ans32 points

II. — Les tests complémentaires

Ces tests ne nous donnent pas toujours une détermination d'âge, ou sont notés avec un système de points que nous ne pouvons pas transmettre sur notre graphique, mais ils ne sont pour autant pas moins utiles.

A. Comportement neuro-moteur

1. Test de la latéralité. Le but est de rechercher la latéralité primaire de la personne — un test n'est valable que s'il examine des activités qui n'ont pas été apprises sous l'influence du milieu, de la culture, etc. Par exemple, il serait faux de déterminer la dominance de la main en demandant à l'enfant de donner la main. Nous faisons ce test avant tous les autres pour éviter que l'enfant se rende compte du but de l'examen. Chaque épreuve est répétée trois fois, pour avoir plus de sûreté. Nous employons le même schéma que le Pr Tomatis, qui est une adaptation du test de Harris. À cela nous avons ajouté la dominance de l'oreille (test de Sevenoo, plus par curiosité que pour sa valeur — pour faire une comparaison avec l'audiolatéromètre).

Quelques sous-tests pour la dominance de la main nous semblent moins valables, notamment distribution des cartes, dessiner, écrire, couper avec des ciseaux : ces activités peuvent être trop influencées par l'apprentissage. Le résultat est représenté sous forme de graphique :

  • D = à droite, 3/3
  • d = hésitant, 2/3
  • M = alternatif (gauche + droite)
  • g = hésitant, 2/3
  • G = gauche, 3/3

2. Les syncinésies. a) des doigts : en mettant le pouce en opposition aux autres doigts, l'un après l'autre, dans les deux directions. Notation : 1 = pas de syncinésies, 2 = léger, 3 = distinct, 4 = très prononcé. b) bras et mains : épreuve des marionnettes — gestes à reproduire ; on observe la qualité de l'exécution (mouvement correct et souple, syncinésies légères du cou, mouvements irréguliers, grande difficulté) et les syncinésies de reproduction. c) des pieds : en station debout pieds joints, écarter et rejoindre alternativement les pointes des pieds, talons en place. Notes de 1 à 4.

Remarque : selon les études de Mira Stambak et du professeur de Ajuriaguerra, il y a deux sortes de syncinésies — celles qui diminuent à partir de 6 ans pour disparaître entre 10 et 12 ans, et les syncinésies toniques qui restent existantes et qui semblent plutôt liées à certains individus (par exemple les athétoses). Nous avons constaté que les enfants normaux et surtout les dyslexiques ont au moins, si ce n'est plus, de syncinésies que les débiles mentaux.

3. Examen de la relaxation et paratonie. (L'impossibilité d'inhibition motrice volontaire). Notes : 1 = relaxation complète ; 2 = relaxation intermittente ; 3 = légère tension ; 4 = tension très prononcée. Nous nous servons du test du Dr Janseune (Belgique) : palpation du tonus musculaire, résistance dans les mouvements passifs, élasticité des articulations, chute du membre soulevé, relaxation des bras en position antéroflexe du tronc, vérification de la relaxation en positions couchée dorsale, latérale et ventrale. Remarque : la maîtrise du tonus est très liée à la motricité — un débile mental a beaucoup plus de difficultés à se relaxer qu'un enfant normal. Même constatation pour les caractériels. Il n'y a pas de règle générale : par exemple chez les mongoloïdes, il n'y a pas de paratonie, et chez certains débiles mentaux non plus.

4. Examen de la respiration. Nous observons la respiration spontanée, notamment thoracale, diaphragmatique ou haut-thoracale, ainsi que celle superficielle ou profonde. Ensuite, le rythme, la mesure du temps d'expiration et le blocage de la respiration. Pourquoi cette observation ? Il semble y avoir une relation entre la respiration et le psychisme : une longue expiration va de pair avec une bonne application. Un enfant anxieux ne respire pas bien à cause de ses tensions. Les débiles mentaux, surtout les cas graves, n'ont pas de contrôle sur leur respiration.

B. Comportement perceptivo-moteur

1. Perceptions tactiles. Quelques petits tests, non notés en points et sans tableau de comparaison, axés sur le pouvoir de reconnaissance stéréognostique (yeux fermés, sans bruit) : a) reconnaissance de matières élémentaires — bois, fer, verre, papier, carton, plastique, laine, craie, cuir ; b) reconnaissance des formes — cercle, carré, triangle, croix, sphère, demi-cercle, rectangle, lettres (A, O, Z, E) ; c) reconnaissance de la grandeur (grand, petit, moyen) ; d) reconnaissance du poids (léger, lourd, plus lourd) ; e) reconnaissance de la température (froid, tiède, chaud) ; f) reconnaissance de la rugosité (rugueux, moyen, lisse) ; g) reconnaissance de la dureté (carton, bois, fer). Notation par + et −.

2. Gnosis auditif. Les tests employés sont moins exacts que le test de l'audiométrie et de la sélectivité. Nous n'avons pas de tests propres étalonnés. Nous avons celui de Stambak pour la structuration temporelle qui aide à déterminer la perception auditive, mais le gnosis auditif n'est pas testé. Nous avons fait quelques tests simples notés par + ou − : a) bruits familiers (laisser tomber une pièce d'argent, secouer des clefs, froisser du papier, brosser les dents, écrire au tableau, fermer un livre en le claquant, déchirer du papier) ; b) bruits d'objets roulants (distinguer petites et grandes balles en bois, billes en verre / en plastique) ; c) reconnaître les sons hauts et bas (avec une flûte) ; d) reconnaissance de la durée des sons ; e) discrimination de lettres et mots entendus (yeux bandés) — on commence par des comparaisons très différentes (a et o ; b et i), puis avec la même intonation, enfin la tâche la plus difficile : des lettres qui se ressemblent dans la prononciation (m et n ; v et f ; b et p ; t et d). Finalement on emploie des mots comme : blouse / pelouse — beau / peau.

C. Le Rythme

Se fait par : 1. la vue (en regardant le mouvement du rythme) ; 2. l'ouïe (en écoutant attentivement le rythme) ; 3. le sens musculaire (par la sensibilité profonde et superficielle, qui est faite par la mémoire kinesthésique qui accompagne le mouvement rythmique). Explication de l'épreuve : initiation et reproduction de la cadence du métronome.

1. Rythme rapide : 80 battements par minute. L'enfant est mis à une distance de 2,5 à 3 m du métronome ; un papier est attaché au bout du balancier, l'enfant regarde et écoute pendant quelques instants. a) Imitation : l'enfant doit taper avec les bras. b) Reproduction : l'enfant doit battre des mains dans le même rythme (sans bouger les bras). Qualification : + si tout est synchronisé, − s'il y a des difficultés d'accommodation.

2. Rythme lent : 60 battements par minute. Idem procédé.

III. — Profil de la mobilité (Van Roozendaal)

Là où le profil psychomoteur nous donne l'évolution de l'enfant à un âge bien déterminé, sur le plan de la psychomotricité, le profil de la mobilité nous donne beaucoup plus ses comportements général, dans des mouvements, nous voyons ici les reflets de ses relations avec le monde extérieur. Les changements sur le premier plan nous indiquent les changements d'une étape à l'autre. Ces changements se manifestent dans les différents stades de la vie : l'incoordination de l'enfant très jeune, la maîtrise et l'équilibre chez l'adulte, l'incertitude et la perte de contrôle des mouvements chez les personnes âgées. Nous avons pris les 13 catégories de mouvements selon Van Roozendaal, mais adaptées aux capacités de l'enfant. Les notes données vont de 0 à 10. La moyenne des prestations normales des enfants qui viennent chez nous en traitement est utilisée. Les limites haute et basse dans les résultats nous donnent des indications pour le traitement.

Ce groupe de tests met l'accent sur la motricité de l'expression, les mouvements proprement dits. À côté de l'observation psychomotrice, ces mouvements se manifestent spécialement dans la période de traitement. C'est le test de cliniciens. Le test de Néerlandais H.P. Van Roozendaal est à la base de ce test, mais il l'avait conçu pour patients psychotiques. Les 13 catégories de mouvements sont :

  1. Adaptation du sentiment de la mesure.
  2. La coordination vers un objectif final.
  3. La réaction (façon de réagir dans une situation) — réaction dans le jeu, notée de 0 à 10 :
    • 10-9 : prend toujours part au jeu et est très créatif
    • 8 : prend toujours part au jeu et est créatif
    • 7-6 : prend toujours part au jeu
    • 5-4 : prend part au jeu, voit clair dans le jeu
    • 3 : prend de temps en temps part au jeu, avec peu de sagacité
    • 2 : joue à peine, puisqu'il ne comprend pas la situation
    • 1-0 : ne joue pas et ne comprend rien à la situation
  4. Adaptation à l'équilibre (point d'appui et pesanteur).
  5. Harmonie des mouvements.
  6. Compréhension (perspicacité) des mouvements montrés.
  7. L'intelligence ou capacité d'apprentissage :
    • 10-9 : apprend très vite et développe vite les mouvements appris
    • 8 : apprend vite les mouvements même difficiles, et développe
    • 7 : apprend les mouvements nouveaux, les développe
    • 6-5 : apprend lentement, les mouvements appris disparaissent
    • 4-3 : n'apprend pas de mouvements nouveaux et les anciens se perdent
    • 2 : n'apprend pas, les anciens s'en vont vite
    • 1-0 : plus moyen de faire un test
  8. L'intensité des mouvements.
  9. L'attitude envers le mouvement.
  10. Technique du jeu.
  11. Tactique du jeu.
  12. Façon de vivre le jeu.
  13. Sens social dans le jeu :
    • 10-9 : joue d'une façon très coopérative et agréable
    • 8 : jeu coopératif et agréable
    • 7-6 : jeu coopératif
    • 5-4 : jeu non coopératif mais pas gênant
    • 3 : non coopératif et devient gênant
    • 2 : jeu gênant
    • 1-0 : enfant à éliminer à cause de son comportement gênant

Dans ces dernières situations, le joueur n'est pas orienté vers le groupe, il est égoïste, gênant et agressif.

Quelques constatations à l'examen initial

Nous distinguons deux grands groupes :

  • 1er groupe : dyslexiques, bègues, caractériels.
  • 2e groupe : troubles mentaux — débilité légère, débilité moyenne, débilité grave.

I. Sur le plan de la motricité de base. Premier groupe : peu ou pas de retard. Second groupe : plus l'intelligence est faible, plus le retard augmente.

II. Sur le plan de la neuro-motricité. Perturbations dans les deux groupes.

III. Sur le plan de la perceptivo-motricité.

  • Schéma corporel — premier groupe : difficultés ; débilité légère : difficultés ; débilité moyenne : sérieuses difficultés ; débilité grave : très grand retard.
  • Orientation spatiale — idem schéma corporel.
  • Perception visuelle — premier groupe : peu ou pas de difficultés ; débilité légère : peu de difficultés ; débilité moyenne : difficultés ; débilité grave : sérieuses difficultés.
  • Perception auditive — premier groupe : objets familiers normale, différenciation sons hauts/bas perturbée ; débilité légère : objets familiers normale, sons hauts/bas perturbée ; débilité moyenne et grave : objets familiers perturbée, sons hauts/bas perturbée.
  • Perception tactile — premier groupe : pas de difficultés ; débilité légère et moyenne : pas de difficultés ; débilité grave : perturbée.
  • Structuration temporo-spatiale — dyslexiques et bègues : structuration temporelle difficultés, structuration spatiale pas de difficultés ; débilité légère et moyenne : idem ; caractériels : pas de difficultés ; débilités graves : difficultés sur les deux plans.

Qualité des mouvements. Dyslexiques et bègues : légèrement perturbée. Caractériels : gravement perturbée. Débilité légère : retard léger. Débilité moyenne : retard moyen. Débilité grave : retard très sérieux.

Bibliographie

C. R. Arthur, A point scale of performance tests, Chicago, 1943 (KOHS-Blokjes, p. 37-41-55-57). — L. Bender, Test moteur de structuration visuelle, Centre de Psychologie Appliquée, Square Jouvenet, Paris (16e). — J. Berges et Lézine, Tests d'imitation de gestes, Masson, Paris, 1963. — Berges-Daurat-Hmeljak-Stambak, Test du schéma corporel, Centre de Psychologie Appliquée. — A. Bucher, Troubles psycho-moteurs chez l'enfant, Paris, Masson, 1970. — C. Buhler, Kleine Kindertests. — M. Frostig, Developmental test of visual perception, Consulting Psychologists Press, Palo Alto, 1963 ; édition française au Centre de Psychologie Appliquée. — A. Gesell, Le Développement de l'Enfant, P.U.F., 1950. — E. Guilmain, Tests moteurs et tests psycho-moteurs, Foyer Central d'Hygiène, Paris, 1948. — Galifret-Granjon, Batterie Piaget-Head (fascicule I — Manuel pour l'examen psychologique de l'enfant). — J. Harris, Harris Test voor laterale dominantie, Editest, Bruxelles, 1966. — Illingworth, The normal child, J. P. A. Churchill Ltd, London, 3e édition. — J. Le Boulch, L'Éducation par le Mouvement, Éditions Sociales Françaises, Paris, 1966. — L. Picq et P. Vayer, Éducation psycho-motrice et arriération mentale, Doin, Paris, 1966. — Piorrowsky, Schijfjes van Piorkowsky, Établissements Bettendorf, Bruxelles. — Mira Stambak, Trois épreuves de rythme (fascicule 3, Manuel pour l'examen psychologique de l'enfant). — Sevenoo, Lateralisatietest bij kleuters (Proefschrift, Rijksuniversiteit Gent). — G. Tardieu, Le dossier clinique de l'I.M.C., Cahier du Cercle de Documentation et Information, 1969. — P. Vereecken, Definitie en onderzoek van het lichaamsschema, Tijdschrift voor opvoedkunde, 1960, p. 253-261. — R. Zazzo, Manuel pour l'examen psychologique de l'enfant, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1958. — N. P. Van Roozendaal, « A method of movement analyse with psychiatric patients », Folia Psychiatrica, Neurologica et Neurochirurgica Neerlandica, 1960, p. 205-218. — H. Janseune, « Tonus-Relaxatie », Orthopedagogica , 1969, n° 2.


Discussion à propos de l'exposé de M. Waeyaert (Anvers)

« L'examen psycho-moteur chez l'enfant » — Examen du schéma corporel
Débat présidé par le Dr A. E. Sidlauskas (Ottawa)

Dr Sidlauskas

Je pense que vous avez tous compris combien l'examen psycho-moteur est important, parce que la vie ne se démontre que par le mouvement ; tout ce qui vit bouge et le psychisme, lui aussi, s'exprime par le mouvement. Mais cette psycho-motricité doit être dirigée, organisée, canalisée. Lorsqu'elle est perturbée, distribuée de façon anarchique, cela prouve qu'il y a quelque chose qui ne va pas ; l'énergie psychique se trouve alors fractionnée dans un éparpillement dans lequel elle se perd.

Le travail qu'a effectué M. Waeyaert est, à mon avis, d'une grande importance, surtout pour nous qui sommes les représentants des idées du Professeur Tomatis dans le monde plus ou moins exigeant des sciences. Il faudrait que cet effort soit communiqué à tous les utilisateurs afin que nous puissions, les uns et les autres, vérifier si les données exposées par M. Waeyaert s'appliquent aussi bien aux Canadiens, qu'aux Belges, aux Espagnols, aux Africains du Sud, etc. Si nous parvenons à réaliser véritablement quelque chose de constructif, nous pourrons offrir au monde scientifique des échelles valables de mesure de psychomotricité. Jusqu'à présent, les critères dans ce domaine sont encore très vacillants du point de vue de la validation statistique et objective. Vous comprenez donc pourquoi j'encourage avec beaucoup d'enthousiasme ce genre de travail.

Pr Tomatis

Personnellement, je considère que ce n'est pas à M. Waeyaert de s'excuser d'avoir été trop long dans son exposé ; je crois plutôt que c'est à nous de nous excuser de ne pas lui avoir donné assez de temps pour nous communiquer toutes les données de son travail de psycho-motricité, abordé sous l'angle de l'audio-psycho-phonologie. Contrairement à ce qu'il pense, nous l'engageons à travailler encore davantage dans cette voie afin qu'il puisse nous offrir l'année prochaine un exposé de cette qualité.

Il est vrai qu'il nous manque cette homogénéisation de la recherche en psycho-motricité et il serait souhaitable, comme nous le disait tout à l'heure le Dr Sidlauskas, que nous puissions avoir des grilles permettant à tous les utilisateurs de chercher dans la même direction et de travailler à partir des mêmes bases. Pour l'instant, nous sommes en cas désordonnés les uns et les autres, n'ayant pas suffisamment d'éléments à notre disposition, nous ne pouvons jamais déterminer le pronostic ainsi qu'on temps nécessaire à la venue en place des circuits de contrôle, pour une mise en charge de séances, etc. Il serait donc utile d'avoir un profil de la structuration psycho-motrice sous-jacente qui nous permette de savoir si l'organisme du sujet va s'élaborer, s'organiser plus ou moins rapidement dans l'avenir.

J'aimerais que M. Waeyaert pense tout particulièrement à l'organisation psycho-motrice à travers le langage afin qu'il puisse nous offrir l'année prochaine des tests sous nos yeux ou ses expérimentations au niveau de chaque centre. Je lui demande avant tout de songer que, sur le plan psycho-moteur, pour les tests généraux qui se font au niveau de la commande formulée par celui qui communique les consignes ou ceux du langage, la commande formulée par celui qui communique les consignes ou ceux du langage de l'élaboration de tel ou tel mouvement, de tel ou tel geste.

Il y a une chose qui m'a toujours beaucoup intéressé et qui m'a préoccupé tout particulièrement depuis quelques années, c'est ce phénomène de tassité ou perte du tonus en fonction du tempérament du sujet. Je voudrais que l'on puisse attacher davantage à cette question de tempéraments, c'est-à-dire l'on englobe par exemple sur sa fluorique, qui sera indépendamment du tempérament et de l'hyperémie, vous n'avez pas le moins du monde dans les mêmes conditions pour un autre temps présentant un tempérament différent. Il en sera de même pour un autre temps si la tonicité sera différemment réparti, si la relaxation — puisque vous abordez ce problème — c'est qu'il y est d'harmonisation des charges d'un individu dans un tout son geste, par-est, par-il, et c'est qu'il est d'harmonisation, l'on connaît, ce sont les endroits où il y a contractures, spasmes, c'est-à-dire angoisse. Il est bon de connaître l'utilisation de ce qui peut faire de sous tirer ce qui est homogène dans sa structure sur le plan de la répartition de l'énergie, du tonus musculaire et c'est-à-dire, je pense, que la question des tempéraments doit vous aider à aller plus loin.

Une autre chose qui m'a paru importante est celle de la respiration ; vous avez parlé du tonus corporel, de posture ; n'oubliez pas que tout cela a une signification très précise. Celui qui ne plus respire indique, sur le plan analytique, qu'il ne parvient plus à sortir de la mère et veut pas en sortir : il se retrouve en posture sociale, il ne respire pas, il a des dyspnées exprimant également son refus d'entrer dans l'univers.

Je vous demanderai, M. Waeyaert, de considérer désormais tout ce que vous avez fait et qui est très, très passionnant, davantage sous l'angle du langage c'est-à-dire en fonction du désir de l'être d'aller de l'avant. Sans quoi vous risquez de réintégrer tout un ensemble de tests qui font de l'homme un anthropoïde bien dressé mais qui restera encore un être imprégné de son devenir humain.

Vous avez beaucoup insisté sur les syncinésies ; je voudrais vous incitez beaucoup sur les syncinésies au moment du langage. Dès l'instant où vous voyez immédiatement aux, pour se mettre à l'écoute, qu'il essaye de régler sa posture corporelle et où vous assistez aux à cette prise de conscience de l'image du corps dont vous parlez là à l'heure, qu'il est question de l'image de l'on se fait de soi et de la sienne tout à fait certains stades de la vie. De là l'instant où le sujet va vouloir se mettre à parler à son tour, les syncinésies vont apparaître au niveau des membres supérieurs, des membres supérieurs, du tronc, de la face, etc. Vous pourrez ainsi constater les lieux de diffusion de l'énergie, qui sont souvent très significatifs. Je pense que nous pourrions retrouver bien souvent en parlant d'une grille tenant compte des facteurs qui interviennent lors de la sécrétion d'un langage.

M. Dubard

Il m'est toujours personnellement difficile, lors d'un examen très approfondi et très détaillé, de reconnaître précisément le lien qu'il y a entre toutes ces épreuves et la possibilité que l'on va en avoir par la suite d'utiliser les énergies pour aider l'enfant à prendre conscience de soi, à diriger les énergies essentielles de sa motricité. En ce qui concerne le travail que je fais par les I.M.C., je commence à transformer considérablement la nature des examens, car cela me s'obtient apparemment des fournissaient des tableaux non seulement très larges mais difficilement utilisables. Et à l'heure actuelle, difficile à dresser un profil qui soit directement utilisable et qui ne soit pas une succession de données qu'on laisse pratiquement tomber dans un tiroir.

M. Waeyaert

C'est cela que j'ai voulu expliquer. L'on fait un test après l'autre, puis on reporte les résultats sur un seul graphique à partir duquel l'on peut déterminer tout de suite ce que l'enfant peut faire, sa coordination des mains, quel âge il a, etc. Je vais vous donner un exemple sur le tableau.

Si nous avons affaire à un enfant de 5 ans, nous mettons un trait ici et, à chaque examen (par exemple la coordination des mains qui donne un âge de 5 ans), nous reportons les résultats alors sur le tableau et ainsi de suite. Pour la perception auditive d'un enfant de 12 ans par exemple, nous refaisons la même chose et nous obtenons ainsi, pour chaque état, des résultats que l'on indique par une croix sur le tableau. En ce qui concerne les tests complémentaires qui ne peuvent entrer dans le programme, nous les marquons sur le côté avec tous leurs détails et leurs conclusions à la fin. Nous pouvons ainsi voir quel âge psycho-moteur un enfant obtient après ces tests, s'il a un âge psycho-moteur de 10 ans pour un âge réel de 10 ans ou s'il a un âge psycho-moteur de 8 ans, c'est-à-dire 2 ans de retard. Nous obtenons donc une vue globale de tous ces tests.

M. Dubard

Parvenez-vous également, à l'aide de ces tableaux, à synthétiser la ou les causes qui, en fait, amènent ces différents troubles ?

M. Waeyaert

Oui, bien sûr. Avec ces résultats, nous pouvons par exemple, au niveau des tests perceptivo-moteurs, retrouver les difficultés qu'un sujet rencontre dans sa scolarité. Si c'est un débile mental qui a encore une bonne motricité, nous pouvons déterminer quelles sont ses difficultés pour vivre, pour exister, etc. Et nous retrouvons à ce moment-là les origines psychologiques qui sont sous-jacentes à ces troubles de la motricité. En organisant ainsi méthodiquement ces résultats, nous espérons encore améliorer les progrès de nos enfants.


Source : Waeyaert M., « L'examen psychomoteur chez l'enfant », in IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, 11-14 mai 1972, p. 32-58. Centre d'Audio-Psycho-Phonologie d'Anvers (Belgique). Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis.

Actes complets du IIᵉ Congrès APP Paris 1972fac-similé du volume des actes (228 pages, regroupant cette communication et l'ensemble des interventions du congrès).

Analyse des résultats d'audio-phonologie chez les débiles mentaux — Dr Spirig, Centre de Nieuwpoort (IIᵉ Congrès APP, Paris, 1972)

Communication présentée par le Dr Spirig, du Centre d'Audio-Psycho-Phonologie de Nieuwpoort (Belgique), à la première journée du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie tenu à Paris du 11 au 14 mai 1972. Le Dr Spirig y rend compte d'une analyse comparative menée sur des enfants reçus comme « débiles mentaux » — caractéristiques audiométriques, psychomotrices, neuro-motrices, scolaires et électro-encéphalographiques — et de la rééducation par voix maternelle (V.M.) et Oreille Électronique. Suit la discussion, présidée par le Pr Tomatis, qui revient longuement sur l'image du corps, la sélectivité, le quotient intellectuel, l'espace-temps einsteinien, le dialogue mère-enfant, l'accouchement sonique et le rôle du chant grégorien (interventions de M. Bonhomme, Mme Joanny, Dr Sarkissoff et auditeurs).

Analyse des résultats d'audio-phonologie chez les débiles mentaux

par le Dr Spirig
Centre d'Audio-Psycho-Phonologie de Nieuwpoort (Belgique)

IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, 11-14 mai 1972 — Actes, pp. 73-79.

Introduction

Le travail présenté ici porte sur un groupe d'enfants reçus à Nieuwpoort sous l'étiquette de « débiles mentaux ». Nous avons cherché à dégager, parmi ce qu'on appelle communément la débilité mentale, ce qui revient proprement à un défaut d'audio-phonologie et ce qui en est distinct ; ceci, dans la perspective de proposer une rééducation différenciée.

A. — Caractéristiques de la population étudiée

1. Audio-psycho-phonologie. — Tous ces enfants présentent des troubles d'audio-phonologie au sens où l'entend le Pr Tomatis : défaut de sélectivité, défaut d'ouverture, courbe d'audition particulière.

2. Test auditif. — Les courbes audiométriques montrent des particularités constantes : faible sélectivité, ouverture déficiente, profil souvent en cuvette ou irrégulier dans les fréquences moyennes.

3. Tests psychomoteurs (a — Bender, b — épreuves de latéralité, c — épreuves graphomotrices). — On distingue trois groupes :

  1. Un premier groupe présente un retard psychomoteur global, sans dissociation marquée ;
  2. Un deuxième groupe présente une évolution psychomotrice moins défaillante, mais avec des inégalités franches selon les épreuves ;
  3. Un troisième groupe présente des résultats psychomoteurs normaux ou proches de la norme, alors même que ces enfants ont été adressés comme débiles.

4. Comportement neuro-moteur (a, b, c, d). — Examen détaillé du tonus, des syncinésies, de la coordination dynamique générale et de la coordination oculo-manuelle.

5. Profil de la mobilité. — Établi à partir des épreuves précédentes, ce profil dégage la part proprement neuro-motrice du retard.

6. Savoir scolaire. — Niveau atteint en lecture, écriture, calcul, comparé à l'âge chronologique.

7. E.E.G. — Tracés électro-encéphalographiques recueillis chez l'ensemble des sujets.

B. — Rééducation

L'analyse des échecs partiels rencontrés au cours de la rééducation par Oreille Électronique, dans une première phase, nous a conduits à isoler deux éléments essentiels, sans lesquels la rééducation ne se met pas en place de façon durable :

  1. la reprise de la voix maternelle filtrée, conduite jusqu'à l'accouchement sonique ;
  2. l'attention portée à l'ouverture et à la sélectivité auditives, paramètres qui doivent être suivis pas à pas pendant tout le processus de rééducation.

C. — Reprise de la Voix Maternelle (V.M.)

Nous illustrons cette reprise par le cas d'un enfant dyslexique flamand adressé au Centre. La reprise systématique de V.M. a permis de faire apparaître progressivement des phénomènes que la première rééducation, conduite sans cette reprise, avait laissés à l'arrière-plan.

D. — Réactions observées après la reprise de V.M.

1. — Apparition simultanée d'une amélioration de l'ouverture et de la sélectivité auditives.

2. — Modifications observées au plan psychomoteur :

  1. réorganisation du tonus ;
  2. diminution des syncinésies ;
  3. amélioration de la coordination dynamique ;
  4. amélioration des épreuves graphomotrices ;
  5. réorganisation de la latéralité ;
  6. amélioration du schéma corporel ;
  7. amélioration globale du comportement et de la disponibilité relationnelle.

E. — Conclusions

À partir des trois groupes décrits plus haut, nous proposons les conclusions suivantes :

  • Groupe I — retard psychomoteur global, débilité authentique : la rééducation par V.M. + Oreille Électronique a un effet d'appoint, mais ne déplace pas la structure de fond ;
  • Groupe II — (a) évolution favorable lorsque la reprise de V.M. est conduite jusqu'à terme ; (b) évolution décevante en l'absence de cette reprise ;
  • Groupe III — (a) enfants adressés comme débiles mais sans débilité authentique : la rééducation audio-phonologique révèle un quotient intellectuel sensiblement normal ; (b) l'étiquette de débilité tombe au profit d'un diagnostic d'inhibition d'origine audio-phonologique.

F. — Proposition de schéma de rééducation

  1. bilan audio-psycho-phonologique complet à l'entrée ;
  2. reprise systématique de V.M. avec accouchement sonique avant toute autre étape ;
  3. séances d'Oreille Électronique en suivant pas à pas ouverture et sélectivité ;
  4. réévaluation périodique des paramètres psychomoteurs et scolaires.

G. — Questions ouvertes

  1. Jusqu'où peut-on pousser l'ouverture de la sélectivité chez les débiles authentiques ?
  2. Quel est le rôle de l'E.E.G. comme indicateur du potentiel de récupération ?
  3. Comment pondérer la part organique et la part conflictuelle dans la genèse du tableau de débilité ?
  4. Que devient, à long terme, le Groupe III lorsque l'étiquette de débilité a été levée ?
  5. Quelle place donner au chant grégorien dans la programmation des débiles ?
  6. L'accouchement sonique est-il à reprendre plusieurs fois chez le même sujet, et selon quels critères ?
  7. Comment articuler l'apport audio-phonologique aux structures existantes de l'enseignement spécialisé ?

Discussion à propos de l'exposé du Dr Spirig (Nieuwpoort)

Débat présidé par le Professeur Tomatis

Actes, pp. 81-95.

Intervention du Pr Tomatis

Le Pr Tomatis, prenant la suite des questions soulevées par le Dr Spirig, revient d'abord sur les sons purs et sur la courbe d'audition. Il insiste sur le fait que l'image du corps se construit en fonction de la perception des hautes fréquences, et que la zone du langage ne peut s'organiser que si la sélectivité est ouverte sur l'ensemble du spectre audible.

Dr Spirig

Oui, c'est bien ce que nous observons chez ces personnes : tant que la sélectivité reste fermée, l'image du corps reste fragmentaire et la zone du langage ne s'organise pas.

Pr Tomatis

Le Dr Spirig est sur le même chemin que nous. Les séances d'Oreille Électronique permettent, pas à pas, de rétablir la fonction de recharge corticale, et la scolarité reprend pendant le traitement lui-même. Mais il faut bien comprendre que ce que nous appelons souvent « débilité » est, en réalité, dans bien des cas, un faux quotient : l'enfant n'a pas eu accès à l'équipement neurologique nécessaire pour faire la preuve de son intelligence, faute d'une oreille suffisamment ouverte.

La musique filtrée et la voix maternelle permettent de revenir en deçà de cet équipement défaillant. Nous avons même obtenu des résultats étonnants avec des sujets schizophrènes, en allant chercher ce qui se passe en deçà de la voûte du sébo, là où la perception sonore n'a pas encore quitté la dimension somatique.

Il faut se rappeler que le son ne passe pas seulement par l'oreille ; il passe aussi par la peau. C'est tout l'humain qui entend ; le tympan n'est qu'un point parmi d'autres dans cette écoute généralisée. L'E.E.G. nous montre d'ailleurs que la stimulation sonore retentit sur l'ensemble du tracé cortical, et pas seulement sur les aires auditives au sens strict.

Il y a là tout un problème d'espace-temps qui rejoint, à mes yeux, les intuitions d'Einstein. Chez les gauchers et chez les dyslexies prononcées, ce qui est en cause, c'est précisément un défaut d'organisation de l'espace-temps perçu. L'oreille — et plus largement l'ensemble du capteur somatique — doit pouvoir hiérarchiser ce qui arrive avant et ce qui arrive après. Tant que cette hiérarchie n'est pas assurée, l'enfant reste pris dans le cosmos indifférencié de ses perceptions, sans ego pleinement constitué.

M. Bonhomme

L'avenir, à proprement parler, n'existe pas.

Pr Tomatis

Disons que l'avenir est ce vers quoi l'écoute nous tend ; c'est la direction de la transcendance. Sans écoute, il n'y a pas d'avenir possible — il n'y a que la répétition d'un présent indifférencié.

M. Bonhomme

Et la mémoire ?

Pr Tomatis

La mémoire, c'est le fichier où s'inscrit ce qui a été entendu et intégré. Tant que l'oreille ne hiérarchise pas, il n'y a pas vraiment de mémoire, mais un magma sonore où rien ne se retrouve.

Un Auditeur

(intervention non enregistrée)

Pr Tomatis

Pour reprendre la question de la voix maternelle telle que la pose le Dr Spirig : nous nous trouvons toujours, à un moment ou à un autre, devant la situation d'Œdipe-Roi. Il faut que la mère accepte de lâcher l'enfant ; sans cela, aucune ouverture véritable n'est possible.

Un Auditeur

Et la mère ?

Pr Tomatis

Nous faisons aussi passer de la Musique Filtrée à la mère. Souvent, c'est par cette voie qu'elle se rend disponible à l'enfant.

Un Auditeur

(question relative à la naissance)

Pr Tomatis

L'enfant, à la naissance, change brutalement de monde. À l'intérieur de l'utérus, il entendait dans un milieu liquidien : son oreille moyenne était remplie de liquide amniotique, et les impédances acoustiques étaient toutes différentes de ce qu'elles vont devenir.

Nous provoquons donc peu à peu le changement de l'une à l'autre de ces impédances, jusqu'à ce que l'enfant sente ce qui s'est passé dans les premiers moments de sa vie. Au départ d'ailleurs, il entend comme il entendait lorsqu'il était dans l'utérus, son oreille moyenne encore pleine de liquide amniotique ; ceci explique pourquoi il est tellement tonique au cours des dix premiers jours de sa vie de nourrisson. Et puis, peu à peu, tout s'évanouit pendant plusieurs mois ; l'enfant perd son tonus parce qu'il n'a plus la chance d'entendre les sons aigus, parce que son appareil de transformation d'impédances n'est pas encore au point. Petit à petit, il va apprendre à se servir de l'air comme milieu de transmission et son tympan va apprendre à se tendre à nouveau comme lorsqu'il était dans l'utérus.

Mme Joanny (Nancy)

Et au niveau des bandes, comment cela se passe-t-il ?

Pr Tomatis

Nous avons des systèmes de filtres qui font passer la voix maternelle de 8.000 Hz à 125 Hz en une seule ou en plusieurs étapes. Nous en reparlerons demain en même temps que nous évoquerons le problème de la programmation.

Il faut refaire entendre à l'enfant la voix de sa mère comme il l'entendait au départ de sa vie fœtale puis lui faire revivre son accouchement, sa naissance, son changement d'univers.

Une Auditrice

Est-ce que pour le même genre de cas, vous recommandez chaque fois une même programmation ?

Pr Tomatis

Oui, en général, puisque l'évolution humaine est la même pour chaque individu. Mais il y a cependant des cas d'espèces qui obligent à modifier dans une certaine mesure la distribution de l'information. Supposez que vous fassiez un accouchement sonique après une série de V.M. ; l'enfant évolue bien ; vous continuez donc et passez au stade suivant mais là vous constatez une résistance, une intolérance. Vous avez alors intérêt à reprendre la V.M. et à recommencer un accouchement sonique au bout d'un certain temps. Vous voyez alors comment l'enfant réagit, et s'il n'est pas encore prêt, vous pouvez recommencer. N'ayez pas peur de le faire autant de fois qu'il est nécessaire ; il n'y a aucun danger.

Dr Sarkissoff

Peut-on faire deux ou trois accouchements soniques les uns à la suite des autres ?

Pr Tomatis

Oui, et même plus, sans aucun inconvénient, bien au contraire. Vous assistez alors à une sorte de plaisir, de reviviscence chez l'enfant, très extraordinaire à observer.

Dr Sarkissoff

Est-ce que vous faites suivre cet accouchement d'une ou plusieurs séances de voix maternelle non filtrée ?

Pr Tomatis

Oui, de préférence ; vous avez souvent la surprise de voir, à ce moment-là, que l'enfant entend sa mère ; sa relation avec elle devient meilleure. Il ne faut surtout pas faire passer la voix du père immédiatement après car il peut y avoir des réactions très violentes. Le père, c'est l'autre, c'est le devenir, c'est la droite, c'est ce que refuse souvent l'enfant en traitement.

Il y a donc lieu de suivre une programmation très nuancée. Après la V.M.N.F. (voix maternelle non filtrée), on fait passer de la musique filtrée puis on aborde le langage avec des mots riches en fréquences aiguës. Ce n'est qu'après 60 à 80 séances que l'on peut envisager de faire passer la voix du père. Nous reparlerons de tout cela demain à l'occasion de l'exposé que doit nous faire Mme Espinat à ce sujet.

Dr Sarkissoff

Je n'ai pas grand-chose à ajouter ; j'aimerais toutefois revenir sur ce que vient de dire le Pr Tomatis en ce qui concerne les accouchements soniques. Je pense que l'un des grands avantages qu'ont ceux qui ne soignent pas les débiles est, comme l'a mentionné le Pr Tomatis, cette possibilité de susciter une résurgence des conflits.

Lorsque nous faisons l'accouchement sonique, nous voyons des quantités de conflits apparaître ; c'est merveilleux car, à ce moment-là, nous pouvons aider à dénouer ces conflits en les verbalisant, en les comprenant. En ce qui concerne les conflits des débiles, nous ne pouvons pas généralement les déceler ; il est impossible de les dénouer autrement qu'avec l'appareil Tomatis. Nous voilà donc en mesure de faire intervenir la dimension neurologique des sons, alors qu'habituellement nous avons à notre disposition deux dimensions dans le contact humain que nous pouvons avoir avec l'enfant, ce qui nous permet de comprendre ses conflits.

Pr Tomatis

Je pense que, pour le débile, nous retrouvons un peu ce que le Dr Dubard nous a exposé ce matin à propos de l'enfant handicapé et débilité par ailleurs. Il existe chez lui un rejet ; il existe chez ces gens une grande peur sous-jacente, une psychotique dont nous devons absolument tenir compte et pour lequel nous pouvons intervenir à l'aide de nos techniques.

Il est certes impensable de faire bénéficier d'une analyse un enfant qui a un quotient intellectuel à 70 ; la démarche est difficile et se ramène à quelques jeux et à quelques mouvements, mais il faut savoir habituellement, à la revalidation auditif, si le Q.I. monte à 80, le sujet va alors augmenter son champ de conscience et le problème change d'aspect.

Je crois que, en donnant du courant à un individu par l'intermédiaire de l'oreille et par le jeu purement dynamisant de la fonction de recharge, avec les percussions d'attendre un plan de coactivation électrique au plan de coactivation neurologique appartenant. C'est là qu'est le danger aussi, comme la conscience commence à s'éveiller, l'analyste peut alors jouer ce facteur pour aller plus loin. Je sais que comment l'analyste joue avec l'inconscient et l'aimerait lui demander de nous l'expliquer. Je dois dire que ce mot « inconscient » m'indispose ; je ne sais pas ce qu'en pense le Dr Sarkissoff.

Dr Sarkissoff

L'inconscient est une hypothèse ; c'est quelque chose d'invisible qu'on ne peut atteindre consciemment ; on ne l'atteint toujours d'une manière indirecte. Mais c'est par cette voie indirecte d'une manière d'être conscient. C'est pour cela que l'activité de l'appareil Tomatis sont à comparer à l'activité d'une psychanalyse sonique, toutes deux visent à atteindre quelque chose qui est au-delà du phénomène et qui est l'inconscient.

D'autre part, j'ai été très intéressé par les remarques du Dr Spirig sur l'épileptoïde et le sujet que l'analyste désigne dans ce sens. En peu de temps, quelques-uns nous frappent au neurologique sur ce qu'il faut avoir du courage, mais je ne le suis pas, pour aborder les thèmes qui ne font pas partie de votre spécialité. La pénombre de cette apparition de l'épileptoïde et chez l'épileptoïde et le sujet d'envoyer des effacements dans le cortex en direction de l'aire temporale, à ce qui ne peut, comme l'a dit le Dr Spirig, et comme le Pr Tomatis vient de le confirmer, une maturation de ces zones qui n'ont jamais pu s'éveiller, faute de recevoir les stimuli nécessaires.

Cette maturation m'accompagnant, m'aurait été élémentaire élidée, de phénomènes qui peuvent être de type épileptoïde. Il semble dans le cours de l'épileptoïde, ou se trouve en présence, au moment où les défauts franchissent les barrières et permanent un certain, d'une augmentation des crises ou des phénomènes qu'on évoque l'apparition d'épileptoïde authentique. Cette recrudescence est, je crois, un très bon pronostic du processus de maturation. Il s'agit, notable-t-il, d'une sorte de réactivation que l'on peut

attribuer, si l'on veut, à l'instinct de mort ou à d'autres causes hypothétiques que provoquent les crises et qui vient s'insérer à l'accouchement. Tout se passe comme si cette maturation s'évertuait à dévoiler ces données dans nos thèses psychanalytiques. S'accompagnant d'une sorte de relâchage de pulsion de mort qui provoque la crise épileptique et d'une fonction vitale qui correspondrait à la maturation de ces zones cérébrales.

Pr Tomatis

Je voudrais ajouter un mot à ce sujet. Nous avons pensé, au début de nos recherches, qu'il nous fallait des appareils extrêmement sensibles, notamment en ce qui concernait les écouteurs ; nous voulions avoir des écouteurs qui aillent à 16.000 Hz et ce qu'avant l'avant d'ailleurs d'utiliser ce que nous le recherchons. Or, il s'est avéré, peu à peu, peu à peu, qu'avec ces écouteurs très haute fréquence, nous risquions de provoquer des crises d'épilepsie. Ceci répond à ce que vous êtes en train de dire : le phénomène épileptoïde être une mise en résonance d'une partie de l'édifice d'habitude étouffée ; il se passe quelque chose ; cela vient très bien à l'épileptique rentrer en conflit avec son corps.

Nous avons donc éliminé les fréquences au-dessus de 100 Hz pour éviter ces incidents. On sent bien d'ailleurs, lorsqu'on passe beaucoup de graves, qu'une fatigue apparaît. On rentre une sorte de brassage, de risque d'une mise en résonance d'un rythme cérébral mal canalisé. Alors qu'au contraire, lorsque nous passons les aigus, nous harmonisons par une mise en fonctionnement du cortex dans une direction qui donne, en même temps, des éléments de recharge.

Dr Spirig

Nous avons remarqué souvent, chez les dyslexiques, des signes épileptoïdes durant une certaine période, qui s'estomperont par la suite. Nous avons constaté des phénomènes semblables chez les bègues.

Maintenant, je voudrais vous poser une autre question sur le principe suivant : étant donné que nous constatons de la sélectivité reste bloquée aussi longtemps que la maturation n'évolue pas, nous sommes en droit de penser qu'il s'agit d'un phénomène psychologique. J'ai cru comprendre, à l'aide des données psychanalytiques, que cette non-évolution est, pour une grande part, voulue inconsciemment. Est-ce bien exact ?

Pr Tomatis

Je pense qu'il y a là un blocage au niveau du thalamus et que, dans ce cas, une dharmacopée bien dirigée pourrait nous aider : il s'agit de la viscose vie biogène, de la viscosité totale. On peut songer là encore davantage de la libre vie plus à faire d'accouchements, à laisser l'enfant dans le casque sur la tête plusieurs heures par jour, à utiliser des bains sonores harmoniques. Nous avons même songé à mettre des hauts-parleurs afin de maintenir une ambiance sonore constante pour ces sujets — le son ne passe pas seulement par l'oreille ; il passe aussi par la peau et l'on doit penser à imbiber l'individu de sons sur tout son corps afin qu'il accède à un certain niveau d'ouverture au monde extérieur. Dès qu'il atteint 500 Hz, l'image du corps apparaît, notamment la conscience des viscères ; et le sujet revit, pendant cette période, sa vie purement ombilicale, qui l'a empêché le plus souvent de monter au-dessus d'un vécu viscéralisé.

Dr Spirig

Faut-il continuer les accouchements soniques jusqu'à ce que la sélectivité soit complètement ouverte ?

Pr Tomatis

Oui, je le pense ; j'ai moi-même des débiles en traitement et j'avoue que je suis souvent, comme vous, bloqué par ce phénomène de non-ouverture de la sélectivité. Je fais alors faire des séances d'Oreille Électronique tant qu'ils n'arrivent pas à 11 octaves.

Un élément qui nous donne des résultats extraordinaires (nous en reparlerons dans la programmation) est le chant grégorien ; vous verrez que les débiles s'ouvrent d'une manière étonnante en écoutant le chant grégorien. Il y a au Centre de Paris des enfants qui refusent strictement tout, mais dès qu'on leur passe le chant grégorien, ils se mettent immédiatement à chanter et s'éveillent d'une manière exceptionnelle.

Le chant grégorien est un chant qui ne fait appel à aucune projection psychanalytique ; c'est pour cela qu'il a été créé. Tous les chants sacrés, qui passent dans la zone sélective de recharge, tonifient l'être sans toucher à sa viscéralité. Si vous prenez un grand chanteur d'Opéra, je vous défie de lui faire chanter trois mesures de chant grégorien ; il n'y arrive jamais parce qu'il est trop enferré dans son chant viscéral qui est celui de l'homme courant. Pour passer à l'autre chant, cela lui est très difficile. Par contre, lorsqu'un enfant goûte aux modulations grégoriennes, il en apprécie neuroniquement la qualité qui ne lui rappelle rien de son vécu, qui l'apaise et le dirige vers les hautes sphères de la transcendance. Nous faisons faire de plus en plus de séances de chant grégorien.

M. Bonhomme

Y a-t-il des blancs sonores dans ces trainings en chant grégorien, qui permettent de répéter la phrase musicale ?

Pr Tomatis

Oui. Pensant que la mémoire pouvait être défaillante, nous avons même été jusqu'à injecter d'une façon atténuée la même phrase sonore afin que le sujet puisse répéter en même temps. Il a ainsi à sa disposition un support qui lui permet de répéter jusqu'à ce qu'il puisse le faire seul.

Certains enfants n'acceptent que le chant grégorien pendant une certaine période. Il faut alors leur faire passer ces bandes qui ont un grand pouvoir apaisant.


Source : « Analyse des résultats d'audio-phonologie chez les débiles mentaux », communication du Dr Spirig (Centre de Nieuwpoort, Belgique) et discussion présidée par le Pr Alfred Tomatis, in Actes du IIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Paris, 11-14 mai 1972, pp. 73-95. Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis. Transcription : la qualité du document d'époque (stencil dactylographié) ne permet pas une lecture parfaitement fidèle de chaque ligne ; quelques tournures du débat ont été restituées par lecture visuelle des pages numérisées en haute résolution. Les concepts et l'argument sont conformes à l'original.

Actes complets du IIᵉ Congrès APP Paris 1972fac-similé du volume des actes (228 pages, regroupant cette communication et l'ensemble des interventions du congrès).