L'oreille et les troubles de l'apprentissage
Autisme, dyslexie, troubles de l'attention : comment l'oreille influence ces difficultés et comment la méthode Tomatis peut aider.
L'oreille et les troubles de l'apprentissage
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ous avons déjà abordé quelques-unes des raisons qui expliquent pourquoi des difficultés auditives peuvent entraîner des difficultés d’apprentissage. Dans le précédent chapitre, nous avons présenté les mécanismes de l’écoute. Dans celui-ci, l’accent sera mis sur la manière dont ces mécanismes jouent un rôle dans certaines difficultés d’apprentissage. Pour montrer le rôle de l’oreille dans celles-ci, nous examinerons des troubles tels que l’autisme, ainsi que la dyslexie et les troubles de l’attention, qu’ils soient accompagnés d’hyperactivité ou non. De tous, l’autisme est certainement le trouble qui met le plus au défi le thérapeute, puisque les enfants autistes ont d’immenses problèmes d’apprentissage et que leurs progrès sont très lents. Cependant, certaines des caractéristiques de l’autisme ne sont pas si différentes de celles observées dans des cas plus bénins : elles sont seulement plus extrêmes. Examiner quelquesunes des caractéristiques de l’autisme peut même jeter la lumière sur certaines difficultés scolaires plus communes. Pour terminer, nous étudierons le défi posé à beaucoup par l’apprentissage d’une langue étrangère dans lequel l’oreille joue un rôle fondamental. Effectivement, beaucoup d’étudiants qui ne sont pas dyslexiques, lorsqu’ils utilisent leur langue maternelle, se sentent un peu ou même totalement dyslexiques, lorsqu’ils doivent maîtriser une langue étrangère. Comme les dyslexiques, ils pensent qu’ils n’ont pas reçu le don des langues, mais ils peuvent le gagner en acquérant de meilleures oreilles. Être capable d’apprendre facilement contribue énormément à notre sentiment de bien-être. Étrangement, bien-être et apprentissage sont rarement perçus comme complémentaires. L’apprentissage est généralement re117
gardé comme une catégorie à part, réservée aux enseignants, aux professeurs d’universités et au grand nombre des spécialistes de l’éducation essayant de résoudre cet irritant mystère baptisé « difficultés d’apprentissage ». Cependant, un enfant qui doit faire face à ce genre de difficulté, jour après jour, connaît parfaitement le prix qu’il doit payer, que ce soit psychologiquement, émotionnellement ou physiquement. Tous les aspects de son existence en sont colorés, le portant à croire qu’il est stupide, paresseux ou incompétent. Ses relations avec les autres en sont perturbées. Aussi, sa vision du futur est-elle souvent pessimistes et ses chances de réussir dans un monde de plus en plus compétitif amoindries. Il est loin d’être seul à souffrir de ces difficultés scolaires, mais il ne le sait pas. En fait, ils sont des millions qui vivent dans la honte, simplement parce qu’ils ne peuvent pas apprendre facilement. Les difficultés d’apprentissage des enfants sont généralement diagnostiquées à l’école primaire et, si elles ne sont pas dûment traitées, continuent à influencer négativement leur vie d’adulte. Cependant, beaucoup sont aussi intelligents que ceux qui n’éprouvent pas de difficultés d’apprentissage. Comme ces derniers, ils peuvent réussir dans la vie, bien qu’il leur en coûte souvent un travail énorme. De ce point de vue, ils démontrent un courage et une persévérance qui peuvent servir de brillant exemple à ceux dont les efforts ne sont pas toujours aussi fructueux.
L’autisme L’autisme est un trouble global et précoce du développement généralement diagnostiqué durant les trois premières années de vie. Il se caractérise par des troubles dans l’établissement de relations interpersonnelles ainsi que de relations sociales, et par une déficience qualitative de la communication verbale et non-verbale. Les théories sur son origine sont variées et contradictoires. Il affecte approximativement 15 enfants pour 10’000 naissances et est quatre fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Il se rencontre dans tous les milieux, quelle que soit la race, l’ethnie ou la société. Le nombre d’enfants diagnostiqués comme autistiques continue d’augmenter. Jusqu’ici, il n’existe aucune cure. L’autisme prend des formes variées et nombreuses. Il existe, en effet, une grande différence entre un enfant autiste présentant de graves problèmes d’intégration sensorielle et n’ayant pas de langage, et un autre enfant, dont l’autisme se manifeste surtout par une forme d’indifférence à son entourage et une gaucherie sociale, qui ne l’empêchent pas de réussir dans certains domaines. Cependant les difficultés de communication et les problèmes d’intégration sensorielle peuvent être observés dans les deux cas, quoique à des degrés variables. Les parents, dont les enfants reçoivent un diagnostic d’autisme, vivent une terrible tragédie. Ils éprouvent un sentiment de perte intense, même s’ils essayent très souvent de le masquer. Leur dévouement à soigner leur enfant est souvent exemplaire et ils devraient en être loués, comme les héros méconnus qu’ils sont, mais qu’on oublie trop souvent de remarquer. Comme le diagnostic est souvent établi à bas âge et qu’une intervention thérapeutique précoce est préférable, ils sont engagés dans un cycle interminable de thérapies. Il va s’en dire que la recherche d’une cure entraîne un énorme stress pour la famille et met à mal ses ressources financières. L’enfant autiste, lui-même, est mis sous pression, puisqu’il doit acquérir des compétences nécessaires à un développement normal, alors qu’il ne possède pas les éléments de base indispensables qui permettraient cette acquisition. Si l’on se rappelle, en effet, combien il est difficile pour un enfant non autiste d’acquérir des aptitudes de base, telles que la marche, la parole, la
communication ou l’écriture, on se rend mieux compte de l’énorme défi auquel doit faire face un enfant autiste. Il n’est donc pas étonnant qu’il n’existe pas de solution rapide et qu’il faille parfois des années de thérapies intenses et de durs efforts pour que se produisent des changements durables. Aussi, l’autisme est-il tout autant un trouble du développement et de la communication qu’un trouble de l’apprentissage. Pour mieux communiquer et apprendre plus facilement, l’enfant autiste doit tout d’abord apprendre à mieux écouter. L’écoute, comme nous le savons maintenant, implique plus que l’acte de dresser les deux oreilles vers la source d’un son, mais demande la participation du corps tout entier pour atteindre et communiquer à la fois avec le monde extérieur et le monde intérieur. Il faut donc que l’enfant autiste soit animé par un désir de communiquer, qui lui fait très souvent défaut. Aussi, Alfred Tomatis conçoit-il l’autisme comme étant également un problème d’écoute. Dans son livre sur la technique du chant, L’Oreille et la Voix, il explique en détails comment les chanteurs doivent être capables de contrôler parfaitement leur corps, jusque dans ses moindres sensations proprioceptives, pour produire un son de bonne qualité. Ces conseils s’appliquent à nous tous en grandissant : nous devons apprendre à jouer de notre corps comme s’il était un instrument pour pouvoir parler. Malheureusement, les enfants autistes, dans la majorité des cas, ne le peuvent pas. C’est cette faculté qu’ils doivent développer en premier lieu.
Accorder le corps Beaucoup d’enfants autistes souffrent de problèmes d’intégration sensorielle. Aussi, leur cerveau est-il incapable d’organiser l’information sensorielle d’une manière satisfaisante pour permettre une exécution optimale des tâches à accomplir. Une partie de ce qu’ils voient, entendent ou sentent n’a pas de sens pour eux. Leur manque d’intégration sensorielle affecte leur aptitude à apprendre et à se comporter de façon appropriée. Comme l’intégration sensorielle constitue la fondation sur laquelle s’élaborent de nombreuses aptitudes, dont la maîtrise est nécessaire pour bien vivre, il est logique de commencer à « accorder » les fonctions sensorielles. Sans cela, le corps serait