La voix du père : un rôle essentiel dans le développement
Après la voix maternelle, la voix du père joue un rôle crucial dans le développement psychologique de l'enfant.
La voix du père
Le rôle du père La voix du père Comme on vient de le noter, le rôle du père dans le développement de l’enfant est trop souvent sous-estimé. C’est pourtant une évidence qu’un enfant a deux parents, chacun jouant un rôle différent, mais complémentaire. Sans la présence active d’un père ou de quelqu’un assumant ce rôle, un enfant peut avoir des difficultés à atteindre un niveau d’équilibre satisfaisant et à trouver sa place dans la société. Comme nous le verrons plus loin, la qualité de cet ajustement psychologique influence énormément la qualité de l’écoute de l’enfant.
Une conception traditionnelle du père affirme qu’il est une figure périphérique aussi longtemps que le jeune enfant a besoin des soins corporels donnés par la mère. Cette vue entérine la division classique du travail entre les sexes : d’un côté, la mère qui s’occupe des enfants ; de l’autre, le père, dans son rôle de soutien de famille, travaillant à l’extérieur de la maison. Ce modèle familial continue encore d’exercer une puissante emprise dans les sociétés traditionnelles ainsi que dans les sociétés plus modernes, où un grand nombre de femmes travaillent pourtant au dehors.
Le fait que certains pères jouent le rôle nourricier (au cas où ils restent au foyer, pendant que leurs femmes vont travailler à l’extérieur) n’efface pas totalement les différences, comme on pourrait le croire. Des études71 montrent que les maris partageant les soins de l’enfant avec leur femme, peuvent être très efficaces et très bénéfiques au développement du jeune enfant, mais d’une tout autre manière que celle-ci. Par exemple, alors que les mères tendent à bercer doucement leur bébé et à vocaliser plus que leurs maris, ceux-ci procurent un type d’expérience sensorielle différente, car ils tendent à être plus agressifs et plus actifs en jouant avec l’enfant.
Ils le tiennent plus fermement dans leurs bras et le font sauter en l’air, de bas en haut et de haut en bas, comme si le bébé se trouvait soudain dans un ascenseur. Cette stimulation vestibulaire contraste avec la stimulation corporelle moins intense de la mère, et enchante souvent l’enfant. Les études mentionnées ci-dessus concluent que la présence d’un « père maternant » est positive, puisque des enfants âgés de
cinq mois, dont ce type de père s’occupe en priorité, vocalisent davantage en présence d’étrangers, explorent plus souvent les objets présents dans leur environnement et acceptent plus volontiers d’être tenus dans les bras de personnes inconnues que des enfants du même âge principalement pris en charge par leur mère. Il est donc évident que le père facilite l’indépendance de l’enfant, quand il est encore en bas âge. Cependant, il faut s’empresser d’ajouter que le père n’est pas encore perçu comme tel par l’enfant à ce stade de son développement.
Passant en revue un grand nombre d’études, Boris Cyrulnik, un neurologiste et psychiatre français, conclut que « jusqu’à l’âge de six mois, les bébés acceptent tout étranger en tant que substitut maternel72, » mais souligne qu’autour de ce même âge la nature de l’attachement de l’enfant change. A partir de cette période, même si la mère est fréquemment absente, elle semble mieux soulager les besoins de sécurité de l’enfant que quiconque autre personne. Cyrulnik explique que ce changement est dû au fait qu’aux environs de sept mois, la maturation des voies visuelles qui mènent au lobe occipital du cerveau, permet l’organisation d’une image.
Le bébé est alors capable de garder en esprit l’image visuelle complète du visage au lieu de la percevoir sous la forme d’éléments partiels. Ce développement neuropsychologique permet à l’enfant de percevoir une différence entre une image visuelle très familière, comme celle de la mère, et toute autre image. A partir de ce moment, lorsque l’enfant est mis en présence d’un nouvel objet ou d’une personne, il regardera d’abord sa mère avant de faire toute tentative d’exploration en direction de l’objet ou de la personne.
Si, durant les premiers six mois, le mouvement du nez ou des sourcils suffisait à déclencher un sentiment de jubilation chez l’enfant, il en est différemment après six mois, puisque le visage ne déclenche un sentiment identique que s’il est familier. S’il ne l’est pas, le bébé se réfugie dans les bras de sa mère pour être rassuré et se sentir en sécurité. Seulement alors, tentera-t-il d’atteindre l’objet inconnu ou de tendre les bras vers l’étranger. En fait, plus son attachement à sa mère est solide, plus il sera attiré par de nouveaux objets.
La preuve en est apportée par le fait que les enfants prématurément séparés de leur mère durant les premiers six mois - pour cause de maladie, par exemple - sont beaucoup plus effrayés par un objet nouveau ou un personne inconnue que les enfants qui n’ont pas été séparés de leur mère
et ont établi un attachement solide avec elle. C’est à ce moment-là, quand le système visuel de l’enfant est suffisamment mature pour former une image complète d’un visage et établir une différence figures concurrentes que Cyrulnik croit que l’image du père se solidifie dans l’esprit de l’enfant et prend une nouvelle dimension. Le fait que certains pères jouent un rôle « maternant » ne change rien au tableau général. Une étude suédoise citée par Cyrulnik73, dans laquelle les pères restent à la maison pendant que les mères travaillent au dehors, montrent que les enfants s’attachent également aux deux parents, quelle que soit la différence de style parental déjà mentionnée.
Cependant, aux environs de six mois (cet âge est approximatif, puisque certains enfants se développent plus vite que d’autres), le jeune enfant commence à montrer une préférence marquée pour sa mère, lorsqu’il s’agit de satisfaire ses besoins de sécurité, même si celle-ci travaille au dehors, durant une partie de la journée. Cyrulnik conclut que les relations précoces entre la mère et l’enfant - remontant à la période prénatale - attribuent à la mère un effet calmant particulièrement critique, lorsque le système visuel est suffisamment développé pour que les yeux du bébé puissent se fixer sur le visage de ceux qui l’entourent.
Par comparaison, les pères qui n’ont pas eu ces relations précoces avec l’enfant ont un certain désavantage, même s’ils sont des pères affectueux. Ce désavantage fait pencher la balance en faveur